« Dans l’humilité et la confiance »

 

La messe est une « rencontre d’amour » avec le Seigneur, a affirmé le pape François qui a invité à « faire l’expérience que la messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus et, à travers lui, avec Dieu et avec les frères ».

 Le pape a abordé le thème suivant : « La messe est prière ».

Rappelant que tout dialogue suppose aussi « de savoir rester en silence avec Jésus », le pape a souligné deux « prédispositions » pour nous mettre « en sa présence » : être humbles et confiants, « petits comme des enfants » et, comme les enfants aussi, savoir « se laisser surprendre ». Parce que la messe est une « rencontre vivante ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous continuons les catéchèses sur la messe. Pour comprendre la beauté de la célébration eucharistique, je désire commencer par un aspect très simple : la messe est prière, ou plutôt, c’est la prière par excellence, la plus haute, la plus sublime et, en même temps, la plus « concrète ». En effet, c’est la rencontre d’amour avec Dieu à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur.

Mais nous devons d’abord répondre à une question. Qu’est-ce que la prière exactement ? C’est avant tout un dialogue, une relation personnelle avec Dieu. Et l’homme a été créé comme un être en relation personnelle avec Dieu, qui ne trouve sa pleine réalisation que dans la rencontre avec son Créateur. Le chemin de la vie se dirige vers la rencontre définitive avec le Seigneur.

Le Livre de la Genèse affirme que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui est Père et Fils et Esprit-Saint, une relation parfaite d’amour qui est unité. Nous pouvons comprendre que tous, nous avons été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour, en nous donnant et en nous recevant continuellement pour pouvoir trouver ainsi la plénitude de notre être.

Lorsque Moïse, devant le buisson ardent, a reçu l’appel de Dieu, il lui a demandé quel était son nom. Et que répond Dieu ? « Je suis qui je suis » (Ex 3,14). Cette expression, dans son sens originel, exprime une présence et une faveur et, en effet, aussitôt après, Dieu ajoute : « Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob » (v.15). Ainsi aussi le Christ, lorsqu’il appelle ses disciples, les appelle afin qu’ils soient avec lui. C’est donc la grâce la plus grande : pouvoir faire l’expérience que la messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus et, à travers lui, avec Dieu et avec les frères.

Prier, comme tout véritable dialogue, c’est aussi savoir rester en silence – dans les dialogues, il y a des moments de silence – en silence avec Jésus. Et quand nous allons à la messe, peut-être arrivons-nous cinq minutes à l’avance et commençons-nous à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder : c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de se recueillir dans son cœur pour se préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est très important ! Souvenez-vous de ce que j’ai dit la semaine dernière : nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne. Rester en silence avec Jésus. Et du mystérieux silence de Dieu jaillit sa Parole qui résonne dans notre cœur. Jésus lui-même nous enseigne comment il est réellement possible d’ « être » avec le Père et il nous le montre par sa prière. Les Évangiles nous montrent Jésus qui se retire dans des lieux à part pour prier ; les disciples, voyant sa relation intime avec son Père, ressentent le désir de pouvoir y participer et lui demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). Nous avons entendu, dans la lecture qui a précédé, au début de l’audience. Jésus répond que la première chose nécessaire pour prier est de savoir dire « Père ». Soyons attentifs : si je ne suis pas capable de dire « Père » à Dieu, je ne suis pas capable de prier. Nous devons apprendre à dire « Père », c’est-à-dire à nous mettre en sa présence avec une confiance filiale. Mais pour pouvoir apprendre à dire « Père », il faut reconnaître humblement que nous avons besoin d’être instruits, et dire avec simplicité : Seigneur, apprends-moi à prier.

C’est le premier point : être humbles, se reconnaître comme fils et filles, reposer dans le Père, avoir confiance en lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux, il est nécessaire de se faire petits comme des enfants. Dans le sens où les enfants savent faire confiance, ils savent que quelqu’un se préoccupera d’eux, de ce qu’ils mangeront, de ce qu’ils porteront etc. (cf. Mt 6,25-32). C’est la première attitude : confiance et abandon, comme l’enfant à l’égard de ses parents : savoir que Dieu se souvient de toi, qu’il prend soin de toi, de toi, de moi, de tout le monde.

