8. Nous sommes fils de Dieu

 Nous poursuivons notre itinéraire d’approfondissement de la foi — de notre foi — à la lumière de la Lettre de saint Paul aux Galates. L’apôtre insiste auprès de ces chrétiens pour qu’ils n’oublient pas la nouveauté de la révélation de Dieu qui leur a été annoncée. En plein accord avec l’évangéliste Jean (cf 1 Jn 3, 1-2), Paul souligne que la foi en Jésus Christ nous a permis de devenir réellement fils de Dieu et également ses héritiers. Nous chrétiens considérons souvent comme évidente cette réalité d’être fils de Dieu. Il est bon au contraire de se souvenir toujours avec reconnaissance du moment où nous le sommes devenus, celui de notre baptême, pour vivre avec une plus grande conscience le grand don reçu.   

 Si je demandais aujourd’hui: qui de vous connaît la date de son baptême?, je crois qu’il n’y aurait pas beaucoup de mains levées. Et pourtant, c’est la date à laquelle nous avons été sauvés, c’est la date à laquelle nous sommes devenus fils de Dieu. A présent, que ceux qui ne la connaissent pas demandent à leur parrain, marraine, à leur père, leur mère, leur oncle, leur tante: «Quand ai-je été baptisé? Quand ai-je été baptisée?»; et rappeler chaque année cette date: c’est la date à laquelle nous sommes devenus fils de Dieu. D’accord? Vous le ferez? [les fidèles répondent: oui!]. C’est un «oui» un peu comme ça, hein? [rires] Poursuivons....    

En effet, une fois «venue la foi» dans le Christ (v. 25), se crée la condition radicalement nouvelle qui fait entrer dans la filiation divine. La filiation dont parle Paul n’est plus celle générale qui touche tous les hommes et les femmes en tant que fils et filles de l’unique Créateur. Dans le passage que nous avons écouté, il affirme que la foi permet d’être fils de Dieu «dans le Christ» (v. 26): telle est la nouveauté. C’est ce «dans le Christ» qui fait la différence. Pas seulement fils de Dieu, comme tous: nous tous hommes et femmes sommes enfants de Dieu, tous, quelle que soit notre  religion. Non. Mais «dans le Christ» est ce qui fait la différence chez les chrétiens et cela n’a lieu que dans la participation à la rédemption du Christ et en nous dans le sacrement du baptême, c’est ainsi que cela commence. Jésus est devenu notre frère, et par sa mort et sa résurrection, il nous a réconciliés avec le Père. Qui accueille le Christ dans la foi, à travers le baptême est «revêtu» de Lui et de la dignité filiale  (cf. v. 27).

Dans ses Lettres, saint Paul fait référence à plusieurs reprises au baptême. Pour lui, être baptisé équivaut à prendre part de façon effective et réelle au mystère de Jésus. Par exemple, dans la Lettre aux Romains, il arrivera même à dire que, dans le baptême, nous sommes morts avec le Christ et ensevelis avec Lui pour pouvoir vivre avec Lui (cf. 6, 3-14). Morts avec le Christ, ensevelis avec Lui pour pouvoir vivre avec Lui. C’est la grâce du baptême: participer à la mort et à la résurrection de Jésus. Le baptême n’est donc pas un simple rite extérieur. Ceux qui le reçoivent sont transformés profondément, au plus profond d’eux-mêmes, et possèdent une vie nouvelle, précisément celle qui permet de s’adresser à Dieu et de l’invoquer  par le nom d’«Abbà», c’est-à-dire «papa». «Père»? Non, «papa» (cf. Ga 4, 6).

  L’apôtre affirme avec une grande audace que l’identité reçue avec le baptême est entièrement nouvelle, au point de prévaloir sur les différences qui existent sur le plan ethnique et religieux. Il l’explique ainsi: «il n’y a ni Juif ni Grec»; et aussi sur le plan social: «il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme» (Ga 3, 28). On lit souvent ces expressions trop à la hâte, sans saisir la valeur révolutionnaire qu’elles contiennent. Pour Paul, écrire aux Galates que dans le Christ, «il n’y a ni Juif ni Grec» équivaut à une authentique subversion ethnique et religieuse. Le juif, du fait d’appartenir au peuple élu, était privilégié par rapport au païen (cf. Rm 3, 17-20), et Paul lui-même l’affirme (cf. Rm 9, 4-5). Il n’est donc pas surprenant que ce nouvel enseignement de l’apôtre puisse sembler hérétique. «Mais comment cela, tous égaux? Nous sommes différents!». Cela semble un peu hérétique non? La deuxième égalité aussi, entre «libres» et «esclaves», ouvre des perspectives troublantes. Pour la société antique, la distinction entre esclaves et citoyens libres était vitale. Ces derniers jouissaient selon la loi de tous les droits, tandis que l’on ne reconnaissait pas même la dignité humaine aux esclaves. Cela arrive aujourd’hui aussi: beaucoup de gens, dans le monde, beaucoup, des millions, qui n’ont pas le droit à l’alimentation, n’ont pas le droit à l’éducation, n’ont pas le droit au travail: ce sont les nouveaux esclaves, ce sont ceux qui se trouvent aux périphéries, qui sont exploités par tous. Aujourd’hui aussi, il y a l’esclavage. Pensons un peu à cela. Nous nions à ces gens la dignité humaine, ils sont esclaves. Ainsi, à la fin, l’égalité dans le Christ dépasse la différence sociale entre les deux sexes, en établissant  entre l’homme et la femme une alliance alors révolutionnaire  qu’il faut réaffirmer aujourd’hui aussi. Il faut la réaffirmer aujourd’hui aussi. Combien de fois entendons-nous des expressions qui méprisent les femmes! Combien de fois avons-nous entendu: «Mais non, ne fais rien, [ce sont] des histoires de femmes». Mais les hommes et les femmes ont la même dignité, et il y a dans l’histoire, aujourd’hui aussi, un esclavage de femmes: les femmes n’ont pas les mêmes opportunités que les hommes. Nous devons lire ce que dit Paul: nous sommes égaux en Jésus Christ.                 

