Deuxième catéchèse sur la grâce et l’Epître aux Galates

 « Le primat de la grâce couvre tous les péchés, il change les cœurs, il change la vie, il nous fait voir de nouveaux chemins. N’oublions pas cela! »  recommande le pape François dans sa seconde catéchèse sur la grâce, à partir d’une lecture suivie de l’Epître de saint Paul aux Galates, ce mercredi 30 juin 2021, dans la Cour Saint-Damase du Vatican.

Le pape a insisté sur la transformation opérée par la grâce, comme la conversion de saint Paul le montre: « Frères et sœurs, laissons-nous conduire par cette conscience: le primat de la grâce transforme l’existence et la rend digne d’être placée au service de l’Evangile. »

Le pape insiste ainsi que le don de Dieu qui est maître de l’Histoire: « Rien n’est un hasard, car tout a été préparé dans le dessein de Dieu. C’est Lui qui a tissé notre histoire, l’histoire de chacun de nous: c’est Lui qui a tissé notre histoire et si nous répondons avec confiance à son dessein de salut, nous nous en apercevons. »

Le pape invite à une préparation adéquate à la mission que Dieu propose à chacun: « L’appel comporte toujours une mission à laquelle nous sommes destinés; c’est pourquoi il nous est demandé de nous préparer avec sérieux, en sachant que c’est Dieu lui-même qui nous envoie, Dieu lui-même qui nous soutient pas sa grâce.  »

Voici la traduction officielle de la catéchèse donnée par le pape François en italien.

– 2.  Paul véritable apôtre

Frères et sœurs, bonjour!

Nous pénétrons peu à peu dans la Lettre aux Galates. Nous avons vu que ces chrétiens se trouvent en conflit sur la manière de vivre la foi. L’apôtre Paul commence à écrire sa Lettre en leur rappelant leurs relations passées, la difficulté due à l’éloignement et l’amour inchangé qu’il nourrit pour chacun d’eux. Il ne manque cependant pas de faire noter sa préoccupation pour que les Galates puissent suivre le juste chemin: c’est la préoccupation d’un père, qui a engendré les communautés dans la foi. Son intention est très claire: il est nécessaire de réaffirmer la nouveauté de l’Evangile, que les Galates ont reçu de sa prédication, pour construire la véritable identité sur laquelle fonder sa propre existence. Et il s’agit là du début: réaffirmer la nouveauté de l’Evangile, celui que les Galates ont reçu de l’apôtre.

Nous découvrons immédiatement que Paul est un profond connaisseur du mystère du Christ. Dès le début de sa Lettre, il ne suit pas les bas arguments utilisés par ses détracteurs. L’apôtre “vole haut” et nous indique également comment nous comporter quand des conflits se créent au sein de la communauté. En effet, ce n’est que vers la fin de la Lettre qu’il est explicité que le noyau de la diatribe suscitée est celui de la circoncision, donc de la principale tradition juive. Paul choisit la voie d’aller plus en profondeur, car l’enjeu est la vérité de l’Evangile et la liberté des chrétiens, qui en fait partie intégrante. Il ne s’arrête pas à la superficie des problèmes, des conflits, comme nous sommes souvent tentés de le faire pour trouver immédiatement une solution qui donne l’illusion de mettre tout le monde d’accord avec un compromis. Paul aime Jésus et sait que Jésus n’est pas un homme-Dieu de compromis.  Ce n’est pas ainsi que fonctionne l’Evangile et l’apôtre a choisi de suivre la voie la plus exigeante. Il écrit ce qui suit: «En tout cas, maintenant est-ce la faveur des hommes, ou celle de Dieu que je veux gagner ? ». Il ne cherche pas à faire la paix avec tous. Il poursuit : » Est-ce que je cherche à plaire à des hommes ? Si je voulais encore plaire à des hommes, je ne serais plus le serviteur du Christ» (Ga 1,10).

Tout d’abord, Paul se sent le devoir de rappeler aux Galates qu’il est un véritable apôtre, non par son propre mérite, mais en raison de l’appel de Dieu. Il raconte lui-même l’histoire de sa vocation et de sa conversion, qui a coïncidé avec l’apparition du Christ ressuscité au cours de son voyage vers Damas (cf. Ac 9,1-9). Il est intéressant d’observer ce qu’il affirme de sa vie qui précède cet événement: «Vous avez certes entendu parler de ma conduite jadis dans le judaïsme, de la persécution effrénée que je menais contre l’Eglise de Dieu et des ravages que je lui causais, et de mes progrès dans le judaïsme, où je surpassais bien des compatriotes de mon âge, en partisan acharné des traditions de mes pères» (Ga 1,13-14). Paul ose affirmer que dans le judaïsme il dépassait tout le monde, il était un véritable pharisien zélé, «quant à la justice que peut donner la Loi, un homme irréprochable» (Ph 3, 6). A deux reprises, il souligne qu’il avait été un défenseur des «traditions des pères» et un «partisan convaincu de la loi». Telle est l’histoire de Paul.

