Tu ne voleras pas

 « Toute richesse, pour être bonne, doit avoir une dimension sociale », déclare le pape François. En effet, explique-t-il, « personne n’est le maître absolu de ses biens, mais un administrateur des biens. La possession est une responsabilité ». Et, ajoute-t-il, « tout bien soustrait à la logique de la Providence de Dieu est trahi, est trahi dans le sens le plus profond ».

Le pape François a commenté la septième Parole : « Tu ne voleras pas » avec « une lecture plus ample » et en abordant « le thème de la propriété des biens à la lumière de la sagesse chrétienne ».

« Ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner », a encore dit le pape avec insistance. « La possession des biens est une occasion de les multiplier avec créativité et de les utiliser avec générosité, et ainsi de grandir dans la charité et dans la liberté ». Ainsi, « ce qui nous rend riche, ce ne sont pas les biens, mais c’est l’amour ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant l’explication du Décalogue, nous arrivons aujourd’hui à la septième Parole : « Tu ne voleras pas ».

Quand nous entendons ce commandement, nous pensons à la question du vol et au respect de la propriété d’autrui. Il n’existe pas de culture où le vol et l’abus de pouvoir sur les biens soient licites ; la sensibilité humaine, en effet, est très susceptible sur la défense des biens.

Mais il vaut la peine de s’ouvrir à une lecture plus ample de cette Parole, en portant le thème de la propriété des biens à la lumière de la sagesse chrétienne.

Dans la doctrine sociale de l’Église, on parle de destination universelle des biens. Qu’est-ce que cela signifie ? Écoutons ce que dit le Catéchisme : « Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits. Les biens de la création sont destinés à tout le genre humain. » (2402). Et encore : « La destination universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice. » (2403). (1)

Mais la Providence n’a pas disposé un monde « en série », il y a des différences, des conditions diverses, des cultures différentes et ainsi on peut vivre en pourvoyant les uns pour les autres. Le monde est riche en ressources pour assurer à tous les biens primordiaux. Et pourtant beaucoup vivent dans une indigence scandaleuse et les ressources, utilisées sans critère, se détériorent. Mais il n’y a qu’un seul monde ! Il n’y a qu’une seule humanité (2). Aujourd’hui, la richesse du monde est dans les mains de la minorité, d’un petit nombre et la pauvreté, ou plutôt la misère et la souffrance sont le lot de beaucoup, de la majorité.

S’il y a la faim sur la terre, ce n’est pas à cause du manque de nourriture ! Au contraire, à cause des exigences du marché, on en vient parfois à la détruire, on la jette. Ce qui manque, c’est un esprit d’entreprise libre et clairvoyant, qui assure une production adéquate et une démarche solidaire, qui assure une distribution équitable. Le catéchisme dit encore : « L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres » (2404). Toute richesse, pour être bonne, doit avoir une dimension sociale.

C’est dans cette perspective qu’apparaît la signification positive et ample du commandement « Tu ne voleras pas ». « La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence » (ibid.). Personne n’est le maître absolu de ses biens, mais un administrateur des biens. La possession est une responsabilité : « Mais moi, je suis riche de tout… » – C’est une responsabilité que tu as. Et tout bien soustrait à la logique de la Providence de Dieu est trahi, est trahi dans le sens le plus profond. Ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner. Voilà la mesure pour évaluer comment je réussis à gérer mes richesses, bien ou mal ; cette phrase est importante : ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner. Si je sais donner, je suis ouvert, alors je suis riche non seulement de ce que je possède, mais aussi en générosité, générosité aussi comme un devoir de donner la richesse, pour que tous y participent. En effet, si je ne réussis pas à donner quelque chose, c’est parce que cette chose me possède, a un pouvoir sur moi et que j’en suis esclave. La possession des biens est une occasion de les multiplier avec créativité et de les utiliser avec générosité, et ainsi de grandir dans la charité et dans la liberté.

Le Christ lui-même, bien qu’il soit Dieu, « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti » (Ph 2,6-7) et nous a enrichis de sa pauvreté (cf. 2 Cor 8,9).