   Comme on peut le voir, Paul affirme la profonde unité qui existe entre tous les baptisés, quelle que soit la condition à laquelle ils appartiennent, que ce soit des hommes ou des femmes, égaux, parce que chacun d’eux, dans le Christ, est une créature nouvelle. Toute distinction devient secondaire par rapport à la dignité d’être fils de Dieu, qui à travers son amour, réalise une véritable et importante égalité. Tous, à travers la rédemption du Christ et le baptême que nous avons reçu, sommes égaux: fils et filles de Dieu. Egaux.  

 Frères et sœurs, nous sommes donc appelés de façon plus positive à vivre une nouvelle vie qui trouve dans la filiation avec Dieu son expression fondatrice. Egaux parce que fils de Dieu, et fils de Dieu parce que Jésus Christ nous a rachetés et nous sommes entrés dans cette dignité à travers le baptême. Il est décisif également  pour nous tous aujourd’hui de redécouvrir la beauté d’être fils de Dieu, d’être frères et sœurs entre nous parce qu’insérés dans le Christ qui nous a rachetés. Les différences et les contrastes qui créent la séparation ne devraient pas exister entre les croyants dans le Christ. Et l’un des apôtres, dans la Lettre de Jacques, dit: «Faites attention avec les différences, parce que vous n’êtes pas justes quand dans l’assemblée (c’est-à-dire à la Messe), quelqu’un entre qui porte un anneau d’or et est bien habillé: “Ah, entrez, entrez!” et ils le font s’asseoir au premier rang. Puis, s’il entre une autre personne qui, la pauvre, peut à peine se couvrir, et on voit qu’elle est pauvre: “oui, oui, assied-toi là, au fond”». Ces différences, ce sont nous qui les faisons, souvent, de façon inconsciente. Non, nous sommes égaux. Notre vocation est plutôt celle de rendre concret et évident l’appel à l’unité de tout le genre humain (cf. Conc. œcum. Vat. II, Const. Lumen gentium, n. 1). Tout ce qui exacerbe les différences entre les personnes, en provoquant souvent des discriminations, tout cela, devant Dieu, n’a plus de consistance, grâce  au salut réalisé dans le Christ. Ce qui compte est la foi qui opère selon le chemin de l’unité indiqué par l’Esprit Saint. Et notre responsabilité est de marcher de façon résolue sur ce chemin de l’égalité, mais l’égalité qui est soutenue, qui a été réalisée par la rédemption de Jésus.        

Merci. Et n’oubliez pas, quand vous rentrerez chez vous: «Quand ai-je été baptisé? Quand ai-je été baptisée?». Demander, pour avoir toujours cette date à l’esprit. Et également la célébrer quand arrivera la date. Merci.

 

 

 

Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Frères et sœurs, saint Paul explique, dans la lettre aux Galates, que la foi en Jésus-Christ nous rend réellement fils de Dieu. Cette filiation n’est plus celle qui concerne tous les hommes en tant qu’enfants de l’unique Créateur. Il s’agit d’une condition radicalement nouvelle qui advient au Baptême. Par son incarnation, le Christ nous a réconciliés avec son Père et est devenu notre frère. Le Baptême n’est pas un simple rite extérieur. Il transforme notre être le plus intime et nous fait prendre part, de manière réelle et effective, au mystère du Christ : nous sommes morts et ensevelis avec lui pour vivre avec lui. L’identité de fils de Dieu est entièrement nouvelle et prévaut sur toute différence ethnique, religieuse et sociale : il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme. Paul révèle la profonde unité qui existe entre tous les baptisés car ils sont, dans le Christ, une créature nouvelle. Devant cette dignité de fils de Dieu toute distinction devient secondaire entre baptisés, et les conflits qui les divisent ne devraient plus exister. Notre vocation consiste, au contraire, à rendre évident et concret l’appel à l’unité de tout le genre humain.

 

 

La tentation du « formalisme » religieux

« L’amour du Christ crucifié et ressuscité, au centre de notre vie quotidienne »


 

Frère et sœurs, bonjour!

Nous poursuivrons l’explication de la Lettre de saint Paul aux Galates. Ce n’est pas une chose nouvelle, cette explication, quelque chose qui vient de moi: ce que nous étudions est ce que dit saint Paul, dans un conflit très sérieux, aux Galates. Et c’est également la Parole de Dieu, parce qu’elle est entrée dans la Bible. Ce ne sont pas des choses que quelqu’un invente, non. C’est quelque chose qui a eu lieu à cette époque et qui peut se répéter. Et, de fait, nous avons vu que dans l’histoire, cela s’est répété. Il s’agit simplement d’une catéchèse sur la Parole de Dieu exprimée dans la Lettre de Paul aux Galates: ce n’est pas autre chose. Il faut toujours garder cela à l’esprit. Dans les catéchèses précédents, nous avons vu que l’apôtre Paul montre aux premiers chrétiens de Galatie combien il est dangereux de quitter le chemin qu’ils ont commencé à parcourir en accueillant l’Evangile. Le risque, en effet, est de tomber dans le formalisme, qui est l’une des tentations qui nous conduit à l’hypocrisie, dont nous avons parlé l’autre fois. Tomber dans le formalisme et renier la nouvelle dignité qu’ils ont reçue: la dignité des rachetés par le Christ. Le passage que nous venons d’entendre introduit la deuxième partie de la Lettre. Jusque là, Paul a parlé de sa vie et de sa vocation : de la façon dont la grâce de Dieu a transformé son existence, la plaçant entièrement au service de l’évangélisation. A présent, il interpelle directement les Galates: il les place devant les choix qu’ils ont accomplis et devant leur condition actuelle, qui pourrait rendre vaine l’expérience de grâce vécue.     

