« Jésus est toujours près de nous pour nous donner l’espérance, pour réchauffer les cœurs et dire: ’Avance, je suis avec toi. Avance !’ », explique le pape François qui lit le passage évangélique des pèlerins d’Emmaüs comme une « thérapie de l’espérance ».

Le pape François a en effet consacré sa catéchèse du mercredi à cette rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Christ ressuscité rapportée par saint Luc (ch. 24), en poursuivant ses catéchèses sur l’espérance chrétienne.

« Tout le secret de la route qui conduit à Emmaüs, a-t-il dit,  est là: même à travers les apparences contraires, nous continuons à être aimés, Dieu n’arrêtera jamais de nous aimer. »

« Que de tristesses, que de défaites il y a dans la vie de toute personne! »  a constaté le pape. Au fond, nous sommes tous un peu comme ces disciples… Mais Jésus marche avec toutes les personnes qui ont perdu confiance et avancent la tête basse. Et en marchant avec eux, de manière discrète, il parvient à redonner l’espérance. »

Le pape a parlé même d’ « une thérapie de l’espérance » « faite » par « Jésus ». « Avançons avec cette espérance ! » a invité le pape. Le Christ « est à côté de nous, marche avec nous, toujours! »

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui je voudrais m’arrêter sur l’expérience des deux disciples d’Emmaüs, dont parle l’évangile de Luc (cf. 24,13-35). Imaginons la scène: deux hommes marchent, déçus, tristes, convaincus d’avoir laissé derrière eux l’amertume d’une  histoire qui s’est mal terminée. Avant cette Pâque, ils étaient pleins d’enthousiasme : convaincus que ces journées auraient été décisives pour leurs attentes et pour l’espérance de tout le peuple. Jésus, à qui ils avaient confié leur vie, semblait enfin arrivé à la bataille décisive : maintenant il aurait manifesté sa puissance, après une longue période de préparation et de vie cachée. C’était à quoi ils s’attendaient. Et il n’en fut pas ainsi.

Les deux pèlerins cultivaient une espérance seulement humaine, qui maintenant se brisait en mille morceaux. Cette croix hissée sur le Calvaire était le signe le plus éloquent d’une défaite qu’ils n’avaient pas pronostiquée. Si vraiment ce Jésus était selon le cœur de Dieu, ils devaient en conclure que Dieu était désarmé, sans défense dans les mains des violents, incapable d’opposer une résistance au mal.

Ainsi, ce dimanche matin, les deux hommes s’enfuient de Jérusalem. Ils ont encore dans les yeux les événements de la passion, de la mort de Jésus ; et leur esprit broie du noir sur ces événements, durant le repos forcé du sabbat. Cette fête de Pâque, qui devait entonner le chant de la délivrance, était devenue au contraire le jour le plus douloureux de leur vie. Ils quittent Jérusalem pour s’en aller ailleurs, dans un village tranquille. Ils ont tout l’air de personnes occupées à chasser un souvenir qui les brûle. Ils sont sur la route, et marchent, tristes. Ce scénario – la route – était déjà important dans les récits des évangiles ; maintenant il le deviendra de plus en plus, car c’est le moment où l’on commence à raconter l’histoire de l’Église.

La rencontre entre Jésus et ces deux disciples semble absolument fortuite : elle ressemble à une de ces nombreuses rencontres qui arrivent dans la vie. Les deux disciples marchent, l’air songeurs, et un inconnu arrive près deux. C’est Jésus; mais leurs yeux ne sont pas en mesure de le reconnaître. Alors Jésus commence sa « thérapie de l’espérance ». Ce qui arrive sur cette route est une thérapie de l’espérance. Qui l’a faite ? Jésus.

Tout d’abord, il demande et il écoute : notre Dieu n’est pas un Dieu envahissant. Même s’il connaît déjà la raison de leur déception, il leur laisse le temps d’aller au fond de leur amertume, de la sonder. Il en ressort une confession qui est un refrain de l’existence humaine: « Nous espérions, mais … Nous espérions, mais…» (v. 21). Que de tristesses, que de défaites il y a dans la vie de toute personne! Au fonds, nous sommes tous un peu comme ces disciples. Que de fois dans la vie avons-nous espéré, que de fois nous sommes-nous sentis à un pas du bonheur, et puis nous nous sommes retrouvés par terre, déçus. Mais Jésus marche avec toutes les personnes qui ont perdu confiance et avancent la tête basse. Et en marchant avec eux, de manière discrète, il parvient à redonner l’espérance.

Jésus leur parle avant tout à travers les Écritures. Ceux qui prennent dans leurs mains le livre de Dieu n’y trouveront pas d’histoires d’héroïsme, des campagnes de conquête fulgurantes. La vraie espérance n’est jamais à bas prix: elle passe toujours par des défaites. L’espérance de ceux qui ne souffrent pas, ne l’est peut-être pas aussi forte. Dieu n’apprécie pas d’être aimé comme on aimerait un chef guerrier qui entraîne son peuple à la victoire en anéantissant dans le sang ses adversaires. Notre Dieu est une petite lampe qui brûle les jours de froid et de vent, et bien qu’elle semble fragile,  elle est sa présence dans ce monde. Il a choisi la place que nous dédaignons tous.

Puis Jésus répète pour ses deux disciples les gestes-clefs de toute Eucharistie: il prend le pain, le rompt, le bénit et le donne. Dans cette série de gestes, n’a-t-on pas là toute l’histoire de Jésus ? Et n’y a-t-il pas aussi dans toute Eucharistie, le signe de ce que doit être l’Église? Jésus nous prend, nous bénit, « rompt » notre vie – parce qu’il n’y a pas d’amour sans sacrifice – et il l’offre aux autres, l’offre à tous.

La rencontre entre Jésus et les deux disciples d’Emmaüs est une rencontre rapide. Mais on y trouve tout le destin de l’Église. Elle nous raconte que la communauté chrétienne n’est pas enfermée dans une citadelle fortifiée, mais marche dans son environnement le plus vital, à savoir la route. Et là, elle rencontre les personnes, avec leurs espoirs et leurs déceptions, parfois pénibles. L’Église écoute les histoires de tout le monde, comme elles émergent de l’écrin de la conscience personnelle ; pour ensuite offrir la Parole de vie, le témoignage de l’amour, un amour fidèle jusqu’au bout. Et le cœur des personnes recommence alors à brûler d’espérance.

Nous tous, dans notre vie, nous avons eu des moments difficiles, sombres; des moments où nous marchions tristes, songeurs, sans horizons, un mur devant nous. Mais Jésus est toujours près de nous pour nous donner l’espérance, pour réchauffer les cœurs et dire: « Avance, je suis avec toi. Avance ! » Tout le secret de la route qui conduit à Emmaüs est là: même avec des apparences contraires, nous continuons à être aimés, Dieu n’arrêtera jamais de nous aimer. Dieu marchera toujours avec nous, toujours, même dans les moments les plus douloureux, même aux pires moments, dans les moments de défaite: le Seigneur est là. C’est notre espérance. Avançons avec cette espérance ! Car Il est à côté de nous, marche avec nous, toujours!