D’une part, il insiste en soulignant qu’il avait férocement persécuté l’Eglise et qu’il avait été un «un blasphémateur, un persécuteur, un insulteur» (1 Tm 1,13), il n’épargne pas les adjectifs: il se qualifie lui-même ainsi –, de l’autre, il souligne la miséricorde de Dieu à son égard, qui le conduit à vivre une transformation radicale, bien connue de tous. Il écrit: «J’étais personnellement inconnu des Eglises de Judée qui sont dans le Christ; on y entendait seulement dire que le persécuteur de naguère annonçait maintenant la foi qu’alors il voulait détruire» (Ga 1, 22-23). Il s’est converti, son cœur a changé. Paul souligne ainsi la vérité de sa vocation à travers le contraste impressionnant qui s’était créé dans sa vie: de persécuteur des chrétiens parce qu’ils n’observaient pas les traditions et la loi, il avait été appelé à devenir apôtre pour annoncer l’Evangile de Jésus Christ. Mais nous voyons que Paul est libre: il est libre d’annoncer l’Evangile et il est également libre de confesser ses péchés. “J’étais ainsi”: c’est la vérité qui donne la liberté du cœur, c’est la liberté de Dieu.

En repensant à son histoire, Paul est plein d’émerveillement et de reconnaissance. C’est comme s’il voulait dire aux Galates qu’il aurait pu tout être en dehors d’un apôtre. Il avait été éduqué dès sa jeunesse pour être un irrépréhensible observant de la Loi mosaïque, et les circonstances l’avaient conduit à combattre les disciples du Christ. Toutefois, quelque chose d’inattendu était arrivé : Dieu, par sa grâce, lui avait révélé son Fils mort et ressuscité, pour qu’il en devienne l’annonciateur parmi les païens (cf. Ga 1,15-6).

Comme les voies du Seigneur sont impénétrables! Nous nous en rendons compte chaque jour, mais surtout si nous repensons aux moments où le Seigneur nous a appelés. Nous ne devons jamais oublier les temps et la manière dont Dieu est entré dans notre vie: garder fixé dans notre cœur et dans notre esprit cette rencontre avec la grâce, quand Dieu a changé notre existence. Combien de fois, devant les grandes œuvres du Seigneur, une question nous vient spontanément: mais comment est-il possible que Dieu se serve d’un pécheur, d’une personne fragile et faible, pour accomplir sa volonté? Pourtant, rien n’est un hasard, car tout a été préparé dans le dessein de Dieu. C’est Lui qui a tissé notre histoire, l’histoire de chacun de nous: c’est Lui qui a tissé notre histoire et si nous répondons avec confiance à son dessein de salut, nous nous en apercevons. L’appel comporte toujours une mission à laquelle nous sommes destinés; c’est pourquoi il nous est demandé de nous préparer avec sérieux, en sachant que c’est Dieu lui-même qui nous envoie, Dieu lui-même qui nous soutient pas sa grâce. Frères et sœurs, laissons-nous conduire par cette conscience: le primat de la grâce transforme l’existence et la rend digne d’être placée au service de l’Evangile. Le primat de la grâce couvre tous les péchés, il change les cœurs, il change la vie, il nous fait voir de nouveaux chemins. N’oublions pas cela!

 

 

 

Humilité, fraternité, confiance, joie, douceur, obéissance, et non « rigidité »

 « Mais comment pouvons-nous reconnaître ces personnes? »: le pape François propose un critère pour discerner entre les vrais prédicateurs de l’Evangile et les personnes qui portent le trouble aux communautés chrétiennes, aujourd’hui comme à l’époque de l’Epître de S. Paul aux Galates.

Le pape a en effet entamé un nouveau cycle de catéchèse sur la Lettre aux Galates, ce mercredi 23 juin 2021, depuis la Cour Saint-Damase du Vatican, en présence de plusieurs centaines de personnes que le pape a longuement saluées avant le début de l’audience, dont un homme déguisé en « Spiderman » que le pape a salué eu terme de sa catéchèse parmi les personnalités présentes.

Pour discerner quand un « apôtre » apporte le trouble au lieu d’annoncer la joie de l’Evangile, le pape indique le critère de la « rigidité »: « L’une des caractéristiques de leur manière de procéder c’est la rigidité. Devant la prédication de l’Evangile qui nous rend libres, qui nous rend joyeux, ils sont rigides. Toujours la rigidité: on doit faire cela, on doit faire ceci… La rigidité est propre à ces personnes. »

C’est un des objectifs de ces nouvelles catéchèses que d’aider les baptisés à savoir discerner la voie de la « liberté », de la « joie », de « l’humilité », de la « fraternité », de la « confiance », de la « douceur » et de « l’obéissance »: « Suivre l’enseignement de saint Paul dans la Lettre aux Galates nous fera du bien pour comprendre quelle route suivre. Celle indiquée par l’apôtre est la voie libératrice et toujours nouvelle de Jésus Crucifié et Ressuscité; c’est la voie de l’annonce, qui se réalise à travers l’humilité et la fraternité, les nouveaux prédicateurs ne savent pas ce qu’est l’humilité, ce qu’est la fraternité; c’est la voie de la confiance douce et obéissante, les nouveaux prédicateurs ne connaissent pas la douceur ni l’obéissance. »

 

1. Introduction à la Lettre aux Galates

Chers frères et sœurs, bonjour!

