La magie n’est pas chrétienne !

Elle est incompatible avec la foi.

 « La magie n’est pas chrétienne ! Ces choses qui se font pour deviner l’avenir ou deviner des tas de choses ou changer des situations de vie, ne sont pas chrétiennes » : c’est ce qu’a affirmé le pape François, en commentant le chapitre 19 des Actes des apôtres, dans lequel la puissance de Dieu, par l’intermédiaire de Paul, « fait irruption » dans la ville d’Éphèse, bouleversant ce « centre connu pour la pratique de la magie ».

Le pape a insisté sur « l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie ». « Si tu choisis le Christ, a-t-il dit, tu ne peux pas recourir au magicien : la foi est l’abandon confiant dans les mains d’un Dieu fiable ». Il a aussi invité à lire le chapitre 20, lorsque Paul quitte Éphèse pour se rendre à Jérusalem, « une des plus belles pages du livre des Actes des apôtres » et une « façon de comprendre comment l’apôtre prend congé et aussi comment les prêtres aujourd’hui doivent faire leurs adieux et aussi comment tous les chrétiens doivent faire leurs adieux. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le voyage de l’Évangile dans le monde se poursuit sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et à travers la ville d’Éphèse, manifestant toute sa portée salvifique. Grâce à Paul, une douzaine d’hommes reçoivent le baptême au nom de Jésus et font l’expérience de l’effusion de l’Esprit-Saint qui les régénère (cf. Ac 19, 1-7). Plusieurs prodiges se produisent ensuite par l’intermédiaire de l’apôtre : les malades guérissent et les possédés sont libérés (cf. Ac 19,11-12). Ceci arrive parce que le disciple ressemble à son Maître (cf. Lc 6,40) et le rend présent en communiquant à ses frères cette vie nouvelle qu’il a reçue de lui.

La puissance de Dieu qui fait irruption à Éphèse démasque celui qui veut utiliser le nom de Jésus pour accomplir des exorcismes mais sans avoir l’autorité spirituelle pour le faire (cf. Ac 19,13-17) et révèle la faiblesse des arts magiques, abandonnés par un grand nombre de personnes qui choisissent le Christ et abandonnent les arts magiques (cf. Ac 19,18-19). Un véritable bouleversement pour une ville comme Éphèse, qui était un centre connu pour la pratique de la magie ! Luc souligne ainsi l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie. Si tu choisis le Christ tu ne peux pas recourir au magicien : la foi est l’abandon confiant dans les mains d’un Dieu fiable, qui se fait connaître non pas à travers des pratiques occultes mais par révélation et avec un amour gratuit. L’un de vous pourrait me dire : « Ah, oui, cette histoire de magie, c’est quelque chose d’ancien : aujourd’hui, avec la civilisation chrétienne, cela n’existe pas ». Mais faites attention ! Je vous demande : combien parmi vous vont se faire tirer les cartes du tarot, combien parmi vous vont se faire lire les lignes de la main par des voyantes ou se faire lire les cartes ? Aujourd’hui encore, dans les grandes villes chrétiennes, des cartomanciens font ce genre de choses. Et à la question : « Mais comment cela, si tu crois à Jésus-Christ, tu vas chez le magicien, la voyante, tous ces gens-là ? », on répond : « Je crois en Jésus-Christ mais je vais aussi les voir pour conjurer le mauvais sort ». S’il vous plaît : la magie n’est pas chrétienne ! Ces choses qui se font pour deviner l’avenir ou deviner des tas de choses ou changer des situations de vie, ne sont pas chrétiennes. La grâce de Dieu te donne tout : prie et fais confiance au Seigneur.

La diffusion de l’Évangile à Éphèse nuit au commerce des argentiers – un autre problème –, qui fabriquaient les statues de la déesse Artémide, faisant d’une pratique religieuse de véritables affaires. Je vous demande de réfléchir à cela. En voyant diminuer cette activité qui rapportait beaucoup d’argent, les argentiers organisent une émeute contre Paul et les chrétiens sont accusés d’avoir fait plonger dans la crise la catégorie des artisans, ainsi que le sanctuaire d’Artémide et le culte de cette déesse (cf. Ac 19,23-28).

Paul quitte ensuite Éphèse et part en direction de Jérusalem, et il arrive à Milet (cf. Ac 20,1-16). Là, il fait appeler les anciens de l’Église d’Éphèse – ce serait les prêtres – pour faire un passage de consignes « pastorales » (cf. Ac 20, 17-35). Nous sommes aux dernières répliques du ministère apostolique de Paul, et Luc nous présente son discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’apôtre adresse à ceux qui, après son départ, devront guider la communauté d’Éphèse. Et c’est une des plus belles pages du livre des Actes des apôtres : je vous conseille de prendre aujourd’hui le Nouveau Testament, la Bible, le chapitre XX et de lire ces adieux de Paul adressés aux prêtres d’Éphèse, et il le fait à Milet. C’est une façon de comprendre comment l’apôtre prend congé et aussi comment les prêtres aujourd’hui doivent faire leurs adieux et aussi comment tous les chrétiens doivent faire leurs adieux. C’est une très belle page.

Dans la partie exhortative, Paul encourage les responsables de la communauté, dont il sait qu’il les voit pour la dernière fois. Et que leur dit-il ? « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau ». C’est le travail du pasteur : faire la veille, veiller sur soi-même et sur le troupeau. Le pasteur doit veiller, le curé doit veiller, faire la veille, les prêtres doivent veiller, les évêques, le pape doivent veiller. Faire la veille pour garder le troupeau, et aussi faire la veille sur soi-même, examiner sa conscience et voir comment se réalise ce devoir de veiller. « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, dont l’Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Ac 20,28) : c’est ce que dit saint Paul. Aux évêques est demandée la plus grande proximité avec le troupeau, racheté par le précieux sang du Christ, et la promptitude à le défendre des « loups » (v.29). Les évêques doivent être très proches du peuple pour le garder, pour le défendre ; pas détachés du peuple. Après avoir confié cette tâche aux responsables d’Éphèse, Paul les met dans les mains de Dieu et les confie à la « parole de sa grâce » (v.32), ferment de toute croissance et de tout chemin de sainteté dans l’Église, les invitant à travailler de leurs mains, comme lui, pour n’être un poids pour personne, à secourir les faibles et à faire l’expérience qu’ « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (v.35).

