« Notre foi naît le matin de Pâques »

Poursuivant ses catéchèses sur l’espérance chrétienne, le pape a expliqué que « la foi naît de la résurrection » : « Accepter que le Christ soit mort, et qu’il soit mort crucifié n’est pas un acte de foi, c’est un fait historique. En revanche, croire qu’il est ressuscité, oui. Notre foi naît le matin de Pâques ».

« Le christianisme est une grâce, c’est une surprise et cela suppose donc un cœur capable de s’étonner », a-t-il ajouté en prévenant : « Un cœur fermé, un cœur rationaliste est incapable d’étonnement et ne peut comprendre ce qu’est le christianisme ».

Le pape a invité chaque baptisé à se rendre à son propre « sépulcre » : « nous en avons tous un petit à l’intérieur. Y aller, et voir comment Dieu est capable de ressusciter de là. (…) Dieu fait croître ses plus belles fleurs au milieu des pierres les plus arides ».

« Être chrétien signifie ne pas partir de la mort, mais de l’amour de Dieu pour nous, qui a vaincu notre ennemie la plus implacable », a aussi souligné le pape François. Et de conclure : « Jésus est encore ici, (…) il est ici, sur la place, avec nous : vivant et ressuscité ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous nous rencontrons en ce jour, dans la lumière de Pâques, que nous avons célébré et que nous continuons de célébrer dans la liturgie. C’est pourquoi, dans notre parcours de catéchèses sur l’espérance chrétienne, je désire aujourd’hui vous parler du Christ ressuscité, notre espérance, comme le présente saint Paul dans la première Lettre aux Corinthiens (cf. chap.15)

L’apôtre veut résoudre une problématique qui était certainement au centre des discussions dans la communauté de Corinthe. La résurrection est le dernier sujet abordé dans la Lettre, mais, en ordre d’importance, c’est probablement le premier : en effet, tout repose sur ce présupposé.

En parlant à ses chrétiens, Paul part d’un donné irréfutable qui n’est pas l’aboutissement de la réflexion de quelque sage, mais un fait, un simple fait qui est intervenu dans la vie de plusieurs personnes. Le christianisme naît d’ici. Ce n’est pas une idéologie, ce n’est pas un système philosophique, mais c’est un chemin de foi qui part d’un événement, dont les premiers disciples de Jésus ont témoigné. Paul le résume ainsi : Jésus est mort pour nos péchés, il a été enseveli et le troisième jour il est ressuscité et il est apparu à Pierre et aux Douze (cf. 1 Cor 15, 3-5). Voilà le fait : il est mort, il est enseveli, il est ressuscité et il est apparu. C’est-à-dire Dieu est vivant ! C’est le cœur du message chrétien.

En annonçant cet événement, qui est le noyau central de la foi, Paul insiste surtout sur le dernier élément du mystère pascal, à savoir le fait que Jésus soit ressuscité. En effet, si tout avait fini avec la mort, nous aurions en lui un exemple de dévouement suprême, mais cela ne pourrait pas engendrer notre foi. Il a été un héros. Non ! Il est mort, mais il est ressuscité. Parce que la foi naît de la résurrection. Accepter que le Christ soit mort, et qu’il soit mort crucifié n’est pas un acte de foi, c’est un fait historique. En revanche, croire qu’il est ressuscité, oui. Notre foi naît le matin de Pâques. Paul fait une liste des personnes auxquelles Jésus ressuscité est apparu (cf. vv.5-7). Nous avons ici une petite synthèse de tous les récits de Pâques et de toutes les personnes qui sont entrées en contact avec le Ressuscité. Au sommet de la liste, il y a Céphas, c’est-à-dire Pierre, et le groupe des Douze, ensuite « cinq cents frères », dont un grand nombre pouvaient encore rendre témoignage, puis Jacques est cité. Le dernier de la liste – comme le moins digne de tous – c’est lui-même. Paul dit de lui-même « l’avorton que je suis » (cf. v.8).

