Adorer Dieu ou des formules dogmatiques?

Les Actes des apôtres décrivent Saul comme « un idéologue », qui « absolutise son identité politique ou religieuse et réduit l’autre à un ennemi potentiel à combattre », a expliqué le pape François. Chez Saul, a-t-il commenté, « la religion s’était transformée en idéologie : idéologie religieuse, idéologie sociale, idéologie politique ».

Le pape François a médité sur le récit de la conversion de saint Paul, au chapitre 9 des Actes.

De même que « Saul », en persécutant les chrétiens, persécutait « le Seigneur », a fait observer le pape, « ceux qui sont des idéologues parce qu’ils veulent la “pureté”, entre guillemets, de l’Église, frappent aussi le Christ ».

Le pape a invité chacun à s’interroger : « comment est-ce que je vis ma vie de foi ? Vais-je à la rencontre des autres ou bien suis-je contre les autres ? Est-ce que j’appartiens à l’Église universelle (les bons et les mauvais, tout le monde) ou ai-je une idéologie sélective ? Est-ce que j’adore Dieu ou est-ce que j’adore les formules dogmatiques ? Comment est ma vie religieuse ? La foi en Dieu que je professe me rend-elle amicale ou hostile envers celui qui est différent de moi ? »

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

À partir de l’épisode de la lapidation d’Étienne, une figure apparaît qui, à côté de celle de Pierre, est la plus présente et la plus incisive dans les Actes des apôtres : celle d’ « un jeune homme appelé Saul » (Ac 7,58). Au début, il est décrit comme quelqu’un qui approuve la mort d’Étienne et qui veut détruire l’Église (cf. Ac 8,3) ; mais ensuite, il deviendra l’instrument choisi par Dieu pour annoncer l’Évangile aux nations (cf. Ac 9,15 ; 22,21 ; 26,17).

Avec l’autorisation du grand prêtre, Saul pourchasse les chrétiens et les capture. Vous, qui venez de certains pays qui ont été persécutés par les dictatures, vous comprenez bien ce que signifie pourchasser les gens et les capturer. C’est ce que faisait Saul. Et il fait cela en pensant servir la Loi du Seigneur. Luc dit que Saul « était toujours animé d’une rage meurtrière contre les disciples du Seigneur » (Ac 9,1) : il y a en lui un souffle qui a un goût de mort, pas de vie.

Le jeune Saul est décrit comme un intransigeant, c’est-à-dire quelqu’un qui manifeste de l’intolérance envers ceux qui pensent différemment de lui, il « absolutise » son identité politique ou religieuse et réduit l’autre à un ennemi potentiel à combattre. Un idéologue. Chez Saul, la religion s’était transformée en idéologie : idéologie religieuse, idéologie sociale, idéologie politique. C’est seulement après qu’il a été transformé par le Christ qu’il enseignera que la véritable bataille n’est pas « contre des êtres de sang et de chair, mais contre contre les Dominateurs de ce monde de ténèbres […], les esprits du mal » (Ép 6,12). Il enseignera qu’il ne faut pas combattre les personnes, mais le mal qui inspire leurs actions.

L’état de rage – parce que Saul était enragé – et conflictuel de Saul invite chacun à s’interroger : comment est-ce que je vis ma vie de foi ? Vais-je à la rencontre des autres ou bien suis-je contre les autres ? Est-ce que j’appartiens à l’Église universelle (les bons et les mauvais, tout le monde) ou ai-je une idéologie sélective ? Est-ce que j’adore Dieu ou est-ce que j’adore les formules dogmatiques ? Comment est ma vie religieuse ? La foi en Dieu que je professe me rend-elle amicale ou hostile envers celui qui est différent de moi ?

Luc raconte que, pendant que Saul est tout absorbé à éradiquer la communauté chrétienne, le Seigneur est sur ses traces pour toucher son coeur et le convertir à lui. C’est la méthode du Seigneur : il touche le coeur. Le Ressuscité prend l’initiative et se manifeste à Saul sur le chemin de Damas, un événement qui est raconté trois fois dans le livre des Actes (cf. Ac 9,3-19 ; 22,3-21 ; 26,4-23).

