Le courage de s’opposer aux crimes des dirigeants

La vie chrétienne, a fortiori la vie de prière, ce sont « des moments d’exaltation et des moments d’abattements, de souffrance ». Il a appelé de ses vœux des croyants qui sachent s’opposer fermement aux crimes des dirigeants.

Le pape a repris son cycle de catéchèses sur la prière en méditant sur « l’un des personnages les plus passionnants de toute l’Ecriture Sainte : le prophète Elie ». Un homme « intègre, incapable de compromis mesquins », a-t-il dit, saluant en lui « l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées ».

« Dans la prière, a constaté le pape François, il arrive toujours ceci : des moments de prière qui nous élèvent, nous donnent de l’enthousiasme, et des moments de prière ou nous ressentons de la douleur, de l’aridité, de l’épreuve. La prière est ainsi : se laisser porter par Dieu et se laisser frapper aussi par de mauvaises situations et également par les tentations. »

Au fil de sa méditation, le pape a souhaité des « chrétiens zélés » qui « agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Elie, pour dire : ‘Cela ne va pas ! Cela est un assassinat !’. »

« La prière, a-t-il aussi expliqué, ce n’est pas se renfermer avec le Seigneur pour se maquiller l’âme : non, cela n’est pas la prière, c’est une fausse prière. La prière est une confrontation avec Dieu et se laisser envoyer pour servir nos frères. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous reprenons aujourd’hui les catéchèses sur la prière, que nous avons interrompues pour passer à la catéchèse sur la sauvegarde de la création, et maintenant nous reprenons ; et nous rencontrons l’un des personnages les plus passionnants de toute l’Ecriture Sainte : le prophète Elie. Il transcende les frontières de son époque et nous pouvons déceler sa présence également dans certains épisodes de l’Evangile. Il apparaît aux côtés de Jésus, avec Moïse, au moment de la Transfiguration (cf. Mt 17, 3). Jésus lui-même fait référence à sa figure pour accréditer le témoignage de Jean-Baptiste (cf. Mt 17, 10-13).

Dans la Bible, Elie apparaît à l’improviste, de façon mystérieuse, provenant d’un petit village tout à fait marginal (cf. 1 R 17, 1) ; et à la fin, il sortira de scène, sous les yeux du disciple Elisée, sur un char de feu qui le conduit au ciel (cf 2 R 2, 11-12). Il s’agit donc d’un homme sans origine précise, et surtout sans but, enlevé au ciel : c’est pourquoi son retour était attendu avant l’avènement du Messie, comme un précurseur. Ainsi l’on attendait le retour d’Elie.

L’Ecriture nous présente Elie comme un homme à la foi limpide : dans son nom même, qui pourrait signifier « Yahvé est Dieu », est contenu le secret de sa mission. Il en sera ainsi tout au long de sa vie : homme intègre, incapable de compromis mesquins. Son symbole est le feu, image de la puissance purificatrice de Dieu. Il sera le premier à être mis à dure épreuve, et demeurera fidèle. Il est l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées.

La prière est la sève qui alimente constamment son existence. C’est pourquoi c’est l’un des personnages les plus chers à la tradition monastique, au point que certains l’ont élu comme père spirituel de la vie consacrée à Dieu. Elie est l’homme de Dieu, qui s’élève au rang de défenseur du primat du Très Haut. Et pourtant, lui aussi est contraint à se mesurer avec sa propre fragilité. Il est difficile de dire quelles expériences lui furent les plus utiles : avoir vaincu les faux prophètes sur le mont Carmel (cf. 1 R 18, 20-40), ou bien l’égarement au cours duquel il constate « n’être pas meilleurs que ses pères » (1 R 19, 4). Dans l’âme de celui qui prie, la conscience de sa faiblesse est plus précieuse que les moments d’exaltation, quand il semble que la vie est une chevauchée de victoires et de succès. Dans la prière il arrive toujours ceci : des moments de prière qui nous élèvent, nous donnent de l’enthousiasme, et des moments de prière ou nous ressentons de la douleur, de l’aridité, de l’épreuve. La prière est ainsi : se laisser porter par Dieu et se laisser frapper aussi par de mauvaises situations et également par les tentations. C’est l’une des réalités que l’on retrouve dans de nombreuses autres vocations bibliques, également dans le Nouveau Testament, pensons par exemple à saint Pierre et à saint Paul. Même leur vie était ainsi : des moments d’exaltation et des moments d’abattements, de souffrance.

Elie est l’homme de la vie contemplative et, dans le même temps, de la vie active, préoccupé par les événements de son temps, capable de se dresser contre le roi et la reine  après qu’ils ont fait tué Nabot pour s’emparer de sa vigne (cf. 1 R 21, 1-24). Combien avons-nous besoin de croyants, de chrétiens zélés, qui agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Elie, pour dire : « Cela ne va pas ! Cela est un assassinat ! ». Nous avons besoin de l’esprit d’Elie. Il nous montre qu’il ne doit pas y avoir de séparation dans la vie de celui qui prie : on se tient devant le Seigneur et l’on va à la rencontre de ses frères auxquels Il nous envoie. La prière ce n’est pas se renfermer avec le Seigneur pour se maquiller l’âme : non, cela n’est pas la prière, c’est une fausse prière. La prière est une confrontation avec Dieu et se laisser envoyer pour servir nos frères. Le banc d’essai de la prière est l’amour concret pour le prochain. Inversement, les croyants agissent dans le monde après s’être tus et avoir prié ; autrement, leur action est impulsive, elle est privée de discernement, c’est une course effrénée sans but. Les croyants se comportent ainsi, ils commettent de nombreuses injustices, parce qu’ils ne se sont pas présentés devant le Seigneur pour prier, pour discerner ce qu’ils doivent faire.