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler en nous l’amour de l’Église et du dépôt de la foi qu’elle garde, et de nous rendre tous coresponsables dans la garde du troupeau, soutenant dans la prière les pasteurs pour qu’ils manifestent la fermeté et la tendresse du Divin Pasteur.

 

 

Un signe admirable: « Le coeur de la crèche commence à battre… »

Lettre du pape sur la « révolution » véritable

 « Admirabile signum », « Signe admirable »: c’est le titre de la lettre apostolique signée par le pape François ce dimanche 1er décembre 2019, à Greccio (Ombrie, Italie), sur la signification de la crèche, qu’il a signée au lieu de la première crèche, inventée par saint François d’Assise, en 1223.

 

Pour le pape la Nativité, c’est une « révolution » véritable:  « En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. »

Le pape François explique la signification des différents éléments de la crèche avant de dire: « Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. »

Il encourage les familles, tous les lieux, à la « créativité » pour les crèches de Noël, pour que cette tradition soit « redécouverte et revitalisée »: « Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée. »

Il évoque aussi la visite des Mages à l’Epiphanie, avant de dire une nouvelle fois son émerveillement: « À l’école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls. »

Le pape insiste sur le message universel d’amour que transmet la crèche: « Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition ».

La lettre du pape François a signée à Greccio, où le pape l’a remise à la communauté de Rieti, et où elle a été lue, à  quatre voix – deux adultes et deux jeunes -, dans la chapelle du sanctuaire, une lecture entrecoupée par des chants de Noël.

AB

 

Lecture de la lettre du pape François sur la crèche, capture @ Vatican Media

LETTRE APOSTOLIQUE

Admirabile signum

DU SOUVERAIN PONTIFE FRANÇOIS SUR

LA SIGNIFICATION ET LA VALEUR DE LA CRÈCHE

1. Le merveilleux signe de la crèche, si chère au peuple chrétien, suscite toujours stupeur et émerveillement. Représenter l’événement de la naissance de Jésus, équivaut à annoncer le mystère de l’Incarnation du Fils de Dieu avec simplicité et joie. La crèche, en effet, est comme un Évangile vivant, qui découle des pages de la Sainte Écriture. En contemplant la scène de Noël, nous sommes invités à nous mettre spirituellement en chemin, attirés par l’humilité de Celui qui s’est fait homme pour rencontrer chaque homme. Et, nous découvrons qu’Il nous aime jusqu’au point de s’unir à nous, pour que nous aussi nous puissions nous unir à Lui.

Par cette lettre je voudrais soutenir la belle tradition de nos familles qui, dans les jours qui précèdent Noël, préparent la crèche. Tout comme la coutume de l’installer sur les lieux de travail, dans les écoles, les hôpitaux, les prisons, sur les places publiques… C’est vraiment un exercice d’imagination créative, qui utilise les matériaux les plus variés pour créer de petits chefs-d’œuvre de beauté. On l’apprend dès notre enfance : quand papa et maman, ensemble avec les grands-parents, transmettent cette habitude joyeuse qui possède en soi une riche spiritualité populaire. Je souhaite que cette pratique ne se perde pas ; mais au contraire, j’espère que là où elle est tombée en désuétude, elle puisse être redécouverte et revitalisée.

2. L’origine de la crèche se trouve surtout dans certains détails évangéliques de la naissance de Jésus à Bethléem. L’évangéliste Luc dit simplement que Marie « mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune » (2, 7). Jésus est couché dans une mangeoire, appelée en latin praesepium, d’où la crèche.

En entrant dans ce monde, le Fils de Dieu est déposé à l’endroit où les animaux vont manger. La paille devient le premier berceau pour Celui qui se révèle comme « le pain descendu du ciel » (Jn 6, 41). C’est une symbolique, que déjà saint Augustin, avec d’autres Pères, avait saisie lorsqu’il écrivait : « Allongé dans une mangeoire, il est devenu notre nourriture » (Serm. 189, 4). En réalité, la crèche contient plusieurs mystères de la vie de Jésus de telle sorte qu’elle nous les rend plus proches de notre vie quotidienne.

Mais venons-en à l’origine de la crèche telle que nous la comprenons. Retrouvons-nous en pensée à Greccio, dans la vallée de Rieti, où saint François s’arrêta, revenant probablement de Rome, le 29 novembre 1223, lorsqu’il avait reçu du Pape Honorius III la confirmation de sa Règle. Après son voyage en Terre Sainte, ces grottes lui rappelaient d’une manière particulière le paysage de Bethléem. Et il est possible que le Poverello ait été influencé à Rome, par les mosaïques de la Basilique de Sainte Marie Majeure, représentant la naissance de Jésus, juste à côté de l’endroit où étaient conservés, selon une tradition ancienne, les fragments de la mangeoire.