À travers le binôme « lumière » et « voix », typique des théophanies, le Ressuscité apparaît à Saul et lui demande des comptes sur sa fureur fratricide : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » (Ac 9,4). Ici, le Ressuscité manifeste qu’il ne fait qu’un avec ceux qui croient en lui : frapper un membre de l’Église, c’est frapper le Christ lui-même ! Ceux qui sont des idéologues parce qu’ils veulent la « pureté », entre guillemets, de l’Église, frappent aussi le Christ.

La voix de Jésus dit à Saul : « Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire » (Ac 9,6). Mais une fois debout, Saul ne voit plus rien, il est devenu aveugle, et de l’homme fort, influent et indépendant qu’il était, il se trouve faible, démuni et dépendant des autres, parce qu’il ne voit pas. La lumière du Christ l’a ébloui et rendu aveugle : « Apparaît ainsi à l’extérieur ce qui était sa réalité intérieure, son aveuglement à l’égard de la vérité, de la lumière qu’est le Christ » (Benoît XVI, Audience générale, 3 septembre 2008).

De ce « corps à corps » entre Saul et le Ressuscité, commence une transformation qui montre la « pâque personnelle » de Saul, son passage de la mort à la vie : ce qui auparavant était sa gloire devient « des ordures » à rejeter pour acquérir le véritable avantage qu’est le Christ et la vie en lui (cf. Ph 3,7-8).

Paul reçoit le baptême. Le baptême marque ainsi pour Saul, comme pour chacun de nous, le début d’une vie nouvelle et il est accompagné par un regard nouveau sur Dieu, sur soi et sur les autres qui, d’ennemis qu’ils étaient deviennent désormais des frères dans le Christ.

Demandons au Père de nous faire expérimenter à nous aussi, comme à Saul, l’impact avec son amour qui, seul, peut faire d’un coeur de pierre un coeur de chair (cf. Éz 11,15), capable d’accueillir en lui-même « les dispositions qui sont dans le Christ Jésus » (Ph 2,5).

 

 

 

L’humilité, une clé pour comprendre la Parole de Dieu

 « L’Esprit Saint est le protagoniste de l’évangélisation », a rappelé le pape François au deuxième jour du Mois missionnaire extraordinaire.

Poursuivant ses catéchèses hebdomadaires sur les Actes des apôtres, le pape François a commenté le chapitre 8 dans lequel l’apôtre Philippe, poussé par l’Esprit, part sur une route déserte où il rencontre un haut fonctionnaire de la reine d’Éthiopie qu’il évangélise en lui expliquant le sens de la Parole de Dieu.

À  celui qui pense qu’évangéliser, c’est chercher « à convaincre les gens que Jésus est Dieu », le pape répond avec un certain humour : « Mon cher, ce n’est pas cela l’évangélisation, s’il n’y a pas l’Esprit Saint, il n’y a pas d’évangélisation. Cela peut être du prosélytisme, de la publicité… Mais l’évangélisation, c’est te faire guider par l’Esprit Saint, que ce soit lui qui te pousse à l’annonce, à l’annonce par le témoignage, y compris par le martyre, y compris par la parole ».

Le pape a aussi rendu hommage à l’humilité de l’Éthiopien : « Cet homme puissant reconnaît qu’il a besoin d’être guidé pour comprendre la Parole de Dieu. C’était un grand banquier, c’était le ministre de l’économie, il avait tout le pouvoir de l’argent, mais il savait que, sans explication, il ne pouvait pas comprendre ; il était humble ».

 

Chers frères et soeurs,

Après le martyre d’Étienne, la « course » de la Parole de Dieu semble subir un coup d’arrêt, à cause du déchaînement d’ « une violente persécution contre l’Église de Jérusalem » (Ac 8,1). Pour cette raison, les apôtres restent à Jérusalem, tandis que de nombreux chrétiens se dispersent dans d’autres lieux de la Judée et en Samarie.

Dans le livre des Actes, la persécution apparaît comme l’état permanent de la vie des disciples, selon ce qu’avait dit Jésus : « Si l’on m’a persécuté, on vous persécutera, vous aussi » (Jn 15,20). Mais, au lieu d’éteindre le feu de l’évangélisation, la persécution l’alimente encore plus.