Et les termes par lesquels l’apôtre s’adresse aux Galates ne sont certainement pas de courtoisie: nous l’avons entendu. Dans les autres Lettres, il est facile de trouver l’expression «frères» ou encore «très chers», ici non. Parce qu’il est en colère. Il dit de façon générique «Galates» et, par deux fois au moins, il les appelle «sans intelligence», ce qui n’est pas un terme courtois. Sans intelligence, fous, et il peut dire beaucoup d’autres choses... Il le fait non pas parce qu’ils ne sont pas intelligents, mais parce que, presque sans s’en apercevoir, ils risquent de perdre la foi dans le Christ qu’ils avaient accueillie avec tant d’enthousiasme. Ils sont sans intelligence parce qu’ils ne se rendent pas compte que le danger est de perdre le trésor précieux, la beauté de la nouveauté du Christ. L’étonnement et la tristesse de l’apôtre sont évidents. Non sans amertume, il exhorte ces chrétiens à se rappeler de la première annonce qu’il a réalisée, à travers laquelle il leur a offert la possibilité d’acquérir une liberté jusqu’alors inespérée.        

L’apôtre adresse des questions aux Galates, dans l’intention de secouer leurs consciences: pour cela il est très fort. Il s’agit d’interrogations rhétoriques, parce que les Galates savent très bien que la naissance de leur foi dans le Christ est le fruit de la grâce reçue par la prédication de l’Evangile. Il les conduit au début de la vocation chrétienne. La parole qu’ils avaient écoutée de Paul se concentrait sur l’amour de Dieu, se manifestant pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus. Paul ne  pouvait trouver d’expression plus convaincante que celle qu’il avait leur probablement répétée plusieurs fois lors de sa prédication: «Et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi» (Gal 2, 20). Paul, ne  voulait rien savoir d’autre que le Christ crucifié (cf. 1 Co 2, 2). Les Galates doivent regarder cet événement sans se laisser distraire par d’autres annonces. En somme, l’intention de Paul est de mettre au pied du mur les chrétiens, afin qu’ils se rendent compte de l’enjeu et qu’ils ne se laissent pas enchanter par la voix des sirènes qui veulent les conduire à une religiosité fondée uniquement sur l’observance scrupuleuse de préceptes. Parce qu’eux, ces prédicateurs nouveaux qui sont arrivés là en Galatie, les ont convaincus qu’ils devaient faire marche arrière et  adopter également les préceptes qu’ils observaient et qu’ils portaient à la perfection avant  la venue du Christ, qui est la gratuité du salut.   

Les Galates, d’autre part, comprenaient très bien ce à quoi l’apôtre faisait référence. Ils avaient certainement fait l’expérience de l’action de l’Esprit Saint dans les communautés: comme dans les autres Eglises, ainsi parmi eux aussi, s’étaient manifestés la charité et divers autres charismes. Mis au pied du mur, ils sont obligés de répondre que ce qu’ils ont vécu était le fruit de la nouveauté de l’Esprit. A l’origine de la naissance de leur  foi, il y avait donc l’initiative de Dieu, pas des hommes. L’Esprit Saint avait été le protagoniste de leur expérience; le placer à présent au second plan pour donner la primauté à leurs propres œuvres — c’est-à-dire à l’accomplissement des préceptes  de la Loi — aurait été insensé. La sainteté vient de l’Esprit Saint et est la gratuité de la rédemption de Jésus: cela nous justifie.       

De cette façon, saint Paul nous invite nous aussi à réfléchir: comment vivons-nous la foi? L’amour du Christ crucifié et ressuscité demeure-t-il au centre de notre vie quotidienne comme une source de salut, ou bien nous contentons-nous d’une formalité religieuse pour avoir la conscience tranquille? Comment vivons-nous la foi, nous? Sommes-nous attachés au trésor précieux, à la beauté de la nouveauté du Christ, ou bien lui préférons-nous quelque chose qui nous attire sur le moment, mais qui nous laisse ensuite un vide à l’intérieur? L’éphémère frappe souvent  la porte de nos journées, mais c’est une triste illusion, qui nous fait tomber dans la superficialité et empêche de discerner ce qui vaut véritablement la peine de vivre. Frères et sœurs, gardons  quoi qu’il en soit la ferme certitude que, même quand nous sommes tentés de nous éloigner, Dieu continue encore d’offrir ses dons. Dans l’histoire, même aujourd’hui, il arrive toujours des choses qui ressemblent à ce qui est arrivé aux Galates. Même aujourd’hui, certains viennent nous échauffer les oreilles en nous disant: «Non, la sainteté réside dans ces préceptes, dans ces choses, vous devez faire ceci et cela» et ils nous proposent une religiosité rigide, la rigidité qui nous ôte la liberté dans l’Esprit que nous donne la rédemption du Christ. Soyez attentifs face aux rigidités que l’on vous propose: soyez attentifs. Parce que derrière chaque rigidité, il y a quelque chose de mauvais,  il n’y a pas l’Esprit de Dieu. Et c’est pour cela que cette Lettre nous aidera à ne pas écouter ces propositions un peu fondamentalistes qui nous font reculer dans notre vie spirituelle, et elle nous aidera à aller de l’avant dans la vocation pascale de Jésus. C’est ce que répète l’apôtre aux Galates en rappelant que le Père «prodigue l’Esprit et opère parmi vous des miracles» (3, 5). Il parle au présent, il ne dit pas «le Père a prodigué l’Esprit», chapitre 3, verset 5, non: il dit «prodigue», il ne dit pas «a opéré», non, «opère». Parce que, malgré toutes les difficultés que nous pouvons créer à son action, et même malgré nos péchés, Dieu ne nous abandonne jamais mais demeure avec nous à travers son amour miséricordieux. Dieu est toujours proche de nous avec sa bonté. C’est comme ce père qui montait chaque jour sur la terrasse pour voir si son fils revenait: l’amour du Père ne se lasse pas de nous. Demandons la sagesse de nous apercevoir toujours de cette réalité et de renvoyer les fondamentalistes qui nous proposent une vie d’ascèse artificielle, loin de la résurrection du Christ.  L’ascèse est nécessaire, mais l’ascèse sage, pas artificielle.