Les Sources franciscaines racontent en détail ce qui s’est passé à Greccio. Quinze jours avant Noël, François appela un homme du lieu, nommé Jean, et le supplia de l’aider à réaliser un vœu : « Je voudrais représenter l’Enfant né à Bethléem, et voir avec les yeux du corps, les souffrances dans lesquelles il s’est trouvé par manque du nécessaire pour un nouveau-né, lorsqu’il était couché dans un berceau sur la paille entre le bœuf et l’âne » [1]. Dès qu’il l’eut écouté, l’ami fidèle alla immédiatement préparer, à l’endroit indiqué, tout le nécessaire selon la volonté du Saint. Le 25 décembre, de nombreux frères de divers endroits vinrent à Greccio accompagnés d’hommes et de femmes provenant des fermes de la région, apportant fleurs et torches pour illuminer cette sainte nuit. Quand François arriva, il trouva la mangeoire avec la paille, le bœuf et l’âne. Les gens qui étaient accourus manifestèrent une joie indicible jamais éprouvée auparavant devant la scène de Noël. Puis le prêtre, sur la mangeoire, célébra solennellement l’Eucharistie, montrant le lien entre l’Incarnation du Fils de Dieu et l’Eucharistie. À cette occasion, à Greccio, il n’y a pas eu de santons : la crèche a été réalisée et vécue par les personnes présentes[2] .

C’est ainsi qu’est née notre tradition : tous autour de la grotte et pleins de joie, sans aucune distance entre l’événement qui se déroule et ceux qui participent au mystère.

Le premier biographe de saint François, Thomas de Celano, rappelle que s’ajouta, cette nuit-là, le don d’une vision merveilleuse à la scène touchante et simple : une des personnes présentes vit, couché dans la mangeoire, l’Enfant Jésus lui-même. De cette crèche de Noël 1223, « chacun s’en retourna chez lui plein d’une joie ineffable » [3] .

3. Saint François, par la simplicité de ce signe, a réalisé une grande œuvre d’évangélisation. Son enseignement a pénétré le cœur des chrétiens et reste jusqu’à nos jours une manière authentique de proposer de nouveau la beauté de notre foi avec simplicité. Par ailleurs, l’endroit même où la première crèche a été réalisée exprime et suscite ces sentiments. Greccio est donc devenu un refuge pour l’âme qui se cache sur le rocher pour se laisser envelopper dans le silence.

Pourquoi la crèche suscite-t-elle tant d’émerveillement et nous émeut-elle ? Tout d’abord parce qu’elle manifeste la tendresse de Dieu. Lui, le Créateur de l’univers, s’abaisse à notre petitesse. Le don de la vie, déjà mystérieux à chaque fois pour nous, fascine encore plus quand nous voyons que Celui qui est né de Marie est la source et le soutien de toute vie. En Jésus, le Père nous a donné un frère qui vient nous chercher quand nous sommes désorientés et que nous perdons notre direction ; un ami fidèle qui est toujours près de nous. Il nous a donné son Fils qui nous pardonne et nous relève du péché. Faire une crèche dans nos maisons nous aide à revivre l’histoire vécue à Bethléem. Bien sûr, les Évangiles restent toujours la source qui nous permet de connaître et de méditer sur cet Événement, cependant la représentation de ce dernier par la crèche nous aide à imaginer les scènes, stimule notre affection et nous invite à nous sentir impliqués dans l’histoire du salut, contemporains de l’événement qui est vivant et actuel dans les contextes historiques et culturels les plus variés.

D’une manière particulière, depuis ses origines franciscaines, la crèche est une invitation à « sentir » et à « toucher » la pauvreté que le Fils de Dieu a choisie pour lui-même dans son incarnation. Elle est donc, implicitement, un appel à le suivre sur le chemin de l’humilité, de la pauvreté, du dépouillement, qui, de la mangeoire de Bethléem conduit à la croix. C’est un appel à le rencontrer et à le servir avec miséricorde dans les frères et sœurs les plus nécessiteux (cf. Mt 25, 31-46).

4. J’aimerais maintenant passer en revue les différents signes de la crèche pour en saisir le sens qu’ils portent en eux. En premier lieu, représentons-nous le contexte du ciel étoilé dans l’obscurité et dans le silence de la nuit. Ce n’est pas seulement par fidélité au récit évangélique que nous faisons ainsi, mais aussi pour la signification qu’il possède. Pensons seulement aux nombreuses fois où la nuit obscurcit notre vie. Eh bien, même dans ces moments-là, Dieu ne nous laisse pas seuls, mais il se rend présent pour répondre aux questions décisives concernant le sens de notre existence : Qui suis-je ? D’où est-ce que je viens ? Pourquoi suis-je né à cette époque ? Pourquoi est-ce que j’aime ? Pourquoi est-ce que je souffre ? Pourquoi vais-je mourir ? Pour répondre à ces questions, Dieu s’est fait homme. Sa proximité apporte la lumière là où il y a les ténèbres et illumine ceux qui traversent l’obscurité profonde de la souffrance (cf. Lc 1, 79).

Les paysages qui font partie de la crèche méritent, eux aussi, quelques mots, car ils représentent souvent les ruines d’anciennes maisons et de palais qui, dans certains cas, remplacent la grotte de Bethléem et deviennent la demeure de la Sainte Famille. Ces ruines semblent s’inspirer de la Légende dorée du dominicain Jacopo da Varazze (XIIIème siècle), où nous pouvons lire une croyance païenne selon laquelle le temple de la Paix à Rome se serait effondré quand une Vierge aurait donné naissance. Ces ruines sont avant tout le signe visible de l’humanité déchue, de tout ce qui va en ruine, de ce qui est corrompu et triste. Ce scénario montre que Jésus est la nouveauté au milieu de ce vieux monde, et qu’il est venu guérir et reconstruire pour ramener nos vies et le monde à leur splendeur originelle.

5. Quelle émotion devrions-nous ressentir lorsque nous ajoutons dans la crèche des montagnes, des ruisseaux, des moutons et des bergers ! Nous nous souvenons ainsi, comme les prophètes l’avaient annoncé, que toute la création participe à la fête de la venue du Messie. Les anges et l’étoile de Bethléem sont le signe que nous sommes, nous aussi, appelés à nous mettre en route pour atteindre la grotte et adorer le Seigneur.

« Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître » (Lc 2, 15) : voilà ce que disent les bergers après l’annonce faite par les anges. C’est un très bel enseignement qui nous est donné dans la simplicité de sa description. Contrairement à tant de personnes occupées à faire mille choses, les bergers deviennent les premiers témoins de l’essentiel, c’est-à-dire du salut qui est donné. Ce sont les plus humbles et les plus pauvres qui savent accueillir l’événement de l’Incarnation. À Dieu qui vient à notre rencontre dans l’Enfant Jésus, les bergers répondent en se mettant en route vers Lui, pour une rencontre d’amour et d’étonnement reconnaissant. C’est précisément cette rencontre entre Dieu et ses enfants, grâce à Jésus, qui donne vie à notre religion, qui constitue sa beauté unique et qui transparaît de manière particulière à la crèche.

6. Dans nos crèches, nous avons l’habitude de mettre de nombreuses santons symboliques. Tout d’abord, ceux des mendiants et des personnes qui ne connaissent pas d’autre abondance que celle du cœur. Eux aussi sont proches de l’Enfant Jésus à part entière, sans que personne ne puisse les expulser ou les éloigner du berceau improvisé, car ces pauvres qui l’entourent ne détonnent pas au décor. Les pauvres, en effet, sont les privilégiés de ce mystère et, souvent, les plus aptes à reconnaître la présence de Dieu parmi nous.

Les pauvres et les simples dans la crèche rappellent que Dieu se fait homme pour ceux qui ressentent le plus le besoin de son amour et demandent sa proximité. Jésus, « doux et humble de cœur » (Mt 11, 29), est né pauvre, il a mené une vie simple pour nous apprendre à saisir l’essentiel et à en vivre. De la crèche, émerge clairement le message que nous ne pouvons pas nous laisser tromper par la richesse et par tant de propositions éphémères de bonheur. Le palais d’Hérode est en quelque sorte fermé et sourd à l’annonce de la joie. En naissant dans la crèche, Dieu lui-même commence la seule véritable révolution qui donne espoir et dignité aux non désirés, aux marginalisés : la révolution de l’amour, la révolution de la tendresse. De la crèche, Jésus a proclamé, avec une douce puissance, l’appel à partager avec les plus petits ce chemin vers un monde plus humain et plus fraternel, où personne n’est exclu ni marginalisé.

Souvent les enfants – mais aussi les adultes ! – adorent ajouter à la crèche d’autres figurines qui semblent n’avoir aucun rapport avec les récits évangéliques. Cette imagination entend exprimer que, dans ce monde nouveau inauguré par Jésus, il y a de la place pour tout ce qui est humain et pour toute créature. Du berger au forgeron, du boulanger au musicien, de la femme qui porte une cruche d’eau aux enfants qui jouent… : tout cela représente la sainteté au quotidien, la joie d’accomplir les choses de la vie courante d’une manière extraordinaire, lorsque Jésus partage sa vie divine avec nous.

7. Peu à peu, la crèche nous conduit à la grotte, où nous trouvons les santons de Marie et de Joseph. Marie est une mère qui contemple son enfant et le montre à ceux qui viennent le voir. Ce santon nous fait penser au grand mystère qui a impliqué cette jeune fille quand Dieu a frappé à la porte de son cœur immaculé. À l’annonce de l’ange qui lui demandait de devenir la mère de Dieu, Marie répondit avec une obéissance pleine et entière. Ses paroles : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38), sont pour nous tous le témoignage de la façon de s’abandonner dans la foi à la volonté de Dieu. Avec ce « oui » Marie est devenue la mère du Fils de Dieu, sans perdre mais consacrant, grâce à lui, sa virginité. Nous voyons en elle la Mère de Dieu qui ne garde pas son Fils seulement pour elle-même, mais demande à chacun d’obéir à sa parole et de la mettre en pratique (cf. Jn 2, 5).

À côté de Marie, dans une attitude de protection de l’Enfant et de sa mère, se trouve saint Joseph. Il est généralement représenté avec un bâton à la main, et parfois même tenant une lampe. Saint Joseph joue un rôle très important dans la vie de Jésus et de Marie. Il est le gardien qui ne se lasse jamais de protéger sa famille. Quand Dieu l’avertira de la menace d’Hérode, il n’hésitera pas à voyager pour émigrer en Égypte (cf. Mt 2, 13-15). Et ce n’est qu’une fois le danger passé, qu’il ramènera la famille à Nazareth, où il sera le premier éducateur de Jésus enfant et adolescent. Joseph portait dans son cœur le grand mystère qui enveloppait Jésus et Marie son épouse, et, en homme juste, il s’est toujours confié à la volonté de Dieu et l’a mise en pratique.

8. Le cœur de la crèche commence à battre quand, à Noël, nous y déposons le santon de l’Enfant Jésus. Dieu se présente ainsi, dans un enfant, pour être accueilli dans nos bras. Dans la faiblesse et la fragilité, se cache son pouvoir qui crée et transforme tout. Cela semble impossible, mais c’est pourtant ainsi : en Jésus, Dieu a été un enfant et c’est dans cette condition qu’il a voulu révéler la grandeur de son amour qui se manifeste dans un sourire et dans l’extension de ses mains tendues vers tous.

La naissance d’un enfant suscite joie et émerveillement, car elle nous place devant le grand mystère de la vie. En voyant briller les yeux des jeunes mariés devant leur enfant nouveau-né, nous comprenons les sentiments de Marie et de Joseph qui, regardant l’Enfant Jésus, ont perçu la présence de Dieu dans leur vie.

« La vie s’est manifestée » (1Jn 1, 2) : c’est ainsi que l’Apôtre Jean résume le mystère de l’Incarnation. La crèche nous fait voir, nous fait toucher cet événement unique et extraordinaire qui a changé le cours de l’histoire et à partir duquel la numérotation des années, avant et après la naissance du Christ, en est également ordonnée.