Les pages de la Bible laissent supposer que la foi d’Elie a elle aussi connu un progrès : lui aussi a grandi dans la prière, il l’a affinée peu à peu. Le visage de Dieu est devenu pour lui plus clair au cours du chemin. Jusqu’à atteindre son point culminant dans cette expérience extraordinaire, quand Dieu se manifeste à Elie sur le mont (cf. 1 R 19 ; 9-13). Il se manifeste non pas dans la tempête impétueuse, non pas dans le tremblement de terre ou dans le feu dévorant, mais dans « le bruit d’une brise légère » (v. 12). Ou mieux encore, une traduction qui reflète bien cette expérience : dans un courant de silence sonore. Ainsi se manifeste Dieu à Elie. C’est à travers ce signe humble que Dieu communique avec Elie, qui à ce moment est un prophète en fuite qui a égaré la paix. Dieu va à la rencontre d’un homme fatigué, un homme qui pensait avoir échoué sur tous les fronts, et avec cette brise légère, avec ce courant de silence sonore, il fait revenir le calme et la paix dans son cœur.

Telle est l’histoire d’Elie, mais elle semble écrite pour nous tous. Certains soirs, nous pouvons nous sentir inutiles et seuls. C’est alors que la prière  viendra frapper à la porte de notre cœur. Nous pouvons tous saisir un pan du manteau d’Elie, comme son disciple Elisée a saisi la moitié du manteau  Et même si nous avions commis des erreurs, ou si nous nous sentions menacés et effrayés, en revenant devant Dieu avec la prière, la sérénité et la paix reviendront aussi comme par miracle. C’est ce que nous enseigne l’exemple d’Elie.

 

 

 

Le courage de s’opposer aux crimes des dirigeants

La vie chrétienne, a fortiori la vie de prière, ce sont « des moments d’exaltation et des moments d’abattements, de souffrance ». Il a appelé de ses vœux des croyants qui sachent s’opposer fermement aux crimes des dirigeants.

Le pape a repris son cycle de catéchèses sur la prière en méditant sur « l’un des personnages les plus passionnants de toute l’Ecriture Sainte : le prophète Elie ». Un homme « intègre, incapable de compromis mesquins », a-t-il dit, saluant en lui « l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées ».

« Dans la prière, a constaté le pape François, il arrive toujours ceci : des moments de prière qui nous élèvent, nous donnent de l’enthousiasme, et des moments de prière ou nous ressentons de la douleur, de l’aridité, de l’épreuve. La prière est ainsi : se laisser porter par Dieu et se laisser frapper aussi par de mauvaises situations et également par les tentations. »

Au fil de sa méditation, le pape a souhaité des « chrétiens zélés » qui « agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Elie, pour dire : ‘Cela ne va pas ! Cela est un assassinat !’. »

« La prière, a-t-il aussi expliqué, ce n’est pas se renfermer avec le Seigneur pour se maquiller l’âme : non, cela n’est pas la prière, c’est une fausse prière. La prière est une confrontation avec Dieu et se laisser envoyer pour servir nos frères. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous reprenons aujourd’hui les catéchèses sur la prière, que nous avons interrompues pour passer à la catéchèse sur la sauvegarde de la création, et maintenant nous reprenons ; et nous rencontrons l’un des personnages les plus passionnants de toute l’Ecriture Sainte : le prophète Elie. Il transcende les frontières de son époque et nous pouvons déceler sa présence également dans certains épisodes de l’Evangile. Il apparaît aux côtés de Jésus, avec Moïse, au moment de la Transfiguration (cf. Mt 17, 3). Jésus lui-même fait référence à sa figure pour accréditer le témoignage de Jean-Baptiste (cf. Mt 17, 10-13).

Dans la Bible, Elie apparaît à l’improviste, de façon mystérieuse, provenant d’un petit village tout à fait marginal (cf. 1 R 17, 1) ; et à la fin, il sortira de scène, sous les yeux du disciple Elisée, sur un char de feu qui le conduit au ciel (cf 2 R 2, 11-12). Il s’agit donc d’un homme sans origine précise, et surtout sans but, enlevé au ciel : c’est pourquoi son retour était attendu avant l’avènement du Messie, comme un précurseur. Ainsi l’on attendait le retour d’Elie.

L’Ecriture nous présente Elie comme un homme à la foi limpide : dans son nom même, qui pourrait signifier « Yahvé est Dieu », est contenu le secret de sa mission. Il en sera ainsi tout au long de sa vie : homme intègre, incapable de compromis mesquins. Son symbole est le feu, image de la puissance purificatrice de Dieu. Il sera le premier à être mis à dure épreuve, et demeurera fidèle. Il est l’exemple de toutes les personnes de foi qui connaissent les tentations et les souffrances, mais qui ne trahissent pas l’idéal pour lequel elles sont nées.

La prière est la sève qui alimente constamment son existence. C’est pourquoi c’est l’un des personnages les plus chers à la tradition monastique, au point que certains l’ont élu comme père spirituel de la vie consacrée à Dieu. Elie est l’homme de Dieu, qui s’élève au rang de défenseur du primat du Très Haut. Et pourtant, lui aussi est contraint à se mesurer avec sa propre fragilité. Il est difficile de dire quelles expériences lui furent les plus utiles : avoir vaincu les faux prophètes sur le mont Carmel (cf. 1 R 18, 20-40), ou bien l’égarement au cours duquel il constate « n’être pas meilleurs que ses pères » (1 R 19, 4). Dans l’âme de celui qui prie, la conscience de sa faiblesse est plus précieuse que les moments d’exaltation, quand il semble que la vie est une chevauchée de victoires et de succès. Dans la prière il arrive toujours ceci : des moments de prière qui nous élèvent, nous donnent de l’enthousiasme, et des moments de prière ou nous ressentons de la douleur, de l’aridité, de l’épreuve. La prière est ainsi : se laisser porter par Dieu et se laisser frapper aussi par de mauvaises situations et également par les tentations. C’est l’une des réalités que l’on retrouve dans de nombreuses autres vocations bibliques, également dans le Nouveau Testament, pensons par exemple à saint Pierre et à saint Paul. Même leur vie était ainsi : des moments d’exaltation et des moments d’abattements, de souffrance.