 

A l’issue de l’audience générale, le Pape a évoqué la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, célébrée chaque année le 1er septembre.

Nous célébrons aujourd’hui la journée mondiale de prière pour la sauvegarde de la création, et le début du  Temps de la Création, qui  se terminera le 4 octobre, en la fête de saint François d’Assise. Cette année, le thème est: «Une maison pour tous? Renouveler l’Oikos de Dieu». Avec le patriarche œcuménique Bartholomée et l’archevêque de Canterbury Justin Welby, nous avons préparé un message qui sera diffusé dans les prochains jours. Avec nos frères et sœurs de différentes confessions chrétiennes, nous prions et œuvrons pour notre maison commune en ces temps de grave crise planétaire.


 

Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Frères et sœurs, l’Apôtre Paul exprime son étonnement et sa tristesse devant le comportement des Galates. Ces derniers risquent de tomber dans le formalisme et de renier la dignité nouvelle qu’ils ont acquise dans le Christ. Avec amertume, il leur rappelle la première annonce reçue. La foi au Christ est le fruit de la grâce reçue par la prédication de l’Evangile. La catéchèse qu’ils ont reçue de Paul était centrée sur l’amour de Dieu manifesté pleinement dans la mort et la résurrection de Jésus. Pour l’Apôtre, seul le Christ crucifié compte. La naissance de la foi est l’initiative de Dieu, et non pas des hommes. L’Esprit Saint est le protagoniste de l’expérience vécue. Saint Paul nous invite donc à réfléchir sur la manière de vivre la foi dans notre vie quotidienne. L’amour du Christ crucifié et ressuscité doit être au centre de notre vie quotidienne comme source de salut.

 

 

5. La valeur propédeutique de la Loi

Frères et sœurs, bonjour!

Saint Paul, qui aimait Jésus Christ et qui avait bien compris ce qu’était le salut, nous a enseigné que les «enfants de la promesse» (Ga 4, 28) – c’est-à-dire nous tous, justifiés par Jésus Christ – ne sont pas sous le joug de la Loi, mais sont appelés à un style de vie exigeant dans la liberté de l’Evangile. Cependant, la Loi existe. Mais elle existe d’une autre manière: la même Loi, les dix commandements, mais d’une autre manière, parce qu’elle ne peut pas justifier par elle-même une fois que le Seigneur Jésus est venu. C’est pourquoi, dans la catéchèse d’aujourd’hui, je voudrais expliquer cela. Et nous nous demandons: quel est, selon la lettre aux Galates, le rôle de la Loi? Dans le passage que nous avons écouté, Paul soutient que la Loi a été comme un pédagogue. C’est une belle image que celle du pédagogue dont nous avons parlé au cours de la dernière audience, une image qui mérite d’être comprise dans sa juste signification.

L’apôtre semble suggérer aux chrétiens de diviser l’histoire du salut en deux, et également son histoire personnelle. Il y a deux moments: avant d’être devenus chrétiens en Jésus Christ et après avoir reçu la foi. Au centre se place l’événement de la mort et de la résurrection de Jésus, que Paul a prêché pour susciter la foi dans le Fils de Dieu, source de salut, et en Jésus Christ nous sommes justifiés. Nous sommes justifiés par la gratuité de la foi en Jésus Christ. A partir de la foi dans le Christ, il y a donc un «avant» et un «après» à l’égard de la Loi elle-même, car la Loi existe, les commandements existent, mais il y a une attitude avant la venue de Jésus et ensuite une autre après. L’histoire précédente est déterminée par le fait d’être «sous la Loi». Et celui qui allait sur le chemin de la Loi se sauvait, était justifié; celle qui suit – après la venue de Jésus – doit être vécue en suivant l’Esprit Saint (cf. Ga 5, 25). C’est la première fois que Paul utilise cette expression: être «sous la Loi». La signification sous-entendue comporte l’idée d’un asservissement négatif, typique des esclaves: «être sous». L’apôtre l’explicite en disant que lorsqu’on est “sous la Loi ” on est comme des “surveillés” et des “enfermés”, une sorte de détention préventive. Ce temps, dit saint Paul, a duré longtemps – de Moïse à la venue de Jésus –, et il se perpétue tant qu’on vit dans le péché.

La relation entre la Loi et le péché sera exposée de manière plus systématique par l’apôtre dans sa lettre aux Romains, écrites quelques années seulement après celle aux Galates. En synthèse, la Loi conduit à définir la transgression et à rendre les personnes conscientes de leur propre péché: «Tu as fait cela, donc la Loi – les dix commandements – dit cela: tu es dans le péché». D’ailleurs, comme l’enseigne l’expérience commune, le précepte finit par stimuler la transgression. Il écrit ce qui suit dans la lettre aux Romains: «De fait, quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses qui se servent de la Loi opéraient en nos membres afin que nous fructifiions pour la mort. Mais à présent nous avons été dégagés de la Loi, étant morts à ce qui nous tenait prisonniers» (7, 5-6). Pourquoi? Parce que la justification de Jésus Christ est venue. Paul fixe sa vision de la Loi: «L'aiguillon de la mort, c'est le péché, et la force du péché, c'est la Loi» (1 Co 15, 56). Un dialogue: tu es sous la Loi, et tu es là avec la porte ouverte au péché.