Après le long itinéraire consacré à la prière, nous commençons aujourd’hui un nouveau cycle de catéchèses. J’espère qu’avec cet itinéraire de la prière nous avons réussi à prier un peu mieux, à prier un peu plus. Aujourd’hui, je désire réfléchir sur certains thèmes que l’apôtre Paul propose dans sa Lettre aux Galates. C’est une lettre très importante, je dirais même décisive, non seulement pour mieux connaître l’apôtre, mais surtout pour considérer certains arguments qu’il affronte en profondeur, en montrant la beauté de l’Evangile. Dans cette lettre, Paul rapporte de nombreuses informations biographiques, qui nous permettent de connaître sa conversion et la décision de mettre sa vie au service de Jésus Christ. En outre, il affronte plusieurs thématiques très importantes pour la foi, comme celles de la liberté, de la grâce et de la manière de vivre chrétienne, qui sont extrêmement actuelles parce qu’elles touchent de nombreux aspects de la vie de l’Eglise de nos jours. Il s’agit d’une lettre très actuelle. Elle semble écrite pour notre époque.

La première caractéristique qui ressort de cette Lettre est la grande œuvre d’évangélisation mise en œuvre par l’apôtre, qui au moins à deux reprises avait visité les communautés de la Galatie au cours de ses voyages missionnaires. Paul s’adresse aux chrétiens de ce territoire. Nous ne savons pas précisément à quelle zone géographique il se réfère, et nous ne pouvons pas non plus affirmer avec certitude la date à laquelle il écrivit cette lettre. Nous savons que les Galates étaient une antique population celte qui, à travers de nombreuses péripéties, s’était établie dans cette région étendue de l’Anatolie, dont le chef-lieu était la ville d’Ancyra, aujourd’hui Ankara, la capitale de la Turquie. Paul rapporte seulement que, à cause d’une maladie, il fut obligé de s’arrêter dans cette région (cf. Ga 4,13). Saint Luc, dans les Actes des apôtres, trouve en revanche une motivation plus spirituelle. Il dit qu’ils «parcoururent la Phrygie et le territoire galate, le Saint-Esprit les ayant empêchés d’annoncer la parole en Asie» (16, 6).

Les deux faits ne sont pas en contradiction: ils indiquent plutôt que la voie de l’évangélisation ne dépend pas toujours de notre volonté et de nos projets, mais demande la disponibilité à se laisser façonner et à suivre d’autres parcours  qui n’étaient pas prévus. Parmi vous, il y a une famille qui m’a salué: ils disent qu’ils doivent apprendre le letton, et je ne sais plus quelle autre langue, parce qu’ils doivent partir comme missionnaires dans ces terres. L’Esprit Saint apporte aujourd’hui aussi de nombreux missionnaires qui quittent leur patrie et s’en vont dans une autre terre en mission.  Mais ce que nous constatons est que dans son œuvre évangélisatrice inlassable, l’apôtre avait réussi à fonder diverses petites communautés, éparses dans la région de la Galatie.

Paul, quand il arrivait dans une ville, dans une région, ne construisait pas immédiatement une grande cathédrale, non. Il créait de petites communautés qui sont le levain de notre culture chrétienne d’aujourd’hui. Il commençait en créant de petites communautés. Et ces petites communautés grandissaient et allaient de l’avant. Aujourd’hui aussi, on utilise cette méthode pastorale dans chaque région de mission. J’ai reçu une lettre, la semaine dernière, d’un missionnaire de Papouasie – Nouvelle-Guinée; il me dit qu’il prêche l’Evangile dans la jungle, à des personnes qui ne savent même pas qui était Jésus Christ. C’est beau! On commence à créer de petites communautés. Aujourd’hui aussi, cette méthode est la méthode évangélisatrice de la première évangélisation.

Ce que nous tenons à noter est la préoccupation pastorale de Paul qui est plein d’ardeur. Après avoir fondé ces Eglises, il s’aperçoit d’un grand danger – le pasteur est comme un père ou une mère qui s’aperçoit immédiatement des dangers pour leurs enfants – qu’elles courent pour leur croissance dans la foi. Elles grandissent et les dangers arrivent. Comme disait quelqu’un: «Les vautours viennent faire un massacre dans la communauté».  Certains chrétiens venus du judaïsme s’étaient en effet infiltrés, commençant avec astuce à semer des théories contraires à l’enseignement de l’apôtre, arrivant même à dénigrer sa personne. Ils commencent par la doctrine: «Cela non, cela oui», et ensuite ils dénigrent l’apôtre. C’est la voie de toujours: ôter l’autorité à l’apôtre. Comme on le voit, c’est une pratique antique que de se présenter dans certaines occasions comme les uniques détenteurs de la vérité – les purs – et de chercher à déprécier, également par la calomnie, le travail accompli par les autres.

Ces adversaires de Paul soutenaient que les païens devaient eux aussi être soumis à la circoncision et vivre selon les règles de la loi mosaïque. Ils reviennent en arrière, aux prescriptions d’avant, les choses qui ont été dépassées par l’Evangile.  Les Galates auraient donc dû renoncer à leur identité culturelle pour s’assujettir à des normes, à des prescriptions et des usages propres aux juifs. Pas seulement. Ces adversaires soutenaient que Paul n’était pas un vrai apôtre et n’avait donc aucune autorité pour prêcher l’Evangile. Et très souvent nous voyons cela. Pensons à certaines communautés chrétiennes ou à certains diocèses: on commence avec des histoires et ensuite on finit par discréditer le curé, l’évêque. Telle est précisément la voie du malin, de ces gens qui divisent, qui ne savent pas construire. Et dans cette Lettre aux Galates, nous voyons cette manière de faire.

