Il humanise et ‘fraternise’ tous les contextes

L’Esprit-Saint est « le chef d’orchestre qui fait jouer les partitions des louanges pour les “grandes œuvres” de Dieu », affirme le pape François. L’Esprit-Saint, poursuit-il, « est l’artisan de la communion, il est l’artiste de la réconciliation qui sait enlever les barrières entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, pour faire d’eux un seul corps. Il édifie la communauté des croyants en harmonisant l’unité du corps et la multiplicité des membres. Il fait grandir l’Église en l’aidant à aller au-delà des limites humaines, des péchés et de n’importe quel scandale ».

L’Esprit-Saint fait « irruption », une irruption « qui ne tolère pas ce qui est fermé » et qui « ouvre grand les portes ». Lui seul « a le pouvoir d’humaniser et de ‘fraterniser’ tous les contextes, à partir de ceux qui l’accueillent », a encore expliqué le pape avant de conclure : « Demandons au Seigneur de nous faire expérimenter une nouvelle Pentecôte qui dilate nos cœurs et accorde nos sentiments à ceux du Christ, de sorte que nous annoncions sans honte sa parole qui transforme et que nous témoignions de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’il rencontre ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Cinquante jours après Pâques, dans ce cénacle qui est désormais leur maison et où la présence de Marie, mère du Seigneur, est l’élément de cohésion, les apôtres vivent un événement qui dépasse leurs attentes. Réunis en prière – la prière est le « poumon » qui donne souffle aux disciples de tous les temps ; sans prière, on ne peut pas être disciple de Jésus ; sans prière, nous ne pouvons pas être chrétiens ! C’est l’air, c’est le poumon de la vie chrétienne –, ils sont surpris par l’irruption de Dieu. Il s’agit d’une irruption qui ne tolère pas ce qui est fermé : elle ouvre grand les portes par la force d’un vent qui rappelle la ‘ruah’, le souffle primordial, et accomplit la promesse de la « force » faite par le Ressuscité avant son départ (cf. Ac 1,8). Elle arrive à l’improviste, d’en-haut, « un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » (Ac 2,2).

Au vent, s’ajoute ensuite le feu qui rappelle le buisson ardent et le Sinaï avec le don des dix paroles (cf. Ex 19,16-19). Dans la tradition biblique, le feu accompagne la manifestation de Dieu. Dans le feu, Dieu confie sa parole vivante et énergique (cf. He 4,12), qui ouvre à l’avenir ; le feu exprime symboliquement son œuvre qui consiste à réchauffer, éclairer et sonder les cœurs, son soin à tester la résistance des œuvres humaines, à les purifier et à les revitaliser. Tandis qu’au Sinaï on entend la voix de Dieu, à Jérusalem, en la fête de la Pentecôte, c’est Pierre qui parle, le roc sur lequel le Christ a choisi d’édifier son Église. Sa parole, faible et capable même de renier le Seigneur, traversée par le feu de l’Esprit, acquiert une force, devient capable de transpercer les cœurs et de pousser à la conversion. En effet, Dieu choisit ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts (1 Cor 1,27).

L’Église naît par conséquent du feu de l’amour et d’un « incendie » qui éclate à la Pentecôte et qui manifeste la force de la parole du Ressuscité pleine d’Esprit-Saint. L’Alliance nouvelle et définitive est fondée non plus sur une loi écrite sur des tables de pierre, mais sur l’action de l’Esprit de Dieu qui fait toutes choses nouvelles et qui se grave dans des cœurs de chair.

La parole des apôtres s’imprègne de l’Esprit du Ressuscité et devient une parole nouvelle, différente, mais que l’on peut comprendre, comme si elle était traduite simultanément dans toutes les langues : en effet, « chacun les entendait parler dans sa propre langue » (Ac 2,6). Il s’agit du langage de la vérité et de l’amour, qui est la langue universelle : même les analphabètes peuvent la comprendre. Le langage de la vérité et de l’amour, tout le monde le comprend. Si tu vas avec la vérité de ton cœur, avec la sincérité, et si tu vas avec amour, tout le monde te comprendra. Même si tu ne peux pas parler, mais avec une caresse, qui soit vraie et aimante.