Dans ce contexte, la référence au rôle pédagogique exercé par la Loi acquiert pleinement son sens. Mais la Loi est le pédagogue, qui te conduit où? A Jésus. Dans le système scolaire de l’antiquité le pédagogue n’avait pas la fonction que nous lui attribuons aujourd’hui, c’est-à-dire celle de soutenir l’éducation d’un jeune garçon ou d’une jeune fille. A l’époque, il s’agissait en revanche d’un esclave qui avait la fonction d’accompagner le fils de son patron auprès du maître et de le reconduire ensuite à la maison. Il devait ainsi le protéger des dangers, le surveiller pour qu’il n’ait pas des comportements incorrects. Sa fonction était plutôt disciplinaire. Quand l’enfant devenait adulte, le pédagogue cessait ses fonctions. Le pédagogue auquel se réfère Paul n’était pas l’enseignant, mais c’était celui qui accompagnait à l’école, qui surveillait l’enfant et le conduisait à la maison.

Se référer à la Loi dans ces termes permet à saint Paul d’éclaircir la fonction que celle-ci a exercée dans l’histoire d’Israël. La Torah, c’est-à-dire la Loi, a été un acte de magnanimité de la part de Dieu à l’égard de son peuple. Après l’élection d’Abraham, l’autre grand acte a été la Loi: tracer la route pour aller de l’avant. Elle avait certainement eu des fonctions restrictives, mais dans le même temps elle avait protégé le peuple, elle l’avait éduqué, discipliné et soutenu dans sa faiblesse, en particulier en exerçant une protection face au paganisme; il y avait tant d’attitudes païennes à cette époque. La Torah dit: «Il y a un unique Dieu et il nous a mis en chemin». Un acte de bonté du Seigneur. Et assurément, comme je l’ai dit, elle a eu des fonctions restrictives, mais dans le même temps elle avait protégé le peuple, elle l’avait éduqué, elle l’avait discipliné, elle l’avait soutenu dans sa faiblesse. C’est pourquoi l’apôtre s’arrête ensuite sur la description de la phase de l’âge mineur. Et il dit ce qui suit: «Aussi longtemps qu'il est un enfant, l'héritier, quoique propriétaire de tous les biens, ne diffère en rien d'un esclave. Il est sous le régime des tuteurs et des intendants jusqu'à la date fixée par son père. Nous aussi, durant notre enfance, nous étions asservis aux éléments du monde» (Ga 4,1-3). En somme, la conviction de l’apôtre est que la Loi possède certainement une fonction positive – et donc comme le pédagogue, pour faire avancer –, mais c’est une fonction limitée dans le temps. On ne peut pas étendre sa durée outre mesure, car elle est liée à la maturation des personnes et à leur choix de liberté. Une fois que l’on arrive à la foi, la Loi arrive à la fin de sa valeur propédeutique et doit céder la place à une autre autorité. Qu’est-ce que cela veut dire? Qu’une foi la Loi finie nous pouvons dire: «Nous croyons en Jésus Christ et nous faisons ce que nous voulons? «Non! Les commandements sont présents, mais ils ne nous justifient pas. Celui qui nous justifie est Jésus Christ. On doit observer les commandements, mais ils ne nous donnent pas la justice; il y a la gratuité de Jésus Christ, la rencontre avec Jésus Christ qui nous justifie gratuitement. Le mérite de la foi est de recevoir Jésus. L’unique mérite: ouvrir son cœur. Et que devons-nous faire avec les commandements? Nous devons les observer, mais comme une aide pour aller à la rencontre de Jésus Christ.

Cet enseignement sur la valeur de la Loi est très important et mérite d’être considéré avec attention pour ne pas tomber dans des équivoques et accomplir de faux pas. Cela nous fera du bien de nous demander si nous vivons encore dans la période où nous avons besoin de la Loi, ou si en revanche nous sommes bien conscients d’avoir reçu la grâce d’être devenus des enfants de Dieu pour vivre dans l’amour. Comment est-ce que je vis? Dans la peur que, si je ne fais pas cela, j’irai en enfer? Ou est-ce que je vis avec cette espérance, avec cette joie de la gratuité du salut en Jésus Christ? C’est une belle question. Et la deuxième également: est-ce que je méprise les commandements? Non. Je les observe, mais pas comme absolus, car je sais que ce qui me justifie est Jésus Christ.

 

 

L’hypocrisie

 

Résumé de la catéchèse du Saint-Père :

Chers frères et sœurs,

Nous lisons dans la Lettre aux Galates que Paul reproche à Pierre de ne pas avoir eu un bon comportement. En effet à Antioche, Pierre mangeait avec les chrétiens issus du paganisme, ce que la Loi interdisait ; mais devant les chrétiens d’origine juive, il ne le faisait plus par peur d’être critiqué. Le problème qui se pose ici est celui de la relation entre la Loi et la Liberté. Ce comportement de Pierre crée une division injuste au sein de la Communauté. C’est ce que Paul appelle “hypocrisie” qu’il entend combattre avec force et conviction. L’hypocrisie, c’est la peur de la vérité, un comportement qui nous empêche d’être nous-mêmes. Elle est souvent combattue dans la Bible. Jésus critique fortement ceux qui apparaissent justes à l’extérieur, mais pleins de fausseté et d’iniquité à l’intérieur. L’hypocrite vit avec un masque sur le visage, il n’est pas capable de se confronter avec la vérité, ni d’aimer vraiment. Il vit dans l’égoïsme et n’a pas la force de montrer avec transparence son cœur. L’hypocrisie se manifeste dans de nombreuses situations. Elle se cache souvent sur les lieux de travail, dans la politique et même dans l’Eglise où elle est particulièrement détestable, parce qu’elle met en danger l’unité pour laquelle le Seigneur lui-même a prié.