La manière d’agir de Dieu est presque une question de transmission, car il semble impossible qu’il renonce à sa gloire pour devenir un homme comme nous. Quelle surprise de voir Dieu adopter nos propres comportements : il dort, il tète le lait de sa mère, il pleure et joue comme tous les enfants! Comme toujours, Dieu déconcerte, il est imprévisible et continuellement hors de nos plans. Ainsi la crèche, tout en nous montrant comment Dieu est entré dans le monde, nous pousse à réfléchir sur notre vie insérée dans celle de Dieu ; elle nous invite à devenir ses disciples si nous voulons atteindre le sens ultime de la vie.

9. Lorsque s’approche la fête de l’Épiphanie, nous ajoutons dans la crèche les trois santons des Rois Mages. Observant l’étoile, ces sages et riches seigneurs de l’Orient, s’étaient mis en route vers Bethléem pour connaître Jésus et lui offrir comme présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Ces dons ont aussi une signification allégorique : l’or veut honorer la royauté de Jésus ; l’encens sa divinité; la myrrhe sa sainte humanité qui connaîtra la mort et la sépulture.

En regardant la scène de la crèche, nous sommes appelés à réfléchir sur la responsabilité de tout chrétien à être évangélisateur. Chacun de nous devient porteur de la Bonne Nouvelle pour ceux qu’il rencontre, témoignant, par des actions concrètes de miséricorde, de la joie d’avoir rencontré Jésus et son amour.

Les Mages nous enseignent qu’on peut partir de très loin pour rejoindre le Christ. Ce sont des hommes riches, des étrangers sages, assoiffés d’infinis, qui entreprennent un long et dangereux voyage qui les a conduits jusqu’à Bethléem (cf. Mt 2, 1-12). Une grande joie les envahit devant l’Enfant Roi. Ils ne se laissent pas scandaliser par la pauvreté de l’environnement ; ils n’hésitent pas à se mettre à genoux et à l’adorer. Devant lui, ils comprennent que, tout comme Dieu règle avec une souveraine sagesse le mouvement des astres, ainsi guide-t-il le cours de l’histoire, abaissant les puissants et élevant les humbles. Et certainement que, de retour dans leur pays, ils auront partagé cette rencontre surprenante avec le Messie, inaugurant le voyage de l’Évangile parmi les nations.

10. Devant la crèche, notre esprit se rappelle volontiers notre enfance, quand nous attendions avec impatience le moment de pouvoir commencer à la mettre en place. Ces souvenirs nous poussent à prendre de plus en plus conscience du grand don qui nous a été fait par la transmission de la foi ; et en même temps, ils nous font sentir le devoir et la joie de faire participer nos enfants et nos petits enfants à cette même expérience. La façon d’installer la mangeoire n’est pas importante, elle peut toujours être la même ou être différente chaque année ; ce qui compte c’est que cela soit signifiant pour notre vie. Partout, et sous différentes formes, la crèche parle de l’amour de Dieu, le Dieu qui s’est fait enfant pour nous dire combien il est proche de chaque être humain, quelle que soit sa condition.

Chers frères et sœurs, la crèche fait partie du processus doux et exigeant de la transmission de la foi. Dès l’enfance et ensuite à chaque âge de la vie, elle nous apprend à contempler Jésus, à ressentir l’amour de Dieu pour nous, à vivre et à croire que Dieu est avec nous et que nous sommes avec lui, tous fils et frères grâce à cet Enfant qui est Fils de Dieu et de la Vierge Marie ; et à éprouver en cela le bonheur. À l’école de saint François, ouvrons notre cœur à cette grâce simple et laissons surgir de l’émerveillement une humble prière : notre « merci » à Dieu qui a voulu tout partager avec nous afin de ne jamais nous laisser seuls.

Donné à Greccio, au Sanctuaire de la crèche, le 1er décembre 2019, la septième année de mon Pontificat.

FRANÇOIS

___________________

[1] Thomas de Celano, Vita Prima, n. 84: Sources franciscaines (FF), n. 468. [2] Cf. ibid., n. 85: FF, n. 469. [3] Ibid., n. 86: FF, n. 470.

 

 

 

Le baptême de Lydie et de sa famille, à Philippes, est « le témoignage de l’arrivée du christianisme sur les côtes européennes ». L’Évangile est donc « entré par la Macédoine », a fait observer le pape François. Il a commenté le chapitre 16 du livre des Actes des apôtres, sur les débuts de la mission de Paul et Silas en Macédoine, où ils baptisent d’abord une femme, Lydie, et sa famille, puis leur geôlier avec toute sa maison. Entretemps, ils ont exorcisé une servante exploitée par ses maîtres, qui la faisaient travailler comme voyante.

Cette jeune esclave « faisait ce que font les voyantes : elle devine ton avenir, elle lit les lignes de ta main (…) et les gens payaient pour cela », a expliqué le pape, et « aujourd’hui encore, chers frères et soeurs, il y a des gens qui paient pour cela ». Et le pape d’évoquer son diocèse en Argentine, et le grand parc rempli de voyants et de voyantes « qui lisaient dans ta main et les gens croyaient tout cela ! Et ils payaient ». L’évangélisation de l’Europe par Paul et Silas n’est donc que « le début d’un processus d’inculturation qui dure encore aujourd’hui », a souligné le pape.

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

Quand nous lisons les Actes des apôtres, nous voyons que l’Esprit Saint est le protagoniste de la mission de l’Église : c’est lui qui guide le chemin des évangélisateurs en leur montrant la route à suivre.