L’Esprit-Saint non seulement se manifeste à travers une symphonie de sons qui unit et qui compose harmoniquement les différences mais il se présente comme le chef d’orchestre qui fait jouer les partitions des louanges pour les « grandes œuvres » de Dieu. L’Esprit-Saint est l’artisan de la communion, il est l’artiste de la réconciliation qui sait enlever les barrières entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, pour faire d’eux un seul corps. Il édifie la communauté des croyants en harmonisant l’unité du corps et la multiplicité des membres. Il fait grandir l’Église en l’aidant à aller au-delà des limites humaines, des péchés et de n’importe quel scandale.

La surprise est immense et certains se demandent si ces hommes sont ivres. Alors Pierre intervient au nom de tous les apôtres et relit cet événement à la lumière de Joël 3, où est annoncée une nouvelle effusion de l’Esprit-Saint. Les disciples de Jésus ne sont pas ivres, mais ils vivent ce que saint Ambroise définit comme « la sobre ivresse de l’Esprit », qui réalise au milieu du peuple de Dieu la prophétie à travers des songes et des visions. Ce don prophétique n’est pas seulement réservé à quelques-uns, mais à tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur.

Désormais, à partir de ce moment-là, l’Esprit de Dieu pousse les cœurs à accueillir le salut qui passe à travers une personne, Jésus-Christ, celui que les hommes ont cloué sur le bois de la croix et que Dieu a ressuscité des morts « en le délivrant des douleurs de la mort » (Ac 2,24). C’est lui qui a répandu cet Esprit qui orchestre la polyphonie de louanges et que tous peuvent entendre. Comme le disait Benoît XVI, « la Pentecôte est ceci : Jésus et, à travers lui, Dieu lui-même, vient à nous et nous attire en lui » (Homélie, 3 juin 2006). L’Esprit opère l’attraction divine : Dieu nous séduit par son amour et ainsi, il nous implique, pour faire avancer l’histoire et lancer des processus à travers lesquels filtre la vie nouvelle. Seul l’Esprit de Dieu, en effet, a le pouvoir d’humaniser et de ‘fraterniser’ tous les contextes, à partir de ceux qui l’accueillent.

Demandons au Seigneur de nous faire expérimenter une nouvelle Pentecôte qui dilate nos cœurs et accorde nos sentiments à ceux du Christ, de sorte que nous annoncions sans honte sa parole qui transforme et que nous témoignions de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’il rencontre.

 

 

 

Le pape invite à redécouvrir la beauté de témoigner du Ressuscité

 « L’unité entre les frères » est « l’unique atmosphère possible d’un don de soi authentique », affirme le pape François. « La communion surmonte les divisions, l’isolement, la mentalité qui absolutise l’espace du privé », elle est « le premier témoignage offert par les apôtres », poursuit-il. Dans les Actes des apôtres, les Douze « ne manifestent pas au monde leur perfection présumée mais, à travers la grâce de l’unité, ils font émerger un Autre qui vit désormais d’une manière nouvelle au milieu de son peuple », le Seigneur Jésus.

Il a centré sa méditation sur le passage des Actes des apôtres (1, 21-22.26) qui raconte le choix de Matthias par les Onze pour remplacer Judas.

En choisissant de « vivre sous la seigneurie du Ressuscité », explique le pape François, les apôtres « choisissent la vie et la bénédiction, deviennent responsables en la faisant à leur tour circuler dans l’histoire, de génération en génération, du peuple d’Israël à l’Église ». Ils « sont témoins lumineux du Dieu vivant et agissant dans l’histoire », souligne le pape qui invite à « redécouvrir la beauté de témoigner du Ressuscité, en sortant de nos attitudes autoréférentielles, en renonçant à garder les dons de Dieu et en ne cédant pas à la médiocrité ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous avons initié un parcours de catéchèses qui suivra le « voyage » : le voyage de l’Évangile raconté par le livre des Actes des apôtres, parce que ce livre fait certainement voir le voyage de l’Évangile, comment l’Évangile est allé au-delà, au-delà, au-delà… tout part de la résurrection du Christ. En effet, ce n’est pas un événement parmi tant d’autres, mais c’est la source de la vie nouvelle. Les disciples le savent et, obéissant au commandement de Jésus, ils restent unis, unanimes et persévérants dans la prière. Ils se serrent contre Marie, leur Mère, et se préparent à recevoir la puissance de Dieu non pas passivement, mais en consolidant la communion entre eux.