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Frères et sœurs, bonjour!

La Lettre aux Galates rapporte un fait plutôt surprenant. Comme nous l’avons entendu, Paul dit qu’il a réprimandé Céphas, c’est-à-dire Pierre, devant la communauté d’Antioche, parce que son comportement n’était pas bon. Que s’était-il passé de si grave au point d’obliger Paul à s’adresser en termes durs même à Pierre? Peut-être Paul a-t-il exagéré, a-t-il trop laissé place à son caractère sans savoir se retenir? Nous verrons qu’il n’en est pas ainsi, mais qu’une fois encore la relation entre la Loi et la liberté est en jeu. Et nous devons revenir sur cela de nombreuses fois.

En écrivant aux Galates, Paul mentionne de manière voulue cet épisode qui s’était passé à Antioche des années auparavant. Il entend rappeler aux chrétiens de ces communautés qu’ils ne doivent absolument pas écouter ceux qui prêchent la nécessité de se faire circoncire et donc tomber « sous la Loi » avec toutes se prescriptions. Rappelons que ce sont ces prédicateurs fondamentalistes qui sont arrivés là-bas et qui ont créé de la confusion, et ils ont également ôté la paix à cette communauté.  L’objet de la critique à l’égard de Pierre était son comportement dans la participation à table. La Loi interdisait à un juif de prendre ses repas avec les non juifs. Mais Pierre lui-même, dans une autre circonstance, était allé à Césarée dans la maison du centurion Corneille, tout en sachant qu’il transgressait la Loi. Il affirma alors: «Mais Dieu vient de me montrer, à moi, qu'il ne faut appeler aucun homme souillé ou impur» (Ac 10, 28). Une fois rentré à Jérusalem, les chrétiens circoncis fidèles à la Loi mosaïque réprimandèrent Pierre pour son comportement, mais il se justifia en disant: «Je me suis alors rappelé cette parole du Seigneur: Jean, disait-il, a baptisé avec de l’eau mais vous, vous serez baptisés dans l'Esprit Saint.   Si donc Dieu leur a accordé le même don qu'à nous, pour avoir cru au Seigneur Jésus Christ, qui étais-je, moi, pour faire obstacle à Dieu?» (Ac 11,16-17). Rappelons que l’Esprit Saint est venu  à ce moment-là dans la maison de Corneille quand Pierre est allé là-bas.

Un fait semblable était arrivé également à Antioche en présence de Paul. Auparavant, Pierre était à table sans aucune difficulté avec les chrétiens venus du paganisme; mais quand plusieurs chrétiens circoncis de Jérusalem – ceux qui venaient du judaïsme – arrivèrent en ville, alors il ne le fit plus, pour ne pas subir leurs critiques. Et c’est l’erreur: il faisait davantage attention aux critiques, à faire bonne figure. Et cela est grave aux yeux de Paul, également parce que Pierre était imité par d’autres disciples, le premier d’entre eux Barnabé, qui avec Paul avait précisément évangélisé les Galates (cf. Ga 2,13). Sans le vouloir, Pierre, avec cette façon de faire – un peu comme ci, un peu comme ça… sans clarté sans transparence – créait de fait une division injuste au sein de la communauté: «Je suis pur… je suis cette ligne, je dois faire ainsi, on ne peut pas faire cela…».

Paul, dans son reproche – et le cœur du problème est là –, utilise un terme qui permet d’entrer dans le vif de sa réaction: hypocrisie (cf. Ga 2,13). C’est un mot qui reviendra de nombreuses fois: hypocrisie. Je crois que nous comprenons tous ce que cela signifie. L’observation de la Loi de la part des chrétiens conduisait à ce comportement hypocrite, que l’apôtre entend combattre avec force et conviction. Paul était droit, il avait ses défauts – beaucoup, son caractère était terrible – , mais il était droit.   Qu’est-ce que l’hypocrisie? Quand nous disons : faites attention à celui-ci qui est un hypocrite : que voulons-nous dire ? Qu’est-ce que l’hypocrisie ? On peut dire que c’est la peur de la vérité. L’hypocrite a peur de la vérité. On préfère faire semblant plutôt qu’être soi-même. C’est comme maquiller son âme, comme maquiller ses attitudes, comme maquiller ses façons de faire: ce n’est pas la vérité: «J’ai peur d’aller de l’avant comme je suis et je me maquille avec ces attitudes».    Et la dissimulation empêche d’avoir le courage de dire ouvertement la vérité et on se soustrait ainsi facilement à l’obligation de la dire toujours, partout et malgré tout. Et la dissimulation te conduit à cela: aux demi-vérités. Et les demi-vérités sont une fiction : parce que la vérité est vérité ou n’est pas la vérité. Mais les demi-vérités sont cette manière d’agir qui n’est pas vraie. On préfère, comme je l’ai dit, feindre plutôt que d’être soi-même, et la dissimulation empêche ce courage de dire ouvertement la vérité. Et on se soustrait ainsi à l’obligation – et c’est un commandement – de dire toujours la vérité, de la dire partout et de la dire malgré tout.  Et dans un milieu où les relations interpersonnelles sont vécues à l’enseigne du formalisme, le virus de l’hypocrisie se diffuse facilement. Ce sourire qui ne vient pas du cœur, cette recherche pour être en bon termes avec tout le monde, mais avec personne… 