Les Galates se trouvaient dans une situation de crise. Que devaient-ils faire? Ecouter et suivre ce que Paul leur avait prêché, ou bien écouter les nouveaux prédicateurs qui l’accusaient? Il est facile d’imaginer l’état d’incertitude qui animait leur cœur. Pour eux, avoir connu Jésus et cru à l’œuvre de salut réalisée avec sa mort et sa résurrection, était vraiment le début d’une vie nouvelle, d’une vie de liberté. Ils avaient entrepris un parcours qui leur permettait d’être finalement libres, alors que leur histoire était tissée de nombreuses formes d’esclavage violent, notamment celui qui les soumettait à l’empereur de Rome. C’est pourquoi, devant les critiques des nouveaux prédicateurs, ils se sentaient perdus et ils se sentaient incertains sur la manière de se comporter: «Mais qui a raison ? Ce Paul ou ces gens qui viennent maintenant en enseignant d’autres choses? Qui dois-je écouter? En somme, l’enjeu était vraiment important!

Cette condition n’est pas loin de l’expérience que divers chrétiens vivent à notre époque. En effet, aujourd’hui aussi ne manquent pas des prédicateurs qui, en particulier à travers les nouveaux moyens de communication, peuvent troubler les communautés. Ils ne se présentent pas tout d’abord pour annoncer l’Evangile de Dieu qui aime l’homme dans Jésus crucifié et ressuscité, mais pour affirmer avec insistance, en vrais “gardiens de la vérité ” – c’est ainsi qu’ils s’appellent –, quelle est la meilleure façon d’être chrétiens. Et ils affirment avec force que le vrai christianisme est celui auquel ils sont attachés, souvent identifié avec certaines formes du passé, et que la solution aux crises actuelles est de revenir en arrière pour ne pas perdre l’authenticité de la foi. Aujourd’hui aussi, comme alors, il existe donc la tentation de se refermer sur certaines certitudes acquises dans des traditions passées.

Mais comment pouvons-nous reconnaître ces personnes? Par exemple, l’une des caractéristiques de leur manière de procéder est la rigidité. Devant la prédication de l’Evangile qui nous rend libres, qui nous rend joyeux, ils sont rigides. Toujours la rigidité: on doit faire cela, on doit faire ceci… La rigidité est propre à ces personnes.  Suivre l’enseignement de saint Paul dans la Lettre aux Galates nous fera du bien pour comprendre quelle route suivre. Celle indiquée par l’apôtre est la voie libératrice et toujours nouvelle de Jésus Crucifié et Ressuscité; c’est la voie de l’annonce, qui se réalise à travers l’humilité et la fraternité, les nouveaux prédicateurs ne savent pas ce qu’est l’humilité, ce qu’est la fraternité; c’est la voie de la confiance douce et obéissante, les nouveaux prédicateurs ne connaissent pas la douceur ni l’obéissance. Et cette voie douce et obéissante va de l’avant dans la certitude que l’Esprit Saint œuvre à chaque époque de l’Eglise. En dernière instance, la foi dans l’Esprit Saint présent dans l’Eglise, nous fait aller de l’avant et nous sauvera.

 

 

 

Ne pas être des hommes et des femmes « en fuite »

 « Les problèmes de tous les jours ne deviennent pas des obstacles, mais des appels de Dieu lui-même à écouter et rencontrer celui qui est en face de nous », affirme le pape François. « Sans vie intérieure, nous fuyons la réalité et nous nous fuyons aussi nous-mêmes, nous sommes des hommes et des femmes toujours en fuite. »

La prière, qui est « tout d’abord écoute et rencontre avec Dieu »,  « le pouvoir de transformer en bien ce qui, dans la vie, serait autrement une condamnation… le pouvoir d’ouvrir un grand horizon à l’esprit et d’élargir le cœur ».

« Un jour vécu sans prière, a averti le pape, risque de se transformer en une expérience fastidieuse, ou ennuyeuse: tout ce qui nous arrive pourrait tourner pour nous en destin mal supporté et aveugle. »

« Chaque personne a besoin d’un espace pour elle-même, où cultiver sa propre vie intérieure, où les actions retrouvent un sens. Sans vie intérieure nous devenons superficiels, agités, anxieux – comme l’anxiété nous fait mal! C’est pourquoi nous devons pratiquer la prière. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Nous avons malheureusement dû revenir à cette audience dans la bibliothèque, pour nous défendre des contagions du Covid. Cela nous enseigne également que nous devons être très attentifs aux prescriptions des autorités, que ce soient les autorités politiques ou les autorités sanitaires, pour nous défendre de cette pandémie. Offrons au Seigneur cette distance entre nous, pour le bien de tous et pensons, pensons beaucoup aux malades, à ceux qui entrent dans les hôpitaux déjà comme mis au rebut, pensons aux médecins, aux infirmiers, aux infirmières, aux bénévoles, aux nombreuses personnes qui travaillent avec les malades en ce moment: elles risquent leur vie, mais elles le font par amour de leur prochain, comme une vocation. Prions pour eux.

Au cours de sa vie publique, Jésus a constamment recours à la force de la prière. Les Evangiles nous le montrent lorsqu’il se retire dans des lieux apartés pour prier. Il s’agit d’observations sobres et discrètes, qui laissent seulement imaginer ces dialogues orants. Celles-ci témoignent cependant clairement que, également dans les moments de plus grand dévouement aux pauvres et aux malades, Jésus ne négligeait jamais son dialogue intime avec le Père. Plus il était plongé dans les besoins des personnes, plus il sentait la nécessité de reposer dans la Communion trinitaire, de revenir avec le Père et l’Esprit.