Nous voyons cela clairement au moment où l’apôtre Paul, arrivé à Troas, a une vision. Un Macédonien le supplie : « Passe en Macédoine et viens à notre secours ! » (Ac 16, 9). Le peuple de Macédoine du nord en est fier, il est très fier d’avoir appelé Paul pour que ce soit Paul qui annonce Jésus-Christ. Je me souviens bien de ce beau peuple qui m’a accueilli avec beaucoup de chaleur : puissent-ils conserver cette foi que Paul leur a prêchée ! L’apôtre n’a pas hésité et il part pour la Macédoine, sûr que c’est vraiment Dieu qui l’envoie, et il accoste à Philippes, « colonie romaine » (Ac 16,12) sur la via Egnatia, pour prêcher l’Évangile. Paul s’y arrête pendant plusieurs jours. Il y a trois événements qui caractérisent son séjour à Philippes, pendant ces trois jours, trois événements importants. 1) L’évangélisation et le baptême de Lydie et de sa famille. 2) L’arrestation qu’il subit, avec Silas, après avoir exorcisé une esclave exploitée par ses maîtres. 3) La conversion et le baptême de son geôlier et de sa famille. Voyons ces trois épisodes dans la vie de Paul.

La puissance de l’Évangile touche surtout les femmes de Philippes, en particulier Lydie, négociante en étoffes de pourpre, de la ville de Thyatire, une croyante en Dieu dont le Seigneur ouvre le coeur « pour la rendre attentive à ce que disait Paul » (Ac 16,14). En effet, Lydie accueille le Christ, reçoit le baptême avec sa famille et accueille ceux qui appartiennent au Christ, en hébergeant chez elle Paul et Silas. Nous avons ici le témoignage de l’arrivée du christianisme sur les côtes européennes : le début d’un processus d’inculturation qui dure encore aujourd’hui. Il est entré par la Macédoine.

Après leur expérience chaleureuse chez Lydie, Paul et Silas se retrouvent confrontés à la dureté de la prison : ils passent de la consolation de cette conversion de Lydie et de sa famille à la désolation de la prison, où ils sont jetés pour avoir libéré, au nom de Jésus, « une jeune servante qui était possédée par un esprit de divination » et qui « rapportait de gros bénéfices à ses maîtres » par son métier de voyante (Ac 16, 16). Ses maîtres gagnaient beaucoup et cette pauvre esclave faisait ce que font les voyantes : elle devine ton avenir, elle lit les lignes de ta main – comme le dit la chanson « Prends cette main, bohémienne » et les gens payaient pour cela. Aujourd’hui encore, chers frères et soeurs, il y a des gens qui paient pour cela. Je me souviens, dans mon diocèse, dans un très grand parc, il y avait plus de 60 petites tables où étaient assis des voyants et des voyantes qui lisaient dans ta main et les gens croyaient tout cela ! Et ils payaient. Et cela existait déjà à l’époque de saint Paul. Ses maîtres, par rétorsion, dénoncent Paul et conduisent les apôtres devant les magistrats en les accusant de créer le désordre public.

Mais que se passe-t-il ? Paul est en prison et pendant son emprisonnement, un fait surprenant se produit. Il est dans la désolation mais, au lieu de se plaindre, Paul et Silas entonnent une louange à Dieu et cette louange libère une puissance qui brise leurs chaînes : pendant la prière, un tremblement de terre secoue les fondations de la prison, les portes s’ouvrent et les chaînes de tous les prisonniers tombent (cf. Ac 16, 25-26). Comme la prière de la Pentecôte, celle-ci, faite en prison, a des effets prodigieux.

Croyant que les prisonniers se sont enfuis, le geôlier allait se suicider, parce que les geôliers payaient de leur propre vie si un prisonnier s’enfuyait ; mais Paul  lui crie : « Nous sommes tous là ! »  (Ac 16, 27-28). Alors celui-ci demande : « Que dois-je faire pour être sauvé ? » (v. 30). La réponse est : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras sauvé, toi et toute ta maison » (v. 31). C’est à ce moment que survient le changement : au coeur de la nuit, le geôlier écoute la parole du Seigneur avec sa famille, accueille les apôtres, lave leurs plaies – parce qu’ils avaient été roués de coups – et avec les siens, il reçoit le baptême ; puis, avec sa maison, laissant « déborder sa joie de croire en Dieu » (v. 34), il fait préparer la table et invite Paul et Silas à demeurer avec eux : le moment de la consolation ! Au coeur de la nuit de ce geôlier anonyme, la lumière du Christ brille et l’emporte sur les ténèbres : les chaînes de son coeur tombent et jaillit en lui et chez les siens une joie inconnue. C’est ainsi que l’Esprit Saint fait la mission : depuis le début, depuis la Pentecôte, c’est lui le protagoniste de la mission. Et il nous fait avancer, il faut être fidèle à la vocation que l’Esprit nous pousse à faire. Pour apporter l’Évangile.

Demandons nous aussi à l’Esprit Saint un coeur ouvert, sensible à Dieu et accueillant envers nos frères, comme celui de Lydie, et une foi audacieuse comme celle de Paul et de Silas, ainsi qu’une ouverture du coeur, comme celle du geôlier qui se laisse toucher par l’Esprit Saint.

 

 

 

Un exemple extraordinaire d’inculturation

Le regard de saint Paul sur la ville d’Athènes et le monde païen nous interroge « sur notre façon de regarder les villes », a déclaré le pape François. « Les observons-nous avec indifférence ? Avec mépris ? Ou avec la foi qui reconnaît les enfants de Dieu au milieu des foules anonymes ? » Paul, a relevé le pape, « observe la culture, il observe l’environnement d’Athènes “à partir d’un regard contemplatif” » ; il ne regarde pas le monde païen avec « hostilité » mais « avec les yeux de la foi ».

Le pape François a commenté le discours de Paul à Athènes aux membres de l’aréopage (Ac 17,23), « symbole de la vie politique et culturelle », le décrivant comme un « extraordinaire exemple d’inculturation de la foi ».

