L’homélie doit être bien préparée et brève !

Au moment de la proclamation de l’Évangile pendant la messe, « c’est le Christ qui nous parle, là. Et c’est pourquoi nous sommes attentifs, parce que c’est un colloque direct. C’est le Seigneur qui nous parle », a expliqué le pape François. Et « en participant à la messe, nous devons lui donner une réponse. Nous écoutons l’Évangile et nous devons donner une réponse dans notre vie ».

Quant à l’homélie, a poursuivi le pape, elle poursuit le dialogue entamé avec l’Évangile « afin qu’il trouve son accomplissement dans la vie. L’exégèse authentique de l’Évangile c’est notre vie sainte ! ». L’homélie, comme la Parole du Seigneur, « termine sa course en se faisant chair en nous, en se traduisant dans les œuvres ». Et de conclure, en conseillant aux prédicateurs : que l’homélie soit « bien préparée » et qu’elle soit « brève, brève », qu’elle ne dépasse pas « dix minutes ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous continuons les catéchèses sur la messe. Nous en étions arrivés aux Lectures.

Le dialogue entre Dieu et son peuple, développé dans la liturgie de la Parole de la messe, atteint son sommet dans la proclamation de l’Évangile. Il est précédé par le chant de l’Alléluia – ou pendant le carême, une autre acclamation – par lequel « l’assemblée des fidèles accueille et salue le Seigneur qui va parler dans l’Évangile » (1). De même que les mystères du Christ éclairent toute la révélation biblique, ainsi, dans la liturgie de la Parole, l’Évangile constitue la lumière pour comprendre le sens des textes bibliques qui le précèdent, soit de l’Ancien soit du Nouveau Testament. En effet, « le Christ est le centre et la plénitude  de toute l’Écriture, comme de toute la célébration liturgique » (2). Jésus-Christ est toujours au centre, toujours.

C’est pourquoi la liturgie elle-même distingue l’Évangile des autres lectures et l’entoure d’un honneur et d’une vénération particuliers (3). En effet, sa lecture est réservée au ministre ordonné, qui termine en embrassant le livre ; on se met à l’écoute, debout, et on trace un signe de croix sur son front, sur sa bouche et sur sa poitrine ; les cierges et l’encens honorent le Christ qui, à travers la lecture de l’Évangile, fait résonner sa parole efficace. Grâce à ces signes, l’assemblée reconnaît la présence du Christ qui lui adresse la « bonne nouvelle » qui convertit et transforme. C’est un discours direct qui advient, comme l’attestent les acclamations par lesquelles on répond à la proclamation : « Gloire à Toi, Seigneur » et « Louange à toi, Seigneur Jésus ». Nous nous levons pour écouter l’Évangile mais c’est le Christ qui nous parle, là. Et c’est pourquoi nous sommes attentifs, parce que c’est un colloque direct. C’est le Seigneur qui nous parle.

Pendant la messe, nous lisons donc l’Évangile pour savoir comment se sont passés les événements, mais nous écoutons l’Évangile pour prendre conscience de ce que Jésus a fait et dit une fois ; et cette Parole est vivante, la Parole de Jésus qui est dans l’Évangile est vivante et arrive à mon cœur. C’est pourquoi écouter l’Évangile est si important, le cœur ouvert, parce que c’est une Parole vivante. Saint Augustin écrit que « la bouche du Christ c’est l’Évangile. Il règne dans les cieux, mais il ne cesse de parler sur la terre » (4). S’il est vrai que, dans la liturgie, « le Christ annonce encore l’Évangile » (5), il en découle qu’en participant à la messe, nous devons lui donner une réponse. Nous écoutons l’Évangile et nous devons donner une réponse dans notre vie.

Pour faire parvenir son message, Jésus se sert aussi de la parole du prêtre qui, après l’Évangile, donne l’homélie. (6) Vivement recommandée par le Concile Vatican II, comme une partie de la liturgie, (7) l’homélie n’est pas un discours de circonstance – ni même une catéchèse comme ce que je le fais maintenant – ni une conférence, ni même une leçon : l’homélie c’est autre chose. Qu’est-ce que l’homélie ? C’est « la reprise de ce dialogue qui est déjà entamé entre le Seigneur et son peuple » (8) afin qu’il trouve son accomplissement dans la vie. L’exégèse authentique de l’Évangile c’est notre vie sainte ! La parole du Seigneur termine sa course en se faisant chair en nous, en se traduisant dans les œuvres, comme cela s’est produit en Marie et dans les saints. Souvenez-vous de ce que j’ai dit la dernière fois, la Parole du Seigneur entre par les oreilles, arrive au cœur et va dans les mains, dans les œuvres bonnes. Et l’homélie aussi suit la Parole du Seigneur et fait aussi ce parcours pour nous aider afin que la Parole du Seigneur arrive aux mains, en passant par le cœur.