Nous avons entendu ce que fit le diacre Philippe qui commence à évangéliser les villes de Samarie et nombreux sont les signes de libération et de guérison qui accompagnent l’annonce de la Parole. À ce moment-là, l’Esprit Saint signe une nouvelle étape du voyage de l’Évangile : il pousse Philippe à aller à la rencontre d’un étranger au coeur ouvert à Dieu. Philippe se lève et part dans le même élan. Sur une route déserte et dangereuse, il rencontre un haut fonctionnaire de la reine d’Éthiopie, administrateur des trésors de celle-ci. Cet homme, un eunuque, après s’être rendu à Jérusalem pour le culte, rentre dans son pays. C’était un prosélyte juif d’Éthiopie. Assis sur son char, il lit le rouleau du prophète Isaïe, en particulier le quatrième chant du « serviteur du Seigneur ».

Philippe s’approche du char et lui demande : « Comprends-tu ce que tu lis ? » (Ac 8,30). L’Éthiopien répond : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » (Ac 8,31). Cet homme puissant reconnaît qu’il a besoin d’être guidé pour comprendre la Parole de Dieu. C’était un grand banquier, c’était le ministre de l’économie, il avait tout le pouvoir de l’argent, mais il savait que, sans explication, il ne pouvait pas comprendre ; il était humble.

Et ce dialogue entre Philippe et l’Éthiopien fait aussi réfléchir sur le fait qu’il ne suffit pas de lire l’Écriture, il faut en comprendre le sens, trouver la substance en allant au-delà de l’ « écorce », puiser à l’Esprit Saint qui anime la lettre. Comme l’a dit le pape Benoît au début du Synode sur la Parole de Dieu, « l’exégèse, la véritable lecture de la Sainte Écriture, n’est pas seulement un phénomène littéraire, […]. C’est le mouvement de mon existence » (Méditation, 6 octobre 2008). Entrer dans la Parole de Dieu, c’est être disposé à sortir de ses propres limites pour rencontrer et se conformer au Christ qui est la Parole vivante du Père.

Qui est donc le protagoniste de ce que lisait l’Éthiopien ? Philippe offre à son interlocuteur la clé de lecture : ce doux serviteur souffrant, qui ne réagit pas au mal par le mal et qui, bien qu’il soit considéré comme ayant échoué, stérile et finalement supprimé, libère le peuple de l’iniquité et porte du fruit pour Dieu, c’est précisément ce Christ qu’annoncent Philippe et toute l’Église ; qui nous a tous rachetés par sa Pâque. Finalement l’Éthiopien reconnaît le Christ et demande le baptême, et il professe sa foi dans le Seigneur Jésus. Ce récit est beau, mais qui a poussé Philippe à aller dans le désert pour rencontrer cet homme ? Qui a poussé Philippe à s’approcher du char ? C’est l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est le protagoniste de l’évangélisation. « Père, je vais évangéliser. – Oui, que fais-tu ? – Ah, j’annonce l’Évangile et je dis qui est Jésus, je cherche à convaincre les gens que Jésus est Dieu ». Mon cher, ce n’est pas cela l’évangélisation, s’il n’y a pas l’Esprit Saint, il n’y a pas d’évangélisation. Cela peut être du prosélytisme, de la publicité… Mais l’évangélisation, c’est te faire guider par l’Esprit Saint, que ce soit lui qui te pousse à l’annonce, à l’annonce par le témoignage, y compris par le martyre, y compris par la parole.

Après avoir fait rencontrer l’Éthiopien avec le Ressuscité – l’Éthiopien rencontre Jésus ressuscité parce qu’il comprend cette prophétie – Philippe disparaît, l’Esprit le prend et l’envoie faire autre chose. J’ai dit que le protagoniste de l’évangélisation est l’Esprit saint et quel est le signe que toi, chrétienne, chrétien, tu es un évangélisateur ? La joie. Y compris dans le martyre. Et Philippe, plein de joie, est allé prêcher l’Évangile ailleurs.