Cherchant à « entrer en empathie avec ses auditeurs », Paul « choisit le regard qui le pousse à ouvrir un passage entre l’Évangile et le monde païen » a fait observer le pape. Et l’apôtre annonce alors le kérygme, invitant « chacun à aller au-delà des “temps de l’ignorance” et à se décider pour la conversion en vu du jugement imminent. Paul aborde ainsi le kérygme et fait allusion au Christ, sans le citer, le définissant comme l’homme que Dieu a “accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts” ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons notre « voyage » avec le livre des Actes des apôtres. Après les épreuves vécues à Philippes, Thessalonique et Bérée, Paul accoste à Athènes, au cœur de la Grèce (cf. Ac 17,15). Cette ville, qui vivait à l’ombre des antiques gloires malgré la décadence politique, conservait encore le primat de la culture. Là, l’apôtre « avait l’esprit exaspéré en observant la ville livrée aux idoles » (Ac 17,16). Mais cet « impact » avec le paganisme, au lieu de le faire fuir, le pousse à créer un pont pour dialoguer avec cette culture.

Paul choisit d’entrer en familiarité avec la ville et commence ainsi à fréquenter les lieux et les personnes les plus importants. Il va à la synagogue, symbole de la vie de foi ; il va sur la place, symbole de la vie citadine ; et il va à l’aréopage, symbole de la vie politique et culturelle. Il rencontre des juges, des philosophes épicuriens et stoïciens, et beaucoup d’autres personnes. Il rencontre tout le monde, il ne se renferme pas, il va parler avec tout le monde. Ainsi, Paul observe la culture, il observe l’environnement d’Athènes « à partir d’un regard contemplatif » qui découvre « ce Dieu qui habite dans ses maisons, dans ses rues et sur ses places » (Evangelii gaudium, 71). Paul ne regarde pas la ville d’Athènes et le monde païen avec hostilité mais avec les yeux de la foi. Et cela nous pousse à nous interroger sur notre façon de regarder nos villes : les observons-nous avec indifférence ? Avec mépris ? Ou avec la foi qui reconnaît les enfants de Dieu au milieu des foules anonymes ?

Paul choisit le regard qui le pousse à ouvrir un passage entre l’Évangile et le monde païen. Au cœur d’une des institutions les plus célèbres du monde antique, l’aréopage, il réalise un extraordinaire exemple d’inculturation du message de la foi : il annonce Jésus-Christ aux adorateurs d’idoles, et ne le fait pas en les agressant, mais en se faisant « pontife, constructeur de ponts » (Homélie à Sainte Marthe, 8 mai 2013).

Paul s’inspire de l’autel de la ville dédié à « un dieu inconnu » (Ac 17,23) – il y avait un autel avec l’inscription « au dieu inconnu » ; aucune représentation, rien, seulement cette inscription. En partant de cette « dévotion » au dieu inconnu, pour entrer en empathie avec ses auditeurs, il proclame que Dieu « vit parmi les citadins » (Evangelii gaudium, 71) et « ne se cache pas à ceux qui le cherchent d’un coeur sincère, bien qu’ils le fassent à tâtons » (ibid.). C’est précisément cette présence que Paul cherche à dévoiler : « ce que vous vénérez sans le connaître, voilà ce que, moi, je viens vous annoncer » (Ac 17,23).

Pour révéler l’identité du dieu que les Athéniens adorent, l’apôtre part de la création, c’est-à-dire de la foi biblique dans le Dieu de la révélation, pour arriver à la rédemption et au jugement, à savoir le message proprement chrétien. Il montre la disproportion entre la grandeur du Créateur et les temples construits par l’homme, et il explique que le Créateur se laisse chercher toujours davantage pour que chacun puisse le trouver. Ainsi, selon une belle expression du pape Benoît XVI, Paul « annonce celui que les hommes ignorent, et pourtant connaissent : l’Inconnu-Connu » (Benoît XVI, Rencontre avec le monde de la culture au Collège des Bernardins, 12 sept. 2008). Ensuite, il invite chacun à aller au-delà des « temps de l’ignorance » et à se décider pour la conversion en vu du jugement imminent. Paul aborde ainsi le kérygme et fait allusion au Christ, sans le citer, le définissant comme l’homme que Dieu a « accrédité auprès de tous en le ressuscitant d’entre les morts » (Ac 17,31).

Et voilà le problème. La parole de Paul qui, jusqu’alors, avait tenu ses interlocuteurs en haleine – parce que c’était une découverte intéressante – se heurte à une pierre d’achoppement : la mort et la résurrection du Christ apparaît comme une « folie » (1 Cor 1,23) et fait l’objet de moqueries et de dérision. Alors Paul s’éloigne : sa tentative semble avoir échoué mais, en fait, quelques-uns adhèrent à sa parole et s’ouvrent à la foi. Parmi ceux-ci un homme, Denys, membre de l’aréopage, et une femme, Damaris. À Athènes aussi l’Évangile prend racine et peut courir à deux voix : celle de l’homme et celle de la femme !

Demandons nous aussi aujourd’hui à l’Esprit Saint de nous apprendre à construire des ponts avec la culture, avec ceux qui ne croient pas ou qui ont une croyance différente de la nôtre. Toujours construire des ponts, toujours la main tendue, sans agression. Demandons-lui la capacité d’inculturer avec délicatesse le message de la foi, en posant sur ceux qui sont dans l’ignorance du Christ un regard contemplatif, mû par un amour qui réchauffe même les cœurs les plus endurcis.

 

Premier concile de Jérusalem, un exemple de synodalité

Le livre des Actes des apôtres est « le livre du long voyage de la Parole de Dieu » : il « commence à la suite d’une forte persécution » mais « au lieu de provoquer un coup d’arrêt pour l’évangélisation », celle-ci « devient une opportunité pour élargir le champ où répandre la bonne graine de la Parole ».

Le pape François a donné sa treizième catéchèse sur les Actes des apôtres (chapitres 14 et 15). Le pape a commenté les débuts de la mission de Paul et Barnabé auprès des païens, et le Concile de Jérusalem qui s’est tenu pour répondre aux questions soulevées par cette évangélisation de ceux qui n’étaient pas juifs.