J’ai déjà traité le thème de l’homélie dans l’exhortation Evangelii gaudium, où je rappelais que le contexte liturgique « exige que la prédication oriente l’assemblée, et aussi le prédicateur, vers une communion avec le Christ dans l’Eucharistie qui transforme la vie » (9).

Celui qui donne l’homélie doit bien accomplir son ministère – celui qui prêche : le prêtre ou le diacre ou l’évêque – offrant un réel service à tous ceux qui participent à la messe, mais ceux qui l’écoutent doivent aussi faire leur part. Avant tout, en étant bien attentifs, c’est-à-dire en assumant les justes dispositions intérieures, sans prétentions subjectives, sachant que tout prédicateur a ses qualités et ses limites. Si parfois il y a des raisons de s’ennuyer parce que l’homélie est longue ou qu’elle n’est pas centrée ou qu’elle est incompréhensible, d’autre fois en revanche c’est le préjugé qui fait obstacle. Et celui qui fait l’homélie doit être conscient qu’il ne fait pas quelque chose qui lui appartient, il prêche, donnant sa voix à Jésus, il prêche la Parole de Jésus. Et l’homélie doit être bien préparée, doit être brève, brève ! Un prêtre me disait qu’une fois, il était allé dans une autre ville où habitaient ses parents et son père lui avait dit : « Tu sais, je suis content parce qu’avec mes amis nous avons trouvé une église où la messe se fait sans homélie ! » Et combien de fois voyons-nous que, pendant l’homélie, certains s’endorment, d’autres bavardent ou sortent fumer une cigarette… C’est pourquoi, s’il vous plaît, que l’homélie soit brève, mais qu’elle soit bien préparée. Et comment se prépare une homélie, chers prêtres, diacres, évêques ? Comment se prépare-t-elle ? Par la prière, par l’étude de la Parole de Dieu et en faisant une synthèse claire et brève : elle ne doit pas dépasser dix minutes, s’il vous plaît.

En conclusion, nous pouvons dire que, dans la liturgie de la Parole, à travers l’Évangile et l’homélie, Dieu dialogue avec son peuple, qui l’écoute avec attention et vénération et, en même temps, le reconnaît présent et agissant. Si donc nous nous mettons à l’écoute de la « bonne nouvelle », nous serons transformés et convertis par elle, par conséquent capables de nous changer nous-mêmes et le monde. Pourquoi ? Parce que la Bonne Nouvelle, la Parole de Dieu entre par les oreilles, va au cœur et arrive aux mains pour faire des œuvres bonnes.

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[1] Présentation générale du Missel romain, 62.

[2] Introduction au Lectionnaire, 5.

[3] Cf. Présentation générale du Missel romain, 60 e 134.

[4] Sermon 85, 1: PL 38, 520; cf. aussi Traité sur l’Évangile de Jean, XXX, I : PL 35, 1632 ; CCL 36, 289.

[5] Conc. Oecum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, 33.

[6] Cf. Présentation générale du Missel romain, 65-66; Introduction au Lectionnaire, 24-27.

[7] Cf. Conc. Oecum. Vat. II, Const. Sacrosanctum Concilium, 52.

[8] Exhort. ap. Evangelii gaudium, 137.

[9] Ibid., 138.

 

 

 

Ne pas les omettre ni les substituer par d’autres textes

 

Quand on lit la Parole de Dieu à la messe, « c’est Dieu lui-même qui nous parle », a expliqué le pape François. « Dieu parle et nous nous mettons à son écoute, pour ensuite mettre en pratique ce que nous avons écouté ». La parole fait un chemin en nous, a-t-il développé : « Nous l’écoutons avec les oreilles et elle passe dans le cœur ; elle ne reste pas dans les oreilles, elle doit aller au cœur ; et du cœur elle passe aux mains, aux œuvres bonnes. »

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur la messe. Il s’est centré sur la liturgie de la Parole et plus particulièrement sur le dialogue entre Dieu et son peuple, avant d’adresser des salutations aux jeunes, aux personnes malades et aux nouveaux mariés, selon l’usage.