Alors que l’humanité se donne du mal pour avoir plus, Dieu la rachète en se faisant pauvre : cet Homme crucifié a payé pour tous un rachat inestimable de la part de Dieu le père, « riche en miséricorde » (Éph 2,4 ; cf. Jc 5,11). Ce qui nous rend riche, ce ne sont pas les biens, mais c’est l’amour. Si souvent nous avons entendu ce que le peuple de Dieu dit : « Le diable entre par les poches ». On commence par l’amour de l’argent, la faim de posséder, et la vanité arrive : « Ah, je suis riche et je m’en vante » ; et à la fin, l’orgueil et la suffisance. C’est la façon d’agir du diable en nous. Mais la porte d’entrée, ce sont les poches.

Chers frères et sœurs, une fois encore Jésus Christ nous dévoile le sens plénier des Écritures. « Tu ne voleras pas » veut dire : aime avec tes biens, profite de tes moyens pour aimer comme tu le peux. Alors ta vie devient bonne et la possession devient vraiment un don. Parce que la vie n’est pas un temps pour posséder mais pour aimer. Merci.

(1) Cf. Enc. Laudato si’, 67 : « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures ; car, en définitive, « au Seigneur la terre » (Ps 24, 1), à lui appartiennent « la terre et tout ce qui s’y trouve » (Dt 10, 14). Pour cette raison, Dieu dénie toute prétention de propriété absolue : « La terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes » (Lv 25, 23). »

(2) Cf. Saint Paul VI, Enc. Populorum progressio, 17 : « Mais chaque homme est membre de la société: il appartient à l’humanité tout entière. Ce n’est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier (…)Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir. »

 

 

Catéchèse sur le 6ème commandement : « la beauté de l’affectivité humaine »

Savoir entrer dans une relation profonde avec les autres

 « L’amour fidèle du Christ est la lumière pour vivre la beauté de l’affectivité humaine », a déclaré le pape François en introduisant sa catéchèse. C’est pourquoi, a-t-il expliqué, l’amour humain s’exprime à son tour « dans la fidélité, dans l’accueil et dans la miséricorde ». Pour « des hommes et des femmes adultes », il s’agit de « prendre sur soi le poids de quelqu’un d’autre », « une attitude globale de la personne qui sait assumer la réalité et qui sait entrer dans une relation profonde avec les autres ».

Le pape François est revenu sur le thème, déjà abordé la semaine précédente, de la sixième Parole : « Tu ne commettras pas d’adultère », pour en développer la signification « sponsale » pour tous les hommes et toutes les femmes.

« Toute vocation chrétienne est sponsale », a répété le Saint-Père, « car elle est le fruit du lien d’amour avec le Christ » : « Dans le sacerdoce, on aime le peuple de Dieu avec toute la paternité, la tendresse et la force d’un époux et d’un père. Et de même la virginité consacrée dans le Christ se vit avec fidélité et avec joie comme une relation sponsale et féconde de maternité et de paternité ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais compléter la catéchèse sur la sixième Parole du Décalogue : « Tu ne commettras pas d’adultère », en soulignant que l’amour fidèle du Christ est la lumière pour vivre la beauté de l’affectivité humaine. En effet, notre dimension affective est un appel à l’amour qui se manifeste dans la fidélité, dans l’accueil est dans la miséricorde. C’est très important. Comment se manifeste l’amour ? Dans la fidélité, dans l’accueil et dans la miséricorde.

Mais il ne faut pas oublier que ce commandement se réfère explicitement à la fidélité matrimoniale et il est donc bien de réfléchir plus à fond sur sa signification sponsale. Ce passage de l’Écriture, ce passage de la Lettre de saint Paul est révolutionnaire ! Penser, avec l’anthropologie de cette époque, et dire que le mari doit aimer sa femme comme le Christ aime l’Église : mais c’est une révolution ! C’est peut-être, à cette époque, la chose la plus révolutionnaire qui ait été dite sur le mariage. Toujours sur la voie de l’amour. Nous pouvons nous demander : ce commandement de la fidélité, à qui est-il destiné ? Seulement aux époux ? En réalité, ce commandement est pour tout le monde, c’est une parole paternelle de Dieu adressée à tous les hommes et à toutes les femmes.

