« Notre espérance n’est pas un concept, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas un téléphone portable, ce n’est pas un tas de richesses ! Notre espérance est une personne, c’est le Seigneur Jésus que nous reconnaissons vivant et présent en nous et en nos frères ».

Le pape a exhorté à ne pas tant « rendre raison de cette espérance au niveau théorique, en paroles, mais surtout par le témoignage de la vie ». En effet, a-t-il expliqué, « si le Christ est vivant et habite en nous, dans notre cœur, alors nous devons aussi lui permettre de se rendre visible (…) et d’agir en nous (…). Nous devons apprendre à nous comporter comme il s’est comporté. Faire ce que faisait Jésus ».

Notre espérance, a poursuivi le pape, « doit nécessairement sortir de sa prison, prenant la forme exquise et incomparable de la douceur, du respect et de la bienveillance envers le prochain, arrivant carrément à pardonner celui qui nous fait du mal ».

« Une personne qui n’a pas d’espérance ne réussit pas à pardonner », a-t-il prévenu : « Les mafieux pensent que le mal peut être vaincu par le mal et c’est ainsi qu’ils font la ‘vendetta’ (…) parce que les mafieux n’ont pas d’espérance ».

Au contraire, « quand (…) nous acceptons de souffrir pour le bien, c’est comme si nous jetions autour de nous des graines de résurrection ». Le pape François a encouragé à répondre au mal « en invoquant la bénédiction : la bénédiction n’est pas une formalité, ce n’est pas seulement un signe de courtoisie mais c’est un grand don que nous avons reçu en premier et que nous avons la possibilité de partager avec nos frères. C’est l’annonce de l’amour de Dieu ».

Voici notre traduction intégrale de la catéchèse sur l’espérance chrétienne prononcée par le pape François.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La première lettre de l’apôtre Pierre porte en soi un poids extraordinaire ! Il faut la lire une, deux, trois fois pour comprendre ce poids extraordinaire : il parvient à insuffler beaucoup de consolation et de paix, en faisant percevoir combien le Seigneur est toujours à côté de nous et ne nous abandonne jamais, surtout dans les circonstances les plus délicates et difficiles de notre vie. Mais quel est le « secret » de cette lettre et, particulièrement, du passage que nous venons d’écouter (cf. 1 P 3,8-17) ? C’est une question. Je sais qu’aujourd’hui, vous prendrez le Nouveau Testament, vous chercherez la première lettre de Pierre et vous la lirez « adagio adagio » (lentement, ndlr) pour comprendre le secret et la force de cette lettre. Quel est le secret de cette lettre ?

1 Le secret vient du fait que cet écrit plonge ses racines directement dans la Pâque, dans le cœur du mystère que nous allons célébrer, nous faisant ainsi percevoir toute la lumière et la joie qui jaillissent de la mort et de la résurrection du Christ. Le Christ est vraiment ressuscité et ceci est une belle salutation à nous échanger le jour de Pâques : « Le Christ est ressuscité ! Le Christ est ressuscité ! », comme le font tant de peuples. Nous rappeler que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant parmi nous, qu’il est vivant et habite en chacun de nous. C’est pour cela que saint Pierre nous invite avec force à l’adorer dans notre cœur (cf. v.15). Là, le Seigneur a pris sa demeure au moment de notre baptême, et de là il continue à nous renouveler, nous et notre vie, nous comblant de son amour et de la plénitude de l’Esprit. Voilà alors pourquoi l’apôtre nous recommande de rendre raison de l’espérance qui est en nous (cf. v.15) : notre espérance n’est pas un concept, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas un téléphone portable, ce n’est pas un tas de richesses ! Notre espérance est une personne, c’est le Seigneur Jésus que nous reconnaissons vivant et présent en nous et en nos frères, parce que le Christ est ressuscité. Lorsqu’ils se saluent, les peuples slaves, au lieu de dire « bonjour », « bonsoir » les jours de Pâques, se saluent par ce « Le Christ est ressuscité », « Christos voskrese ! » disent-ils entre eux ; et ils sont heureux de le dire ! Et c’est le « bonjour » et le « bonsoir » qu’ils se donnent : « Le Christ est ressuscité ! »