 

Que l’Esprit fasse des baptisés des hommes et des femmes qui annoncent l’Évangile pour attirer les autres non pas à soi mais au Christ, qu’ils sachent faire place à l’action de Dieu, qu’ils sachent rendre les autres libres et responsables devant le Seigneur.

Reconnaître l’arbre à ses fruits

 « Comment exercer l’art du discernement face à des situations qui dépassent les schémas habituels » : le pape François aime rappeler que le discernement est un art et qu’il s’apprend. Dans son commentaire du chapitre 5 des Actes des apôtres (vv. 34-35 et 38-39), il donne en exemple le docteur de la Loi Gamaliel, qui intervient dans le Sanhédrin pour sauver les apôtres de la condamnation à mort.

Gamaliel, a expliqué le pape, « montre que tout projet humain peut d’abord trouver des appuis et faire naufrage ensuite, tandis que tout ce qui vient d’en-haut et qui porte la “signature” de Dieu est destiné à durer ». Ses « paroles posées et prévoyantes » « permettent de voir l’événement chrétien dans une lumière nouvelle » et elles « offrent des critères qui “ont un goût d’Évangile”, parce qu’ils invitent à reconnaître l’arbre à ses fruits ».

« Demandons à l’Esprit Saint, a conclu le pape, d’agir en nous pour que, personnellement et communautairement, nous puissions acquérir l’ ‘habitus’ du discernement. Demandons-lui la grâce de savoir toujours voir l’unité de l’histoire du salut à travers les signes du passage de Dieu dans notre temps et sur les visages de ceux qui sont à côté de nous. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons la catéchèse sur les Actes des apôtres. Devant l’interdiction des juifs d’enseigner au nom du Christ, Pierre et les apôtres répondent courageusement qu’ils ne peuvent pas obéir à ceux qui veulent mettre fin au voyage de l’Évangile dans le monde.

Les Douze montrent ainsi qu’ils possèdent cette « obéissance de la foi » qu’ils voudront par la suite susciter en tous les hommes (cf. Rm 1,5). À partir de la Pentecôte, en effet, ce ne sont plus des hommes « seuls ». Ils font l’expérience de cette synergie particulière qui les fait se décentrer d’eux-mêmes et leur fait dire : « nous… avec l’Esprit-Saint » (Ac 5,32) ou « l’Esprit Saint et nous-mêmes » (Ac 15,28). Ils sentent qu’ils ne peuvent pas dire « je » tout seul, ce sont des hommes décentrés d’eux-mêmes. Forts de cette alliance, les apôtres ne se laissent intimider par personne. Ils avaient un courage impressionnant ! Nous pensons qu’ils étaient lâches : ils se sont tous enfuis, ils se sont enfuis quand Jésus a été arrêté. Mais, de lâches ils sont devenus tellement courageux. Pourquoi ? Parce que l’Esprit Saint était avec eux. C’est ce qui nous arrive aussi : si nous avons en nous l’Esprit saint, nous aurons le courage d’aller de l’avant, le courage de gagner de nombreux combats, non pas par nous-mêmes mais par l’Esprit Saint qui est avec nous. Ils ne font pas marche arrière, en témoins intrépides de Jésus ressuscité, comme les martyrs de tous les temps, y compris les nôtres. Les martyrs donnent leur vie, ils ne cachent pas le fait qu’ils sont chrétiens. Pensons, il y a quelques années – aujourd’hui aussi, il y en a tellement – mais pensons à il y a quatre ans, ces coptes orthodoxes chrétiens, de vrais travailleurs, sur la plage de la Libye : ils ont tous été égorgés. Mais le dernier mot qu’ils prononçaient était « Jésus, Jésus ». Ils n’avaient pas vendu leur foi, parce que l’Esprit Saint était avec eux. Ce sont les martyrs d’aujourd’hui !

Les apôtres sont les « mégaphones » de l’Esprit Saint, envoyés par le Ressuscité pour annoncer promptement et sans hésitation la Parole qui donne le salut.