Le pape a donné des consignes claires sur la manière de lire les lectures, en précisant : « la dignité de l’ambon et l’usage du Lectionnaire[i], la disponibilité de bons lecteurs et psalmistes ». Il a aussi rappelé que « l’omission de lectures ou leur substitution par des textes non bibliques, sont interdits » parce que cela appauvrit « le dialogue entre Dieu et son peuple » et ne favorise pas « la communion ecclésiale ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons aujourd’hui les catéchèses sur la messe. Après nous être arrêtés sur les rites d’introduction, nous considérons maintenant la liturgie de la Parole, qui est une partie constitutive parce que nous nous rassemblons précisément pour écouter ce que Dieu a fait et entend faire encore pour nous. C’est une expérience qui se fait « en direct » et non pas par ouïe-dire, parce que « quand dans l’Église on lit la Sainte Écriture, Dieu lui-même parle à son peuple et le Christ, présent dans sa parole, annonce l’Évangile » (Présentation générale du Missel romain, 29 ; cf. Const. Sacrosanctum Concilium, 7 ; 33). Et combien de fois, pendant que la Parole de Dieu est lue, commente-t-on : « Regarde celui-là…, regarde celle-là…, regarde le chapeau qu’elle porte, celle-là : il est ridicule… » Et on commence à faire des commentaires. N’est-ce pas vrai ? Faut-il faire des commentaires pendant qu’on lit la Parole de Dieu ? [ils répondent : « Non ! »]. Non, parce que, si tu bavardes avec les gens, tu n’écoutes pas la Parole de Dieu. Quand on lit la Parole de Dieu dans la Bible – la première Lecture, la seconde, le psaume et l’Évangile – nous devons écouter, ouvrir notre cœur, parce que c’est Dieu lui-même qui nous parle et ne pas penser à autre chose ou parler d’autre chose. Compris ?… Je vais vous expliquer ce qui se passe dans cette liturgie de la Parole.

Les pages de la Bible cessent d’être un écrit pour devenir parole vivante, prononcée par Dieu. C’est Dieu qui, à travers la personne qui lit, nous parle et nous interpelle, nous qui écoutons dans la foi. L’Esprit « qui a parlé par les prophètes » (Je crois en Dieu) et qui a inspiré les auteurs sacrés, fait en sorte que « la Parole de Dieu opère vraiment dans les cœurs ce qu’elle fait résonner aux oreilles » (Lectionnaire, Introd., 9). Mais pour écouter la Parole de Dieu, il faut aussi avoir le cœur ouvert pour recevoir la Parole dans son cœur. Dieu parle et nous nous mettons à son écoute, pour ensuite mettre en pratique ce que nous avons écouté. C’est très important d’écouter. Parfois peut-être ne comprenons-nous pas bien pourquoi il y a certaines lectures un peu difficiles. Mais Dieu nous parle tout autant d’une autre manière. [Il faut rester] en silence et écouter la Parole de Dieu. N’oubliez pas ceci. À la messe, quand commencent les lectures, nous écoutons la Parole de Dieu.

Nous avons besoin de l’écouter ! C’est en effet une question de vie, comme le rappelle bien l’expression incisive : « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). La vie que nous donne la Parole de Dieu. En ce sens, nous parlons de la liturgie de la Parole comme de la « table » que le Seigneur prépare pour alimenter notre vie spirituelle. C’est une table abondante, celle de la liturgie, qui puise largement dans les trésors de la Bible (cf. SC, 51) dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament parce que l’unique et identique mystère du Christ y est annoncé par l’Église (cf. Lectionnaire, Introd., 5). Pensons à la richesse des lectures bibliques offertes par les trois cycles dominicaux qui, à la lumière des Évangiles synoptiques, nous accompagnent au cours de l’année liturgique : une grande richesse. Je désire ici rappeler aussi l’importance du psaume responsorial, dont la fonction est de favoriser la méditation de ce que l’on a entendu dans la lecture qui le précède. C’est bien que le psaume soit valorisé par le chant, au moins le refrain (cf. OGMR, 61 ; Lectionnaire, Introd., 19-22).

