Chers Pères et chers frères dans l'épiscopat,
Révérends Pères,
Révérends Frères,
Révérendes Sœurs,
Distinguées autorités politiques, administratives, militaires et coutumières à vos rangs et grades respectifs,
Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,
Frères et sœurs en Christ,

Chacune de nos vies se présente comme le théâtre de l'Agir de Dieu ; si bien que tout Homme est une histoire sacrée. Et indépendamment du credo de chaque religion la création est le lieu naturel où Dieu fait alliance avec l'humanité. En effet, Dieu dans sa miséricorde infinie veut le salut de tous en Jésus-Christ y compris les pauvres et les démunis, pour qui Jésus le Christ a un amour prioritaire. Pour ce faire, de tout temps Dieu appelle des hommes et des femmes, des jeunes gens et des jeunes filles ou mêmes des enfants à son service. Pour tant de vocations comment ne pas rendre grâce au Seigneur ?
Oui, qu'il me soit permis en ce jour béni de rendre grâce à Dieu, pour tant de merveilles dans nos vies et singulièrement dans ma vie personnelle ; en effet, Dieu a daigné porter son choix sur moi, pour être le Pasteur de la portion de son Eglise qui est ici à Yamoussoukro. Oui, en réponse à l'appel du Seigneur, je viens dans un esprit de service, prendre ma part de souffrance, à l'annonce de l'Evangile. Certes, je n'ai pas demandé à venir à Yamoussoukro ; cependant j'ai accepté en toute liberté de venir à Yamoussoukro. Cela constitue pour moi, plus qu'un honneur, une mission à accomplir fidèlement avec la grâce de Dieu.
Pour ce faire, mon histoire personnelle va désormais se confondre avec celle de ce diocèse. Dès lors, une nouvelle page à écrire vient de s'ouvrir devant mes diocésains et moi, sans oublier les personnes de bonne volonté vivant dans ce diocèse.
Pour ma part, je m'engage à vivre avec vous et à travailler avec vous. Comme serviteur de l'Evangile je me tiens à votre service. Un responsable ne sera pas toujours le plus sage ou le plus intelligent mais il doit avoir à mon sens au moins une vision. C'est fondamental dans la gestion des personnes et des biens ! Alors quelle vision afficher pour mon diocèse?
Dans le sillage de mes illustres devanciers qui se sont succédés à la tête du diocèse de Yamoussoukro, ma vision pourrait se résumer en trois mots et ce dans le but de faire connaissance : continuité, discontinuité et dépassement. D'abord par continuité, j'entends œuvrer à préserver les acquis et le patrimoine de ce diocèse. Ensuite par discontinuité j'entends marquer à certains niveaux des ruptures avec tout ce qui n'est pas en phase avec la vérité, la justice, le travail bien fait, la rigueur, la clarté etc. Enfin par dépassement je voudrais avec l'appui du presbyterium, des religieux et religieuses et des fidèles laïcs faire autant sinon plus que mes prédécesseurs. Et le tout sera conduit sous l'angle de la coresponsabilité.
Par ailleurs, dans la perspective de l'évangélisation par la culture, il convient de mettre en lumière les aspirations profondes de l'Homme Africain. Car l'Homme à évangéliser est un être en situation c'est-à-dire marqué par sa culture. A ce niveau, si l'évangélisation en Afrique ne prend pas en compte les aspirations de l'Homme Africain, nous courons le risque de faire du vernissage, aux conséquences ruineuses pour la foi. Ainsi en vue d'une évangélisation en profondeur, il convient de savoir ce à quoi aspire l'Homme Africain : « Etre plus », « Avoir plus » et « Etre-avec les autres ». Qu'est-ce à dire?
D'abord le « Etre plus » nous renvoie à l'ensemble des biens relatifs à la personne humaine, notamment la liberté, la paix du cœur, l'honneur et la dignité. Ensuite par sa légitime aspiration à « Avoir plus » l'Africain cherche à éradiquer le mal de la pauvreté et de la misère par le travail bien fait. La preuve dans la société africaine le pauvre ou le fainéant n'a pas voix au chapitre. Enfin l'aspiration à « Etre-avec les autres » montre que l'Africain existe, il vit et il est quelqu'un quand il est en relation, au point que certains le définissent comme étant un être relationnel ou un faisceau de relations. L'absence de relations dans ces conditions est ressentie comme une mutilation.
