« Tu honoreras ton père et ta mère »

 « En vue de quelle œuvre Dieu m’a-t-il façonné à travers mon histoire ? » C’est la question que le pape François a invité à se poser. A ceux qui ont eu une histoire difficile, le pape recommande de se demander : « Comment mon expérience, même triste et douloureuse, à la lumière de l’amour, devient-elle pour les autres… source de sagesse ? »

Le pape a poursuivi ses catéchèses sur les Dix commandements, en méditant sur le commandement « Honore ton père et ta mère ». Cette phrase, a-t-il expliqué, « n’exige pas que les pères et les mères soient parfaits » mais dit « quelque chose d’extraordinaire et de libérant : même si tous les parents ne sont pas bons et toutes les enfances ne sont pas sereines, tous les enfants peuvent être heureux, parce que la réalisation d’une vie pleine et heureuse dépend de la juste reconnaissance envers ceux qui nous ont mis au monde ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le voyage à l’intérieur des Dix Commandements, nous arrivons aujourd’hui au commandement sur le père et la mère. On parle de l’honneur dû aux parents. Qu’est-ce que cet « honneur » ? Le terme hébreu indique la gloire, la valeur, littéralement « le poids », la consistance d’une réalité. Il n’est pas question de formes extérieures mais de vérité. Honorer Dieu, dans les Ecritures, veut dire reconnaître sa réalité, régler ses comptes avec sa présence ; cela s’exprime aussi par des rites, mais en impliquant surtout de donner à Dieu sa juste place dans l’existence. Honorer son père et sa mère veut dire reconnaître leur importance avec des actes concrets, qui expriment dévouement, affection et attention. Mais il ne s’agit pas seulement de cela.

Le quatrième commandement a sa caractéristique : c’est le commandement qui contient une issue. Il dit en effet : « Honore ton père et ta mère, comme te l’a ordonné le Seigneur ton Dieu, afin d’avoir longue vie et bonheur sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. » (Dt 5,16). Honorer ses parents conduit à une longue vie heureuse. Dans la Décalogue, le mot « bonheur » apparaît seulement lié à la relation avec les parents.

Cette sagesse pluri-millénaire parle de ce que les sciences ont pu élaborer seulement depuis un peu plus d’un siècle : que l’empreinte de l’enfance marque toute la vie. Il peut être souvent facile de comprendre si quelqu’un a grandi dans un environnement sain et équilibré, et de même de percevoir si une personne vient d’expériences d’abandon ou de violence. Notre enfance est un peu comme une encre indélébile, elle s’exprime dans les goûts, dans les façons d’être, même si certains tentent de cacher les blessures de leurs origines.

Mais le quatrième commandement dit encore plus. Il ne parle pas de la bonté des parents, il n’exige pas que les pères et les mères soient parfaits. Il parle d’un acte des fils, abstraction faite des mérites des parents, et il dit quelque chose d’extraordinaire et de libérant : même si tous les parents ne sont pas bons et toutes les enfances ne sont pas sereines, tous les enfants peuvent être heureux, parce que la réalisation d’une vie pleine et heureuse dépend de la juste reconnaissance envers ceux qui nous ont mis au monde.

Comme cette Parole peut être constructive pour tant de jeunes qui proviennent d’histoires de souffrance et pour tous ceux qui ont souffert dans leur jeunesse. Beaucoup de saints – et de très nombreux chrétiens – après une enfance douloureuse, ont vécu une vie lumineuse, parce que, grâce à Jésus Christ, ils se sont réconciliés avec la vie. Pensons à ce jeune aujourd’hui bienheureux, et saint le mois prochain, Sulprizio, qui à 19 ans a terminé sa vie réconcilié avec tant de souffrances, avec tant de choses, parce que son cœur était serein et qu’il n’avait jamais renié ses parents. Pensons à saint Camille de Lellis, qui d’une enfance désordonnée a construit une vie d’amour et de service ; à sainte Joséphine Bakhita, qui a grandi dans un horrible esclavage ; ou au bienheureux Carlo Gnocchi, orphelin et pauvre ; et même à saint Jean-Paul II, marqué par la perte de sa mère dans ses plus tendres années.