La proclamation liturgique des mêmes lectures, avec les chants tirés de l’Écriture sainte, exprime et favorise la communion ecclésiale, accompagnant le chemin de tous et de chacun. On comprend donc pourquoi certains choix subjectifs, comme l’omission de lectures ou leur substitution par des textes non bibliques, sont interdits. J’ai entendu parler de quelqu’un qui, s’il y a une nouvelle, lit le journal parce que c’est la nouvelle du jour. Non ! La Parole de Dieu est la Parole de Dieu ! Le journal, nous pouvons le lire après. Mais là, on lit la Parole de Dieu. C’est le Seigneur qui nous parle. Substituer cette Parole par d’autres choses appauvrit et compromet le dialogue entre Dieu et son peuple en prière. Au contraire, [on demande] la dignité de l’ambon et l’usage du Lectionnaire[ii], la disponibilité de bons lecteurs et psalmistes. Mais il faut chercher de bons lecteurs, ceux qui savent lire, et non ceux qui lisent [en écorchant les mots] et on ne comprend rien. C’est ainsi. De bons lecteurs. Ils doivent préparer et faire un essai avant la messe pour bien lire. Et cela crée un climat de silence réceptif.[iii]

Nous savons que la Parole du Seigneur est une aide indispensable pour ne pas nous égarer, comme le reconnaît bien le psalmiste qui, s’adressant au Seigneur, confesse : « Ta parole est la lumière de mes pas, la lampe de ma route » (Ps 118, 105). Comment pourrions-nous affronter notre pèlerinage terrestre, avec ses fatigues et ses épreuves, sans être régulièrement nourris et éclairés par la Parole de Dieu qui résonne dans la liturgie ?

Certes, il ne suffit pas d’écouter avec ses oreilles sans accueillir dans son cœur la semence de la Parole divine, pour lui permettre de porter du fruit. Souvenons-nous de la parabole du semeur et des différents résultats selon les différents types de terrain (cf. Mc 4,14-20). L’action de l’Esprit, qui rend la réponse efficace, a besoin de cœurs qui se laissent travailler et cultiver, de sorte que ce qui est écouté à la messe passe dans la vie quotidienne, selon l’avertissement de l’apôtre Jacques : « Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter : ce serait vous faire illusion » (Jc 1,22). La Parole de Dieu fait un chemin à l’intérieur de nous. Nous l’écoutons avec les oreilles et elle passe dans le cœur ; elle ne reste pas dans les oreilles, elle doit aller au cœur ; et du cœur elle passe aux mains, aux œuvres bonnes. C’est le parcours que fait la Parole de Dieu : des oreilles au cœurs et aux mains. Apprenons cela. Merci !

 

 

 « J’ai péché par ma faute, et non par la faute des autres »

 « Il ne suffit pas de ne pas faire de mal au prochain, il faut encore choisir d’accomplir le bien en saisissant les occasions », a souligné le pape François dans sa catéchèse du 3 janvier 2018. Méditant sur l’acte pénitentiel, au début de la liturgie de la messe, le pape a fait observer : « Que Dieu pourrait-il donner à celui qui a déjà le cœur rempli de lui-même, de son succès ? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié qu’il est de sa prétendue justice. »

Pour la première audience générale de l’année civile, le pape a poursuivi ses catéchèses sur la messe. L’acte pénitentiel, a-t-il expliqué, « permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, guidées par des choix contraires à l’Evangile ».

Durant la messe, a ajouté le pape, « nous confessons aussi bien à Dieu qu’aux frères que nous sommes pécheurs : cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’elle nous sépare de Dieu, nous sépare aussi de nos frères, et vice-versa. Le péché coupe : il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec les frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté. Le péché coupe toujours, sépare, divise ».

Il a aussi invité à reconnaître « que j’ai péché par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive souvent en effet que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Il coûte d’admettre que l’on est coupable, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En reprenant les catéchèses sur la célébration eucharistique, nous considérons aujourd’hui, dans le contexte des rites d’introduction, l’acte pénitentiel. Dans sa sobriété, il favorise l’attitude par laquelle se disposer à célébrer dignement les saints mystères, c’est-à-dire en reconnaissant nos péchés devant Dieu et devant les frères, en reconnaissant que nous sommes pécheurs. L’invitation du prêtre est en effet adressée à toute la communauté en prière, parce que nous sommes tous pécheurs. Que Dieu pourrait-il donner à celui qui a déjà le cœur rempli de lui-même, de son succès ? Rien, parce que le présomptueux est incapable de recevoir le pardon, rassasié qu’il est de sa prétendue justice. Pensons à la parabole du pharisien et du publicain, où seul le second – le publicain – rentre chez lui justifié, c’est-à-dire pardonné (cf. Lc 18,9-14). Celui qui est conscient de sa misère et baisse les yeux avec humilité, sent se poser sur lui le regard miséricordieux de Dieu. Nous savons par expérience que seul celui qui sait reconnaître ses erreurs et demander pardon reçoit la compréhension et le pardon des autres.