Souvenons-nous que le chemin de la maturité humaine est le parcours même de l’amour qui va de recevoir des soins à la capacité d’offrir des soins, de recevoir la vie à la capacité de donner la vie. Devenir des hommes et des femmes adultes veut dire arriver à vivre l’attitude sponsale et parentale, qui se manifeste dans les différentes situations de la vie comme la capacité de prendre sur soi le poids de quelqu’un d’autre et de l’aimer sans ambiguïté. C’est par conséquent une attitude globale de la personne qui sait assumer la réalité et qui sait entrer dans une relation profonde avec les autres.

Qui est donc l’adultère, celui qui vit dans la luxure, l’infidèle ? C’est une personne immature qui garde sa vie pour elle-même et interprète les situations sur la base de son propre bien-être et de sa propre satisfaction. Par conséquent, pour se marier, il ne suffit pas de célébrer le mariage ! Il faut faire un chemin du ‘je’ au ‘nous’, de penser tout seul à penser à deux, de vivre tout seul à vivre à deux : c’est un beau chemin, un beau chemin. Quand nous arrivons à nous décentrer, alors tout acte est sponsal : nous travaillons, nous parlons, nous décidons, nous rencontrons les autres avec une attitude accueillante et oblative.

En ce sens, toute vocation chrétienne – maintenant nous pouvons élargir un peu la perspective et dire que toute vocation chrétienne, en ce sens, est sponsale. Le sacerdoce l’est parce que c’est l’appel, dans le Christ et dans l’Église, à servir la communauté avec toute l’affection, le soin concret et la sagesse que donne le Seigneur. L’Église n’a pas besoin d’aspirants au rôle de prêtre – non, cela ne sert à rien, il vaut mieux qu’ils restent chez eux – mais elle a besoin d’hommes dont le cœur est touché par l’Esprit Saint dans un amour sans réserve pour l’Épouse du Christ. Dans le sacerdoce, on aime le peuple de Dieu avec toute la paternité, la tendresse et la force d’un époux et d’un père. Et de même la virginité consacrée dans le Christ se vit avec fidélité et avec joie comme une relation sponsale et féconde de maternité et de paternité.

Je répète : toute vocation chrétienne est sponsale, parce qu’elle est le fruit du lien d’amour où nous sommes tous régénérés, le lien d’amour avec le Christ, comme nous l’a rappelé le passage de saint Paul lu au début. À partir de sa fidélité, de sa tendresse, de sa générosité, nous regardons avec foi le mariage et toutes les vocations, et nous comprenons le sens plénier de la sexualité.

La créature humaine, dans son indissoluble unité d’esprit et de corps, et dans sa polarité masculine et féminine, est une réalité très bonne, destinée à aimer et à être aimée. Le corps humain n’est pas un instrument de plaisir, mais le lieu de notre appel à l’amour, et dans l’amour authentique il n’y a pas de place pour la luxure ni pour la superficialité. Les hommes et les femmes méritent plus que cela !

La Parole « Tu ne commettras pas d’adultère », même sous une forme négative, nous oriente à notre appel originel, c’est-à-dire à l’amour sponsal plein et fidèle, que Jésus-Christ nous a révélé et donné (cf. Rm 12,1).

 

 

Pour anéantir un homme, il suffit de l’ignorer

La colère, l’insulte et le mépris sont « une forme d’homicide » a affirmé le pape François. Revenant sur un sujet qui lui tient à cœur, le pape a expliqué le «  sens encore plus profond » du cinquième commandement : « l’indifférence tue ». « Pour offenser l’innocence d’un enfant, a-t-il précisé, il suffit d’une phrase inopportune. Pour blesser une femme, un geste de froideur peut suffire. Pour briser le cœur d’un jeune, il suffit de lui refuser sa confiance. Pour anéantir un homme, il suffit de l’ignorer. »

Il a approfondi la signification de la cinquième parole du Décalogue, déjà abordée: « Tu ne tueras pas ».