L’homme, quelle que soit son histoire, reçoit de ce commandement l’orientation qui conduit au Christ ; en Lui, en effet, se manifeste le vrai Père, qui nous offre de « renaître d’en-haut » (cf. Jn 3,3-8). Les énigmes de nos vies s’éclairent quand l’on découvre que Dieu nous a préparé depuis toujours à la vie de ses enfants, où tout acte est une mission reçue de Lui.

Nos blessures commencent à être des potentialités quand, par grâce, nous découvrons que la véritable énigme n’est plus « pourquoi » mais « pour qui ? », pour qui cela m’est arrivé. En vue de quelle oeuvre Dieu m’a-t-il façonné à travers mon histoire ? Là tout se renverse, tout devient précieux, tout devient constructif. Comment mon expérience, même triste et douloureuse, à la lumière de l’amour, devient-elle pour les autres, pour qui, source de sagesse ? Alors nous pouvons commencer à honorer nos parents avec la liberté des enfants adultes et avec l’accueil miséricordieux de leurs limites.

Honorer les parents : ils nous ont donné la vie ! Si tu t’es éloigné de tes parents, fais un effort et retourne, retourne auprès d’eux ; peut-être sont-ils vieux… Ils t’ont donné la vie. Et puis, entre nous il  a l’habitude de dire de mauvaises choses, même des jurons… s’il vous plaît, n’insultez jamais, jamais, jamais les parents d’autrui. Jamais ! N’insultez jamais leur maman, n’insultez jamais leur papa. Jamais ! Jamais ! Prenez cette décision intérieure : à partir d’aujourd’hui je n’insulterai jamais la maman ou le papa de quelqu’un. Ils lui ont donné la vie ! Ils ne doivent pas être insultés.

Cette vie merveilleuse nous est offerte, pas imposée : renaître en Christ est une grâce à accueillir librement (cf. Jn 1,11-13), et c’est le trésor de notre Baptême, dans lequel, par oeuvre de l’Esprit-Saint, nous n’avons qu’un seul Père, celui du ciel (cf. Mt 23,9; 1 Cor8,6; Eph 4,6). Merci !

 

 

 

« L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme »

 « Faire ce que l’on désire ne suffit pas pour être vraiment libres, et encore moins heureux. La vraie liberté est beaucoup plus », a insisté le pape François : la vraie liberté est « l’amour vrai » qui « détache des possessions… reconstruit les relations… sait accueillir et valoriser le prochain… transforme toute fatigue en don joyeux et rend capable de communion ».

Le pape a poursuivi ses catéchèses su les Dix Commandements, en revenant, comme la semaine précédente, sur le repos dominical qui « commémore la fin de l’esclavage ». Il a pointé du doigt « un esclavage qui enchaîne plus qu’une prison, plus qu’une crise de panique, plus qu’une imposition de n’importe quel genre : c’est l’esclavage de son ego ».

« L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme où qu’il soit et qui lui inflige l’oppression la plus profonde, celle qui s’appelle “péché”, qui n’est pas la banale violation d’un code, mais un échec de l’existence et une condition d’esclavage », a souligné le pape. Ainsi « le véritable esclave », c’est « celui qui n’est pas capable d’aimer ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous revenons encore sur le troisième commandement, sur le jour du repos. Le Décalogue, promulgué dans le livre de l’Exode, est répété dans le livre du Deutéronome de façon presque identique, à l’exception de cette Troisième Parole, où apparaît une différence précieuse : tandis que dans l’Exode, le motif du repos est la bénédiction de la création, dans le Deutéronome, en revanche, il commémore la fin de l’esclavage. Ce jour-là l’esclave doit se reposer comme le maître, pour célébrer la mémoire de la Pâque de libération.

Les esclaves, en effet, par définition ne peuvent pas se reposer. Mais il existe de nombreux types d’esclavages, aussi bien extérieurs qu’intérieurs. Il existe les contraintes extérieures comme les oppressions, les vies séquestrées par la violence et d’autres types d’injustice. Il existe ensuite les prisons intérieures, que sont, par exemple, les blocages psychologiques, les complexes, les limites caractérielles et autres. Existe-t-il du repos dans ces conditions ? Un homme reclus et opprimé peut-il rester libre malgré tout ? Et une personne tourmentée de difficultés intérieures peut-elle être libre ?