Il y a donc un secret dans la vie de Jésus, caché aux yeux humains, qui représente le centre de tout. La prière de Jésus est une réalité mystérieuse, dont nous n’avons qu’une petite intuition, mais qui permet de lire dans la juste perspective la mission tout entière. Pendant ces heures solitaires – avant l’aube ou pendant la nuit –, Jésus se plonge dans son intimité avec le Père, c’est-à-dire dans l’Amour dont chaque âme a soif. C’est ce qui apparaît dès les premiers jours de son ministère public.

Un samedi, par exemple, la petite ville de Capharnaüm se transforme en  “hôpital de campagne”: après le coucher du soleil, tous les malades sont amenés à Jésus, et Il les guérit. Cependant, avant l’aube, Jésus disparaît: il se retire dans un lieu solitaire et il prie. Simon et les autres le cherchent et, quand ils le trouvent, ils lui disent: “Tout le monde te cherche!”. Que répond Jésus: “Je dois aller prêcher dans les autres villages; c’est pour cela que je suis venu” (cf. Mc 1, 35-38). Jésus est toujours un peu au-delà, au-delà dans la prière avec le Père et au-delà, dans d’autres  villages, d’autres horizons pour aller prêcher, d’autres peuples.

La prière est le gouvernail qui guide la route de Jésus. Ce qui guide les étapes de sa mission ne sont pas les succès, ce n’est pas le consensus, ce n’est pas cette phrase séduisante “tout le monde te cherche”. Ce qui trace le chemin de Jésus c’est la voie la moins commode, qui cependant obéit à l’inspiration du Père, que Jésus écoute et accueille dans sa prière solitaire.

Le Catéchisme affirme: «Quand Jésus prie, il nous enseigne déjà à prier» (n. 2607). C’est pourquoi, de l’exemple de Jésus nous pouvons tirer certaines  caractéristiques de la prière chrétienne.

Tout d’abord, celle-ci possède un primat: elle est le premier désir de la journée, quelque chose que l’on pratique à l’aube, avant que le monde ne se réveille. Celle-ci donne une âme à ce qui autrement resterait sans souffle. Un jour vécu sans prière risque de se transformer en une expérience fastidieuse, ou ennuyeuse: tout ce qui nous arrive pourrait tourner pour nous en destin mal supporté et aveugle. Jésus éduque en revanche à l’obéissance à la réalité et donc à l’écoute. La prière est tout d’abord écoute et rencontre avec Dieu.

Alors, les problèmes de tous les jours ne deviennent pas des obstacles, mais des appels de Dieu lui-même à écouter et rencontrer celui qui est en face de nous. Les épreuves de la vie se transforment ainsi en occasions pour grandir dans la foi et dans la charité. Le chemin quotidien, y compris les difficultés, acquiert la perspective d’une “vocation”. La prière a le pouvoir de transformer en bien ce qui, dans la vie, serait autrement une condamnation; la prière a le pouvoir d’ouvrir un grand horizon à l’esprit et d’élargir le cœur.

En deuxième lieu, la prière est un art à pratiquer avec insistance. Jésus lui-même nous dit: frappez, frappez, frappez. Nous sommes tous capables de prières épisodiques, qui naissent de l’émotion d’un moment; mais Jésus nous éduque à un autre type de prière: celle qui connaît une discipline, un exercice, et qui est pratiquée dans une règle de vie. Une prière persévérante produit une transformation progressive, elle rend forts dans les périodes de tribulation, elle donne la grâce d’être soutenus par Celui qui nous aime et nous protège toujours.

Une autre caractéristique de la prière de Jésus est la solitude. Celui qui prie ne s’évade pas du monde, mais privilégie les lieux déserts. Là, dans le silence, peuvent apparaître de nombreuses voix que nous cachons au plus profond de nous-mêmes: les désirs les plus cachés, les vérités que nous nous obstinons à étouffer et ainsi de suite. Et, surtout, dans le silence Dieu parle. Chaque personne a besoin d’un espace pour elle-même, où cultiver sa propre vie intérieure, où les actions retrouvent un sens. Sans vie intérieure nous devenons superficiels, agités, anxieux – comme l’anxiété nous fait mal! C’est pourquoi nous devons pratiquer la prière; sans vie intérieure, nous fuyons la réalité et nous nous fuyons aussi nous-mêmes, nous sommes des hommes et des femmes toujours en fuite.

Enfin, la prière de Jésus est le lieu où l’on perçoit que tout vient de Dieu et retourne à Lui. Parfois, nous les êtres humains, nous croyons être les maîtres de tout, ou bien au contraire nous perdons toute estime de nous-mêmes, nous allons d’un côté et de l’autre. La prière nous aide à retrouver la juste dimension, dans la relation avec Dieu, notre Père, et avec toute la création. Enfin, la prière de Jésus est s’abandonner entre les mains du Père, comme Jésus au jardin des oliviers, dans cette angoisse: “Père, si c’est possible…, mais que ta volonté soit faite”. L’abandon entre les mains du Père. C’est une belle chose quand nous sommes agités, un peu préoccupés et que l’Esprit Saint nous transforme de l’intérieur et nous conduit à cet abandon entre les mains du Père: “Père, que ta volonté soit faite”.