« La vie humaine a besoin d’amour », c’est-à-dire de « la miséricorde », a poursuivi le pape qui « L’amour dont nous ne pouvons pas nous passer est celui qui pardonne, qui accueille celui qui nous a fait du mal. Personne d’entre nous ne peut survivre sans miséricorde, nous avons tous besoin du pardon. » Et de conclure : « “Tu ne tueras pas” est un appel à l’amour et à la miséricorde ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais poursuivre la catéchèse sur la Cinquième parole du Décalogue, « Tu ne tueras pas ». Nous avons déjà souligné comment ce commandement révèle qu’aux yeux de Dieu la vie humaine est précieuse, sacrée et inviolable. Personne ne peut mépriser la vie d’autrui ni sa propre vie ; en effet, l’homme porte en lui-même l’image de Dieu et il est l’objet de son amour infini, quelle que soit la condition dans laquelle il a été appelé à l’existence.

Dans le passage de l’Évangile que nous venons d’écouter, Jésus nous révèle un sens encore plus profond de ce commandement. Il affirme que, devant le tribunal de Dieu, la colère contre un frère est aussi une forme d’homicide. C’est pourquoi l’apôtre Jean écrira : «  Quiconque a de la haine contre son frère est un meurtrier » (1 Jn 3, 15). Mais Jésus ne s’arrête pas là et, dans la même logique, il ajoute que l’insulte et le mépris peuvent aussi tuer. Et nous sommes habitués à insulter, c’est vrai. Et l’insulte nous vient comme une respiration. Et Jésus nous dit : « Arrête-toi, parce que l’insulte fait mal, elle tue ». Le mépris. « Mais je… ces gens, celui-ci, je le méprise ». Et ceci est une manière de tuer la dignité d’une personne. Et ce serait beau si cet enseignement de Jésus entrait dans l’esprit et dans le cœur et si chacun de nous disait : « Je n’insulterai jamais personne ». Ce serait une belle résolution, parce que Jésus nous dit : « Regarde, si tu méprises, si tu insultes, si tu haïs, c’est un meurtre ».

Aucun code humain ne compare des actes aussi différents en leur assignant le même degré de jugement. Et, de manière cohérente, Jésus invite carrément à interrompre l’offrande du sacrifice dans le temple si l’on se rappelle qu’un frère a été offensé par nous, pour aller le chercher et se réconcilier avec lui. Nous aussi, quand nous allons à la messe, nous devrions avoir ce comportement de réconciliation avec les personnes avec lesquelles nous avons eu des problèmes. Et aussi si nous avons pensé du mal d’elles, si nous les avons insultées. Mais bien souvent, pendant que nous attendons la venue du prêtre pour dire la messe, on bavarde un peu et on dit du mal des autres. Mais cela n’est pas possible. Pensons à la gravité de l’insulte, du mépris, de la haine : Jésus les met au même niveau que le meurtre.

Que veut dire Jésus lorsqu’il étend jusque là le domaine de la cinquième arole ? L’homme a une vie noble, très sensible, et il possède un moi profond qui n’est pas moins important que son être physique. En effet, pour offenser l’innocence d’un enfant, il suffit d’une phrase inopportune. Pour blesser une femme, un geste de froideur peut suffire. Pour briser le cœur d’un jeune, il suffit de lui refuser sa confiance. Pour anéantir un homme, il suffit de l’ignorer. L’indifférence tue. C’est comme si l’on disait à l’autre personne : « Pour moi, tu es mort », parce que tu l’as tué dans ton cœur. Ne pas aimer est le premier pas pour tuer ; et ne pas tuer est le premier pas pour aimer.