La seconde prédisposition, elle aussi propre aux enfants, est de se laisser surprendre. L’enfant pose toujours mille questions parce qu’il désire découvrir le monde ; et il s’étonne même de petites choses parce que tout est nouveau pour lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut se laisser émerveiller. Dans notre relation au Seigneur, dans la prière – je pose une question – nous laissons-nous surprendre ou pensons-nous que la prière consiste à parler à Dieu comme le font les perroquets ? Non, il s’agit de faire confiance et d’ouvrir son cœur pour se laisser étonner. Nous laissons-nous surprendre par Dieu qui est toujours le Dieu des surprises ? Parce que la rencontre avec le Seigneur est toujours une rencontre vivante, ce n’est pas une rencontre de musée. C’est une rencontre vivante et nous allons à la messe, et pas au musée. Nous allons à une rencontre vivante avec le Seigneur.

Dans l’Évangile, on parle d’un certain Nicodème (Jn 3,1-21), un homme âgé, une autorité en Israël, qui va voir Jésus pour le connaître ; et le Seigneur lui parle de la nécessité de « renaître d’en haut » (cf. v.3). Mais qu’est-ce que cela signifie ? Peut-on « renaître » ? Est-il possible de retrouver le goût, la joie, l’émerveillement de la vie, devant tant de tragédies ? C’est une question fondamentale de notre foi et c’est le désir de tout vrai croyant : le désir de renaître, la joie de recommencer. Avons-nous ce désir ? Chacun de nous a-t-il envie de renaître toujours pour rencontrer le Seigneur ? Avez-vous ce désir, vous ? On peut en effet le perdre facilement parce que, à cause des nombreuses activités, des nombreux projets à mettre en œuvre, à la fin il nous reste peu de temps et nous perdons de vue ce qui est fondamental : la vie de notre cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est une rencontre avec le Seigneur dans la prière.

En vérité, le Seigneur nous surprend en nous montrant qu’il nous aime aussi dans nos faiblesses. « Jésus-Christ […] C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier. » (1 Jn 2,2). Ce don, source de consolation véritable – mais le Seigneur nous pardonne toujours – est une véritable consolation, c’est un don qui nous est fait à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial où l’Époux rencontre notre fragilité. Puis-je dire que, lorsque je reçois la communion à la messe, le Seigneur rencontre ma fragilité ? Oui ! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai ! Le Seigneur rencontre notre fragilité pour nous ramener à notre premier appel : être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Voilà ce qu’est l’Eucharistie, c’est cela, la prière.

 

 

 

Le pape François entame un nouveau cycle de catéchèses sur l’Eucharistie

 

 « Redécouvrir (…) la beauté cachée dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne un sens plein à la vie de chacun », et participer à « la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau », tels sont les objectifs, annoncés par le pape François, du cycle de catéchèses qui ont commencé ce jour.

Le pape François a entamé un nouveau cycle de catéchèses sur l’Eucharistie.

Il a invité à tourner son regard « vers le “cœur” de l’Église, c’est-à-dire l’Eucharistie » afin de « redécouvrir, ou découvrir combien resplendit l’amour de Dieu à travers ce mystère de la foi. » « Pour nous chrétiens, a-t-il ajouté, il est fondamental de bien comprendre la valeur et la signification de la sainte messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation à Dieu ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses qui tournera notre regard vers le « cœur » de l’Église, c’est-à-dire l’Eucharistie. Pour nous chrétiens, il est fondamental de bien comprendre la valeur et la signification de la sainte messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation à Dieu.

Nous ne pouvons pas oublier le grand nombre des chrétiens qui, dans le monde entier, pendant deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie ; et combien, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la messe dominicale. En 304, pendant les persécutions de Dioclétien, un groupe de chrétiens du nord de l’Afrique furent surpris pendant qu’ils célébraient la messe dans une maison et ils furent arrêtés. Le proconsul romain, dans l’interrogatoire, leur demanda pourquoi ils avaient fait cela, sachant que c’était absolument interdit. Et ils répondirent : « Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre », ce qui voulait dire : si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait.