Chers frères et sœurs, redécouvrons, dans l’Evangile, Jésus Christ comme maître de prière, et mettons-nous à son école. Je vous assure que nous trouverons la joie et la paix

 

 

 

« Même quand tout semble vain »

Prier, parler de la prière, à quoi bon ? « Si, c’est nécessaire » : « Parce que si nous ne prions pas, nous n’aurons pas la force d’avancer dans la vie. La prière est comme l’oxygène de la vie. »

Le pape a expliqué que la foi n’était pas « l’élan d’un moment, mais une disposition courageuse à invoquer Dieu, également à “discuter” avec Lui, sans se résigner devant le mal et l’injustice ». Il a encouragé à une prière « insistante ».

« Le chrétien qui prie ne craint rien », a-t-il assuré : « Celui qui frappe avec foi et persévérance à la porte de son cœur n’est pas déçu. Dieu répond toujours. Toujours. »

Le pape a encouragé à prier « même quand tout semble vain, quand Dieu nous apparaît sourd et muet et qu’il nous semble que nous perdons notre temps ». « Il y a des moments sombres dans notre vie et dans ces moments, la foi semble une illusion, a-t-il constaté. Mais pratiquer la prière signifie également  accepter cette fatigue. »

 

Chers frères et sœur, bonjour!

Nous continuons les catéchèses sur la prière. Quelqu’un m’a dit: «Vous parlez trop sur la prière. Ce n’est pas nécessaire». Si, c’est nécessaire. Parce que si nous ne prions pas, nous n’aurons pas la force d’avancer dans la vie. La prière est comme l’oxygène de la vie. Prier, c’est attirer sur nous la présence de l’Esprit Saint qui nous fait toujours avancer. C’est pour cette raison que je parle tant sur la prière.

Jésus a donné l’exemple d’une prière continue, pratiquée avec persévérance. Le dialogue constant avec le Père, dans le silence et dans le recueillement, est le centre de toute sa mission. Les Evangiles nous rapportent également les exhortations à ses disciples, pour qu’ils prient avec insistance, sans se lasser. Le Catéchisme rappelle les trois paraboles contenues dans l’Evangile de Luc qui souligne cette caractéristique de l’oraison (cf. CEC, n. 2613) de Jésus.

La prière doit tout d’abord être tenace: comme le personnage de la parabole qui, devant accueillir un hôte arrivé à l’improviste, va frapper en pleine nuit chez un ami et lui demande du pain. L’ami lui répond “non!”, parce qu’il est déjà au lit, mais il insiste et insiste jusqu’à ce qu’il l’oblige à se lever et à lui donner le pain (cf. Lc 11, 5-8). Une demande tenace. Mais Dieu est plus patient que nous, et celui qui frappe avec foi et persévérance à la porte de son cœur n’est pas déçu. Dieu répond toujours. Toujours. Notre Père sait bien de quoi nous avons besoin; l’insistance ne sert pas à l’informer ou à le convaincre, mais elle sert à alimenter en nous le désir et l’attente.

La deuxième parabole est celle de la veuve qui s’adresse au juge pour qu’il l’aide à obtenir justice. Ce juge est corrompu, c’est un homme sans scrupules, mais à la fin, exaspéré par l’insistance de la veuve, il se décide à la satisfaire (cf. Lc 18, 1-8). Et il pense: «Il vaut mieux que je résolve son problème et que je m’en débarrasse, et qu’elle arrête de venir sans cesse se plaindre à moi». Cette parabole nous fait comprendre que la foi n’est pas l’élan d’un moment, mais une disposition courageuse à invoquer Dieu, également à “discuter” avec Lui, sans se résigner devant le mal et l’injustice.

La troisième parabole présente un pharisien et un publicain qui vont prier au Temple. Le premier s’adresse à Dieu en se vantant de ses mérites; l’autre se sent indigne ne serait-ce que d’entrer dans le sanctuaire. Cependant, Dieu n’écoute pas la prière du premier, c’est-à-dire des orgueilleux, alors qu’il exauce celle des humbles (cf. Lc 18, 9-14). Il n’y a pas de vraie prière sans esprit d’humilité. C’est précisément l’humilité qui nous conduit à demander dans la prière.

L’enseignement de l’Evangile est clair: on doit toujours prier, même quand tout semble vain, quand Dieu nous apparaît sourd et muet et qu’il nous semble perdre notre temps. Même si le ciel s’assombrit, le chrétien ne n’arrête pas de prier. Son oraison va de pair avec la foi. Et la foi, en de nombreux jours de notre vie, peut sembler une illusion, une fatigue stérile. Il y a des moments sombres dans notre vie et dans ces moments, la foi semble une illusion.  Mais pratiquer la prière signifie également  accepter cette fatigue. «Père, je vais prier et je ne ressens rien… je me sens comme ça, avec le cœur sec, avec le cœur aride». Mais nous devons aller de l’avant, avec cette fatigue des moments difficiles, des moments où nous ne ressentons rien. De nombreux saints et saintes ont fait l’expérience de la nuit de la foi et du silence de Dieu – quand nous frappons et que Dieu ne répond pas – et ces saints ont été persévérants.

Dans cette nuit de la foi, celui qui prie n’est jamais seul. En effet, Jésus n’est pas seulement témoin et maître de prière, il est davantage. Il nous accueille dans sa prière, pour que nous puissions prier en Lui et à travers Lui. Et cela est l’œuvre de l’Esprit Saint. C’est pour cette raison que l’Evangile nous aider à prier le Père au nom de Jésus. Saint Jean rapporte ces paroles du Seigneur: «Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai, pour que le Père soit glorifié dans le Fils» (14, 13). Et le Catéchisme explique que «la certitude d’être exaucés dans nos demandes est fondée sur la prière de Jésus» (n. 2614). Celle-ci donne les ailes que la prière de l’homme a toujours désiré posséder.