Ecouter en silence la voix de la conscience permet de reconnaître que nos pensées sont éloignées des pensées divines, que nos paroles et nos actions sont souvent mondaines, guidées par des choix contraires à l’Evangile. C’est pourquoi, au début de la messe, nous accomplissons communautairement l’acte pénitentiel par une formule de confession générale, prononcée à la première personne du singulier. Chacun confesse à Dieu et à ses frères “d’avoir péché en pensées, en paroles, par action et par omission”. Oui, aussi par omission, c’est-à-dire d’avoir omis de faire le bien que j’aurais pu faire. Souvent nous nous sentons bons parce que – disons-nous – “je n’ai fait de mal à personne”. En réalité, il ne suffit pas de ne pas faire de mal au prochain, il faut encore choisir d’accomplir le bien en saisissant les occasions pour bien témoigner que nous sommes disciples de Jésus. Il est bon de souligner que nous confessons aussi bien à Dieu qu’aux frères que nous sommes pécheurs : cela nous aide à comprendre la dimension du péché qui, alors qu’elle nous sépare de Dieu, nous sépare aussi de nos frères, et vice-versa. Le péché coupe : il coupe la relation avec Dieu et il coupe la relation avec les frères, la relation dans la famille, dans la société, dans la communauté. Le péché coupe toujours, sépare, divise.

Les paroles que nous disons avec la bouche sont accompagnées du geste de se frapper la poitrine, en reconnaissant que j’ai péché par ma faute, et non par la faute des autres. Il arrive souvent en effet que, par peur ou par honte, nous pointions le doigt pour accuser les autres. Il coûte d’admettre que l’on est coupable, mais cela nous fait du bien de le confesser avec sincérité. Confesser ses péchés. Je me souviens d’une anecdote que racontait un vieux missionnaire, d’une femme qui est allée se confesser et qui a commencé à dire les fautes de son mari ; puis elle a raconté les fautes de sa belle-mère et puis les péchés des voisins. A un certain moment, le confesseur lui a dit : “Mais, madame, dites-moi, vous avez fini ? – Très bien : vous avez fini avec les péchés des autres. Maintenant commencez à dire les vôtres”. Dire ses propres péchés !

Après la confession du péché, nous supplions la Bienheureuse Vierge Marie, les Anges et les Saints de prier le Seigneur pour nous. En cela aussi la communion des Saints est précieuse : l’intercession de ces « amis et modèles de vie » (Préface du 1er novembre) nous soutient sur le chemin vers la pleine communion avec Dieu, quand le péché sera définitivement anéanti.

Outre le “Je confesse”, on peut faire l’acte pénitentiel avec d’autres formules, par exemple : « Prends pitié de nous, Seigneur / Contre toi nous avons péché. / Montre-nous, Seigneur, ta miséricorde. / Et donne-nous ton salut » (cf. Ps 123,3; 85,8; Jr 14,20). Le dimanche spécialement, on peut accomplir la bénédiction et l’aspersion de l’eau en mémoire du Baptême (cf. OGMR, 51), qui efface tous les péchés. Il est aussi possible, comme partie de l’acte pénitentiel, de chanter le Kyrie eleison: avec cette ancienne expression grecque, nous acclamons le Seigneur – Kyrios – et nous implorons sa miséricorde (ibid., 52).

La Sainte Ecriture nous offre des exemples lumineux de figures “pénitentes” qui, en rentrant en elles après avoir commis le péché, trouvent le courage de faire tomber le masque et de s’ouvrir à la grâce qui renouvelle le cœur. Pensons au roi David et aux paroles qui lui ont été attribuées dans le Psaume: « Pitié pour moi, mon Dieu, dans ton amour, selon ta grande miséricorde, efface mon péché. » (50,3). Pensons au fils prodigue qui retourne au père ; ou à l’invocation du publicain : « Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis ! » (Lc 18,13). Pensons aussi à saint Pierre, à Zachée, à la femme samaritaine. Se mesurer avec la fragilité de l’argile dont nous sommes formés est une expérience qui nous fortifie : tandis que nous faisons face à notre faiblesse, elle nous ouvre le cœur à invoquer la miséricorde divine qui transforme et convertit. Et c’est ce que nous faisons dans l’acte pénitentiel au début de la messe.