Dans la Bible, au commencement, on lit cette phrase terrible sortie de la bouche du premier meurtrier, Caïn, après que le Seigneur lui a demandé où était son frère. Caïn répond : « Je ne sais pas. Est-ce que je suis, moi, le gardien de mon frère ? » (Gen 4,9) (1). C’est ainsi que parlent les assassins : « Cela ne me regarde pas », « ce sont tes affaires », etc. Essayons de répondre à cette question : sommes-nous les gardiens de nos frères ? Oui, nous le sommes ! Nous sommes les gardiens les uns des autres ! Et voilà le chemin de la vie, c’est le chemin du refus du meurtre.

La vie humaine a besoin d’amour. Et quel est l’amour authentique ? C’est celui que le Christ nous a montré, c’est-à-dire la miséricorde. L’amour dont nous ne pouvons pas nous passer est celui qui pardonne, qui accueille celui qui nous a fait du mal. Personne d’entre nous ne peut survivre sans miséricorde, nous avons tous besoin du pardon. Par conséquent, si tuer signifie détruire, supprimer, éliminer quelqu’un, alors ne pas tuer voudra dire prendre soin, valoriser, inclure. Et aussi pardonner.

Personne ne peut s’illusionner en pensant : « Je suis bien parce que je ne fais rien de mal ». Un minéral ou une plante a ce genre d’existence, mais pas un homme. Une personne – un homme ou une femme – non. À un homme ou à une femme il est demandé davantage. Il y a du bien à faire, préparé pour chacun de nous, chacun le sien, qui nous permet d’être nous-mêmes jusqu’au bout. « Tu ne tueras pas » est un appel à l’amour et à la miséricorde, c’est un appel à vivre selon le Seigneur Jésus qui a donné sa vie pour nous et qui est ressuscité pour nous. Une fois, nous avons répété tous ensemble, ici sur la Place, une phrase d’un saint à ce sujet. Cela nous aidera peut-être : « Ne pas faire de mal est une bonne chose. Mais ne pas faire de bien n’est pas bon ». Nous devons toujours faire du bien. Aller au-delà.

Lui, le Seigneur qui, en s’incarnant, a sanctifié notre existence ; lui qui, par son sang, l’a rendue inestimable ; lui, « l’auteur de la vie » (Ac 3,15), grâce à qui chacun est un cadeau du Père. En lui, dans son amour plus fort que la mort, et par la puissance de l’Esprit que le Père nous donne, nous pouvons accueillir la parole « Tu ne tueras pas » comme l’appel le plus important et essentiel : ne pas tuer signifie que l’appel à l’amour est un.

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(1) Cf. Catéchisme de l’Église catholique, 2259 : « L’Écriture, dans le récit du meurtre d’Abel par son frère Caïn (cf. Gn 4, 8-12), révèle, dès les débuts de l’histoire humaine, la présence dans l’homme de la colère et de la convoitise, conséquences du péché originel. L’homme est devenu l’ennemi de son semblable. Dieu dit la scélératesse de ce fratricide : “Qu’as-tu fait ? La voix du sang de ton frère crie vers moi. Maintenant donc maudit sois-tu de par le sol qui a ouvert sa bouche pour prendre de ta main le sang de ton frère” (Gn 4, 10-11) ».

 

 

Catéchèse sur le 6e commandement : « On ne plaisante pas avec l’amour »

Pas de relation humaine authentique sans fidélité

 « C’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour », a affirmé le pape François. En effet, « l’être humain a besoin d’être aimé sans conditions ». C’est pourquoi, a expliqué le pape, « aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté » : « la fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami ».

Il a commenté le sixième commandement : « Tu ne commettras pas d’adultère » : « un rappel immédiat à la fidélité », a-t-il indiqué.

Devant le risque « d’appeler “amour” des relations naissantes et immatures », le pape conseille, avant le mariage, « une préparation soignée, je dirais un catéchuménat » parce que les fiancés « ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu ». « L’appel à la vie conjugale, insiste le pape, requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier ». Et les fiancés doivent aussi  « mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans notre parcours de catéchèses sur les Commandements, nous arrivons aujourd’hui à la sixième parole, qui concerne la dimension affective et sexuelle et qui affirme : « Tu ne commettras pas d’adultère ».