En effet, il existe des personnes qui, bien qu’elles vivent en prison, vivent une grande liberté d’âme. Pensons par exemple à saint Maximilien Kolbe, ou au cardinal Van Thuan, qui ont transformé de sombres oppression en des lieux de lumière. Il y a également des personnes marquées par de grandes fragilités intérieures qui connaissent cependant le repos de la miséricorde et qui savent le transmettre. La miséricorde de Dieu nous libère. Et lorsque tu rencontres la miséricorde de Dieu, tu as une grande liberté intérieure et tu es aussi capable de la transmettre. C’est pourquoi il est si important de s’ouvrir à la miséricorde de Dieu pour nous pas être esclaves de nous-mêmes.

Qu’est-ce donc que la vraie liberté ? Est-ce que cela consiste dans la liberté de choix ? C’est certainement une part de la liberté, et nous nous engageons pour qu’elle soit assurée à tout homme et toute femme (cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. past. Gaudium et spes, 73). Mais nous savons bien que pouvoir faire ce que l’on désire ne suffit pas pour être vraiment libres, et encore moins heureux. La vraie liberté est beaucoup plus.

En effet, il y a un esclavage qui enchaîne plus qu’une prison, plus qu’une crise de panique, plus qu’une imposition de n’importe quel genre : c’est l’esclavage de son ego.[1] Ces gens qui se regardent toute la journée dans le miroir pour voir leur ego. Et l’ego a une taille beaucoup plus grande que le corps. Ils sont esclaves de l’ego. L’ego peut devenir un bourreau qui torture l’homme où qu’il soit et qui lui inflige l’oppression la plus profonde, celle qui s’appelle “péché”, qui n’est pas la banale violation d’un code, mais un échec de l’existence et une condition d’esclavage (cf. Jn 8,34).[2] Le péché, c’est finalement, dire et faire l’ego. “Je veux faire ceci et peu m’importe s’il y a une limite, s’il y a un commandement, peu m’importe aussi s’il y a de l’amour”.

L’ego, par exemple, pensons aux passions humaines : le gourmand, le luxurieux, l’avare, le colérique, l’envieux, le paresseux, l’orgueil – etc. – sont esclaves de leurs vices, qui les tyrannisent et les tourmentent. Il n’y a pas de répit pour le gourmand, car la gourmandise est l’hypocrisie de l’estomac, qui est plein mais qui nous fait croire qu’il est vide. L’estomac hypocrite nous rend gourmands. Nous sommes esclaves d’un estomac hypocrite. Il n’y a pas de répit pour le gourmand et pour le luxurieux qui doivent vivre de plaisirs ; l’anxiété de la possession détruit l’avare, entassant toujours de l’argent, faisant du mal aux autres ; le feu de la colère et le ver de l’envie ruinent les relations. Les écrivains disent que l’envie rend le corps et l’âme jaunes, comme lorsqu’une personne a l’hépatite : on devient jaune. Les envieux ont l’âme jaune, parce qu’ils ne peuvent jamais avoir la fraîcheur de l’âme. L’envie détruit. L’acédie qui esquive toute fatigue rend incapables de vivre ; l’égocentrisme – celui de l’ego dont je parlais – orgueilleux creuse un fossé entre lui et les autres.

Chers frères et sœurs, qui est donc le véritable esclave ? Qui est celui qui ne connaît pas de repos ? Celui qui n’est pas capable d’aimer ! Et tous ces vices, ces péchés, cet égoïsme, nous éloignent de l’amour et nous rendent incapables d’aimer. Nous sommes esclaves de nous-mêmes et nous ne pouvons pas aimer, parce que l’amour est toujours en direction des autres.

Pour nous chrétiens, le troisième commandement, qui invite à célébrer dans le repos la libération, est prophétie du Seigneur Jésus, qui rompt l’esclavage intérieur du péché pour rendre l’homme capable d’aimer. L’amour vrai est la vraie liberté : il détache des possessions, il reconstruit les relations, il sait accueillir et valoriser le prochain, il transforme en don joyeux toute fatigue et rend capable de communion. L’amour rend libres aussi en prison, même ceux qui sont faibles et limités.

C’est la liberté que nous recevons de notre rédempteur, le Seigneur Jésus Christ.

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 1733: « Le choix de la désobéissance et du mal est un abus de la liberté et conduit à « l’esclavage du péché »».