Elie est l’homme de la vie contemplative et, dans le même temps, de la vie active, préoccupé par les événements de son temps, capable de se dresser contre le roi et la reine  après qu’ils ont fait tué Nabot pour s’emparer de sa vigne (cf. 1 R 21, 1-24). Combien avons-nous besoin de croyants, de chrétiens zélés, qui agissent face à des personnes qui ont des responsabilités de direction avec le courage d’Elie, pour dire : « Cela ne va pas ! Cela est un assassinat ! ». Nous avons besoin de l’esprit d’Elie. Il nous montre qu’il ne doit pas y avoir de séparation dans la vie de celui qui prie : on se tient devant le Seigneur et l’on va à la rencontre de ses frères auxquels Il nous envoie. La prière ce n’est pas se renfermer avec le Seigneur pour se maquiller l’âme : non, cela n’est pas la prière, c’est une fausse prière. La prière est une confrontation avec Dieu et se laisser envoyer pour servir nos frères. Le banc d’essai de la prière est l’amour concret pour le prochain. Inversement, les croyants agissent dans le monde après s’être tus et avoir prié ; autrement, leur action est impulsive, elle est privée de discernement, c’est une course effrénée sans but. Les croyants se comportent ainsi, ils commettent de nombreuses injustices, parce qu’ils ne se sont pas présentés devant le Seigneur pour prier, pour discerner ce qu’ils doivent faire.

Les pages de la Bible laissent supposer que la foi d’Elie a elle aussi connu un progrès : lui aussi a grandi dans la prière, il l’a affinée peu à peu. Le visage de Dieu est devenu pour lui plus clair au cours du chemin. Jusqu’à atteindre son point culminant dans cette expérience extraordinaire, quand Dieu se manifeste à Elie sur le mont (cf. 1 R 19 ; 9-13). Il se manifeste non pas dans la tempête impétueuse, non pas dans le tremblement de terre ou dans le feu dévorant, mais dans « le bruit d’une brise légère » (v. 12). Ou mieux encore, une traduction qui reflète bien cette expérience : dans un courant de silence sonore. Ainsi se manifeste Dieu à Elie. C’est à travers ce signe humble que Dieu communique avec Elie, qui à ce moment est un prophète en fuite qui a égaré la paix. Dieu va à la rencontre d’un homme fatigué, un homme qui pensait avoir échoué sur tous les fronts, et avec cette brise légère, avec ce courant de silence sonore, il fait revenir le calme et la paix dans son cœur.

Telle est l’histoire d’Elie, mais elle semble écrite pour nous tous. Certains soirs, nous pouvons nous sentir inutiles et seuls. C’est alors que la prière  viendra frapper à la porte de notre cœur. Nous pouvons tous saisir un pan du manteau d’Elie, comme son disciple Elisée a saisi la moitié du manteau  Et même si nous avions commis des erreurs, ou si nous nous sentions menacés et effrayés, en revenant devant Dieu avec la prière, la sérénité et la paix reviendront aussi comme par miracle. C’est ce que nous enseigne l’exemple d’Elie.

 

 

 

Un « antidote » à « l’usage impropre et abusif de la terre et de la création »

Le « meilleur antidote » à « l’usage impropre et abusif de la terre et de la création » c’est « la contemplation », affirme le pape François qui invite à être « contemplatif dans l’action.

Contempler, a expliqué le pape, c’est « aller au-delà de l’utilité d’une chose », c’est découvrir « la valeur intrinsèque que Dieu » lui a conférée ; c’est aussi regarder la terre, les créatures comme « un don » et non « comme quelque chose à exploiter pour le profit ». Si prendre soin de l’autre est une « règle d’or « de notre condition d’êtres humains, il faut également, a-t-il dit, « prendre soin de la maison commune qui nous accueille »

Il a dénoncé un « anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux » : « Nous croyons être au centre en prétendant occuper la place de Dieu et nous détruisons ainsi l’harmonie de la création, l’harmonie du dessein de Dieu », a-t-il mis en garde.

Le pape a invité à « s’arrêter pour admirer et pour apprécier ce qui est beau ». « Celui qui ne sait pas contempler la nature, la création, ne sait pas contempler les personnes dans leur richesse », a-t-il déclaré.

« Et celui qui vit pour exploiter la nature, finit par exploiter les personnes et les traiter comme des esclaves. C’est une loi universelle ». En revanche, celui qui sait contempler « tend à devenir un gardien de l’environnement ». Et c’est à la portée de « chacun de nous », a conclu le pape.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Pour sortir d’une pandémie, il est nécessaire de se soigner et de nous soigner mutuellement. Et il faut soutenir ceux qui prennent soin des plus faibles, des malades et des personnes âgées. On a l’habitude de laisser de côté les personnes âgées, de les abandonner : cela n’est pas bien. Ces personnes – bien définies par le terme espagnol cuidadores, ceux qui prennent soin des malades – exercent un rôle essentiel dans la société d’aujourd’hui, même si souvent elles ne reçoivent pas la reconnaissance et la rémunération qu’elles méritent.

Prendre soin de l’autre c’est une règle d’or de notre condition d’êtres humains, et cela apporte en soi la santé et l’espérance (cf.  Enc. Laudato si’ [LS], n. 70). Prendre soin de celui qui est malade, de celui qui en a besoin, de celui qui est laissé de côté : c’est une richesse humaine et également chrétienne.

Ce soin, nous devons également l’apporter à notre maison commune : à la terre et à toutes les créatures. Toutes les formes de vie sont liées (cf. ibid., nn. 137-138), et notre santé dépend des écosystèmes que Dieu a créés et dont il nous a chargés de prendre soin (cf. Gn 2, 15). En abuser, en revanche, est un grave péché qui crée des dommages, qui fait mal et qui rend malade (cf. LS, n. 8 ; n. 66).

Le meilleur antidote contre cet usage impropre de notre maison commune est la contemplation (cf. ibid., n. 85214). Mais comment cela se fait-il ? N’y a-t-il pas un vaccin pour cela, pour le soin de la maison commune, pour ne pas la laisser de côté ? Quel est l’antidote contre la maladie de ne pas prendre soin de la maison commune ? C’est la contemplation. « Quand on n’apprend pas à s’arrêter pour admirer et pour apprécier ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout se transforme en objet dont on use et abuse sans scrupule » (ibid., n. 215). Et même en objet jetable.