Le récit du Concile de Jérusalem, a expliqué le pape, « nous aide à comprendre la synodalité. C’est le propre de la synodalité, la présence de l’Esprit Saint, sinon (…) c’est un parloir, un parlement, autre chose… ». Et de spécifier : « la méthode ecclésiale pour la résolution des conflits se fonde sur le dialogue fait d’écoute attentive et patiente et sur le discernement réalisé à la lumière de l’Esprit. C’est l’Esprit, en effet, qui aide à surmonter les fermetures et les tensions et qui travaille dans les cœurs pour qu’ils parviennent, dans la vérité et le bien, à l’unité ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le livre des Actes des apôtres raconte qu’après cette rencontre transformante avec Jésus, saint Paul est accueilli par l’Église de Jérusalem grâce à la médiation de Barnabé et commence à annoncer le Christ. Mais à cause de l’hostilité de quelques-uns, il se voit contraint de se rendre à Tarse, sa ville natale, où Barnabé le rejoint pour l’impliquer dans le long voyage de la Parole de Dieu. On peut dire que le livre des Actes des apôtres, que nous commentons dans ces catéchèses, est le livre du long voyage de la Parole de Dieu : la Parole de Dieu doit être annoncée, et annoncée partout. Ce voyage commence à la suite d’une forte persécution (cf. Ac 11,19) ; mais celle-ci, au lieu de provoquer un coup d’arrêt pour l’évangélisation, devient une opportunité pour élargir le champ où répandre la bonne graine de la Parole. Les chrétiens ne se laissent pas effrayer. Ils doivent fuir, mais ils fuient avec la Parole, et répandent la Parole un peu partout.

Paul et Barnabé arrivent d’abord à Antioche de Syrie, où ils s’arrêtent une année entière pour enseigner et aider la communauté à mettre des racines (cf. Ac 11,26). Ils annonçaient à la communauté juive, aux juifs. Antioche devient ainsi le centre de propulsion missionnaire, grâce à la prédication par laquelle les deux évangélisateurs – Paul et Barnabé – touchent le coeur des croyants qui, ici à Antioche, sont appelés pour la première fois « chrétiens » (cf. Ac 11,26).

Du livre des Actes émerge la nature de l’Église qui n’est pas une forteresse mais une tente capable d’étendre son espace (cf. Is 54,2) et de permettre à tous d’y accéder. L’Église est « en sortie » ou ce n’est pas l’Église ; soit elle est en chemin en élargissant toujours son espace afin que tous puissent y entrer, soit ce n’est pas l’Église. « Une Église aux portes ouvertes » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 46), toujours les portes ouvertes. Quand je vois une petite église, ici dans cette ville, ou quand j’en voyais dans l’autre diocèse d’où je viens, les portes fermées, c’est mauvais signe. Les églises doivent toujours avoir leurs portes ouvertes parce que c’est le symbole de ce qu’est une église : toujours ouverte. L’Église est « appelée à être toujours la maison ouverte du Père. […] De sorte que, si quelqu’un veut suivre une motion de l’Esprit et s’approche en cherchant Dieu, il ne se heurte pas à la froideur d’une porte fermée (ibid., 47).

Mais cette nouveauté des portes ouvertes à qui ? Aux païens, parce que les apôtres prêchaient aux juifs, mais les païens aussi sont venus frapper à la porte de l’Église ; et cette nouveauté des portes ouvertes aux païens déchaîne une controverse très animée. Certains juifs affirment la nécessité de se faire juif à travers la circoncision pour être sauvé, et recevoir ensuite le baptême. Ils disent : « Si vous n’acceptez pas la circoncision selon la coutume qui vient de Moïse, vous ne pouvez pas être sauvés », c’est-à-dire vous ne pouvez pas recevoir ensuite le baptême. D’abord le rite juif et ensuite le baptême : c’était leur position. Et pour trancher la question, Paul et Barnabé consultent le conseil des apôtres et des anciens à Jérusalem et se tient alors ce qui est considéré comme le premier concile de l’histoire de l’Église, le concile – ou assemblée – de Jérusalem, auquel se réfère Paul dans sa Lettre aux Galates (2,1-10).

C’est une question théologique, spirituelle et disciplinaire très délicate qui est abordée ici : c’est le rapport entre la foi dans le Christ et l’observance de la Loi de Moïse. Les discours de Pierre et Jacques, « colonnes » de l’Église-mère, au cours de cette assemblée, sont déterminants (cf. Ac 15,7-21 ; Gal 2,9). Ils invitent à ne pas imposer la circoncision aux païens, mais à leur demander seulement de rejeter l’idolâtrie et toutes ses expressions. C’est à partir de la discussion que se dessine la route commune, et cette décision, ratifiée par la fameuse lettre apostolique envoyée à Antioche.

L’assemblée de Jérusalem nous donne une lumière importante sur les modalités avec lesquelles aborder les divergences et rechercher la « vérité dans la charité » (Ep 4,15). Elle nous rappelle que la méthode ecclésiale pour la résolution des conflits se fonde sur le dialogue fait d’écoute attentive et patiente et sur le discernement réalisé à la lumière de l’Esprit. C’est l’Esprit, en effet, qui aide à surmonter les fermetures et les tensions et qui travaille dans les coeurs pour qu’ils parviennent, dans la vérité et le bien, à l’unité. Ce texte nous aide à comprendre la synodalité. Il est intéressant de voir comment la lettre est écrite : les apôtres commencent en disant : « L’Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé que… ». C’est le propre de la synodalité, la présence de l’Esprit Saint, sinon ce n’est pas la synodalité, c’est un parloir, un parlement, autre chose…

Demandons au Seigneur de renforcer chez tous les chrétiens, en particulier chez les évêques et les prêtres, le désir et la responsabilité de la communion. Qu’il nous aide à vivre le dialogue, l’écoute et la rencontre avec nos frères dans la foi et avec ceux qui sont loin, pour goûter et manifester la fécondité de l’Église.