En effet, Jésus a dit à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,53-54).

Ces chrétiens d’Afrique du nord furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie. Ils ont laissé le témoignage selon lequel on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce qu’elle nous donne la vie éternelle, nous rendant participants de la victoire du Christ sur la mort. Un témoignage qui nous interpelle tous et qui demande une réponse sur ce que signifie pour chacun de nous participer au sacrifice de la messe et nous approcher de la Table du Seigneur. Cherchons-nous cette source d’où « jaillit l’eau vive » pour la vie éternelle ?… Qui fait de notre vie un sacrifice spirituel de louange et de remerciement et qui fait de nous un seul corps avec le Christ ? C’est le sens le plus profond de la sainte Eucharistie, qui signifie « remerciement » : remerciement à Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, qui nous implique et nous transforme dans sa communion d’amour.

Dans les prochaines catéchèses, je voudrais donner une réponse à quelques questions importantes sur l’Eucharistie et la messe, pour redécouvrir, ou découvrir combien resplendit l’amour de Dieu à travers ce mystère de la foi.

Le Concile Vatican II a été fortement animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ. Pour ce motif, il était avant tout nécessaire de mettre en œuvre, sous la conduite de l’Esprit-Saint, un renouveau adéquat de la liturgie, parce que l’Église vit continuellement de celle-ci et se renouvelle grâce à elle.

Un thème central que les Pères conciliaires ont souligné est la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau. Et c’est précisément aussi cela le but de ce cycle de catéchèses que nous commençons aujourd’hui : grandir dans la connaissance du grand don que Dieu nous a fait dans l’Eucharistie.

L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus-Christ, notre vie, se rend présent. Participer à la messe, « c’est vivre une autre fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur. C’est une théophanie : le Seigneur se rend présent sur l’autel pour être offert au Père pour le salut du monde » (Homélie de la messe, Maison Sainte-Marthe, 10 février 2014). Le Seigneur est là avec nous, présent. Si souvent, nous y allons, nous regardons les choses, nous bavardons entre nous pendant que le prêtre célèbre l’Eucharistie… et nous ne célébrons pas près de lui. Mais c’est le Seigneur ! Si, aujourd’hui, le président de la République ou quelque personnage très important du monde venait ici, il est certain que nous serions tous à ses côtés, que nous voudrions le saluer. Mais réfléchis : quand tu vas à la messe, le Seigneur est là ! Et tu es distrait. C’est le Seigneur ! Nous devons y réfléchir. « Père, c’est que les messes sont ennuyeuses. – Mais que dis-tu, le Seigneur est ennuyeux ? – Non, non, la messe non, mais les prêtres. – Ah, il faut que les prêtres se convertissent, mais c’est le Seigneur qui est là ! ». Compris ? Ne l’oubliez pas ! « Participer à la messe, c’est vivre une autre fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur ».

Essayons maintenant de nous poser quelques questions simples. Par exemple, pourquoi fait-on le signe de croix et l’acte pénitentiel au début de la messe ? Et ici, je voudrais ouvrir une parenthèse. Vous avez vu comment les enfants font le signe de croix. Tu ne sais pas ce qu’ils font, si c’est le signe de croix ou un dessin. Ils font comme cela [il fait un geste confus]. Il faut enseigner aux enfants à bien faire le signe de croix. C’est ainsi que commence la messe, ainsi que commence la vie, ainsi que commence la journée. Cela veut dire que nous sommes rachetés par la croix du Seigneur. Regardez les enfants et enseignez-leur à bien faire le signe de croix. Et ces Lectures, pendant la messe, pourquoi sont-elles là ? Pourquoi lit-on trois lectures le dimanche et deux les autres jours ? Ou encore, pourquoi, à un certain moment, le prêtre qui préside la célébration dit-il : « Élevons notre cœur ? ». Il ne dit pas : « Élevons nos portables pour faire une photo ! ». Non, ce n’est pas bien ! Et je vous dis que cela me procure beaucoup de tristesse quand je célèbre ici, sur la Place ou dans la Basilique, et que je vois tous ces portables levés, non seulement ceux des fidèles, mais aussi ceux de certains prêtres et même d’évêques. Mais s’il vous plaît ! La messe n’est pas un spectacle : c’est aller à la rencontre de la passion et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi le prêtre dit : « Élevons notre cœur ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Souvenez-vous, pas de portables !