Toutefois, notre maison commune, la création, n’est pas une simple « ressource ». Les créatures ont une valeur en elles-mêmes et « reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 339). Cette valeur, ce rayon de lumière divine doit être découvert et, pour le découvrir, nous avons besoin de rester en silence, nous avons besoin d’écouter, nous avons besoin de contempler. La contemplation aussi guérit l’âme.

Sans contemplation, il est facile de tomber dans un anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux, le « moi » au centre de tout, qui « surdimensionne » notre rôle d’êtres humains, en nous posant en dominateurs absolus de toutes les autres créatures. Une interprétation déformée des textes bibliques sur la création a contribué à cette vision erronée, qui conduit à exploiter la terre jusqu’à l’étouffer. Exploiter la création : voilà quel est le péché.

Nous croyons être au centre, en prétendant occuper la place de Dieu et nous détruisons ainsi l’harmonie de la création, l’harmonie du dessein de Dieu. Nous devenons des prédateurs, nous oublions notre vocation de gardiens de la vie. Certes, nous pouvons et nous devons travailler la terre pour vivre et nous développer. Mais le travail n’est pas synonyme d’exploitation, et il est toujours accompagné par les soins : labourer et protéger, travailler et prendre soin… Telle est notre mission (cf. Gn 2, 15).

Nous ne pouvons pas prétendre continuer à nous développer sur le plan matériel, sans prendre soin de la maison commune qui nous accueille. Nos frères plus pauvres et notre mère la terre gémissent à cause des dommages et de l’injustice que nous avons provoqués et ils réclament une nouvelle voie. Ils réclament de nous une conversion, un changement de cap : prendre soin également de la terre, de la création.

Il est donc important de retrouver cette dimension contemplative, c’est-à-dire de regarder la terre, la création comme un don, pas comme quelque chose à exploiter pour le profit. Quand nous contemplons, nous découvrons chez les autres et dans la nature quelque chose de beaucoup plus grand que leur utilité. Le cœur du problème est là : contempler, c’est aller au-delà de l’utilité d’une chose. Contempler ce qui est beau ne veut pas dire l’exploiter : la contemplation est gratuité. Nous découvrons la valeur intrinsèque que Dieu a conférée aux choses.

Comme l’ont enseigné de nombreux maîtres spirituels, le ciel, la terre et la mer, toutes les créatures possèdent cette capacité iconique, cette capacité mystique de nous reconduire au Créateur et à la communion avec la création. Par exemple, saint Ignace de Loyola, à la fin de ses exercices spirituels, invite à la « contemplation pour parvenir à l’amour », c’est-à-dire à considérer comment Dieu regarde ses créatures et à se réjouir avec elles ; à découvrir la présence de Dieu dans ses créatures et, avec liberté et grâce, les aimer et en prendre soin.

La contemplation, qui nous conduit à une attitude de soin, ne consiste pas à regarder la nature de l’extérieur, comme si nous n’y étions pas plongés. Mais nous sommes à l’intérieur de la nature, nous faisons partie de la nature.

Elle se fait plutôt à partir de l’intérieur, en nous reconnaissant comme une partie de la création, en devenant des protagonistes et non de simples observateurs d’une réalité amorphe qui s’agirait seulement d’exploiter. Celui qui contemple de cette manière éprouve de l’émerveillement non seulement pour ce qu’il voit, mais également parce qu’il sent qu’il fait partie intégrante de cette beauté ; et il se sent également appelé à la préserver, à la protéger.

Et il y a une chose que nous ne devons pas oublier : celui qui ne sait pas contempler la nature, la création, ne sait pas contempler les personnes dans leur richesse. Et celui qui vit pour exploiter la nature, finit par exploiter les personnes et les traiter comme des esclaves. C’est une loi universelle : si tu ne sais pas contempler la nature, il te sera très difficile de savoir contempler les gens, la beauté des personnes, ton frère, ta sœur.

Celui qui sait contempler se mettra plus facilement au travail pour changer ce qui cause la dégradation et des dommages à la santé. Il s’engagera à éduquer et à promouvoir de nouvelles habitudes de production et de consommation, à contribuer à un nouveau modèle de croissance économique qui garantisse le respect de la maison commune et le respect des personnes. Le contemplatif en action tend à devenir un gardien de l’environnement : c’est beau ! Chacun de nous doit être le gardien de l’environnement, de la pureté de l’environnement, en cherchant à conjuguer les savoirs ancestraux de cultures millénaires avec les nouvelles connaissances techniques, afin que notre style de vie soit toujours durable.

Enfin, Contempler et prendre soin : voilà deux attitudes qui montrent la voie pour corriger et rééquilibrer notre relation d’êtres humains avec la création. Très souvent, notre relation avec la création semble être une relation entre ennemis : détruire la création à mon avantage ; exploiter la création à mon avantage. N’oublions pas que cela se paye cher ; n’oublions pas ce dicton espagnol : « Dieu pardonne toujours ; nous pardonnons parfois ; la nature ne pardonne jamais ».

Aujourd’hui, j’ai lu dans le journal une nouvelle sur ces deux grands glaciers de l’Antarctique, près de la Mer d’Amundsen : ils vont tomber. Ce sera terrible, parce que le niveau de la mer montera et cela provoquera de nombreuses, nombreuses difficultés et beaucoup de dommages.

Et pourquoi ? A cause du réchauffement, du manque de soin de l’environnement, du manque de soin de la maison commune. En revanche, si nous avons cette relation – je me permets le mot – « fraternelle » au sens figuré, avec la création, nous deviendrons les gardiens de la maison commune, les gardiens de la vie et les gardiens de l’espérance, nous sauvegarderons le patrimoine que Dieu nous a confié afin que les générations futures puissent en bénéficier.

