Un devoir particulier sur le chemin vers une paix stable et durable au Moyen-Orient

L’Égypte est « ce signe d’espérance, pour l’histoire comme pour l’aujourd’hui », de la « fraternité ».

Depuis la place Saint-Pierre, le pape a dédié sa catéchèse au voyage qu’il venait de faire quatre jours plus tôt (28-29 avril) avec la devise « Le pape de la paix dans une Égypte de paix ».

Le pape a remercié le président et les autorités civiles qui « ont déployé des efforts extraordinaires pour que cet événement puisse se dérouler dans les meilleures conditions ; pour qu’il puisse être un signe de paix… pour l’Égypte et pour toute cette région qui, malheureusement, souffre des conflits et du terrorisme ».

Revenant sur sa visite à l’université sunnite Al-Azhar, il a souligné que « la paix se construit par le moyen de l’éducation, la formation de la sagesse ».

« Le grand patrimoine historique et religieux de l’Égypte et son rôle dans la région moyen-orientale lui confèrent un devoir particulier sur le chemin vers une paix stable et durable qui repose non sur le droit de la force, mais sur la force du droit », a-t-il aussi lancé.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je désire vous parler du voyage apostolique qu’avec l’aide de Dieu j’ai effectué ces jours derniers en Égypte. Je me suis rendu dans ce pays à la suite d’une quadruple invitation : du président de la République, de Sa Sainteté le patriarche copte orthodoxe, du grand imam d’Al-Azhar et du patriarche copte catholique. Je remercie chacun d’eux pour l’accueil qu’ils m’ont réservé, vraiment chaleureux. Et je remercie tout le peuple égyptien pour la participation et l’affection avec laquelle il a vécu cette visite du successeur de saint Pierre. Le président et les autorités civiles ont déployé des efforts extraordinaires pour que cet événement puisse se dérouler dans les meilleures conditions ; pour qu’il puisse être un signe de paix, un signe de paix pour l’Égypte et pour toute cette région qui, malheureusement, souffre des conflits et du terrorisme. En effet, la devise du voyage était  « Le pape de la paix dans une Égypte de paix ».

Ma visite à l’Université Al-Azhar, la plus ancienne université islamique et la plus grande institution académique de l’islam sunnite, a eu un double horizon : celui du dialogue entre les chrétiens et les musulmans et, en même temps, celui de la promotion de la paix dans le monde. À Al-Azhar, s’est tenue la rencontre ave le grand imam, rencontre qui s’est ensuite étendue à la Conférence internationale pour la paix. Dans ce contexte, j’ai offert une réflexion qui a mis en valeur l’histoire de l’Égypte comme terre de civilisations et terre d’alliances. Pour toute l’humanité, l’Égypte est synonyme d’ancienne civilisation, de trésors d’art et de connaissances ; et ceci nous rappelle que la paix se construit par le moyen de l’éducation, la formation de la sagesse, d’un humanisme qui comprend comme partie intégrante la dimension religieuse, le rapport avec Dieu, comme l’a rappelé le grand imam dans son discours. La paix se construit aussi en repartant de l’alliance entre Dieu et l’homme, fondement de l’alliance entre tous les hommes, basée sur le Décalogue écrit sur les tables de pierre du Sinaï, mais beaucoup plus profondément dans le cœur de tous les hommes de tous temps et tous lieux, loi qui se résume dans les deux commandements de l’amour de Dieu et du prochain.

Ce même fondement est aussi à la base de la construction d’un ordre social et civil, où sont appelés à collaborer tous les citoyens, de toutes origines, cultures et religions. Une telle vision de saine laïcité a émergé dans l’échange de discours avec le président de la République de l’Égypte, en présence des autorités du pays et du corps diplomatique. Le grand patrimoine historique et religieux de l’Égypte et son rôle dans la région moyen-orientale lui confèrent un devoir particulier sur le chemin vers une paix stable et durable qui repose non sur le droit de la force, mais sur la force du droit.

Les chrétiens, en Égypte comme dans toutes les nations de la terre, sont appelés à être un levain de fraternité. Et ceci est possible s’ils vivent en eux-mêmes la communion au Christ. Nous avons pu, grâce à Dieu, donner un signe fort de communion avec mon cher frère le pape Tawadros II, patriarche des coptes orthodoxes. Nous avons renouvelé notre engagement, y compris en signant une Déclaration commune, à cheminer ensemble et à faire en sorte de ne pas répéter le baptême administré dans nos Églises respectives. Ensemble, nous avons prié pour les martyrs des récents attentats qui ont tragiquement frappé cette vénérable Église ; et leur sang a fécondé cette rencontre œcuménique, à laquelle a aussi participé le patriarche de Constantinople Bartholomée, le patriarche œcuménique, mon cher frère.

Le second jour du voyage a été consacré aux fidèles catholiques. La sainte messe célébrée dans le stade mis à disposition par les autorités égyptiennes a été une fête de la foi et de la fraternité, où nous avons senti la présence vivante du Seigneur ressuscité. Dans mon commentaire de l’Évangile, j’ai exhorté la petite communauté catholique en Égypte à revivre l’expérience des disciples d’Emmaüs : à toujours trouver dans le Christ, Parole et Pain de vie, la joie de la foi, l’ardeur de l’espérance et la force de témoigner dans l’amour que « nous avons rencontré le Seigneur ! »

Quant au dernier moment, je l’ai vécu avec les prêtres, religieux et religieuses, et les séminaristes, au Séminaire majeur. Il y a beaucoup de séminaristes : c’est une consolation ! Cela a été une liturgie de la Parole où ont été renouvelées les promesses de la vie consacrée. Dans cette communauté d’hommes et de femmes qui ont choisi de donner leur vie au Christ pour le Royaume de Dieu, j’ai vu la beauté de l’Église en Égypte et j’ai prié pour tous les chrétiens au Moyen-Orient afin que, guidés par leurs pasteurs et accompagnés par les consacrés, ils soient sel et lumière sur ces terres, au milieu de ces peuples. Pour nous, l’Égypte a été un signe d’espérance, de refuge et d’aide. Quand l’autre partie du monde était affamée, Jacob, avec ses fils, y est allé ; puis quand Jésus a été persécuté, c’est là qu’il est allé. C’est pourquoi, vous raconter ce voyage signifie parcourir le chemin de l’espérance ; pour nous, l’Égypte est ce signe d’espérance, pour l’histoire comme pour l’aujourd’hui, de cette fraternité que j’ai voulu vous raconter.

Je remercie de nouveau ceux qui ont permis ce voyage et ceux qui, de différentes manières, ont apporté leur contribution, spécialement toutes les personnes qui ont offert leurs prières et leurs souffrances. Que la Sainte Famille de Nazareth, qui a émigré sur les rives du Nil pour échapper à la violence d’Hérode, bénisse et protège toujours le peuple égyptien et qu’elle le guide sur la voie de la prospérité, de la fraternité et de la paix.

Merci !