Il est très important de revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce qu’on touche et voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (Jn 20,25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine manière « toucher » Dieu pour croire en lui. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin : le voir, et le toucher pour pouvoir le reconnaître. Les sacrements viennent au devant de cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique en particulier, sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer.

Ainsi, à travers ces catéchèses qui commencent aujourd’hui, je voudrais redécouvrir avec vous la beauté cachée dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne un sens plein à la vie de chacun. Que la Vierge Marie nous accompagne sur ce nouveau tronçon de route. Merci.

 

 

 

« Je suis la résurrection et la vie »

 

 « Jésus a éclairé le mystère de notre mort », affirme le pape François: « Si elle est présente dans la création, elle est cependant une blessure qui défigure le dessein d’amour de Dieu et le Sauveur veut nous en guérir. »

Le pape François continue sa catéchèse sur l’espérance. Il a abordé le thème de l’espérance chrétienne en lien avec la réalité de la mort.

« Chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la foi et des liens qui nous sont chers », Jésus nous dit : « “Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, crois-tu cela ? Crois-tu cela ?” », insiste le pape. « Toute notre existence se joue ici, entre le versant de la foi et le précipice de la peur ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais confronter l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort, une réalité que notre civilisation moderne a de plus en plus tendance à effacer. Ainsi, lorsque la mort arrive, pour quelqu’un qui nous est proche ou pour nous-mêmes, nous nous retrouvons sans y être préparés, privés aussi d’un « alphabet » adapté pour ébaucher des paroles qui aient du sens autour de son mystère qui demeure de toutes façons. Et pourtant, les premiers signes de civilisation humaine sont justement passés à travers cette énigme. Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts.

D’autres civilisations, avant la nôtre, ont eu le courage de la regarder en face. C’était un événement raconté par les personnes âgées aux nouvelles générations, comme une réalité inéluctable qui obligeait l’homme à vivre pour quelque chose d’absolu. Le psaume 89 dit : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (v.12). Compter ses jours fait que le cœur devient sage ! Des paroles qui nous renvoient à un sain réalisme, en chassant le délire de la toute-puissance. Que sommes-nous ? Nous sommes « un néant », dit un autre psaume (cf. 88,48) ; nos jours passent très vite : même si nous vivions cent ans, à la fin, il nous semblera que tout a été un souffle. J’ai souvent entendu des personnes âgées dire : « Ma vie a passé comme un souffle… ».

Ainsi, la mort met notre vie à nu. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient vanité : pure vanité. Nous nous rendons compte avec regret que nous n’avons pas suffisamment aimé et que nous n’avons pas cherché ce qui était essentiel. Et en revanche, nous voyons ce que nous avons semé de vraiment bon : les personnes aimées pour lesquelles nous nous sommes sacrifiés et qui, maintenant, nous tiennent la main.

Jésus a éclairé le mystère de notre mort. Par son comportement, il nous autorise à nous sentir peinés lorsqu’une personne chère s’en va. Lui-même s’est troublé « profondément » devant la tombe de son ami Lazare et « s’est mis à pleurer » (Jn 11,35). Dans cette attitude, nous sentons Jésus très proche, notre frère. Il a pleuré pour son ami Lazare.

Et alors Jésus prie le Père, source de la vie, et ordonne à Lazare de sortir du tombeau. Et c’est ce qui se produit. L’espérance chrétienne puise dans ce comportement que Jésus assume contre la mort humaine : si elle est présente dans la création, elle est cependant une blessure qui défigure le dessein d’amour de Dieu et le Sauveur veut nous en guérir.