 

[2] Cf. Catéchisme de l’Eglise catholique, 1739: « La liberté de l’homme est finie et faillible. De fait, l’homme a failli. Librement, il a péché. En refusant le projet d’amour de Dieu, il s’est trompé lui-même ; il est devenu esclave du péché. Cette aliénation première en a engendré une multitude d’autres. L’histoire de l’humanité, depuis ses origines, témoigne des malheurs et des oppressions nés du cœur de l’homme, par suite d’un mauvais usage de la liberté ».

 

Une relation vraie avec Dieu rend l’annonce de l’Évangile plus crédible

 « Le nom, dans la Bible, est la vérité intime des choses et surtout des personnes », affirme le pape François. C’est pourquoi, poursuit-il, « “prendre sur soi le nom de Dieu” veut dire assumer sur soi sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec lui ». Nous sommes invités, poursuit-il, à « une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation où nous lui faisons confiance avec tout ce que nous sommes ».

Le pape François a poursuivi le cycle de catéchèses sur les Dix Commandements. Il a expliqué le commandement « Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu », comme une invitation à « ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’employer de manière inopportune ».

Le pape invite donc les chrétiens à « prendre sur eux » le nom de Dieu « sans fausseté », pour que l’annonce de l’Évangile soit « plus crédible ». Ainsi, explique-t-il, « si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit comme le baptême est beau et le grand don qu’est l’Eucharistie, l’union sublime qui existe entre notre corps et le Corps du Christ : le Christ en nous et nous en lui ! ». Et de conclure : « Tout le monde peut invoquer le saint nom du Seigneur… Dieu ne dira jamais “non” à un cœur qui l’invoque sincèrement ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons les catéchèses sur les Commandements et aujourd’hui nous abordons le commandement : « Tu n’invoqueras pas en vain le nom du Seigneur ton Dieu » (Ex 20,7). À juste titre, nous lisons cette parole comme une invitation à ne pas offenser le nom de Dieu et à éviter de l’employer de manière inopportune. Cette signification claire nous prépare à approfondir davantage ces paroles précieuses, de ne pas employer le nom du Seigneur en vain, de manière inopportune.

Écoutons-les mieux ! La version « Tu n’invoqueras pas » traduit une expression qui signifie littéralement, en hébreu comme en grec, « tu ne prendras pas sur toi, tu ne te chargeras pas ».

L’expression « en vain » est plus claire et veut dire : « à vide, vainement ». Elle fait référence à une enveloppe vide, à une forme privée de contenu. C’est la caractéristique de l’hypocrisie, du formalisme et du mensonge, de l’usage de paroles ou de l’usage du nom de Dieu, mais vide, sans vérité.

Le nom, dans la Bible, est la vérité intime des choses et surtout des personnes. Le nom représente souvent la mission. Par exemple, Abraham dans la Genèse (cf. 17,5) et Simon-Pierre dans les Évangiles (cf. Jn 1,42) reçoivent un nom nouveau pour indiquer le changement de direction de leur vie. Et connaître vraiment le nom de Dieu conduit à la transformation de sa propre vie : à partir du moment où Moïse connaît le nom de Dieu, son histoire change (cf. Ex 3,13-15).

Le nom de Dieu, dans les rites hébraïques, est proclamé solennellement le Jour du Grand Pardon et le peuple est pardonné parce que, par le nom, on est en contact avec la vie même de Dieu qui est miséricorde.

Alors « prendre sur soi le nom de Dieu » veut dire assumer sur soi sa réalité, entrer dans une relation forte, dans une relation étroite avec lui. Pour nous, chrétiens, ce commandement est un rappel à nous souvenir que nous sommes baptisés « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », comme nous l’affirmons chaque fois que nous faisons sur nous le signe de croix, pour vivre nos actions quotidiennes en communion sincère et réelle avec Dieu, c’est-à-dire dans son amour. Et sur ce point, faire le signe de croix, je voudrais redire encore une fois : enseignez aux enfants à faire le signe de croix. Avez-vous vu comment le font les enfants ? Si tu dis aux enfants : « Faites le signe de croix », ils font quelque chose mais sans savoir ce qu’ils font. Ils ne savent pas faire le signe de croix ! Enseignez-leur à faire le nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Le premier acte de foi d’un enfant. Une tâche pour vous, une tâche à accomplir : enseigner aux enfants à faire le signe de croix.