Cette première communauté était formée de plus ou moins 120 frères et sœurs : un nombre qui comporte le chiffre 12, emblématique pour Israël, parce qu’il représente les 12 tribus, et emblématique pour l’Église en raison des douze apôtres choisis par Jésus. Mais maintenant, après les événements douloureux de la Passion, les apôtres du Seigneur ne sont plus douze mais onze. L’un d’eux, Judas, n’est plus là : écrasé par le remords, il s’est ôté la vie.

Il avait déjà commencé auparavant à se séparer de la communion avec le Seigneur et avec les autres, à agir tout seul, à s’isoler, à s’attacher à l’argent au point d’instrumentaliser les pauvres, à perdre de vue l’horizon de la gratuité et du don de soi, jusqu’à permettre au virus de l’orgueil de lui infecter l’esprit et le cœur en le transformant d’ « ami » (Mt 26,50) en ennemi et jusqu’à « à servir de guide aux gens qui ont arrêté Jésus » (Actes 1,16). Judas avait reçu la grande grâce de faire partie du groupe des intimes de Jésus et de participer à son ministère même, mais à un certain point, il a eu la prétention de « sauver »  sa vie tout seul, ce qui a eu pour effet de la perdre (cf. Lc 9,24). Il a cessé d’appartenir de cœur à Jésus et s’est mis en dehors de la communion avec lui et avec les siens. Il a cessé d’être disciple et s’est mis au-dessus du Maître. Il l’a vendu et avec le « prix de son délit », il a acquis un terrain qui n’a pas produit de fruit mais qui a été imprégné de son propre sang (cf. Actes 1,18-19).

Oui, Judas a préféré la mort à la vie  (cf. Dt 30,19 ; Sir 15,17) et a suivi l’exemple des impies dont le chemin est comme l’obscurité et va à sa ruine (cf. Pr 4,19 ; Ps 1,6) ; les Onze, eux, choisissent la vie et la bénédiction, deviennent responsables en la faisant à leur tour circuler dans l’histoire, de génération en génération, du peuple d’Israël à l’Église.

L’évangéliste Luc nous montre que, devant l’abandon de l’un des Douze, qui a créé une blessure dans le corps communautaire, il est nécessaire que sa charge passe à un autre. Et qui pourrait l’assumer ? Pierre indique les conditions : le nouveau membre doit avoir été un disciple de Jésus depuis le début, c’est-à-dire depuis le baptême dans le Jourdain, jusqu’à la fin, c’est-à-dire à l’ascension au ciel (cf. Actes 1,21-22). Il faut reconstituer le groupe des Douze. C’est à ce moment qu’est inaugurée la pratique du discernement communautaire, qui consiste à voir la réalité avec les yeux de Dieu, dans une optique d’unité et de communion.

Il y a deux candidats : Joseph Barsabbas et Matthias. Alors toute la communauté prie ainsi : « « Toi, Seigneur, qui connais tous les cœurs, désigne lequel des deux tu as choisi pour qu’il prenne (…) la place que Judas a désertée » (Actes 1,24-25). Et à travers le sort, le Seigneur indique Matthias, qui est associé aux Onze. Ainsi se reconstitue le corps des Douze, signe de communion, et la communion surmonte les divisions, l’isolement, la mentalité qui absolutise l’espace du privé, signe que la communion est le premier témoignage offert par les apôtres. Jésus l’avait dit : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35).