2 Nous comprenons alors qu’il ne faut pas tant rendre raison de cette espérance au niveau théorique, en paroles, mais surtout par le témoignage de la vie, et que ceci soit à l’intérieur de la communauté chrétienne, que ce soit en-dehors d’elle. Si le Christ est vivant et habite en nous, dans notre cœur, alors nous devons aussi lui permettre de se rendre visible, ne pas le cacher, et d’agir en nous. Cela signifie que le Seigneur Jésus doit toujours plus devenir notre modèle, modèle de vie, et que nous devons apprendre à nous comporter comme il s’est comporté. Faire ce que faisait Jésus. Par conséquent, l’espérance qui habite en nous ne peut rester cachée à l’intérieur de nous-même, dans notre cœur : ce serait une espérance faible qui n’a pas le courage de sortir et de se faire voir ; mais notre espérance, comme cela transparaît dans le psaume 33 cité par Pierre, doit nécessairement sortir de sa prison, prenant la forme exquise et incomparable de la douceur, du respect et de la bienveillance envers le prochain, arrivant carrément à pardonner celui qui nous fait du mal. Une personne qui n’a pas d’espérance ne réussit pas à pardonner, ne réussit pas à donner la consolation du pardon et à avoir la consolation de pardonner. Oui, parce que c’est ce qu’a fait Jésus et ce qu’il continue de faire à travers ceux qui lui font de la place dans leur cœur et dans leur vie, conscients que le mal n’est pas vaincu pas par le mal mais par l’humilité, la miséricorde et la douceur. Les mafieux pensent que le mal peut être vaincu par le mal et c’est ainsi qu’ils font la « vendetta » (vengeance, ndlr) et qu’ils font beaucoup d’autres choses que nous connaissons tous. Mais ils ne savent pas ce qu’est l’humilité, la miséricorde et la douceur. Et pourquoi ? Parce que les mafieux n’ont pas d’espérance. Pensez à cela.

3 Voilà pourquoi saint Pierre affirme que « mieux vaudrait souffrir en faisant le bien plutôt qu’en faisant le mal » (v.17) : il ne veut pas dire que c’est bien de souffrir mais que, quand nous souffrons pour le bien, nous sommes en communion avec le Seigneur, qui a accepté de souffrir et d’être mis en croix pour notre salut. Alors quand nous aussi, dans les situations plus petites ou plus grandes de notre vie, nous acceptons de souffrir pour le bien, c’est comme si nous jetions autour de nous des graines de résurrection, des graines de vie et que nous faisions resplendir dans l’obscurité la lumière de Pâques. C’est pour cela que l’apôtre nous exhorte à toujours répondre en invoquant la bénédiction (v.9) : la bénédiction n’est pas une formalité, ce n’est pas seulement un signe de courtoisie mais c’est un grand don que nous avons reçu en premier et que nous avons la possibilité de partager avec nos frères. C’est l’annonce de l’amour de Dieu, un amour démesuré, qui ne s’épuise pas, qui ne diminue jamais et qui constitue le vrai fondement de notre espérance.

Chers amis, comprenons aussi pourquoi l’apôtre Pierre nous appelle « heureux » s’il nous arrivait de souffrir pour la justice (v.14). Ce n’est pas seulement pour une raison morale ou ascétique, mais c’est parce que chaque fois que nous prenons la part des derniers et des marginaux ou que nous ne répondons pas au mal par le mal, mais en pardonnant, sans vengeance, en pardonnant et en bénissant, chaque fois que nous faisons cela, nous resplendissons comme des signes vivants et lumineux d’espérance, devenant ainsi un instrument de consolation et de paix, selon le cœur de Dieu. Et ainsi, avançons avec la douceur, l’humilité, l’amabilité et en faisant du bien aussi à ceux qui ne nous aiment pas ou qui nous font du mal. Avançons !