Et vraiment, cette détermination fait trembler le « système religieux » juif qui se sent menacé et répond violemment et par des condamnations à mort. La persécution des chrétiens est toujours la même : les personnes qui ne veulent pas le christianisme se sentent menacées et ainsi, elles donnent la mort aux chrétiens. Mais, au milieu du Sanhédrin, s’élève la voix différente d’un pharisien qui choisit de réfréner la réaction des siens : il s’appelait Gamaliel, un homme prudent, « docteur de la loi, honoré par tout le peuple ». À son école, saint Paul a appris à observer « la Loi de nos pères » (Ac 22,3). Gamaliel prend la parole et montre à ses frères comment exercer l’art du discernement face à des situations qui dépassent les schémas habituels.

En nommant certains personnages qui s’étaient fait passer pour le Messie, il montre que tout projet humain peut d’abord trouver des appuis et faire naufrage ensuite, tandis que tout ce qui vient d’en-haut et qui porte la « signature » de Dieu est destiné à durer. Les projets humains échouent toujours ; ils ont un temps, comme nous. Pensez à tous les projets politiques, et combien ils changent d’un côté ou de l’autre, dans tous les pays. Pensez aux grands empires, pensez aux dictatures du siècle dernier : ils se sentaient très puissants, ils pensaient dominer le monde. Et puis, tout s’est écroulé. Pensez encore aujourd’hui, aux empires d’aujourd’hui : ils s’écrouleront, si Dieu n’est pas avec eux, parce que la force que les hommes ont en eux-mêmes ne dure pas. Seule la force de Dieu dure. Pensons à l’histoire des chrétiens, et aussi à l’histoire de l’Église, avec tant de péchés, tant de scandales, avec tant de choses tristes pendant ces deux millénaires. Et pourquoi ne s’est-elle pas écroulée ? Parce que Dieu est là. Nous sommes pécheurs, et bien souvent aussi nous sommes cause de scandale. Mais Dieu est avec nous. Et Dieu nous sauve en premier, et eux ensuite ; mais le Seigneur sauve toujours. La force est « Dieu avec nous ». En nommant certains personnages qui s’étaient pris pour le Messie, Gamaliel montre que tout projet humain peut d’abord trouver des appuis et ensuite faire naufrage. C’est pourquoi Gamaliel conclut que, si les disciples de Jésus de Nazareth ont cru à un imposteur, ils sont destinés à disparaître dans le néant ; si au contraire ils suivent quelqu’un qui vient de Dieu, mieux vaut renoncer à les combattre ; et il avertit : « Ne risquez donc pas de vous trouver en guerre contre Dieu ! » (Ac 5,39). Il nous enseigne à faire ce discernement.

Ce sont des paroles posées et prévoyantes, qui permettent de voir l’événement chrétien dans une lumière nouvelle et qui offrent des critères qui « ont un goût d’Évangile », parce qu’ils invitent à reconnaître l’arbre à ses fruits (cf. Mt 7,16). Elles touchent les coeurs et obtiennent l’effet désiré : les autres membres du Sanhédrin suivent son avis et renoncent à leur intentions de mort, c’est-à-dire à tuer les apôtres.

Demandons à l’Esprit Saint d’agir en nous pour que, personnellement et communautairement, nous puissions acquérir l’ ‘habitus’ du discernement. Demandons-lui la grâce de savoir toujours voir l’unité de l’histoire du salut à travers les signes du passage de Dieu dans notre temps et sur les visages de ceux qui sont à côté de nous, pour que nous apprenions que le temps et les visages humains sont des messagers du Dieu vivant.

 

 

 

Le diacre n’est pas « un prêtre en second », il est « autre chose », il est le gardien du « service dans l’Eglise, explique le pape François.

Le pape François a commenté la vocation et la mort par lapidation du diacre Étienne (chapitres 6 et 7).

Le pape a saisi l’occasion pour rappeler quelle est la mission du diacre dans l’Église : il « n’est pas un prêtre « en second », il est autre chose ; il n’est pas pour l’autel, mais pour le service. Il est le gardien du service dans l’Église ». « Quand un diacre aime trop aller à l’autel, a-t-il poursuivi, il se trompe. Ce n’est pas sa voie. Cette harmonie entre le service de la Parole et le service de la charité représente le levain qui fait grandir le corps ecclésial ».