Dans les Actes des apôtres, les Douze manifestent le style du Seigneur. Ce sont les témoins accrédités de l’œuvre de salut du Christ et il ne manifestent pas au monde leur perfection présumée mais, à travers la grâce de l’unité, ils font émerger un Autre qui vit désormais d’une manière nouvelle au milieu de son peuple. Et qui est-il ? C’est le Seigneur Jésus. Les apôtres choisissent de vivre sous la seigneurie du Ressuscité dans l’unité entre les frères, qui devient l’unique atmosphère possible d’un don de soi authentique.

Nous avons besoin nous aussi de redécouvrir la beauté de témoigner du Ressuscité, en sortant de nos attitudes autoréférentielles, en renonçant à garder les dons de Dieu et en ne cédant pas à la médiocrité. La recomposition du collège apostolique montre combien, dans le DNA de la communauté chrétienne, se trouve l’unité et la liberté par rapport à soi, qui permettent de ne pas craindre la diversité, de ne pas s’attacher aux choses et aux dons et de devenir ‘martyres’, c’est-à-dire témoins lumineux du Dieu vivant et agissant dans l’histoire.

 

 

 

Conclusion du cycle sur la prière du « Notre Père »

 « Le protagoniste de toute prière chrétienne est l’Esprit Saint », a rappelé le pape François. « Nous ne pourrions jamais prier sans la force de l’Esprit Saint. C’est lui qui prie en nous et qui nous entraîne à bien prier. Nous pouvons demander à l’Esprit de nous enseigner à prier (…) L’Esprit nous rend capables de prier en enfants de Dieu, ce que nous sommes réellement par le baptême ». C’est pourquoi, a-t-il conclu, « pour prier, nous devons nous faire tout-petits, pour que l’Esprit Saint vienne en nous et que ce soit lui qui nous guide dans la prière ».

Il faut de l’ « audace », a-t-il dit, pour appeler Dieu « notre Père ».

Dire « Père » à Dieu, « c’est la racine de la prière chrétienne ». Cependant, a aussitôt souligné le pape, il ne s’agit pas d’une « formule », mais d’une « intimité filiale dans laquelle nous sommes introduits par grâce ». Le pape a relevé différents passages du Nouveau Testament dans lesquels Jésus parle de Dieu comme de son « Père », dévoilant ainsi que « le cœur de sa relation avec son Père, c’est le cœur de la foi et de la prière ». Voici pourquoi, a-t-il conclu, « à partir de ce cœur, un chrétien peut prier dans toutes les situations ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous concluons aujourd’hui le cycle de catéchèses sur le « Notre Père ». Nous pouvons dire que la prière chrétienne naît de l’audace d’appeler Dieu par le nom de « Père ». C’est la racine de la prière chrétienne : dire « Père » à Dieu. Mais il faut du courage ! Il ne s’agit pas tant d’une formule que d’une intimité filiale dans laquelle nous sommes introduits par grâce : Jésus est le révélateur du Père et il nous donne la familiarité avec lui. « Il ne nous laisse pas une formule à répéter mécaniquement. Comme pour toute prière vocale, c’est à travers la Parole de Dieu que l’Esprit Saint enseigne aux enfants de Dieu à prier leur Père » (Catéchisme de l’Église catholique, 2766). Jésus lui-même a employé différentes expressions pour prier son Père. Si nous lisons attentivement les Évangiles, nous découvrons que ces expressions de prière qui affleurent sur les lèvres de Jésus rappellent le texte du « Notre Père ».

Par exemple, la nuit de Gethsémani, Jésus prie de cette manière : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14,36). Nous avons déjà évoqué ce texte de l’Évangile de Marc. Comment ne pas reconnaître dans cette prière, si brève soit-elle, une trace du « Notre Père ? » ? Au milieu des ténèbres, Jésus invoque Dieu par le nom d’ « Abba », avec une confiance filiale et, bien qu’il ressente peur et angoisse, il demande que soit accomplie sa volonté.