Ailleurs les Évangiles racontent l’histoire d’un père dont la fille est très malade et il s’adresse avec foi à Jésus pour qu’il la sauve (cf. Mc 5,21-24.35-43). Et il n’y a pas de personnage plus émouvant que celui d’un père ou d’une mère qui a un enfant malade. Et aussitôt, Jésus se met en route avec cet homme qui s’appelait Jaïre. À un certain moment, quelqu’un de la maison de Jaïre arrive et lui dit que l’enfant est morte et que ce n’est plus la peine de déranger le Maître. Mais Jésus dit à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ». « N’aie pas peur, continue seulement de garder cette flamme allumée ! ». Et puis, lorsqu’ils seront arrivés à la maison, il réveillera l’enfant de la mort et la rendra vivante à ses proches.

Jésus nous place sur cette « ligne de crête » de la foi. À Marthe qui pleure la disparition de son frère Lazare, s’oppose la lumière d’un dogme : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11,25-26). C’est ce que Jésus redit à chacun d’entre nous, chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la foi et des liens qui nous sont chers. Toute notre existence se joue ici, entre le versant de la foi et le précipice de la peur. Jésus dit : « Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, crois-tu cela ? Crois-tu cela ? » Nous, qui sommes aujourd’hui ici sur la place, croyons-nous cela ?

Nous sommes tous petits et sans défense devant le mystère de la mort. Mais quelle grâce si, à ce moment-là nous gardons dans le cœur la flamme de la foi ! Jésus nous prendra par la main, comme il a pris par la main la fille de Jaïre, et il redira encore une fois : « Talitha koum », « Jeune fille, lève-toi ! » (Mc 5,41). Il nous le dira, à chacun de nous : « Relève-toi, ressuscite ! ». Je vous invite, maintenant, à fermer les yeux et à penser à ce moment : celui de notre mort. Que chacun de nous pense à sa mort et s’imagine ce moment qui adviendra, quand Jésus nous prendra par la main et nous dira : « Viens, viens avec moi, lève-toi ». L’espérance finira là et ce sera la réalité, la réalité de la vie. Réfléchissez bien : Jésus lui-même viendra vers chacun de nous et nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour. Et que chacun répète dans son cœur la parole de Jésus : « Lève-toi, viens ! Lève-toi, viens ! Lève-toi, ressuscite ! »

C’est notre espérance devant la mort. Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre tout grand, complètement ; pour celui qui doute, c’est un rayon de lumière qui filtre d’un seuil qui ne s’est pas fermé du tout. Mais pour nous tous, ce sera une grâce, lorsque cette lumière, de la rencontre avec Jésus, nous illuminera.

 

 

 

 « Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, et encore moins un jardin enchanté. Le paradis est l’étreinte avec Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort sur la croix pour nous. ». C’est ce qu’a affirmé le pape François, après avoir fait contempler la scène du dialogue entre Jésus et le bon larron, sur la croix.

Le pape François a conclu le cycle de catéchèses sur l’espérance chrétienne en parlant du paradis, « but de notre espérance ».

« Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons notre nostalgie de son amour », a expliqué le pape François.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

C’est la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne, qui nous a accompagnés depuis le début de cette année liturgique. Et je conclurai en parlant du paradis, comme but de notre espérance.

« Paradis » est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. À côté de lui, à droite et à gauche, il y a deux malfaiteurs. Peut-être qu’en passant devant ces trois croix hissées sur le Golgotha, quelqu’un a poussé un soupir de soulagement en pensant que la justice était enfin rendue en mettant à mort ce genre de personnes.

À côté de Jésus, il y a aussi quelqu’un qui s’avoue coupable : quelqu’un qui reconnaît avoir mérité ce terrible supplice. Nous l’appelons le « bon larron » qui, s’opposant à l’autre, dit : nous, nous recevons ce que nous avons mérité par nos actions (cf. Lc 23,41).

Sur le Calvaire, en ce tragique et saint vendredi, Jésus est allé à l’extrême de son incarnation, de sa solidarité avec nous, pécheurs. Là, se réalise ce que le prophète Isaïe avait dit du Serviteur souffrant : « il a été compté avec les pécheurs » (53,21 ; cf. Lc 22,37).

C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a son dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir grand à lui aussi les portes de son Royaume. C’est intéressant : c’est la seule fois que le mot « paradis » apparaît dans les Évangiles. Jésus le promet à un « pauvre diable » qui, sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des demandes : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Il n’avait pas de bonnes œuvres à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confie à Jésus, qu’il reconnaît innocent, bon, si différent de lui (v.41). Cette parole d’humble repentance a été suffisante pour toucher le cœur de Jésus.

Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons notre nostalgie de son amour. Dans les chambres de tant d’hôpitaux ou dans les cellules des prisons, ce miracle se répète d’innombrables fois : il n’y a pas une personne, aussi mal ait-elle vécu, à qui il ne reste que le désespoir et à qui la grâce soit interdite. Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui s’était arrêté pour prier au fond du temple (cf. Lc 18,13). Et chaque fois qu’un homme, faisant le dernier examen de conscience de sa vie, découvre que les manques dépassent de beaucoup les œuvres de bien, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu. Et cela nous donne de l’espérance, cela nous ouvre le cœur !

Dieu est Père et il attend notre retour jusqu’au bout. Et lorsque le fils prodigue de retour commence à confesser ses fautes, son père lui ferme la bouche en l’embrassant (cf. Lc 15,20). Voilà Dieu : c’est comme cela qu’il nous aime !

Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, et encore moins un jardin enchanté. Le paradis est l’étreinte avec Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort sur la croix pour nous. Là où est Jésus, se trouvent la miséricorde et le bonheur ; sans lui, se trouvent le froid et les ténèbres. À l’heure de la mort, le chrétien redit à Jésus : « Souviens-toi de moi ». Et même si plus personne ne se souvenait de nous, Jésus est là, à côté de nous. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. Il veut nous y emmener avec ce peu ou beaucoup de bien qu’il y a eu dans notre vie, pour que rien ne soit perdu de ce qu’il avait déjà racheté. Et dans la maison du Père, il emportera aussi tout ce qui, en nous, a encore besoin de rachat : les manques et les erreurs d’une vie entière. C’est cela, le but de notre existence : que tout s’accomplisse et soit transformé en amour.

Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur et nous pouvons même espérer partir de ce monde de manière sereine, avec une grande confiance. Celui qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons redire nous aussi les paroles du vieillard Siméon, lui aussi béni par sa rencontre avec le Christ, après une vie entière consumée dans l’attente : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2,29-30).

 

Et à cet instant, enfin, nous n’aurons plus besoin de rien, nous ne verrons plus de manière confuse. Nous ne pleurerons plus inutilement parce que tout est passé ; même les prophéties, même la connaissance. Mais l’amour, non, il demeure. Parce que « l’amour ne passera jamais » (cf. 1 Co 13,8).

 

Ne jamais baisser la garde

 « Il faut être prêts pour le salut qui arrive, prêts pour la rencontre » déclare le pape François, car « rien n’est plus certain, dans la foi des chrétiens, que ce “rendez-vous”, ce rendez-vous avec le Seigneur quand il viendra ». D’ici là, « Jésus veut que notre existence soit laborieuse, que nous ne baissions jamais la garde, pour accueillir avec gratitude et étonnement chaque nouveau jour qui nous est donné par Dieu ».

Le pape a exhorté à regarder « toujours en avant, vers un avenir qui n’est pas seulement l’œuvre de nos mains mais qui est avant tout une préoccupation constante de la providence de Dieu. Tout ce qui est opaque deviendra un jour lumière », a-t-il affirmé.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur cette dimension de l’espérance qu’est l’attente vigilante. Le thème de la vigilance est un des fils conducteurs du Nouveau Testament. Jésus prêche à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte » (Lc 12,35-36). En ce temps qui suit la résurrection de Jésus, où alternent continuellement des moments sereins et d’autres angoissés, les chrétiens ne s’installent jamais. L’Évangile recommande d’être comme des serviteurs qui ne vont jamais dormir tant que leur maître n’est pas rentré. Ce monde requiert notre responsabilité et nous l’assumons tout entière et avec amour. Jésus veut que notre existence soit laborieuse, que nous ne baissions jamais la garde, pour accueillir avec gratitude et étonnement chaque nouveau jour qui nous est donné par Dieu. Chaque matin est une page blanche que le chrétien commence à écrire avec ses œuvres bonnes. Nous avons déjà été sauvés par la rédemption de Jésus, mais maintenant nous attendons la pleine manifestation de sa seigneurie : quand enfin Dieu sera tout en tous (cf. 1 Cor 15,28). Rien n’est plus certain, dans la foi des chrétiens, que ce « rendez-vous », ce rendez-vous avec le Seigneur quand il viendra. Et quand ce jour arrivera, nous autres, chrétiens, nous voulons être comme ces serviteurs qui ont passé la nuit la ceinture autour des reins et les lampes allumées : il faut être prêts pour le salut qui arrive, prêts pour la rencontre. Avez-vous pensé, vous, à comment sera cette rencontre avec Jésus, quand il viendra ? Mais ce sera une étreinte, une joie immense, une grande joie ! Nous devons vivre dans l’attente de cette rencontre.