On peut se demander : est-il possible de prendre sur soi le nom de Dieu de manière hypocrite, comme une formalité, à vide ? La réponse est malheureusement positive : oui, c’est possible. On peut vivre une relation fausse avec Dieu. Jésus le disait de ces docteurs de la loi : ils faisaient des choses, mais ils ne faisaient pas ce que Dieu voulait. Ils parlaient de Dieu, mais ne faisaient pas la volonté de Dieu. Et le conseil que donne Jésus est : « Faites ce qu’ils disent, mais pas ce qu’ils font ». On peut vivre une relation fausse avec Dieu, comme ces gens. Et cette parole du Décalogue est justement une invitation à une relation avec Dieu qui ne soit pas fausse, sans hypocrisie, à une relation où nous lui faisons confiance avec tout ce que nous sommes. Au fond, tant que nous ne risquons pas notre existence avec le Seigneur, en touchant du doigt qu’en lui se trouve la vie, nous ne faisons que des théories.

Voilà le christianisme qui touche les cœurs. Pourquoi les saints sont-ils tellement capables de toucher les cœurs ? Parce que non seulement les saints parlent, mais ils émeuvent ! Le cœur s’émeut quand une personne sainte nous parle, nous dit les choses. Et ils en sont capables parce que, dans les saints, nous voyons ce que notre cœur désire profondément : authenticité, relations vraies, radicalité. Et cela se voit aussi dans ces « saints de la porte à côté » que sont, par exemple, tous les parents qui donnent à leurs enfants l’exemple d’une vie cohérente, simple, honnête et généreuse.

Si se multiplient les chrétiens qui prennent sur eux le nom de Dieu sans fausseté – en pratiquant ainsi la première demande du Notre Père, « que ton nom soit sanctifié » – l’annonce de l’Église est davantage écoutée et devient plus crédible. Si notre vie concrète manifeste le nom de Dieu, on voit comme le baptême est beau et le grand don qu’est l’Eucharistie, l’union sublime qui existe entre notre corps et le Corps du Christ : le Christ en nous et nous en lui ! Unis ! Cela n’est pas de l’hypocrisie, c’est la vérité. Cela n’est pas parler ou prier comme un perroquet, c’est prier avec son cœur, aimer le Seigneur.

Depuis la croix du Christ, personne ne peut se mépriser soi-même et mal penser de sa propre existence. Personne et jamais ! Quoi que nous ayons fait. Parce que le nom de chacun de nous est sur les épaules du Christ. C’est lui qui nous porte ! Cela vaut la peine de prendre sur soi le nom de Dieu parce que lui-même s’est chargé de notre nom jusqu’au bout, y compris du mal qui est en nous ; il s’en est chargé pour nous pardonner, pour mettre son amour dans notre cœur. C’est pourquoi Dieu proclame, dans ce commandement : « Prends-moi sur toi, parce que je t’ai pris sur moi ».

Tout le monde peut invoquer le saint nom du Seigneur qui est amour fidèle et miséricordieux, dans n’importe quelle situation. Dieu ne dira jamais « non » à un cœur qui l’invoque sincèrement. Et revenons aux devoirs à faire à la maison : enseigner aux enfants à faire un signe de croix bien fait.

 

De l’importance de se réconcilier avec sa propre histoire

 « Le dimanche est un jour pour faire la paix avec la vie », affirme le pape François. Le dimanche est « le jour de la contemplation », « non de l’évasion », estime le pape qui invite à « se réconcilier avec sa propre histoire, avec les faits que l’on n’accepte pas, avec les aspects difficiles de sa propre existence » comme chemin pour trouver la paix. En effet, dit-il, « la paix se choisit, elle ne peut s’imposer et on ne la trouve pas par hasard ».

Le pape a abordé le thème du repos du dimanche. « Pour nous, chrétiens, a-t-il dit, le centre du jour du Seigneur, le dimanche, est l’Eucharistie, qui signifie “action de grâce”. »

« Il y a un faux repos et un vrai repos », a fait observer le pape en pointant du doigt la mentalité actuelle qui consiste à se divertir le plus possible pour fuir le quotidien : « Cette mentalité fait glisser vers l’insatisfaction d’une existence anesthésiée par les divertissements qui ne sont pas du repos mais aliénation et fuite de la réalité ». Au contraire, a-t-il souligné, le dimanche est « un temps pour regarder la réalité et dire : que la vie est belle ! »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le voyage à travers le Décalogue nous conduit aujourd’hui au commandement sur le jour du repos. Cela semble un commandement facile à accomplir, mais c’est une fausse impression. Il n’est pas facile de se reposer vraiment, parce qu’il y a un faux repos et un vrai repos. Comment les reconnaître ?