C’est un rappel immédiat à la fidélité et, en effet, aucune relation humaine n’est authentique sans fidélité et loyauté.

On ne peut aimer seulement tant que « cela convient » ; l’amour se manifeste justement au-delà du seuil du profit personnel, quand on donne tout sans réserve. Comme l’affirme le Catéchisme : « L’amour veut être définitif. Il ne peut être “jusqu’à nouvel ordre” » (n.1646). La fidélité est la caractéristique de la relation humaine libre, mûre, responsable. Un ami aussi se démontre authentique parce qu’il reste tel dans n’importe quelle situation, sinon ce n’est pas un ami. Le Christ révèle l’amour authentique, lui qui vit de l’amour sans limite du Père, et en vertu de ceci il est l’Ami fidèle qui nous accueille même quand nous nous trompons et qui veut toujours notre bien, même lorsque nous ne le méritons pas.

L’être humain a besoin d’être aimé sans conditions et celui qui ne reçoit pas cet accueil porte en lui une certaine incomplétude, souvent sans le savoir. Le cœur humain cherche à remplir ce vide avec des succédanés, acceptant des compromis et une médiocrité qui n’ont qu’un vague goût d’amour. Le risque est d’appeler « amour » des relations naissantes et immatures, avec l’illusion de trouver une lumière de vie dans quelque chose qui, dans le meilleur des cas, n’en est qu’un reflet.

Il arrive ainsi que l’on surévalue, par exemple, l’attraction physique qui est en soi un don de Dieu, mais qui est finalisée à préparer la voie à une relation authentique et fidèle avec la personne. Comme le disait saint Jean-Paul II, l’être humain « est appelé à la spontanéité pleine et mûre des relations » qui « est le fruit graduel du discernement des impulsions de son cœur ». C’est quelque chose qui est à conquérir, à partir du moment où chaque être humain « doit avec persévérance et cohérence apprendre ce qu’est la signification du corps » (cf. Catéchèse, 12 novembre 1980).

L’appel à la vie conjugale requiert par conséquent un discernement soigné sur la qualité de la relation et un temps de fiançailles pour la vérifier. Pour accéder au sacrement du mariage, les fiancés doivent mûrir la certitude que la main de Dieu est sur leur lien, lui qui les précède et les accompagne, et qui leur permettra de dire : « Avec la grâce du Christ, je promets de t’être toujours fidèle ». Ils ne peuvent pas se promettre fidélité « dans la joie et dans la douleur, dans la santé et dans la maladie » et de s’aimer et s’honorer tous les jours de leur vie, uniquement sur la base de leur bonne volonté ou de l’espérance que « cela marche ».

Ils ont besoin de se baser sur le terrain solide de l’amour fidèle de Dieu. Et pour cela, avant de recevoir le sacrement du mariage, il faut une préparation soignée, je dirais un catéchuménat, parce que c’est toute la vie qui se joue dans l’amour et on ne plaisante pas avec l’amour. On ne peut appeler « préparation au mariage » trois ou quatre conférences données en paroisse ; non, ce n’est pas une préparation : c’est une fausse préparation. Et la responsabilité de celui qui fait cela retombe sur lui : sur le curé, sur l’évêque qui permet cela. La préparation doit être mûre et il faut du temps. Ce n’est pas un acte formel : c’est un sacrement. Mais il faut le préparer par un véritable catéchuménat.

En effet, la fidélité est une manière d’être, un style de vie. On travaille avec loyauté, on parle avec sincérité, on reste fidèle à la vérité dans ses pensées, dans ses actions. Une vie tissée de fidélité s’exprime dans toutes les dimensions et conduit à être des hommes et des femmes fidèles et fiables en toute circonstance.