Dans d’autres passages de l’Évangile, Jésus insiste avec ses disciples pour qu’ils cultivent un esprit d’oraison. La prière doit être insistante et surtout, elle doit porter le souvenir des frères, surtout quand nous vivons des relations difficiles avec eux. Jésus dit : «  Et quand vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes » (Mc 11,25). Comment ne pas reconnaître, dans ces expressions, une consonance avec le « Notre Père » ? Et les exemples pourraient être nombreux, pour nous aussi.

Dans les écrits de saint Paul, nous ne trouvons pas le texte du « Notre Père », mais sa présence émerge dans cette synthèse étonnante où l’invocation du chrétien est condensée en un seul mot : « Abba ! » (cf. Rm 8,15 ; Gal 4,6).

Dans l’Évangile de Luc, Jésus satisfait pleinement la requête des disciples qui, le voyant souvent se mettre à part et s’immerger dans la prière, se décident un jour à lui demander : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples » (11,1). Alors le Maître leur enseigna la prière adressée au Père.

Si l’on considère dans son ensemble le Nouveau Testament, on voit clairement que le premier protagoniste de toute prière chrétienne est l’Esprit Saint. Mais n’oublions pas ceci : le protagoniste de toute prière chrétienne est l’Esprit Saint. Nous ne pourrions jamais prier sans la force de l’Esprit Saint. C’est lui qui prie en nous et qui nous entraîne à bien prier. Nous pouvons demander à l’Esprit de nous enseigner à prier, parce que c’est lui le protagoniste, celui qui fait la véritable prière en nous. Il souffle dans le cœur de chacun de nous, qui sommes des disciples de Jésus. L’Esprit nous rend capables de prier en enfants de Dieu, ce que nous sommes réellement par le baptême. L’Esprit nous fait prier dans le « sillon » que Jésus a creusé pour nous. C’est cela, le mystère de la prière chrétienne : par grâce, nous sommes attirés dans ce dialogue d’amour de la Très Sainte Trinité.

Jésus priait ainsi. Quelquefois il a employé des expressions qui sont certainement très éloignées du texte du « Notre Père ». Pensons aux paroles initiales du psaume 22, que Jésus prononce sur la croix : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27,46). Le Père céleste peut-il abandonner son Fils ? Certainement pas. Et pourtant, c’est son amour pour nous, pécheurs, qui a conduit Jésus jusqu’à ce point : jusqu’à expérimenter l’abandon de Dieu, son éloignement, parce qu’il a pris sur lui tous nos péchés. Mais aussi dans ce cri angoissé, il reste le « Mon Dieu, mon Dieu ». Dans ce « mon », se trouve le cœur de sa relation avec son Père, c’est le cœur de la foi et de la prière.

Voilà pourquoi, à partir de ce cœur, un chrétien peut prier dans toutes les situations. Il peut reprendre à son compte toutes les prières de la Bible, des psaumes en particulier ; mais il peut aussi prier avec toutes les expressions qui, au long des milliers d’années d’histoire, ont jailli du cœur des hommes. Et au Père, ne cessons jamais de parler de nos frères et sœurs en humanité, pour qu’aucun d’entre eux, les pauvres en particulier, ne reste sans une consolation et une portion d’amour.

 

Au terme de cette catéchèse, nous pouvons redire cette prière de Jésus : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits » (Lc 10,21). Pour prier, nous devons nous faire tout-petits, pour que l’Esprit Saint vienne en nous et que ce soit lui qui nous guide dans la prière.

Actes des Apôtres: « La Parole de Dieu et l’Esprit, un couple vivant et efficace »

Nouveau cycle de catéchèses

Le livre des Actes des Apôtres, a expliqué le pape François, « nous montre la merveilleuse union entre la Parole de Dieu et l’Esprit Saint ». Les protagonistes des Actes, a-t-il insisté, « sont vraiment un “couple” vivant et efficace : la Parole et l’Esprit ».

La Parole de Dieu est « dynamique », a souligné le pape, et « quand l’Esprit visite la parole humaine, elle devient dynamique, comme de la « dynamite », c’est-à-dire capable d’allumer un feu dans les cœurs et de faire sauter les schémas, les résistances et les murs de la division ».