Lorsque le diacre Étienne est lapidé à mort par ses adversaires, il manifeste « la véritable “étoffe” du disciple du Christ », déclare le pape François.

Pour le pape, les dernières paroles de saint Etienne « Seigneur, reçois mon esprit » et « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » enseignent que « ce ne sont pas les beaux discours qui révèlent notre identité d’enfants de Dieu, mais que seuls l’abandon de notre vie dans les mains du Père et le pardon donné à ceux qui nous offensent nous font voir la qualité de notre foi ».

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

À travers le livre des Actes des apôtres, nous continuons de voyager : le voyage de l’Évangile dans le monde. Saint Luc montre avec un grand réalisme la fécondité de ce voyage ainsi que le surgissement de certains problèmes au sein de la communauté chrétienne. Depuis le début, il y a toujours des problèmes. Comment harmoniser les différences qui cohabitent en son sein sans créer de disputes et de désaccords ?

La communauté n’accueillait pas seulement les juifs, mais aussi les Grecs, c’est-à-dire des personnes provenant de la diaspora, non juives, avec une culture et une sensibilité propres et avec une autre religion. Aujourd’hui, nous disons les « païens ». Et ils étaient accueillis. Cette coexistence détermine des équilibres fragiles et précaires ; devant les difficultés, pointe la « zizanie » et quelle est la pire zizanie qui détruit une communauté ? La zizanie du murmure, la zizanie des cancans : les Grecs murmurent contre le manque d’attention de la communauté envers leurs veuves.

Les apôtres lancent un processus de discernement qui consiste à bien considérer les difficultés et à chercher ensemble des solutions. Ils trouvent une issue en partageant les différentes tâches pour permettre une croissance sereine du corps ecclésial tout entier et pour éviter de négliger la « course » de l’Évangile comme le soin des membres les plus pauvres.

Les apôtres sont de plus en plus conscients que leur vocation principale est la prière et la prédication de la Parole de Dieu : prier et annoncer l’Évangile ; et ils résolvent la question en instituant un noyau de « sept (…) hommes qui soient estimés de tous, remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (Ac 6,3) qui, après avoir reçu l’imposition des mains, s’occuperont du service des repas. Il s’agit des diacres qui sont créés pour cela, pour le service. Le diacre, dans l’Église, n’est pas un prêtre en second, il est autre chose ; il n’est pas pour l’autel, mais pour le service. Il est le gardien du service dans l’Église. Quand un diacre aime trop aller à l’autel, il se trompe. Ce n’est pas sa voie. Cette harmonie entre le service de la Parole et le service de la charité représente le levain qui fait grandir le corps ecclésial.

Et les apôtres créent sept diacres, et parmi les sept « diacres », Étienne et Philippe se distinguent particulièrement. Étienne évangélise avec force et parrhésie (du grec parrhèsia, audace, liberté de parole, ndlr) mais sa parole rencontre les résistances les plus obstinées. Ne trouvant pas d’autre manière pour le faire cesser, que font ses adversaires ? Ils choisissent la solution la plus mesquine pour annihiler un être humain : c’est-à-dire la calomnie et le faux témoignage. Et nous savons que la calomnie tue toujours. Ce « cancer diabolique », qui nait de la volonté de détruire la réputation d’une personne, agresse aussi le reste du corps ecclésial et lui nuit gravement quand, pour des intérêts mesquins ou pour couvrir ses propres manquements, on se ligue pour salir quelqu’un.

Conduit au sanhédrin et accusé par de faux témoins – on avait fait la même chose avec Jésus et on fera la même chose avec tous les martyrs à travers de faux témoins et des calomnies – Étienne proclame une relecture de l’histoire sacrée centrée sur le Christ, pour se défendre. La Pâque de Jésus mort et ressuscité est la clé de toute l’histoire de l’alliance. Devant cette surabondance du don divin, Étienne dénonce courageusement l’hypocrisie avec laquelle les prophètes et le Christ lui-même ont été traités. Et il leur rappelle l’histoire en disant : « Y a-t-il un prophète que vos pères n’aient pas persécuté ? Ils ont même tué ceux qui annonçaient d’avance la venue du Juste, celui-là que maintenant vous venez de livrer et d’assassiner. » (Ac 7,52). Il ne parle pas à demi-mot, il parle clairement, il dit la vérité.