Comment ne pas rappeler ici les mots du psaume 91, riches de confiance, jaillis d’un cœur qui espère tout de Dieu: «Il te couvre de ses ailes, tu as sous son pennage un abri. Armure et bouclier, sa vérité. Tu ne craindras ni les terreurs de la nuit, ni la flèche qui vole de jour, ni la peste qui marche en la ténèbre, ni le fléau qui dévaste à midi» (vv. 4-6). C’est dans le Christ que s’accomplit cette prière splendide, c’est en Lui que celle-ci trouve sa pleine vérité. Sans Jésus, nos prières risqueraient de se réduire à des efforts humains, destinés le plus souvent à l’échec. Mais Il a pris sur Lui chaque cri, chaque gémissement, chaque joie, chaque supplique… chaque prière humaine. Et n’oublions pas l’Esprit Saint qui prie en nous; il est Celui qui nous amène à prier, qui nous amène à Jésus. Il est le don que le Père et le Fils nous ont donné pour aller à la rencontre de Dieu. C’est l’Esprit Saint, quand nous prions, c’est l’Esprit Saint qui prie dans nos cœurs.

Le Christ est tout pour nous, même dans notre vie de prière. C’est ce que disait saint Augustin avec une expression éclairante que nous trouvons dans le Catéchisme: Jésus «prie pour nous en tant que notre prêtre, il prie en nous en tant que notre tête, il est prié par nous en tant que notre Dieu. Reconnaissons donc en Lui nos voix et sa voix en nous» (n. 2616). Et c’est pour cela que le chrétien qui prie ne craint rien, il se remet à l’Esprit Saint, qui nous a été donné comme don et qui prie en nous, en suscitant la prière. Que ce soit l’Esprit Saint, Maître de prière, à nous enseigner la voie de la prière.

 

 

 

la prière de Jésus et du baptisé

 « Nous entendrons cette voix murmurer des paroles de tendresse »: le pape François recommande au baptisé de caler sa prière dans cette de Jésus, surtout dans les moments de découragement.

Le pape a donné en effet sa  catéchèse sur la prière sur le thème « Jésus homme de prière ».

« Si un soir de prière nous nous sentons faibles et vides, s’il  nous semble que notre vie a été entièrement inutile, nous devons en cet instant supplier que la prière de Jésus devienne aussi la nôtre. «Je ne peux pas prier aujourd’hui, je ne sais pas quoi faire: je ne m’en sens pas capable, je suis indigne, indigne». A ce moment-là, il faut s’en remettre à Lui pour qu’il prie pour nous », a recommandé le pape.

Il a décrit ce qui se passe dans ces moments-là: « Jésus, à ce moment-là, est devant le Père en train de prier pour nous, il est l’intercesseur; il fait voir pour nous, ses plaies au Père. Ayons confiance en cela! Si nous avons confiance, alors nous entendrons une voix du ciel, plus forte que celle qui monte des bas-fonds de nous-mêmes, et nous entendrons cette voix murmurer des paroles de tendresse: “Tu es le bien-aimé de Dieu, tu es le fils, tu es la gloire du Père des cieux”. »

 

Chers frères et  sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, au cours de cette audience, comme nous l’avons fait lors des audiences précédentes, je resterai ici. J’aimerais beaucoup descendre, saluer chacun, mais nous devons garder les distances, car si je descends, il se crée immédiatement un rassemblement pour saluer et cela va contre les mesures, les précautions que nous devons avoir devant cette «dame» qui s’appelle Covid et qui nous fait tant de mal. Excusez-moi donc si je ne descends pas vous saluer: je vous salue d’ici, mais je vous porte tous dans mon cœur. Et vous, portez-moi dans votre cœur et priez pour moi. A distance, on peut prier l’un pour l’autre; merci de la compréhension.

Dans notre itinéraire de catéchèse sur la prière, après avoir parcouru l’Ancien  Testament, nous arrivons à présent à Jésus. Et Jésus priait. Le début de sa mission publique a lieu avec le baptême dans le fleuve Jourdain. Les évangélistes sont d’accord pour attribuer une importance fondamentale à cet épisode. Ils racontent que tout le peuple s’était recueilli en prière, et ils spécifient que ce rassemblement avait  clairement un caractère pénitentiel (cf. Mc 1, 5; Mt 3, 8). Le peuple allait auprès de Jean se faire baptiser pour le pardon des péchés: il y a un caractère pénitentiel, de conversion.

Le premier acte public de Jésus est donc la participation à une prière chorale du peuple, une prière du peuple qui va se faire baptiser, une prière pénitentielle, où tous se reconnaissaient pécheurs. C’est pourquoi Jean-Baptiste voudrait s’opposer et dit: «C’est moi qui ai besoin d’être baptisé par toi, et toi, tu viens à moi?» (Mt 3, 14). Jean-Baptiste comprend qui était Jésus. Mais Jésus insiste: son acte est un acte qui obéit à la volonté du Père (v. 15), un acte de solidarité avec notre condition humaine. Il prie avec les pécheurs du peuple de Dieu. Mettons-nous cela en tête: Jésus est le Juste, il n’est pas pécheur.