Et certains diront : « Mais moi, je m’en tire bien comme ça ». Mais le problème n’est pas comment tu t’en tires aujourd’hui – c’était ce que disait un théologien allemand, protestant, compétent : Bonhoeffer – le problème n’est pas comment tu t’en tires toi, aujourd’hui ; le problème est : quel sera l’héritage, la vie de la génération future ? Pensons à nos enfants, à nos petits-enfants : que leur laisserons-nous si nous exploitons la création ? Sauvegardons ce chemin, ainsi nous deviendrons des « gardiens » de la maison commune, des gardiens de la vie et de l’espérance.

Sauvegardons le patrimoine que Dieu nous a confié, afin que les générations futures puissent en profiter. Je pense particulièrement aux peuples autochtones, envers lesquels nous avons tous une dette de reconnaissance – et même de pénitence, pour réparer tout le mal que nous leur avons fait. Mais je pense également à ces mouvements, associations, groupes populaires, qui s’engagent pour protéger leur territoire avec ses valeurs naturelles et culturelles. Ces réalités sociales ne sont pas toujours appréciées, on leur fait même parfois obstacle, parce qu’elles ne produisent pas d’argent ; mais en réalité, elles contribuent à une révolution pacifique, nous pourrions l’appeler la « révolution du soin ».

Contempler pour prendre soin, contempler pour sauvegarder, nous sauvegarder, ainsi que la création, nos enfants, nos petits-enfants et sauvegarder l’avenir. Contempler pour prendre soin et pour sauvegarder et pour laisser un héritage à la génération future.

Mais il ne faut pas déléguer à certaines personnes ce qui est la tâche de chaque être humain. Chacun de nous peut et doit devenir un « gardien de la maison commune », capable de louer Dieu pour ses créatures, de contempler les créatures et de les protéger.

 

 

 

Le pape déplore une certaine gestion de la pandémie

 « Pour sortir meilleurs d’une crise, le principe de subsidiarité doit être appliqué, en respectant l’autonomie et la capacité d’initiative de tous, en particulier des plus petits ».

La subsidiarité est un « principe social qui nous rend plus unis » et dont la mise en œuvre « donne de l’espérance ».

Poursuivant ses catéchèses sur le thème « Guérir le monde », le pape François a invité à écouter et à mettre en œuvre « la sagesse du peuple ». Il a saisi l’occasion pour dénoncer la façon de gérer la pandémie : « on écoute davantage les grandes entreprises pharmaceutiques que les professionnels de la santé, engagés en première ligne dans les hôpitaux ou dans les camps de réfugiés », a-t-il déploré. Il faut « travailler ensemble », « à tous les niveaux de la société », a insisté le pape, « sinon nous n’en sortirons pas ».

Le pape a souligné que la solidarité a « besoin de la subsidiarité » : « il n’y a pas de vraie solidarité sans participation sociale, sans la contribution des corps intermédiaires », a-t-il expliqué, car cette participation « aide à prévenir et à corriger certains aspects négatifs de la mondialisation et de l’action des États ». « N’essayons pas de reconstruire le passé, en particulier celui qui était injuste et déjà malade », a conclu le pape. « Construisons un avenir où la dimension locale et la dimension mondiale s’enrichissent mutuellement ».

 

Chers frères et sœurs,

Le temps n’a pas l’air très beau, mais je vous dis quand même ‘bonjour’!

Pour sortir meilleurs d’une crise comme celle-ci, qui est une crise sanitaire et en même temps une crise sociale, politique et économique, chacun de nous est appelé à assumer sa part de responsabilité, c’est-à-dire à partager les responsabilités. Nous devons répondre non seulement en tant que personnes individuelles, mais également en fonction de notre groupe d’appartenance, du rôle que nous avons dans la société, de nos principes et, si nous sommes croyants, de notre foi en Dieu.

Souvent, cependant, de nombreuses personnes ne peuvent pas participer à la reconstruction du bien commun parce qu’elles sont marginalisées, elles sont exclues ou ignorées ; certains groupes sociaux ne réussissent pas à y contribuer parce qu’ils sont écrasés économiquement ou politiquement. Dans certaines sociétés, nombre de personnes ne sont pas libres d’exprimer leur foi et leurs valeurs, leurs idées : si elles les expriment, elles vont en prison. Ailleurs, en particulier dans le monde occidental, beaucoup de gens auto-censurent leurs convictions éthiques ou religieuses. Mais on ne peut pas sortir de la crise comme cela, ou en tout cas on ne peut pas en sortir meilleurs. Nous en sortirons pires.

Afin que nous puissions tous participer au soin et à la régénération de nos peuples, il est juste que chacun ait les ressources adaptées pour le faire (cf. Compendium de la doctrine sociale de l’Eglise [CDSC], n. 186). Après la grande dépression économique de 1929, le Pape Pie XI expliqua combien le principe de subsidiarité était important pour une vraie reconstruction (cf. enc. Quadragesimo anno, n. 79-80). Ce principe a un double dynamisme : du haut vers le bas et du bas vers le haut. Peut-être ne comprenons-nous pas ce que cela signifie, mais c’est un principe social qui nous rend plus unis.

D’un côté, et en particulier dans les périodes de changement, quand les personnes individuelles, les familles, les petites associations ou les communautés locales ne sont pas en mesure d’atteindre les objectifs premiers, il est alors juste qu’interviennent les niveaux plus élevés du corps social, comme l’État, pour fournir les ressources nécessaires afin d’aller de l’avant. Par exemple, à cause du confinement pour le coronavirus, de nombreuses personnes, familles et activités économiques se sont trouvées et se trouvent encore en grande difficulté, c’est pourquoi les institutions publiques cherchent à apporter leur aide à travers des interventions sociales, économiques, sanitaires, appropriées : c’est leur fonction, ce qu’elles doivent faire.

Mais d’un autre côté, les dirigeants de la société doivent respecter et promouvoir les niveaux intermédiaires ou mineurs. En effet, la contribution des individus, des familles, des associations, des entreprises, de tous les corps intermédiaires et également des Églises est déterminante. Avec leurs ressources culturelles, religieuses, économiques ou de participation civique, ils revitalisent et renforcent le corps social (cf.  CDSC, n. 185). C’est-à-dire qu’il y a une collaboration du haut vers le bas, de l’État central vers le peuple et du bas vers le haut : des formations du peuple vers le haut. Et c’est précisément cela, l’exercice du principe de subsidiarité.