Peut-on évangéliser véritablement l'Homme Africain sans prendre en compte ses aspirations ? Le Christ est venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance.
Pour le diocèse de Yamoussoukro, je m'engage à annoncer Jésus-Christ Chemin, Vérité et Vie de manière à provoquer l'adhésion des hommes et des femmes, des jeunes et des enfants de notre temps. Notre diocèse, chers diocésains, doit s'engager sur le chemin de la liberté, de l'honneur et de la dignité. Il y va de notre salut en Jésus-Christ par nous-mêmes. Il y va de notre vie et partant de notre avenir Car l'on ne peut pas faire le bonheur d'autrui à son insu. Ensuite pour sortir de la pauvreté noire, il nous faut dans la perspective du salut intégrale envisager l'évangélisation sous l'angle de la promotion humaine. En effet, la vie d'une Eglise particulière ne saurait reposer sur le seul pilier de l'aumône Enfin pour sacrifier à l'aspiration du Etre-avec, notre diocèse doit s'engager, à bâtir sur le modèle de la Trinité, une Eglise-famille de Dieu. Une telle option, malgré nos différences au niveau social, politique et ethnique nous fera vivre, à l'exemple des trois personnes de la Sainte Trinité, dans l'amour, la communion, l'unité, la paix, la vérité et le partage.
Pour relever de tels défis, les axes majeurs devant servir ma vision en termes d'organisation sont les suivants : la curie diocésaine à organiser, un plan d'évangélisation assorti d'un plan pastoral propre au diocèse de Yamoussoukro à élaborer, la formation des agents pastoraux et enfin la vie matérielle de notre diocèse à envisager en termes d'autonomie. Il y va de notre liberté d'action ; il y va de notre dignité ; il y va de notre honneur. Cependant le tout doit être ordonné à l'évangélisation ; car l'Eglise existe pour évangéliser. Par voie de conséquence, le diocèse de Yamoussoukro est missionnaire et doit être missionnaire à travers tous ses enfants.
Or en matière d'évangélisation le principe des principes est le suivant : on ne peut pas évangéliser un peuple si on n'aime pas ce peuple. Car la mission est une œuvre d'amour du cœur de Dieu. Saint Jean à ce propos a les mots justes quand il dit : Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique afin que quiconque croît en Lui ne périsse pas mais ait la vie éternelle. L'évangélisation est l'affaire de tous. Je voudrais donc m'appuyer sur toutes les composantes du peuple de Dieu que sont les Prêtres, les religieux et religieuses et les fidèles laïcs pour annoncer la Bonne Nouvelle du salut, à partir du cœur de notre pays. Et comme témoin du Christ je serai désormais avec vous parce que je vous aime. En effet, ce que nous avons en commun c'est l'évangélisation. Cependant quel que soit notre zèle missionnaire le protagoniste de la mission demeure l'Esprit Saint. Notre diocèse pour relever le défi de l'évangélisation doit s'ouvrir à ce que l'Esprit dit aux églises ; car la mission évangélisatrice qui a pour fondement Dieu n'est pas une entreprise humaine. L'Eglise n'est pas une ONG ; L'Eglise n'est pas un parti politique , L'Eglise est l'Eglise du Christ.
La tâche est lourde. Le champ est immense. Mais je suis à la fois serein et confiant ; car je sais en qui j'ai mis ma confiance. Oui, quand Dieu donne une charge il donne aussi pour l'accomplir les grâces et les moyens nécessaires. A ce niveau, je me recommande à la prière de tous et de chacun.
Puisse le Seigneur qui m'a Lui-même choisi, pour être le pasteur de son troupeau, guider mes pas maintenant et toujours dans les siècles des siècles. Amen !
Mgr YAO Kouadio Marcellin