Dans la Bible, on trouve divers exemples dans lesquels on combat l’hypocrisie. Un beau témoignage pour combattre l’hypocrisie est celui du vieil Eléazar, à qui l’on demandait de faire semblant de manger la chair sacrifiée aux divinités païennes pour pouvoir sauver sa vie : faire semblant de la manger, mais il ne la mangeait pas. Ou faire semblant de manger de la viande de porc, mais ses amis lui en avaient préparé une autre. Mais cet homme qui craint Dieu répondit: «A notre âge, ajouta-t-il, il ne convient pas de feindre, de peur que nombre de jeunes, persuadés qu'Eléazar aurait embrassé à 90 ans les mœurs des étrangers, ne s'égarent eux aussi, à cause de moi et de ma dissimulation, et cela pour un tout petit reste de vie. J'attirerais ainsi sur ma vieillesse souillure et déshonneur» (2 Mac 6, 24-25). Honnête : il n’emprunte pas la voie de l’hypocrise. Quelle belle page sur laquelle réfléchir pour s’éloigner de l’hypocrisie! Les Evangiles rapportent eux aussi diverses situations dans lesquelles Jésus réprimande fortement ceux qui apparaissent comme des justes de l’extérieur, mais qui sont pleins de fausseté et d’iniquité en eux (cf. Mt 23,13-29). Si vous avez un peu de temps aujourd’hui, prenez le chapitre 23 de l’Evangile de saint Matthieu et voyez combien de fois Jésus dit: «Hypocrites, hypocrites, hypocrites», et il révèle ce qu’est l’hypocrisie.

L’hypocrite est une personne qui fait semblant, qui flatte et qui trompe car elle vit avec un masque sur le visage, et elle n’a pas le courage de se confronter à la vérité. C’est pourquoi elle n’est pas capable d’aimer vraiment – un hypocrite ne sait pas aimer – elle se limite à vivre d’égoïsme et n’a pas la force de montrer son cœur en transparence. Il y a de nombreuses situations dans lesquelles l’hypocrisie peut avoir lieu. Elle se cache souvent dans les lieux de travail, où l’on cherche à paraître amis avec les collègues, alors que la compétition conduit à les frapper dans le dos. Dans la politique, il n’est pas inhabituel de trouver des hypocrites qui vivent un dédoublement entre leur vie publique et privée. L’hypocrisie dans l’Eglise est particulièrement détestable, et malheureusement l’hypocrisie existe dans l’Eglise, et il y a de nombreux  chrétiens et de nombreux ministres hypocrites. Nous ne devrions jamais oublier les paroles du Seigneur: «Que votre langage soit: "Oui? oui", "Non? non": ce qu'on dit de plus vient du Mauvais» (Mt 5, 37). Frères et sœurs, pensons aujourd’hui à ce que Paul condamne et que Jésus condamne: l’hypocrisie. Et n’ayons pas peur d’être véridiques, de dire la vérité, de sentir la vérité, de nous conformer à la vérité. Un hypocrite ne sait pas aimer.  Agir autrement que dans la vérité signifie mettre en danger l’unité au sein de l’Eglise, celle pour laquelle le Seigneur lui-même a prié.

 

 

 

4. La Loi de Moïse

Frères et sœurs, bonjour!

«Alors pourquoi la Loi ?» (Ga 3,19). Voilà l’interrogation que, en suivant saint Paul, nous voulons approfondir aujourd’hui, pour reconnaître la nouveauté de la vie chrétienne animée par l’Esprit Saint. Mais s’il y a l’Esprit Saint, s’il y a Jésus qui nous a rachetés, pourquoi la Loi? Aujourd’hui, nous devons réfléchir sur cela. L’Apôtre écrit: «Mais si l'Esprit vous anime, vous n'êtes pas sous la Loi» (Ga 5,18). En revanche, les détracteurs de Paul soutenaient que les Galates auraient dû suivre la Loi pour être sauvés. Ils revenaient en arrière. Ils étaient comme nostalgiques d’autres temps, des temps avant Jésus Christ. L’apôtre n’est pas du tout d’accord. Ce n’est pas dans ces termes qu’il s’était accordé avec les autres apôtres à Jérusalem. Il se rappelle bien des paroles de Pierre quand il soutenait: «Pourquoi donc maintenant tentez-vous Dieu en voulant imposer aux disciples un joug que ni nos pères ni nous-mêmes n'avons eu la force de porter?» (Ac 15,10). Les dispositions prises à la suite de ce «premier concile» - le premier concile œcuménique avait été celui de Jérusalem et les dispositions prises par ce concile étaient très claires, et disaient: «L'Esprit Saint et nous-mêmes avons décidé de ne pas vous imposer d'autres charges que celles-ci, qui sont indispensables: vous abstenir des viandes immolées aux idoles, du sang, des chairs étouffées et des unions illégitimes» (Ac 15, 28-29). Ce sont des choses qui touchaient le culte de Dieu, l’idolâtrie et qui touchaient également la façon de comprendre la vie de ce temps.