Le Seigneur, a encore commenté le pape, invite les siens « à ne pas vivre le présent dans l’anxiété, mais à faire alliance avec le temps, à savoir attendre le déroulement d’une histoire sacrée »,  « les “pas” de Dieu, Seigneur du temps et de l’espace », « attendre que ce soit le Père qui dynamise leurs cœurs par son Esprit », pour éviter de « se “fabriquer” leur mission ». Pour cela, il a donné en exemple les apôtres réunis au cénacle, « priant dans l’unité et avec persévérance ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous commençons aujourd’hui un parcours de catéchèses à travers le livre des Actes des Apôtres. Ce livre biblique, écrit par saint Luc évangéliste, nous parle du voyage – d’un voyage : mais de quel voyage ? Du voyage de l’Évangile dans le monde et il nous montre la merveilleuse union entre la Parole de Dieu et l’Esprit Saint qui inaugure le temps de l’évangélisation. Les protagonistes des Actes sont vraiment un « couple » vivant et efficace : la Parole et l’Esprit.

Dieu « envoie sur la terre son message » et « sa parole court rapidement », dit le psaume (147,4). La Parole de Dieu court, elle est dynamique, elle irrigue tous les terrains sur lesquels elle tombe. Et quelle est sa force ? Saint Luc nous dit que la parole humaine devient efficace non pas grâce à la rhétorique, qui est l’art de bien parler, mais grâce à l’Esprit-Saint, qui est la ‘dýnamis’ de Dieu, la dynamique de Dieu, sa force, qui a le pouvoir de purifier la parole, de la rendre porteuse de vie. Par exemple, dans la Bible, il y a des histoires, des paroles humaines ; mais quelle est la différence entre la Bible et un livre d’histoires ? Les paroles de la Bible sont prises de l’Esprit-Saint qui donne une très grande force, une force différente et qui nous aide afin que cette parole soit semence de sainteté, semence de vie, qu’elle soit efficace. Quand l’Esprit visite la parole humaine, elle devient dynamique, comme de la « dynamite », c’est-à-dire capable d’allumer un feu dans les cœurs et de faire sauter les schémas, les résistances et les murs de la division, ouvrant des voies nouvelles et dilatant les frontières du peuple de Dieu. Et cela, nous le verrons dans le parcours de ces catéchèses, dans le livre des Actes des Apôtres.

Celui qui rend incisive et qui donne une sonorité vibrante à notre parole humaine si fragile, capable même de mentir et de se soustraire à ses responsabilités, c’est seulement l’Esprit Saint, par lequel le Fils de Dieu a été engendré ; l’Esprit de qui il a reçu l’onction et qui l’a soutenu dans sa mission ; l’Esprit grâce auquel il a choisi ses apôtres et qui a garanti à leur annonce la persévérance et la fécondité, comme il les garantit aujourd’hui encore à notre annonce.

L’Évangile se conclut par la résurrection et l’ascension de Jésus, et la trame narrative des Actes des Apôtres part justement de là, de la surabondance de la vie du Ressuscité transfusée dans son Église. Saint Luc nous dit que Jésus « s’est présenté vivant après sa passion ; il leur en a donné bien des preuves puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du Royaume de Dieu » (Ac 1,3). Le Ressuscité, Jésus ressuscité pose des gestes très humains, comme de partager le repas avec les siens, et il les invite à vivre dans la confiance l’attente de l’accomplissement de la promesse du Père : « vous serez baptisés dans l’Esprit Saint » (Ac 1,5).

Le baptême dans l’Esprit Saint, en effet, est l’expérience qui nous permet d’entrer dans une communion personnelle avec Dieu et de participer à sa volonté salvifique universelle, en acquérant la dot de la parrhésie, le courage, c’est-à-dire la capacité à prononcer une parole « comme fils de Dieu », pas seulement en tant qu’homme, mais en tant que fils de Dieu : une parole limpide, libre, efficace, pleine d’amour pour le Christ et pour nos frères.