La société actuelle est assoiffée de divertissements et de vacances. L’industrie des distractions est très florissante et la publicité dessine un monde idéal comme un grand parc de jeux où tout le monde s’amuse. Le concept de vie qui domine aujourd’hui n’a pas son centre de gravité dans l’activité et dans l’engagement mais dans l’évasion. Gagner de l’argent pour s’amuser, se faire plaisir. L’image-modèle est celle d’une personne qui a du succès et qui peut se permettre de nombreux et larges espaces de plaisir. Mais cette mentalité fait glisser vers l’insatisfaction d’une existence anesthésiée par les divertissements qui ne sont pas du repos mais aliénation et fuite de la réalité. L’homme ne s’est jamais autant reposé qu’aujourd’hui, et pourtant l’homme n’a jamais autant fait l’expérience d’un vide qu’aujourd’hui ! Les possibilités de s’amuser, de sortir, les croisières, les voyages, tant de choses qui ne te donnent pas la plénitude du cœur. Et même, cela ne te donne pas le repos.

Les paroles du Décalogue cherchent et trouvent le cœur du problème en projetant une lumière différente sur ce qu’est le repos. Le commandement a un élément particulier : il fournit une motivation. Le repos au nom du Seigneur a un motif précis : « Car en six jours le Seigneur a fait le ciel, la terre, la mer et tout ce qu’ils contiennent, mais il s’est reposé le septième jour. C’est pourquoi le Seigneur a béni le jour du sabbat et l’a sanctifié » (Ex 20,11).

Cela renvoie à la fin de la création, quand Dieu dit : « Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon. Il y eut un soir, il y eut un matin : sixième jour » (Gn 1,31). Alors commence le jour du repos, qui est la joie de Dieu pour ce qu’il a créé. C’est le jour de la contemplation et de la bénédiction.

Qu’est-ce donc que le repos selon ce commandement ? C’est le moment de la contemplation, c’est le moment de la louange, non de l’évasion. C’est un temps pour regarder la réalité et dire : que la vie est belle ! Au repos comme fugue de la réalité, le Décalogue oppose le repos comme bénédiction de la réalité. Pour nous, chrétiens, le centre du jour du Seigneur, le dimanche, est l’Eucharistie, qui signifie « action de grâce ». C’est un jour pour dire au Seigneur : merci Seigneur pour la vie, pour ta miséricorde et pour tous tes dons. Le dimanche n’est pas un jour pour effacer les autres jours mais pour s’en souvenir, les bénir et faire la paix avec la vie. Tant de personnes ont beaucoup de possibilités de s’amuser et ne vivent pas en paix avec la vie ! Le dimanche est un jour pour faire la paix avec la vie : la vie est précieuse ; parfois elle n’est pas facile, parfois elle est douloureuse, mais elle est précieuse.

Être introduit dans le repos authentique est l’œuvre de Dieu en nous, mais cela requiert de nous que nous nous éloignions de la malédiction et de sa fascination (cf. exhort. ap. Evangelii gaudium, 83). En effet, il est très facile de plier son cœur vers le malheur, en soulignant les motifs de mécontentement. La bénédiction et la joie impliquent une ouverture au bien qui est un mouvement adulte du cœur. Le bien est aimant et ne s’impose jamais. Il doit être choisi.

La paix se choisit, elle ne peut s’imposer et on ne la trouve pas par hasard. En s’éloignant des plis amers de son cœur, l’homme a besoin de faire la paix avec ce qu’il fuit. Il est nécessaire de se réconcilier avec sa propre histoire, avec les faits que l’on n’accepte pas, avec les aspects difficiles de sa propre existence. Je vous demande : chacun de vous est-il réconcilié avec sa propre histoire ? Une question pour réfléchir : et moi, me suis-je réconcilié avec mon histoire ? La véritable paix, en effet, ne consiste pas à changer sa propre histoire mais à l’accueillir, à la valoriser, telle qu’elle a été.