Chacun doit avoir la possibilité d’assumer sa propre responsabilité dans les processus de guérison de la société dont il fait partie. Quand on démarre un projet qui concerne directement ou indirectement des groupes sociaux déterminés, ceux-ci ne peuvent pas être laissés en-dehors de la participation. Par exemple : « De quoi t’occupes-tu ? – Je vais travailler pour les pauvres – C’est bien, et que fais-tu ? – J’enseigne aux pauvres, je dis aux pauvres ce qu’ils doivent faire – Non, cela ne va pas, le premier pas est de laisser les pauvres te dire comment ils vivent, de quoi ils ont besoin : il faut laisser parler tout le monde ! » Et ainsi le principe de subsidiarité fonctionne. Nous ne pouvons pas laisser ces gens en dehors de la participation ; leur sagesse, la sagesse des groupes les plus humbles ne peut pas être mise de côté (cf. exhort. ap. post-syn. Querida Amazonia [QA], n. 32 ; enc. Laudato si’, n. 63).

Malheureusement, cette injustice a souvent lieu là où se concentrent les grands intérêts économiques ou géopolitiques, comme par exemple certaines activités d’extraction dans diverses parties de la planète (cf. QA, n. 9.14). La voix des peuples autochtones, leurs cultures et leurs visions du monde ne sont pas prises en considération. Aujourd’hui, ce manque de respect du principe de subsidiarité s’est diffusé comme un virus. Pensons aux grandes mesures d’aides financières mises en œuvre par les États. On écoute davantage les grandes compagnies financières que les gens ou ceux qui animent l’économie réelle. On écoute davantage les sociétés multinationales que les mouvements sociaux. Pour le dire avec le langage des personnes communes : on écoute davantage les puissants que les faibles et ce n’est pas le chemin, ce n’est pas le chemin humain, ce n’est pas le chemin que nous a enseigné Jésus, ce n’est pas mettre en œuvre le principe de subsidiarité. Ainsi, nous ne permettons pas aux personnes d’être les « protagonistes de leur propre relèvement ». (Message pour la 106e journée mondiale du migrant et du réfugié 202013 mai 2020).

Dans l’inconscient collectif de certains hommes politiques ou de certains syndicalistes, il y a cette devise : tout pour le peuple, rien avec le peuple. Du haut vers le bas, mais sans écouter la sagesse du peuple, sans mettre en œuvre cette sagesse pour résoudre des problèmes, dans le cas présent pour sortir de la crise. Ou bien pensons également à la manière de soigner le virus : on écoute davantage les grandes entreprises pharmaceutiques que les professionnels de la santé, engagés en première ligne dans les hôpitaux ou dans les camps de réfugiés. Ce n’est pas la bonne voie. Il faut écouter tout le monde, ceux qui sont en haut et ceux qui sont en bas, tous.

Pour sortir meilleurs d’une crise, le principe de subsidiarité doit être appliqué, en respectant l’autonomie et la capacité d’initiative de tous, en particulier des plus petits. Toutes les parties d’un corps sont nécessaires et, comme le dit saint Paul, celles qui pourrait sembler les plus faibles et les moins importantes sont en réalité les plus nécessaires (cf. 1 Co 12, 22). A la lumière de cette image, nous pouvons dire que le principe de subsidiarité permet à chacun d’assumer son rôle pour le soin et le destin de la société. Le mettre en œuvre, mettre en œuvre le principe de subsidiarité donne de l’espérance, donne d’espérer dans un avenir plus sain et juste ; et cet avenir, nous le construisons ensemble, en aspirant aux choses plus grandes, en élargissant notre horizon (cf. Discours aux jeunes du centre culturel Père Félix Varela, La Havane – Cuba, 20 septembre 2015).

Tous ensemble ou cela ne fonctionne pas. Ou nous travaillons ensemble pour sortir de la crise, à tous les niveaux de la société, ou nous n’en sortirons jamais. Sortir de la crise ne signifie pas donner un coup de peinture sur les situations actuelles pour qu’elles paraissent un peu plus justes. Sortir de la crise signifie changer, et le vrai changement est fait par tout le monde, par toutes les personnes qui forment le peuple. Toutes les professions, tous. Et tous ensemble, tous en communauté. Si tout le monde ne le fait pas, le résultat sera négatif.

Dans une précédente catéchèse nous avons vu que la solidarité est la voie pour sortir de la crise : elle nous unit et nous permet de trouver des propositions solides pour un monde plus sain. Mais ce chemin de solidarité a besoin de la subsidiarité. Quelqu’un pourrait me dire : « Mais Père, aujourd’hui vous parlez avec des mots difficiles ! ». C’est pour cette raison que j’essaie d’expliquer ce que cela signifie. Solidaires, parce que nous empruntons la voie de la subsidiarité.

En effet, il n’y a pas de vraie solidarité sans participation sociale, sans la contribution des corps intermédiaires : des familles, des associations, des coopératives, des petites entreprises, des expressions de la société civile. Tous doivent contribuer, tous. Cette participation aide à prévenir et à corriger certains aspects négatifs de la mondialisation et de l’action des États, comme cela se produit également dans le soin des personnes frappées par la pandémie. Ces contributions « d’en-bas » doivent être encouragées. Mais comme c’est beau de voir le travail des bénévoles pendant la crise ! Les bénévoles qui viennent de tous les milieux sociaux, les bénévoles qui viennent des familles les plus aisées et qui viennent des familles les plus pauvres. Mais tous, tous ensemble pour s’en sortir. C’est cela la solidarité et c’est cela le principe de subsidiarité.