 

 

Le silence pour « écouter l’âme pour l’ouvrir au Seigneur »

Le début du “Gloire à Dieu” reprend « le chant des anges à la naissance de Jésus à Bethléem, joyeuse annonce de l’étreinte entre le ciel et la terre .

Le pape a poursuivi sa catéchèse sur la messe et s’est surtout arrêté sur la collecte, oraison qui suit l’hymne du “Gloire à Dieu”.

« De la rencontre entre la misère humaine et la miséricorde divine » « prend vie la gratitude exprimée dans le “Gloire à Dieu” », a encore dit le pape.

Le prêtre invite les fidèles à se recueillir un moment en silence, a expliqué le pape, « afin de prendre conscience qu’il est en présence de Dieu et de faire émerger, chacun dans son cœur, les intentions personnelles avec lesquelles il participe à la messe ».

Le silence, a insisté le pape « ne se réduit pas à l’absence de parole, mais consiste à se disposer à écouter d’autres voix : celle de notre cœur et, surtout, la voix de l’Esprit-Saint ». Il s’agit donc « d’écouter notre âme pour l’ouvrir ensuite au Seigneur », tandis que le prêtre conclut à haute voix en rassemblant toute les intentions dans la collecte.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le parcours de catéchèse sur la célébration eucharistique, nous avons vu que l’acte pénitentiel nous aide à nous dépouiller de nos prétentions et à nous présenter à Dieu tels que nous sommes réellement, conscients d’être pécheurs, dans l’espoir d’être pardonnés.

C’est précisément de la rencontre entre la misère humaine et la miséricorde divine que prend vie la gratitude exprimée dans le “Gloire à Dieu”, « une hymne très ancienne et vénérable par laquelle l’Église, rassemblée dans l’Esprit-Saint, glorifie et supplie Dieu le Père et l’Agneau (Présentation générale du Missel romain, 53).

Le début de cette hymne – “Gloire à Dieu au plus haut des cieux” – reprend le chant des anges à la naissance de Jésus à Bethléem, joyeuse annonce de l’étreinte entre le ciel et la terre. Ce chant nous implique nous aussi, rassemblés dans la prière : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’il aime ». Après le “Gloire à Dieu”, ou plutôt, quand il n’y a pas celui-ci, aussitôt après l’acte pénitentiel, la prière prend une forme particulière dans l’oraison nommée “collecte”, à travers laquelle est exprimé le caractère propre de la célébration, variable selon les jours et les temps de l’année (cf. ibid., 54). Par l’invitation « Prions », le prêtre exhorte le peuple à se recueillir avec lui pendant un moment de silence, afin de prendre conscience qu’il est en présence de Dieu et de faire émerger, chacun dans son cœur, les intentions personnelles avec lesquelles il participe à la messe (cf. ibid., 54). Le prêtre dit « Prions », puis vient un moment de silence et chacun pense à ce dont il a besoin, ce qu’il veut demander, dans la prière.

Le silence ne se réduit pas à l’absence de parole, mais consiste à se disposer à écouter d’autres voix : celle de notre cœur et, surtout, la voix de l’Esprit-Saint. Dans la liturgie, la nature du silence sacré dépend du moment où il a lieu : « Pendant l’acte pénitentiel et après l’invitation à la prière, il aide au recueillement ; après la lecture et l’homélie, c’est un rappel à méditer brièvement sur ce que l’on a écouté ; après la communion, il favorise la prière intérieure de louange et de supplication » (ibid., 45).

Par conséquent, avant l’oraison initiale, le silence aide à se recueillir et à penser à la raison pour laquelle nous sommes là. Il est alors important d’écouter notre âme pour l’ouvrir ensuite au Seigneur. Peut-être venons-nous un jour de fatigue, de joie, de souffrance, et nous voulons le dire au Seigneur, invoquer son aide, lui demander d’être proche de nous ; nous avons des proches et des amis malades ou qui traversent des épreuves difficiles, nous désirons confier à Dieu le sort de l’Église et du monde. Et c’est à cela que sert le bref silence avant que le prêtre, rassemblant les intentions de chacun, exprime à haute voix à Dieu, au nom de tous, la prière commune qui conclut les rites d’introduction, faisant justement la “collecte” de toutes les intentions. Je recommande vivement aux prêtres d’observer ce moment de silence et de ne pas hâter « Prions » mais de faire silence. Je recommande ceci aux prêtres. Sans ce silence, nous risquons de négliger le recueillement de l’âme.