Il n’y a donc pas à lutter pour gagner ou mériter le don de Dieu. Tout est donné gratuitement et en temps voulu. Le Seigneur donne tout gratuitement. Le salut ne s’achète pas, ne se paie pas : c’est un don gratuit. Devant leur angoisse de connaître à l’avance le temps où arriveront les événements qu’il a annoncés, Jésus répond aux siens : « Il ne vous appartient pas de connaître les temps et les moments que le Père a fixés de sa propre autorité. Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. » (Ac 1,7-8).

Le Ressuscité invite les siens à ne pas vivre le présent dans l’anxiété, mais à faire alliance avec le temps, à savoir attendre le déroulement d’une histoire sacrée qui ne s’est pas interrompue mais qui avance, qui va toujours de l’avant ; à savoir attendre les « pas » de Dieu, Seigneur du temps et de l’espace. Le Ressuscité invite les siens à ne pas se « fabriquer » leur mission, mais à attendre que ce soit le Père qui dynamise leurs cœurs par son Esprit, pour pouvoir s’impliquer dans un témoignage missionnaire capable de rayonner de Jérusalem à la Samarie et de dépasser les frontières d’Israël pour atteindre les périphéries du monde.

Cette attente, les apôtres la vivent ensemble, ils la vivent en tant que famille du Seigneur, dans la salle supérieure ou cénacle, dont les murs témoignent encore du don par lequel Jésus s’est livré aux siens dans l’Eucharistie. Et comment attendent-ils la force, la ‘dýnamis’ de Dieu ? En priant avec persévérance, comme s’ils n’étaient pas plusieurs mais un seul. En priant dans l’unité et avec persévérance. C’est en effet par la prière que l’on est vainqueur de la solitude, de la tentation, du soupçon et que notre cœur s’ouvre à la communion. La présence des femmes et de Marie, la mère de Jésus, intensifie cette expérience : elles ont appris les premières du Maître à témoigner de la fidélité de l’amour et de la force de la communion, qui surmontent toute crainte.

Demandons nous aussi au Seigneur la patience d’attendre ses pas, de ne pas vouloir « fabriquer » nous-mêmes son oeuvre et de rester dociles en priant, en invoquant l’Esprit et en cultivant l’art de la communion ecclésiale.

 

 

 

La septième et dernière demande du «Notre Père»

La présence du mal est « irréfutable », constate le pape François, mais le chrétien « sait », parce qu’il en a fait « l’expérience », que Jésus en délivre.

 « La prière de Jésus nous laisse l’héritage le plus précieux : la présence du Fils de Dieu qui nous a délivrés du mal, en luttant pour le convertir », affirme le pape. « Le Seigneur nous donne la paix, il nous donne le pardon mais nous devons demander : “délivre-nous du mal”, pour ne pas tomber dans le mal. Voilà notre espérance, la force que nous donne Jésus ressuscité qui est ici, au milieu de nous : il est ici. Il est ici avec cette force qu’il nous donne pour avancer, et il nous promet de nous délivrer du mal ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous voici finalement à la septième demande du « Notre Père » : « mais délivre-nous du mal » (Mt 6,13b).

Avec cette expression, celui qui prie ne demande pas seulement de ne pas être abandonné au moment de la tentation, mais il supplie aussi d’être délivré du mal. Le verbe grec originel est très fort : il évoque la présence du malin qui cherche à nous attraper et à nous mordre (cf. 1 P 5,8) et de qui on demande à Dieu d’être délivré. L’apôtre Pierre dit aussi que le malin, le diable, est autour de nous comme un lion furieux, pour nous dévorer, et nous demandons à Dieu de nous délivrer.

Avec cette double supplication : « Ne nous laisse pas » et « délivre-nous », émerge une caractéristique essentielle de la prière chrétienne. Jésus enseigne à ses amis à mettre l’invocation du Père devant tout, y compris et surtout dans les moments où le malin fait sentir sa présence menaçante. En effet, la prière chrétienne ne ferme pas les yeux sur la vie. C’est une prière filiale et pas une prière infantile. Elle n’est pas infatuée par la paternité de Dieu au point d’oublier que le chemin de l’homme est parsemé de difficultés. S’il n’y avait pas les derniers versets du « Notre Père », comment les pécheurs, les persécutés, les désespérés, les mourants pourraient-ils prier ? La dernière prière est précisément celle qui sera la nôtre quand nous aurons atteint la limite, toujours.