Pendant le confinement le geste d’applaudir les médecins, les infirmiers et les infirmières, en signe d’encouragement et d’espérance, est né spontanément. De nombreuses personnes ont risqué leur vie et beaucoup ont donné leur vie. Étendons ces applaudissements à tous les membres du corps social, à tous, à chacun, pour sa précieuse contribution, même minime. « Mais que pourra-t-il faire là-bas celui-là ? – Écoute-le, laisse-lui de l’espace pour travailler, consulte-le ». Applaudissons ceux qui sont « exclus », ceux que cette culture qualifie d’« exclus », cette culture du rebut, applaudissons donc les personnes âgées, les enfants, les personnes handicapées, applaudissons les travailleurs, tous ceux qui se mettent au service des autres. Tous collaborent pour sortir de la crise. Mais ne nous arrêtons pas seulement à des applaudissements !

L’espérance est audacieuse, alors encourageons-nous à rêver en grand. Frères et sœurs, apprenons à rêver en grand ! N’ayons pas peur de rêver en grand, en recherchant les idéaux de la justice et de l’amour social qui naissent de l’espérance. N’essayons pas de reconstruire le passé, le passé est passé, des choses nouvelles nous attendent. Le Seigneur a promis : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ». Encourageons-nous à rêver en grand en recherchant ces idéaux, n’essayons pas de reconstruire le passé, en particulier celui qui était injuste et déjà malade. Construisons un avenir où la dimension locale et la dimension mondiale s’enrichissent mutuellement : chacun peut y mettre du sien, chacun doit y mettre du sien, sa culture, sa philosophie, sa façon de penser. Un avenir où la beauté et la richesse des groupes mineurs, y compris des groupes exclus, puissent fleurir car la beauté est aussi là, et où celui qui possède davantage s’engage à servir et à donner plus à celui qui a moins.

 

 

 « Si vous lisez l’histoire de l’humanité, vous trouverez beaucoup d’hommes politiques saints »

« La réponse chrétienne à la pandémie et aux crises socio-économiques qui en découlent se base sur l’amour » a affirmé le pape. Puisque « Dieu est amour », « avec son aide, nous pouvons guérir le monde en travaillant tous ensemble pour le bien commun, pas seulement pour notre propre bien, mais pour le bien commun, de tous ».

Le pape François a poursuivi son cycle de catéchèses intitulé « Guérir le monde », avec pour thème «  L’amour et le bien commun ».

Le pape a rappelé entre autres que la santé « n’est pas seulement un bien individuel », mais « également un bien public ». « Une société saine, a-t-il souligné, est une société qui prend soin de la santé de tous ».

L’amour, qui « féconde également les relations sociales, culturelles, économiques et politiques », a insisté le pape, est capable d’ « engendrer des structures sociales qui nous encouragent à partager plutôt qu’à entrer en compétition, qui nous permettent d’inclure les plus vulnérables au lieu de les exclure et qui nous aident à exprimer le meilleur de notre nature humaine ».

Le pape a aussi souligné l’importance de la sainteté en politique et du dialogue avec les adversaires en politique.

Il a également cité l’exemple de l’amour de parents d’un jeune homme handicapé qu’il venait de saluer avant sa catéchèse.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La crise que nous traversons à cause de la pandémie frappe tout le monde ! Nous pouvons en sortir meilleurs si nous cherchons tous ensemble le bien commun ; dans le cas contraire, nous en sortirons pires.  Malheureusement, nous assistons à l’apparition d’intérêts partisans. Par exemple, certains voudraient s’approprier les éventuelles solutions, comme dans le cas des vaccins, pour ensuite les vendre aux autres. D’autres profitent de la situation pour fomenter des divisions : pour chercher des avantages économiques ou politiques, générant ou intensifiant les conflits. D’autres encore ne s’intéressent tout simplement pas à la souffrance d’autrui, passent outre et poursuivent leur chemin (cf. Lc 10, 30-32). Ce sont les « dévots » de Ponce Pilate ; ils s’en lavent les mains.

La réponse chrétienne à la pandémie et aux crises socio-économiques qui en découlent se base sur l’amour, tout d’abord l’amour de Dieu qui nous précède toujours (cf. 1 Jn 4, 19). Il nous aime le premier, Il nous précède toujours dans l’amour comme dans les solutions. Il nous aime de manière inconditionnelle et lorsque nous accueillons cet amour divin, nous pouvons alors répondre de manière semblable. Je n’aime pas seulement ceux qui m’aiment : ma famille, mes amis, mon groupe, mais aussi ceux qui ne m’aiment pas, j’aime aussi ceux qui ne me connaissent pas, j’aime aussi ceux qui sont des étrangers, et aussi ceux qui me font souffrir ou que je considère comme des ennemis (cf. Mt 5, 44). C’est la sagesse chrétienne, c’est l’attitude de Jésus. Et le sommet de la sainteté, pouvons-nous dire, est d’aimer ses ennemis. Et ce n’est pas facile. Certes, aimer tout le monde, y compris ses ennemis, est difficile – je dirais que c’est un art ! Mais un art qu’on peut apprendre et améliorer. L’amour vrai, qui nous rend féconds et libres, est toujours expansif et inclusif. Cet amour soigne, guérit et fait du bien. Bien souvent, une caresse fait plus de bien que beaucoup d’arguments, une caresse de pardon sans trop d’arguments pour se défendre. C’est l’amour inclusif qui guérit.

L’amour ne se limite donc pas aux relations entre deux ou trois personnes, ou aux amis, ou à la famille, il va au-delà. Il comprend les rapports civiques et politiques (cf. Catéchisme de l’Eglise catholique [CEC], nn. 1907-1912), y compris le rapport avec la nature (Enc. Laudato si’ [LS], n. 231). Etant donné que nous sommes des êtres sociaux et politiques, l’une des plus hautes expressions de l’amour est précisément sa dimension sociale et politique, déterminante pour le développement humain et pour affronter toutes les crises (ibid., n. 231). Nous savons que l’amour féconde les familles et les amitiés ; mais il est bon de rappeler qu’il féconde également les relations sociales, culturelles, économiques et politiques, nous permettant de construire une « civilisation de l’amour », comme aimait le dire saint Paul VI (1) et, dans son sillage, saint Jean-Paul II. Sans cette inspiration prévaut la culture de l’égoïsme, de l’indifférence, du rebut, qui consiste à mettre au rebut celui que je n’aime pas, celui que je ne peux pas aimer ou ceux qui me semblent inutiles dans la société.