Cela provoque la réaction violente de ses auditeurs et Étienne est condamné à mort, condamné à la lapidation. Mais il manifeste la véritable « étoffe » du disciple du Christ. Il ne cherche pas d’échappatoire, n’en appelle pas à des personnalités qui peuvent le sauver mais remet sa vie entre les mains du Seigneur. La prière d’Étienne est très belle, à ce moment-là : « Seigneur Jésus, reçois mon esprit » (Ac 7,59) et il meurt en enfant de Dieu, en pardonnant : « Seigneur, ne leur compte pas ce péché » (Ac 7,60).

Ces paroles d’Étienne nous enseignent que ce ne sont pas les beaux discours qui révèlent notre identité d’enfants de Dieu, mais que seuls l’abandon de notre vie dans les mains du Père et le pardon donné à ceux qui nous offensent nous font voir la qualité de notre foi.

Aujourd’hui, il y a plus de martyrs qu’au début de la vie de l’Église, et les martyrs sont partout. L’Église d’aujourd’hui est riche de martyrs, elle est irriguée par leur sang qui est « semence de nouveaux chrétiens » (Tertullien, Apologétique, 50, 13) et qui assure la croissance et la fécondité du peuple de Dieu. Les martyrs ne sont pas des « images pieuses » mais des hommes et des femmes en chair et en os qui, comme le dit l’Apocalypse, « ont lavé leur robe, (…) les ont blanchies par le sang de l’Agneau » (7,14). Ce sont les vrais vainqueurs.

Demandons nous aussi au Seigneur qu’en regardant les martyrs d’hier et d’aujourd’hui, nous puissions apprendre à vivre une vie pleine, accueillant le martyre de la fidélité quotidienne à l’Évangile et de la conformation au Christ.

 

 

 

Et reconnaître Jésus dans les malades

 « Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » : cette réponse de Pierre et des apôtres à ceux qui voulaient les faire taire est la « clé de la vie chrétienne », « la grande réponse chrétienne », enseigne le pape François. Cela signifie, précise-t-il, « écouter Dieu sans réserve, sans report, sans calcul ; adhérer à lui pour devenir capable de faire alliance avec lui et avec ceux que nous croisons sur notre chemin ». Cela suppose aussi « la force » de l’Esprit Saint pour « ne pas nous laisser effrayer par ceux qui nous ordonnent de nous taire, qui nous calomnient ou qui attentent carrément à notre vie ».

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur les Actes des apôtres.  Il a commenté le chapitre 5 qui décrit la ferveur de la première communauté chrétienne de Jérusalem et les guérisons accomplies par les apôtres.

« À leurs yeux, comme aux yeux des chrétiens de tous les temps », a souligné le pape, « les malades sont les destinataires privilégiés de la joyeuse annonce du Royaume », ils sont « des privilégiés pour l’Église, pour le coeur sacerdotal, pour tous les fidèles ». Pourquoi ce privilège ? Parce que, a encore expliqué le pape, « dans les plaies des malades, dans les maladies qui empêchent d’aller de l’avant dans la vie, il y a toujours la présence de Jésus, la plaie de Jésus ». Et d’ajouter : « Il y a Jésus qui appelle chacun de nous à prendre soin d’eux, à les soutenir, à les guérir ».

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

La communauté ecclésiale décrite dans le livre des Actes des apôtres vit de toute la richesse que le Seigneur met à sa disposition – le Seigneur est généreux ! –, elle grandit en nombre et connaît une grande ferveur, malgré les attaques extérieures. Pour nous montrer cette vitalité, Luc, dans le livre des Actes des apôtres, indique aussi des lieux significatifs, par exemple le portique de Salomon (cf. Ac 5, 12), point de rencontre pour les croyants. Le portique (stoà) est une galerie ouverte qui sert d’abri mais aussi de lieu de rencontre et de témoignage. En effet, Luc insiste sur les signes et les prodiges qui accompagnent la parole des apôtres ainsi que sur le soin particulier qu’ils accordaient aux malades.