Combien de fois avons-nous rencontré des chrétiens malades qui nous ont consolés avec une sérénité que l’on ne trouve pas chez ceux qui font la fête et chez les hédonistes ! Et nous avons vu des personnes humbles et pauvres se réjouir de petites grâces avec un bonheur qui avait un goût d’éternité.

Dans le Deutéronome, le Seigneur dit : « je mets devant toi la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que vous viviez, toi et ta descendance » (30,19). Ce choix est le « fiat » de la Vierge Marie, c’est une ouverture à l’Esprit-Saint qui nous met dans les pas du Christ, lui qui se remet à son Père au moment le plus dramatique et qui emprunte ainsi le chemin qui conduit à la résurrection.

Quand la vie devient-elle belle ? Quand on commence à en penser du bien quelle que soit notre histoire. Quand le don d’un doute fait son chemin : celui que tout est grâce (1) et que cette sainte pensée effrite le mur intérieur de notre insatisfaction en inaugurant le repos authentique. La vie devient belle quand on ouvre son cœur à la Providence et que l’on découvre que ce que dit le psaume est vrai : « En Dieu seul mon âme se repose » (62,2). Elle est belle, cette phrase du psaume : « En Dieu seul mon âme se repose ».

 

(1) Comme nous le rappelle sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, reprise par G. Bernanos, Journal d’un curé de campagne, Milan 1965.

le pape diagnostique l’idolâtrie du succès, du pouvoir et de l’argent, et indique le remède

La fragilité, lieu de la rencontre avec le Père, source d’une force nouvelle

 « Le succès, le pouvoir et l’argent » : voilà les « grandes idoles », a déclaré le pape François au cours de l’audience générale. Le pape a dénoncé une fois encore les « tentations de toujours ». Pour lui, le « veau d’or » dont parle le Livre de l’Exode (32,7-8) est « le symbole de tous les désirs qui donnent l’illusion de la liberté et qui, en fait, réduisent en esclavage, parce que l’idole réduit toujours en esclavage ».

Centrant sa méditation sur l’idolâtrie, il a commenté l’épisode biblique pendant lequel le peuple, qui fuyait l’Égypte dans le désert, se construit un veau d’or en l’absence de Moïse.

Le pape a mis le doigt sur la faille – la difficulté à faire confiance à Dieu – en disant: « Tout vient de notre incapacité à faire surtout confiance à Dieu, à mettre en lui nos sécurités, à le laisser donner une véritable profondeur aux désirs de notre cœur ».

Pour « fuir la précarité », a-t-il expliqué, la nature humaine « cherche une religion bricolée : si Dieu ne se montre pas, nous nous faisons un dieu sur mesure ». Mais « par nos faiblesses, nous pouvons nous ouvrir au salut de Dieu » : « dans le Christ, notre fragilité n’est plus une malédiction, mais le lieu de la rencontre avec le Père et la source d’une nouvelle force venue d’en-haut ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous continuons à méditer sur le Décalogue, en approfondissant le thème de l’idolâtrie ; nous en avons parlé la semaine dernière. Nous reprenons maintenant ce thème parce qu’il est très important de le connaître. Et nous partons de l’idole par excellence, le veau d’or, dont parle le livre de l’Exode (32,1-8) ; nous venons d’en écouter un passage. Cet épisode se situe dans un contexte précis : le désert, où le peuple attend Moïse qui est monté sur la montagne pour recevoir les instructions de Dieu.

Qu’est-ce que le désert ? C’est un lieu où règnent la précarité et l’insécurité – dans le désert, il n’y a rien – où manquent l’eau, la nourriture et un refuge. Le désert est une image de la vie humaine, dont la condition est incertaine et ne possède pas de garanties inviolables. Cette insécurité génère chez l’homme des inquiétudes primaires, que Jésus mentionne dans l’Évangile : « Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? Comment nous vêtirons-nous ? » (Mt 6,31). Ce sont les inquiétudes primaires. Et le désert provoque ces inquiétudes.