Le prêtre récite cette supplication, cette oraison de collecte, les bras étendus dans l’attitude du priant, assumée par les chrétiens depuis les premiers siècles – comme en témoignent les fresques des catacombes romaines – pour imiter le Christ les bras ouverts sur le bois de la croix. Et là, le Christ est le priant et il est aussi la prière ! Sur le crucifix, nous reconnaissons le prêtre qui offre à Dieu le culte qui lui plaît, c’est-à-dire l’obéissance filiale.

Dans le rite romain, les oraisons sont concises mais riches de signification : on peut faire beaucoup de belles méditations sur ces oraisons. Très belles ! Revenir sur ces textes pour les méditer, même en dehors de la messe, peut nous aider à apprendre comment nous adresser à Dieu, quoi demander et quels mots employer. Puisse la liturgie devenir pour nous tous une véritable école de prière !

 

 

 

Les rites d’introduction manifestent que nous sommes une communauté

 

La célébration de la messe s’ouvre par des rites d’introduction : « ces gestes, qui risquent de passer inobservés, sont très importants parce qu’ils expriment dès le début que la messe est une rencontre d’amour avec le Christ », explique le pape François.

Le pape a annoncé qu’il expliquerait « ses différents moments » pour « une meilleure compréhension » bien que la célébration soit « un unique corps » que l’on « ne peut pas séparer ».

 « La messe commence par le Signe de croix, par ces rites d’introduction, parce que c’est là que nous commençons à adorer Dieu en communauté », a poursuivi le pape. « Et c’est pourquoi il est important de prévoir de ne pas arriver en retard, mais au contraire à l’avance, pour préparer son cœur à ce rite, à cette célébration de la communauté ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais entrer dans le vif de la célébration eucharistique. La messe est composée de deux parties qui sont la liturgie de la Parole et la liturgie eucharistique,  si étroitement liées entre elles qu’elles forment un unique acte de culte (cf Sacrosanctum Concilium, 56; Présentation générale du Missel romain, 28). Introduite par quelques rites préparatoires et conclue par d’autres, la célébration est donc un unique corps et l’on ne peut pas séparer mais, pour une meilleure compréhension, je chercherai à expliquer ses différents moments, chacun desquels est capable de toucher et d’impliquer une dimension de notre humanité. Il est nécessaire de connaître ces signes saints pour vivre pleinement la messe et goûter toute sa beauté.

Quand le peuple est rassemblé, la célébration s’ouvre par les rites d’introduction, qui comprennent l’entrée des célébrants ou du célébrant, la salutation – « Le Seigneur soit avec vous », « La paix soit avec vous » -, l’acte pénitentiel – « Je confesse », où nous demandons pardon pour nos péchés -, le Kyrie eleison, l’hymne du Gloire à Dieu et l’oraison collecte : on l’appelle « collecte », non pas parce qu’on fait la collecte des offrandes ; c’est la collecte des intentions de prière de tous les peuples ; et cette collecte de l’intention des peuples monte au ciel comme une prière. Leur but – de ces rites d’introduction – est de faire « que les fidèles, réunis ensemble, forment une communauté et se disposent à écouter avec foi la Parole de Dieu et à célébrer dignement l’Eucharistie » (Présentation générale du Missel romain, 46). Ce n’est pas une bonne habitude de regarder sa montre en disant : « Je suis dans les temps, j’arrive après le sermon et comme cela, j’accomplis le précepte ». La messe commence par le Signe de croix, par ces rites d’introduction, parce que c’est là que nous commençons à adorer Dieu en communauté. Et c’est pourquoi il est important de prévoir de ne pas arriver en retard, mais au contraire à l’avance, pour préparer son cœur à ce rite, à cette célébration de la communauté.