Il y a un mal dans notre vie, qui est une présence irréfutable. Les livres d’histoire sont le catalogue désolant qui montre combien notre existence dans ce monde est devenue une aventure souvent ratée. Il y a un mal mystérieux, qui n’est certainement pas l’œuvre de Dieu mais qui pénètre, silencieux, dans les plis de l’histoire. Silencieux comme le serpent qui porte son venin en silence. Parfois, il semble prendre le dessus : certains jours, sa présence semble même plus évidente que celle de la miséricorde de Dieu.

Celui qui prie n’est pas aveugle, et il voit clairement sous ses yeux ce mal si vaste et tellement en contradiction avec le mystère même de Dieu. Il le perçoit dans la nature, dans l’histoire et jusque dans son propre cœur. Parce qu’aucun d’entre nous ne peut dire qu’il est exempt du mal ou qu’il n’est pas au moins tenté par lui. Nous savons tous ce qu’est le mal ; nous savons tous ce qu’est la tentation ; nous avons tous fait l’expérience de la tentation dans notre chair, de n’importe quel péché. Mais c’est le tentateur qui nous met en mouvement et qui nous pousse au mal, en nous disant : « fais cela, pense cela, prends cette route ».

Le dernier cri du « Notre Père » est lancé contre ce mal « à larges bords », qui tient sous son parapluie les expériences les plus diverses : les deuils de l’homme, la souffrance innocente, l’esclavage, l’instrumentalisation de l’autre, les pleurs des enfants innocents. Tous ces événements protestent dans le cœur de l’homme et deviennent une voix dans la dernière parole de la prière de Jésus.

C’est justement dans les récits de la Passion que certaines expressions du « Notre Père » trouvent l’écho le plus impressionnant. Jésus dit : « Abba… Père, tout est possible pour toi. Éloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que moi, je veux, mais ce que toi, tu veux ! » (Mc 14,36). Jésus fait entièrement l’expérience d’être transpercé par le mal. Pas seulement la mort, mais la mort sur la croix. Pas seulement la solitude, mais aussi le mépris, l’humiliation. Pas seulement l’animosité, mais aussi la cruauté, l’acharnement contre lui. Voilà ce qu’est l’homme : un être fait pour la vie, qui rêve d’amour et de bien, mais qui s’expose continuellement lui-même et expose ses semblables au mal, à tel point que nous pouvons être tentés de désespérer de l’homme.

Chers frères et sœurs, le « Notre Père » ressemble ainsi à une symphonie qui demande de se réaliser en chacun de nous. Le chrétien sait combien le pouvoir du mal est tyrannique, et en même temps, il fait l’expérience que Jésus, qui n’a jamais cédé à ses flatteries, est de notre côté et vient à notre aide.

Ainsi, la prière de Jésus nous laisse l’héritage le plus précieux : la présence du Fils de Dieu qui nous a délivrés du mal, en luttant pour le convertir. À l’heure du combat final, il intime à Pierre l’ordre de remettre son épée au fourreau, il assure le paradis au brigand repenti, à tous les hommes qui étaient autour, inconscients de la tragédie qui était en train d’être consommée, il offre une parole de paix : « Père, pardonne-leur parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font » (Lc 23,34).

Du pardon de Jésus sur la croix jaillit la paix, la véritable paix vient de la croix : c’est le don du Ressuscité, un don que nous fait Jésus. Pensez que la première salutation de Jésus ressuscité est « la paix soit avec vous », paix à vos âmes, à vos cœurs, à vos vies. Le Seigneur nous donne la paix, il nous donne le pardon mais nous devons demander : « délivre-nous du mal », pour ne pas tomber dans le mal. Voilà notre espérance, la force que nous donne Jésus ressuscité qui est ici, au milieu de nous : il est ici. Il est ici avec cette force qu’il nous donne pour avancer, et il nous promet de nous délivrer du mal.