Et dans ce désert, il se produit quelque chose qui déclenche l’idolâtrie. « Moïse tardait à descendre de la montagne » (Ex 32,1). Il y est resté 40 jours et les gens se sont impatientés. Le point de référence qu’était Moïse manquait : le responsable, le chef, le guide rassurant, et cela devient insoutenable. Alors le peuple demande un dieu visible – c’est le piège dans lequel tombe le peuple – pour pouvoir s’identifier et s’orienter. Et ils disent à Aaron : « Fais-nous un dieu qui marche à notre tête ! ». « Fais-nous un chef, fais-nous un responsable ». La nature humaine, pour fuir la précarité  – la précarité, c’est le désert – cherche une religion bricolée : si Dieu ne se montre pas, nous nous faisons un dieu sur mesure. « Devant l’idole on ne court pas le risque d’un appel qui fasse sortir de ses propres sécurités, parce que les idoles “ont une bouche et ne parlent pas” (Ps 115, 5). Nous comprenons alors que l’idole est un prétexte pour se mettre soi-même au centre de la réalité, dans l’adoration de l’œuvre de ses propres mains » (Lumen fidei, 13).

Aaron ne sait pas s’opposer à la demande des gens et crée un veau d’or. Le veau avait un double sens dans le Proche-Orient antique : d’un côté il représentait la fécondité et l’abondance, et de l’autre l’énergie et la force. Mais avant tout, il est en or, c’est pourquoi il est symbole de la richesse, du succès, du pouvoir et de l’argent. Voilà les grandes idoles : le succès, le pouvoir et l’argent. Ce sont les tentations de toujours ! Voilà ce qu’est le veau d’or : le symbole de tous les désirs qui donnent l’illusion de la liberté et qui, en fait, réduisent en esclavage, parce que l’idole réduit toujours en esclavage. Il y a une fascination et tu y vas. Cette fascination du serpent, qui regarde le petit oiseau et le petit oiseau se retrouve sans pouvoir bouger et le serpent le prend. Aaron n’a pas su s’opposer.

Mais tout vient de notre incapacité à faire surtout confiance à Dieu, à mettre en lui nos sécurités, à le laisser donner une véritable profondeur aux désirs de notre cœur. Cela permet de soutenir aussi la faiblesse, l’incertitude et la précarité. Sans le primat de Dieu, on tombe facilement dans l’idolâtrie et on se contente de maigres assurances. Mais c’est une tentation que nous lisons toujours dans la Bible. Et réfléchissez bien à cela : libérer le peuple de l’Égypte n’a pas demandé beaucoup de travail à Dieu ; il l’a fait avec des signes de puissance, d’amour. Mais le grand travail de Dieu a été d’ôter l’Égypte du cœur du peuple, c’est-à-dire d’ôter l’idolâtrie du cœur du peuple. Et Dieu continue encore à travailler pour l’ôter de nos cœurs. C’est le grand travail de Dieu : ôter « cette Égypte » que nous portons en nous, qui est la fascination de l’idolâtrie.

Quand on accueille le Dieu de Jésus-Christ qui, de riche, s’est fait pauvre pour nous (cf. 2 Cor 8,9), on découvre alors que reconnaître sa propre faiblesse n’est pas la disgrâce de la vie humaine mais la condition pour s’ouvrir à celui qui est vraiment fort. Alors, par la porte de la faiblesse, le salut de Dieu entre (cf. 2 Cor 12,10) ; c’est en vertu de sa propre insuffisance que l’homme s’ouvre à la paternité de Dieu. La liberté de l’homme naît de ce qu’il laisse le vrai Dieu être l’unique Seigneur. Et cela permet d’accepter sa fragilité et de refuser les idoles de notre cœur.

 

Nous, les chrétiens, nous tournons notre regard vers le Christ crucifié (cf. Jn 19,37) qui est faible, méprisé et dépouillé de toute possession. Mais en lui se révèle le visage du vrai Dieu, la gloire de l’amour et non celle des paillettes de l’illusion. Isaïe dit : « par ses blessures, nous sommes guéris » (53,5). Nous avons été guéris justement par la faiblesse d’un homme qui était Dieu, par ses blessures. Et par nos faiblesses, nous pouvons nous ouvrir au salut de Dieu. Notre guérison vient de Celui qui s’est fait pauvre, qui a accueilli l’échec, qui a pris jusqu’au bout notre précarité pour la remplir d’amour et de force. Il vient nous révéler la paternité de Dieu ; dans le Christ, notre fragilité n’est plus une malédiction, mais le lieu de la rencontre avec le Père et la source d’une nouvelle force venue d’en-haut.