Au chapitre 5 des Actes, l’Église naissante apparaît comme une « hôpital de campagne » qui accueille les personnes les plus faibles, c’est-à-dire les malades. Leur souffrance attire les apôtres, qui ne possèdent « ni argent ni or » (Ac 3, 6) – c’est ce que dit Pierre au boiteux – mais leur force est dans le nom de Jésus. À leurs yeux, comme aux yeux des chrétiens de tous les temps, les malades sont les destinataires privilégiés de la joyeuse annonce du Royaume, ce sont des frères en qui le Christ est particulièrement présent pour se laisser chercher et trouver par chacun de nous (cf. Mt 25, 36-40). Les malades sont des privilégiés pour l’Église, pour le coeur sacerdotal, pour tous les fidèles. Il ne faut pas les écarter, au contraire, il faut les soigner, prendre soin d’eux : ils font l’objet de la préoccupation chrétienne.

Parmi les apôtres émerge Pierre, qui a la prééminence dans le groupe apostolique en raison de la primauté (cf. Mt 16, 18) et de la mission reçues du Ressuscité (cf. Jn 21, 15-17). C’est lui qui initie la prédication du kérygme le jour de la Pentecôte (cf. Ac 2, 14-41) et qui portera la responsabilité de diriger le concile de Jérusalem (cf. Ac 15 et Ga 2, 1-10).

Pierre s’approche des brancards et passe parmi les malades, comme l’avait fait Jésus, prenant sur lui les infirmités et les maladies (cf. Mt 8, 17 ; Is 53, 4). Et Pierre, le pêcheur de Galilée, passe, mais il laisse un Autre se manifester : il laisse le Christ vivant et agissant ! En effet, le témoin est celui qui manifeste le Christ, par ses paroles et par sa présence physique, qui lui permet d’entrer en relation et d’être le prolongement du Verbe fait chair dans l’histoire. Pierre est celui qui accomplit les oeuvres de son Maître (cf. Jn 14, 12) ; si on le regarde avec foi, on voit le Christ lui-même.

Rempli de l’Esprit de son Seigneur, Pierre passe et, sans qu’il ne fasse rien, son ombre devient une « caresse » qui guérit, qui communique la santé, c’est l’effusion de la tendresse du Ressuscité qui se penche sur les malades et rend la vie, le salut et la dignité. Ainsi Dieu manifeste sa proximité et fait des plaies de ses enfants « le lieu théologique de sa tendresse » (Méditation du matin, Sainte-Marthe, 14.12.2017). Dans les plaies des malades, dans les maladies qui empêchent d’aller de l’avant dans la vie, il y a toujours la présence de Jésus, la plaie de Jésus. Il y a Jésus qui appelle chacun de nous à prendre soin d’eux, à les soutenir, à les guérir. L’action guérissante de Pierre suscite la haine et l’envie des Saducéens qui emprisonnent les apôtres et, bouleversés par leur mystérieuse libération, leur interdisent d’enseigner. Ces gens voient les miracles que font les apôtres, non par magie mais au nom de Jésus ; mais ils ne veulent pas le reconnaître et ils les jettent en prison et les font fouetter. Ensuite ils sont miraculeusement libérés, mais le coeur des Saducéens était si dur qu’ils ne voulaient pas croire à ce qu’ils voyaient. Alors Pierre répond en donnant une clé de la vie chrétienne : « Obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29) parce que les Saducéens disent : « Vous ne devez pas continuer, vous ne devez pas guérir les gens » – « J’obéis à Dieu avant d’obéir aux hommes » : c’est la grande réponse chrétienne. Cela signifie écouter Dieu sans réserve, sans report, sans calcul ; adhérer à lui pour devenir capable de faire alliance avec lui et avec ceux que nous croisons sur notre chemin.

Demandons nous aussi à l’Esprit Saint la force de ne pas nous laisser effrayer par ceux qui nous ordonnent de nous taire, qui nous calomnient ou qui attentent carrément à notre vie. Demandons-lui de nous fortifier intérieurement pour que nous soyons certains de la présence pleine d’amour et consolatrice du Seigneur à nos côtés.