Tandis que, normalement, on chante le chant d’entrée, le prêtre et les autres ministres rejoignent en procession le presbyterium et là, ils saluent l’autel en s’inclinant et, en signe de vénération, ils l’embrassent et, quand il y a de l’encens, il l’encense. Pourquoi ? Parce que l’autel est le Christ : c’est la figure du Christ. Quand nous regardons l’autel, nous regardons précisément là où est le Christ. L’autel est le Christ. Ces gestes, qui risquent de passer inobservés, sont très importants parce qu’ils expriment dès le début que la messe est une rencontre d’amour avec le Christ qui, « en offrant son corps sur la croix […] devient l’autel, la victime et le prêtre » (préface de Pâques V). L’autel, en effet, en tant que signe du Christ, « est le centre de l’action de grâce qui s’accomplit par l’Eucharistie » (Présentation générale du Missel romain, 296) et toute la communauté autour de l’autel qui est le Christ ; non pas pour se regarder mais pour regarder le Christ, parce que le Christ est au centre de la communauté, il n’en est pas loin.
Ensuite il y a le signe de croix. Le prêtre qui préside le trace sur lui-même et tous les membres de l’assemblée font la même chose, conscients que l’acte liturgique s’accomplit « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Et ici, je passe à un autre tout petit sujet. Avez-vous vu comment les enfants font le signe de croix ? Ils ne savent pas ce qu’ils font : parfois, il font un dessin qui n’est pas le signe de la croix. S’il vous plaît, mamans et papas, grands-parents, enseignez aux enfants, dès le début – tout petits – à bien faire le signe de croix. Et expliquez-lui que c’est comme la protection de la croix de Jésus. Et la messe commence par le signe de croix. Toute la prière se déroule, pour ainsi dire, dans l’espace de la très Sainte Trinité – « Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » -, qui est un espace de communion infinie ; il a comme origine et comme fin l’amour de Dieu un et trine, qui nous est manifesté et donné dans la croix du Christ. En effet, son mystère pascal est le don de la Trinité et l’Eucharistie jaillit toujours de son cœur transpercé. En nous marquant du signe de la croix, par conséquent, non seulement nous faisons mémoire de notre baptême, mais nous affirmons que la prière liturgique est la rencontre avec Dieu dans le Christ Jésus qui, pour nous, s’est incarné, est mort sur la croix et est ressuscité glorieux.

Ensuite le prêtre prononce la salutation liturgique par l’expression : « Le Seigneur soit avec vous », ou une autre semblable – il y en a plusieurs – et l’assemblée répond : « Et avec ton esprit ». Nous sommes en dialogue ; nous sommes au début de la messe et nous devons penser à la signification de tous ces gestes et paroles. Nous entrons dans une « symphonie » dans laquelle résonnent différentes tonalités de voix, y compris des temps de silence, en vue de créer l’ « accord » entre tous les participants, c’est-à-dire de nous reconnaître animés par un unique Esprit et pour un même but. En effet, « la salutation sacerdotale et la réponse du peuple manifestent le mystère de l’Église rassemblée (Présentation générale du Missel romain, 50). On exprime ainsi la foi commune et le désir mutuel de rester avec le Seigneur et de vivre l’unité avec toute la communauté.

Et c’est une symphonie priante qui se crée et qui présente aussitôt un moment très touchant parce que celui qui préside invite tout le monde à reconnaître ses proches péchés. Nous sommes tous pécheurs. Je ne sais pas, peut-être que l’un d’entre vous n’est pas un pécheur… Si quelqu’un n’est pas un pécheur, qu’il lève la main s’il vous plaît, comme cela nous verrons tous. Mais il n’y a pas de mains levées, cela va bien : vous êtes de bonne foi ! Nous sommes tous pécheurs ; et c’est pourquoi nous demandons pardon au début de la messe. C’est l’acte pénitentiel. Il ne s’agit pas seulement de penser aux péchés commis, mais c’est beaucoup plus : c’est l’invitation à se confesser pécheurs devant Dieu et devant la communauté, devant les frères, avec humilité et sincérité, comme le publicain au temple. Si vraiment l’Eucharistie rend présent le mystère pascal, à savoir le passage du Christ de la mort à la vie, alors la première chose que nous devons faire est de reconnaître quelles sont nos situations de mort pour pouvoir ressusciter avec lui à une vie nouvelle. Cela nous fait comprendre combien l’acte pénitentiel est important. Et c’est pourquoi nous reprendrons ce sujet dans la prochaine catéchèse.

Nous avançons pas à pas dans l’explication de la messe. Mais j’insiste : enseignez bien à vos enfants à faire le signe de croix, s’il vous plaît !