Aujourd’hui, à l’entrée, un couple m’a dit : « Priez pour nous, parce que nous avons un fils handicapé ». J’ai demandé : « Quel âge a-t-il ? – Il est grand – Et qu’est-ce que vous faites ? – Nous l’accompagnons, nous l’aidons ». Toute la vie des parents donnée à ce fils handicapé !  C’est cela, l’amour.

Et nos ennemis, nos adversaires politiques, nous paraissent être des handicapés politiques et sociaux, mais c’est l’apparence. Dieu seul sait s’ils le sont ou pas. Mais nous devons les aimer, nous devons dialoguer, nous devons construire cette civilisation de l’amour, cette civilisation politique, sociale, de l’unité de toute l’humanité. Tout cela est l’opposé des guerres, des divisions, des envies, et également des guerres en famille. L’amour inclusif est social, il est familial, il est politique : l’amour emplit tout !

Le coronavirus nous montre que le véritable bien pour tous est un bien commun pas seulement individuel et, vice-versa, le bien commun est un véritable bien pour la personne (cf.  CEC, nn. 1905-1906). Si une personne ne cherche que son propre bien, elle est égoïste. En revanche, la personne est davantage une personne quand elle ouvre son propre bien à tous, qu’elle le partage. La santé n’est pas seulement un bien individuel, c’est également un bien public. Une société saine est une société qui prend soin de la santé de tous.

Un virus qui ne connaît pas de barrières, de frontières ni de distinctions culturelles et politiques doit être affronté avec un amour sans barrières, frontières ni distinctions. Cet amour peut engendrer des structures sociales qui nous encouragent à partager plutôt qu’à entrer en compétition, qui nous permettent d’inclure les plus vulnérables au lieu de les exclure et qui nous aident à exprimer le meilleur de notre nature humaine et non le pire.

Le véritable amour ne connaît pas la culture du rebut, il ne sait pas ce que c’est. En effet, quand nous aimons et que nous générons la créativité, quand nous générons la confiance et la solidarité, c’est là qu’apparaissent des initiatives concrètes pour le bien commun. (2) Et cela vaut aussi bien au niveau des petites et des grandes communautés qu’au niveau international. Ce que l’on fait en famille, ce que l’on fait dans le quartier, ce que l’on fait dans le village, ce que l’on fait dans la grande ville et au niveau international, c’est la même chose : c’est la même semence qui grandit et porte du fruit. Si dans ta famille, dans ton quartier, tu commences avec l’envie, avec la lutte, à la fin il y aura la « guerre ». En revanche, si tu commences avec l’amour, à partager l’amour, le pardon, alors il y aura l’amour et le pardon pour tous.

Au contraire, si les solutions à la pandémie portent l’empreinte de l’égoïsme, qu’il vienne de personnes, d’entreprises ou de pays, nous pouvons peut-être sortir du coronavirus, mais certainement pas de la crise humaine et sociale que le virus a soulignée et accentuée. Faites donc attention à ne pas construire sur le sable (cf. Mt 7, 21-27) ! Pour construire une société saine, inclusive, juste et pacifique, nous devons le faire sur le roc du bien commun. (3) Le bien commun est un roc. Et c’est la tâche de tous, pas seulement de quelques spécialistes. Saint Thomas d’Aquin disait que la promotion du bien commun est un devoir de justice qui incombe à tous les citoyens. Chaque citoyen est responsable du bien commun. Et pour les chrétiens, c’est aussi une mission. Comme l’enseigne saint Ignace de Loyola, orienter nos efforts quotidiens vers le bien commun est une manière de recevoir et de diffuser la gloire de Dieu.

Malheureusement, la politique ne jouit pas souvent d’une bonne réputation, et nous savons pourquoi. Cela ne veut pas dire que les politiciens soient tous mauvais, non, je ne veux pas dire cela. Je dis seulement que, malheureusement, la politique ne jouit pas souvent d’une bonne réputation. Il ne faut cependant pas se résigner à cette vision négative, mais réagir en démontrant par les faits qu’une bonne politique est possible, et même un devoir, (4) celle qui met au centre la personne humaine et le bien commun.

Si vous lisez l’histoire de l’humanité, vous trouverez beaucoup d’hommes politiques saints, qui sont allés sur cette voie. Cela est possible dans la mesure ou chaque citoyen et, en particulier celui qui assume des engagements et des responsabilités sociales et politiques, enracine sa propre action dans les principes éthiques et l’anime d’un amour social et politique. Les chrétiens, en particulier les fidèles laïcs, sont appelés à donner un bon témoignage de cela et ils peuvent le faire grâce à la vertu de la charité, en cultivant sa dimension sociale intrinsèque.

Il est donc temps de développer notre amour social – je veux souligner ceci : notre amour social –, en contribuant tous, à partir de notre petitesse. Le bien commun demande la participation de tous. Si chacun y met du sien et si personne n’est laissé de côté, nous pourrons régénérer de bonnes relations au niveau communautaire, national, international et également en harmonie avec l’environnement (cf.  LS, n. 236). Ainsi dans nos gestes, même les plus humbles, deviendra visible quelque chose de l’image de Dieu que nous portons en nous, parce que Dieu est Trinité, Dieu est amour. C’est la plus belle définition de Dieu dans la Bible. Elle nous est donnée par l’apôtre Jean, qui aimait tant Jésus : Dieu est amour. Avec son aide, nous pouvons guérir le monde en travaillant tous ensemble pour le bien commun, pas seulement pour notre propre bien, mais pour le bien commun, de tous.

1.      Message pour la Xe Journée mondiale de la paix, 1er janvier 1977 : AAS 68 (1976), 709.

2.      Cf. saint Jean-Paul II, Enc. Sollicitudo rei socialis, 38.

3.      Ibid., 10.

4.      Cf. Message pour la Journée mondiale de la paix, 1er janvier 2019 (8 décembre 2018).