Mais Il a voulu descendre jusqu’à nous, pécheurs, et Il prie avec nous, et quand nous prions, Il est avec nous en train de prier; Il est avec nous, parce qu’il est au ciel en train de prier pour nous. Jésus prie toujours avec son peuple, il prie toujours avec nous: toujours. Nous ne prions jamais seuls, nous prions toujours avec Jésus. Il ne reste pas sur la rive opposée du fleuve – «Je suis le juste, vous des pécheurs» – , pour marquer sa différence et sa distance du peuple désobéissant, mais il plonge ses pieds dans les mêmes eaux de purification. Il fait comme un pécheur. C’est la grandeur de Dieu qui envoya son Fils qui s’anéantit lui-même et qui apparut comme un pécheur.

Jésus n’est pas un Dieu lointain, et il ne peut pas l’être. L’incarnation l’a révélé de manière accomplie et humainement impensable. Ainsi, en inaugurant sa mission, Jésus se met à la tête d’un peuple de pénitents, comme s’il se chargeait d’ouvrir une brèche à travers laquelle nous tous, après Lui, nous devons avoir le courage de passer. Mais la route, le chemin est difficile; mais Lui avance, en ouvrant le chemin. Le Catéchisme de l’Eglise catholique explique que c’est la nouveauté de la plénitude des temps. Il dit: «La prière filiale, que le Père attendait de ses enfants, va enfin être vécue par le Fils unique Lui-même dans son humanité, avec et pour les hommes» (n. 2599). Jésus prie avec nous. Mettons-nous cela dans la tête et dans le cœur: Jésus prie avec nous.

Ce jour-là, sur les rives du fleuve Jourdain, il y a donc toute l’humanité, avec ses aspirations inexprimées de prière. Il y a surtout le peuple des pécheurs: ceux qui pensaient ne pas pouvoir être aimés par Dieu, ceux qui n’osaient pas aller au-delà du seuil du temple, ceux qui ne priaient pas parce qu’ils ne s’en sentaient pas dignes. Jésus est venu pour tous, même pour eux, et il commence précisément en s’unissant à eux, comme un chef de file.

L’Evangile de Luc souligne en particulier le climat de prière dans lequel a eu lieu le baptême de Jésus: «Or quand tout le peuple eut été baptisé et au moment où Jésus, baptisé lui aussi, se trouvait en prière, le ciel s’ouvrit» (3, 21). En priant, Jésus ouvre la porte des cieux, et de cette brèche descend l’Esprit Saint. Et d’en-haut, une voix proclame la vérité merveilleuse: «Tu es mon Fils bien-aimé; tu as toute ma faveur» (v. 22). Cette simple phrase contient un immense trésor: elle nous fait comprendre quelque chose du mystère de Jésus et de son cœur toujours tourné vers le Père. Dans le tourbillon de la vie et du monde qui arrivera à le condamner, même dans les expériences les plus dures et les plus tristes qu’il devra supporter, même quand il fait l’expérience de ne pas avoir de place où poser la tête (cf. Mt 8, 20), également quand autour de Lui se déchaînent la haine et la persécution, Jésus ne reste jamais sans le refuge d’une demeure: il habite éternellement dans le Père.

Voilà la grandeur unique de la prière de Jésus: l’Esprit Saint prend possession de sa personne et la voix du Père atteste qu’Il est le bien-aimé, le Fils dans lequel Il se reflète pleinement.

Cette prière de Jésus, qui sur les rives du fleuve Jourdain est totalement personnelle – et il en sera ainsi pendant toute sa vie terrestre –, lors de la Pentecôte deviendra par grâce la prière de tous les baptisés dans le Christ. Il a Lui-même obtenu ce don pour nous, et il nous invite à prier comme Il priait.

C’est pourquoi, si un soir de prière nous nous sentons faibles et vides, s’il  nous semble que notre vie a été entièrement inutile, nous devons en cet instant supplier que la prière de Jésus devienne aussi la nôtre. «Je ne peux pas prier aujourd’hui, je ne sais pas quoi faire: je ne m’en sens pas capable, je suis indigne, indigne». A ce moment-là, il faut s’en remettre à Lui pour qu’il prie pour nous. Lui, à ce moment-là, est devant le Père en train de prier pour nous, il est l’intercesseur; il fait voir pour nous, ses plaies au Père. Ayons confiance en cela! Si nous avons confiance, alors nous entendrons une voix du ciel, plus forte que celle qui monte des bas-fonds de nous-mêmes, et nous entendrons cette voix murmurer des paroles de tendresse: “Tu es le bien-aimé de Dieu, tu es le fils, tu es la gloire du Père des cieux”.

C’est précisément pour nous, pour chacun de nous que retentit la parole du Père: même si nous étions refusés par tous, si nous étions des pécheurs de la pire espèce. Jésus ne descendit pas dans les eaux du Jourdain pour lui-même, mais pour nous tous. C’était tout le peuple de Dieu qui s’approchait du Jourdain pour prier, pour demander pardon, pour faire ce baptême de pénitence. Et comme le dit ce théologien, il s’approchait du Jourdain «l’âme nue et les pieds nus». Voilà ce qu’est l’humilité. Pour prier, il faut de l’humilité. Il a ouvert les cieux, comme Moïse avait ouvert les eaux de la mer Rouge, pour que nous puissions tous passer derrière Lui. Jésus nous a offert sa propre prière, qui est son dialogue d’amour avec le Père. Il nous l’a offert comme une semence de la Trinité, qui veut s’enraciner dans notre cœur. Accueillons-la! Accueillons ce don, le don de la prière. Toujours avec Lui. Et nous ne nous tromperons pas.