Mais pour arriver à une vie aussi belle, notre nature humaine ne suffit pas, il faut que la fidélité de Dieu entre dans notre existence, soit contagieuse. Cette sixième parole nous appelle à poser notre regard sur le Christ qui, par sa fidélité, peut ôter de nous un cœur adultère et nous donner un cœur fidèle. En lui, et en lui seulement, se trouve l’amour sans réserve et sans rétraction, le don complet sans parenthèses et la ténacité de l’accueil jusqu’au bout.

Notre fidélité découle de sa mort et de sa résurrection, la constance dans les relations découle de son amour inconditionnel. La communion entre nous et la capacité à vivre nos liens dans la fidélité découlent de la communion avec lui, avec le Père et avec le Saint-Esprit.

 

 

IVG et tueur à gage

Une façon « d’éliminer quelqu’un » qui s’apparente aux services d’un « tueur à gage » : le pape François n’a pas mâché ses mots sur l’avortement. Au contraire, « celui, celle que l’on présente comme un problème, est en réalité un don de Dieu, qui peut me sortir de l’égocentrisme et me faire grandir dans l’amour ».

Depuis la place Saint-Pierre, le pape a poursuivi ses catéchèses sur le Décalogue, en méditant sur le commandement « Tu ne tueras pas ». Il s’est particulièrement élevé contre « la suppression de la vie humaine dans le sein maternel, au nom de la sauvegarde d’autres droits » : « Mais comment un acte qui supprime la vie innocente et sans défense dans son éclosion peut-il être thérapeutique, civil, ou simplement humain ? Je vous pose la question : est-il juste de supprimer une vie humaine pour résoudre un problème ? »

« On ne peut pas, ce n’est pas juste, « d’éliminer » un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme engager un tueur à gages pour résoudre un problème », a insisté le pape en fustigeant une « façon de parler » enrobée : « “interrompre la grossesse” signifie “descendre quelqu’un”, directement ».

Au fil de sa catéchèse, le pape a estimé que ce sont les idoles de ce monde – l’argent, le pouvoir, le succès – qui conduisent l’homme « à refuser la vie ». L’unique mesure authentique de la vie, a-t-il affirmé, « c’est l’amour, l’amour avec lequel Dieu l’aime ! L’amour avec lequel Dieu aime la vie… L’amour avec lequel Dieu aime toute vie humaine ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La catéchèse d’aujourd’hui est dédiée à la cinquième parole du Décalogue : « Tu te tueras pas ». Le cinquième commandement, ne pas tuer. Nous sommes déjà dans la seconde partie du Décalogue, celle qui concerne les relations avec le prochain ; et ce commandement, dans sa formulation concise et catégorique, se dresse comme une muraille pour défendre la valeur fondamentale dans les relations humaines. Et quelle est cette valeur fondamentale dans les relations humaines ? La valeur de la vie. C’est pourquoi « tu ne tueras pas ».

On pourrait dire que tout le mal réalisé dans le monde se résume en ceci : le mépris pour la vie. La vie est attaquée par les guerres, par les organisations qui exploitent l’homme – dans les journaux télévisés nous voyons tant de choses – par les spéculations sur la création et par la culture du rejet, et par tous les systèmes qui soumettent l’existence humaine à des calculs d’opportunité, tandis qu’un nombre scandaleux de personnes vivent dans une situation indigne de l’homme. Ceci, c’est mépriser la vie, c’est-à-dire tuer, d’une certaine façon.

Une approche contradictoire autorise aussi la suppression de la vie humaine dans le sein maternel, au nom de la sauvegarde d’autres droits. Mais comment un acte qui supprime la vie innocente et sans défense dans son éclosion peut-il être thérapeutique, civil, ou simplement humain ? Je vous pose la question : est-il juste de supprimer une vie humaine pour résoudre un problème ? Qu’en pensez-vous : est-ce juste ? … Est-ce juste d’engager un tueur à gages pour résoudre un problème ? On ne peut pas, ce n’est pas juste, « d’éliminer » un être humain, même petit, pour résoudre un problème. C’est comme engager un tueur à gages pour résoudre un problème.