Quand Paul parle de la Loi, il fait normalement référence à la Loi mosaïque, à la Loi de Moïse, aux Dix commandements. Celle-ci était en relation avec l’Alliance que Dieu avait établie avec son peuple, un chemin pour préparer cette Alliance. Selon divers textes de l’Ancien Testament, la Torah – qui est le terme hébreu par lequel on indique la Loi – est le recueil de toutes ces prescriptions et normes que les israélites doivent observer, en vertu de l’Alliance avec Dieu. On peut trouver une synthèse efficace de ce qu’est la Torah dans ce texte du Deutéronome: «Car de nouveau Yahvé prendra plaisir à ton bonheur, comme il avait pris plaisir au bonheur de tes pères, si tu obéis à la voix de Yahvé ton Dieu en gardant ses commandements et ses décrets, inscrits dans le livre de cette Loi, si tu reviens à Yahvé ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme» (30, 9-10). L’observation de la Loi garantissait au peuple les bienfaits de l’Alliance et garantissait le lien particulier avec Dieu. Ce peuple, ces gens, ces personnes, sont liés à Dieu et font voir cette union avec Dieu dans l’accomplissement, dans l’observation de la Loi. En établissant l’Alliance avec Israël, Dieu lui avait offert la Torah, la Loi, pour qu’il puisse comprendre sa volonté et vivre dans la justice. Pensons qu’à cette époque il y avait besoin d’une telle Loi, cela a été un grand don que Dieu a fait à son peuple, pourquoi? Parce qu’à cette époque le paganisme était partout, l’idolâtrie était partout, ainsi que les conduites humaines qui dérivent de l’idolâtrie et c’est pourquoi le grand don de Dieu à son peuple est la Loi pour aller de l’avant. Plusieurs fois, en particulier dans les livres des prophètes, on voit que le manque d’observation des préceptes de la Loi constituait une véritable trahison de l’Alliance, provoquant la réaction de la colère de Dieu. Le lien entre l’Alliance et la Loi était tellement étroit que les deux réalités étaient inséparables. La Loi est l’expression qu’une personne, qu’un peuple a une alliance établie avec Dieu.

A la lumière de tout cela, il est facile de comprendre que les missionnaires qui s’étaient infiltrés parmi les Galates avaient beau jeu en soutenant que l’adhésion à l’Alliance comportait également l’observation de la Loi mosaïque, telle qu’elle était à cette époque. Toutefois, précisément sur ce point nous pouvons découvrir l’intelligence spirituelle de saint Paul et les grandes intuitions qu’il a exprimées, soutenu par la grâce reçue pour sa mission évangélisatrice.

L’apôtre explique aux Galates qu’en réalité, l’Alliance avec Dieu et la Loi mosaïque ne sont pas liées de manière indissoluble. Le premier élément sur lequel il s’appuie est que l’Alliance établie par Dieu avec Abraham était basée sur la foi dans l’accomplissement de la promesse et pas sur l’observation de la Loi, qui n’existait pas encore. Abraham commença à marcher des siècles avant la Loi. L’apôtre écrit: «Or voici ma pensée: un testament déjà établi par Dieu en bonne et due forme [avec Abraham], la Loi venue après quatre cent trente ans [avec Moïse] ne va pas l'infirmer, et ainsi rendre vaine la promesse. Car si on hérite en vertu de la Loi, ce n'est plus en vertu de la promesse: or c'est par une promesse que Dieu accorda sa faveur à Abraham» (Ga 3,17-18). La promesse existait avant la Loi et la promesse faite à Abraham, ensuite la Loi est venue, 430 ans plus tard. Le terme «promesse» est très important: le peuple de Dieu, nous chrétiens, nous marchons dans la vie en regardant une promesse; la promesse est précisément ce qui nous attire, qui nous attire pour aller de l’avant, à la rencontre du Seigneur.

Par ce raisonnement, Paul a atteint un premier objectif: la Loi n’est pas à la base de l’Alliance car elle arrivée successivement, elle était nécessaire et juste, mais auparavant, il y avait la promesse, l’Alliance.

Une argumentation comme celle-ci met hors-jeu ceux qui soutiennent que la Loi mosaïque est une partie constitutive de l’Alliance. Non, l’Alliance est précédente, c’est l’appel d’Abraham. En effet, la Torah, la Loi, n’est pas incluse dans la promesse faite à Abraham. Cela dit, il ne faut cependant pas penser que saint Paul était contraire à la Loi mosaïque. Non, il l’observait. Plusieurs fois, dans ses lettres, il en défend l’origine divine et soutient que celle-ci possède un rôle bien précis dans l’histoire du salut. Mais la Loi ne donne pas la vie, elle n’offre pas l’accomplissement de la promesse, car elle n’est pas dans la condition de pouvoir la réaliser. La Loi est un chemin qui te fait avancer vers la rencontre. Paul emploie un terme très important, la Loi est le «pédagogue» vers le Christ, le pédagogue vers la foi dans le Christ, c’est-à-dire le maître qui te conduit par la main à la rencontre. Celui qui cherche la vie a besoin de se tourner vers la promesse et sa réalisation dans le Christ.

Très chers amis, cette première explication de l’apôtre Paul aux Galates présente la nouveauté radicale de la vie chrétienne: tous ceux qui ont foi dans Jésus Christ sont appelés à vivre dans l’Esprit Saint, qui libère de la Loi et, dans le même temps, la conduit à son accomplissement selon le commandement de l’amour. Cela est très important, la Loi nous conduit à Jésus. Mais certains d’entre vous peuvent me dire: «Mais, père, dites-moi une chose: cela veut dire que si je récite le Credo, je ne dois pas observer les Commandements? Non, les commandements sont actuels dans le sens où ce sont des «pédagogues» qui te conduisent à la rencontre avec Jésus. Mais si tu laisses de côté la rencontre avec Jésus et que tu veux recommencer à donner plus d’importance aux commandements, cela ne va pas bien. C’était précisément le problème de ces missionnaires fondamentalistes qui se sont mêlés aux Galates pour les désorienter. Que le Seigneur nous aide à marcher sur le chemin des commandements, mais en regardant l’amour pour le Christ, vers la rencontre avec le Christ, en sachant que la rencontre avec Jésus est plus importante que tous les commandements.