Le chrétien n’est pas fait pour l’ennui, mais plutôt pour la patience. Il sait que même dans la monotonie de certains jours toujours semblables, se cache un mystère de grâce. Il y a des personnes qui, avec la persévérance de leur amour, deviennent comme des puits qui irriguent le désert. Rien ne se produit en vain et aucune situation où un chrétien se trouve immergé n’est complètement réfractaire à l’amour. Aucune nuit n’est assez longue pour faire oublier la joie de l’aurore. Et plus la nuit est obscure, plus l’aurore est proche. Si nous restons unis à Jésus, le froid des moments difficiles ne nous paralyse pas ; et si même le monde entier prêchait contre l’espérance, s’il disait que l’avenir n’apportera que des nuages obscurs, le chrétien sait que, dans cet avenir-là, il y a le retour du Christ. Quand cela se produira, personne ne le sait mais la pensée qu’à la fin de notre histoire il y a Jésus miséricordieux suffit pour donner confiance et ne pas maudire la vie. Tout sera sauvé. Tout. Nous souffrirons, il y aura des moments qui suscitent colère et indignation, mais le doux et puissant souvenir du Christ chassera la tentation de penser que cette vie est une erreur.
Après avoir connu Jésus, nous ne pouvons faire autrement que de scruter l’histoire avec confiance et espérance. Jésus est comme une maison et nous sommes à l’intérieur et, des fenêtres de cette maison, nous regardons le monde. C’est pourquoi nous ne nous refermons pas sur nous-mêmes, nous ne pleurons pas avec mélancolie un passé que l’on imagine doré, mais nous regardons toujours en avant, vers un avenir qui n’est pas seulement l’œuvre de nos mains mais qui est avant tout une préoccupation constante de la providence de Dieu. Tout ce qui est opaque deviendra un jour lumière.

Et pensons que Dieu ne se contredit pas. Jamais. Dieu ne déçoit jamais. Sa volonté à notre égard n’est pas nébuleuse, mais c’est un projet de salut bien déterminé : « car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4). C’est pourquoi nous ne nous abandonnons pas au flot des événements avec pessimisme, comme si l’histoire était un train dont on a perdu le contrôle. La résignation n’est pas une vertu chrétienne. De même qu’il n’est pas chrétien de hausser les épaules ou de courber la tête devant un destin qui nous semble inéluctable.

Celui qui donne de l’espérance au monde n’est jamais une personne soumise. Jésus nous recommande de l’attendre sans rester les mains dans les poches : « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller » (Lc 12,37). Il n’y a pas de bâtisseur de paix qui, à la fin, n’ait pas compromis sa paix personnelle, assumant les problèmes des autres. La personne soumise n’est pas un bâtisseur de paix mais un paresseux, quelqu’un qui ne veut pas se déranger. Alors que le chrétien est un bâtisseur de paix quand il risque, quand il a le courage de risquer pour apporter le bien, le bien que Jésus nous a donné, nous a donné comme un trésor.

Tous les jours de notre vie, redisons cette invocation que les premiers disciples, dans leur langue araméenne, exprimaient par les mots Marana tha, et que nous retrouvons dans le dernier verset de la Bible : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20). C’est le refrain de toute existence chrétienne : dans notre monde, nous n’avons besoin de rien d’autre que d’une caresse du Christ. Quelle grâce si, dans la prière, les jours difficiles de cette vie, nous entendons sa voix qui répond et nous rassure : « Voici que je viens sans tarder » (Ap 22,7)