D’où vient tout cela ? La violence et le refus de la vie naissent, au fond, de la peur. L’accueil de l’autre, en effet, est un défi à l’individualisme. Pensons, par exemple, au moment où l’on découvre qu’une vie naissante est porteuse de handicap, même grave. Les parents, dans ces cas dramatiques, ont besoin de vraie proximité, de vraie solidarité, pour affronter la réalité en dépassant les peurs compréhensibles. Au contraire ils reçoivent souvent des conseils pressés d’interrompre la grossesse, ce qui est une façon de parler : “interrompre la grossesse” signifie “descendre quelqu’un”, directement.

Un enfant malade est comme tout nécessiteux de la terre, comme une personne âgée qui a besoin d’assistance, comme tant de pauvres qui ont de la peine à vivoter : celui, celle que l’on présente comme un problème, est en réalité un don de Dieu, qui peut me sortir de l’égocentrisme et me faire grandir dans l’amour. La vie vulnérable nous montre la voie de sortie, le chemin pour nous sauver d’une existence repliée sur elle-même et découvrir la joie de l’amour. Et ici je voudrais m’arrêter pour remercier de nombreux volontaires, remercier le fort volontariat italien, qui est le plus fort que j’ai connu. Merci.

Et qu’est-ce qui conduit l’homme à refuser la vie ? Ce sont les idoles de ce monde : l’argent – c’est mieux de se débarrasser de ça, parce que ça coûtera –, le pouvoir, le succès. Ce sont de faux paramètres pour apprécier la vie. L’unique mesure authentique de la vie, quelle est-elle ? C’est l’amour, l’amour avec lequel Dieu l’aime ! L’amour avec lequel Dieu aime la vie : c’est la mesure. L’amour avec lequel Dieu aime toute vie humaine.

En effet, quel est le sens positif de la parole ‘Tu ne tueras pas’ ? Que Dieu aime la vie, comme nous l’avons écouté il y a quelques instants dans la Lecture biblique.

Le secret de la vie nous est dévoilé dans le fait que le Fils de Dieu s’est fait homme jusqu’à assumer, sur la croix, le refus, la faiblesse, la pauvreté et la souffrance (cf. Jn 13,1). Dans tout enfant malade, dans toute personne âgée faible, dans tout migrant désespéré, dans toute vie fragile et menacée, le Christ nous cherche (cf. Mt 25,34-46), il cherche notre cœur, pour nous dévoiler la joie de l’amour. Cela vaut la peine d’accueillir toute vie parce que tout homme vaut le sang du Christ lui-même. (cf. 1 P 1,18-19). On ne peut mépriser ce que Dieu a tant aimé !

Nous devons dire aux hommes et aux femmes du monde : ne méprisez pas la vie ! La vie d’autrui, mais aussi la sienne, parce que le commandement « Tu ne tueras pas » vaut aussi pour elle. Il faut dire à tant de jeunes : ne méprise pas ton existence ! Arrête de rejeter l’oeuvre de Dieu ! Tu es une oeuvre de Dieu ! Ne te sous-estime pas, ne te méprise pas avec des dépendances qui te ruineront et qui te conduiront à la mort !

Que personne ne mesure la vie selon les tromperies de ce monde, mais que chacun s’accueille lui-même et les autres au nom du Père qui nous a créés. Il est « amant de la vie »: c’est beau cela, “Dieu est amant de la vie”. Et nous lui sommes tous si chers, qu’il a envoyé son Fils pour nous. « Car Dieu – dit l’Evangile – a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais obtienne la vie éternelle.» (Jn 3,16).

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[1] Cf. Congrégation pour la Doctrine de la foi, Istr. Donum vitae, 5: AAS 80 (1988), 76-77: « La vie humaine est sacrée parce que, dès son origine, elle comporte l’action créatrice de Dieu et demeure pour toujours dans une relation spéciale avec le Créateur, son unique fin. Dieu seul est le Maître de la vie de son commencement à son terme: personne, en aucune circonstance, ne peut revendiquer pour soi le droit de détruire directement un être humain innocent ».