Paul emploie cette expression parce que son histoire personnelle est dramatique : ce n’était pas un enfant de chœur, mais c’était un persécuteur de l’Église, fier de ses convictions ; il se sentait arrivé, avec un idée très limpide de ce qu’était la vie avec ses devoirs. Mais, dans ce cadre parfait – tout était parfait chez Paul, il savait tout – dans ce cadre de vie parfait, un jour se produit ce qui était absolument imprévisible : la rencontre avec Jésus ressuscité, sur la route de Damas. Là, il n’y a pas seulement eu un homme qui est tombé par terre ; il y a eu une personne saisie par un événement qui allait bouleverser le sens de sa vie. Et le persécuteur est devenu apôtre, pourquoi ? Parce que j’ai vu Jésus vivant ! J’ai vu Jésus-Christ ressuscité ! C’est le fondement de la foi de Paul, comme de la foi des autres apôtres, comme de la foi de l’Église, comme de notre foi.

Qu’il est beau de penser que le christianisme est essentiellement cela ! Ce n’est pas tant notre recherche de Dieu – une recherche, en vérité, si hésitante – mais plutôt la recherche de Dieu à notre égard. Jésus nous a pris, nous a saisis, nous a conquis pour ne plus nous lâcher. Le christianisme est une grâce, c’est une surprise et cela suppose donc un cœur capable de s’étonner. Un cœur fermé, un cœur rationaliste est incapable d’étonnement et ne peut comprendre ce qu’est le christianisme. Parce que le christianisme est une grâce et la grâce ne peut que se percevoir et en plus, elle se manifeste dans l’étonnement de la rencontre.

Et alors, même si nous sommes pécheurs – nous le sommes tous – si nos bonnes résolutions sont restées sur le papier ou si, en regardant notre vie, nous nous apercevons que nous avons accumulé les échecs… Au matin de Pâques, nous pouvons faire comme ces personnes dont nous parle l’Évangile : aller au sépulcre du Christ, voir la grande pierre roulée et penser que Dieu est en train de réaliser pour moi, pour nous tous, un avenir inattendu. Aller à notre sépulcre : nous en avons tous un petit à l’intérieur. Y aller, et voir comment Dieu est capable de ressusciter de là. Là, il y a le bonheur, là il y a la joie, la vie, là où tous pensaient qu’il n’y avait que tristesse, échec et ténèbres. Dieu fait croître ses plus belles fleurs au milieu des pierres les plus arides.

 

Être chrétien signifie ne pas partir de la mort, mais de l’amour de Dieu pour nous, qui a vaincu notre ennemie la plus implacable. Dieu est plus grand que le néant et il suffit d’une bougie allumée pour vaincre la plus obscure des nuits. Paul crie, se faisant l’écho des prophètes : « Ô Mort, où est ta victoire ? Ô Mort, où est-il, ton aiguillon ? » (v.55). En ces jours de Pâques, portons ce cri dans notre cœur. Et si l’on nous demande le pourquoi de notre sourire donné et de notre partage patient, nous pourrons alors répondre que Jésus est encore ici, qu’il continue d’être vivant parmi nous, que Jésus est ici, sur la place, avec nous : vivant et ressuscité.

 

« Comment naît l’espérance ? De la croix »

 

 « Ecoutez bien comment est la transformation que produit Pâques : Jésus a transformé notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance. (…) Avec Jésus, toutes nos obscurités peuvent être transformées en lumière, tous nos échecs en victoire, toutes nos déceptions en espérance ».

 « Comment naît l’espérance ?  – De la croix. Regarde la croix, regarde le Christ crucifié et de là t’arrivera l’espérance qui ne disparaît plus, celle qui dure jusqu’à la vie éternelle ».

S’il semble que cette logique soit « perdante », en réalité, « la logique … de l’amour humble, est la voie de Dieu et elle seule donne du fruit ». En effet « posséder pousse toujours à vouloir quelque chose d’autre … qui aime ce qu’il a et vit pour ses propres intérêts se gonfle uniquement de lui-même et perd. En revanche, qui accepte est disponible et sert, vit à la manière de Dieu : alors il est gagnant, il se sauve et il sauve les autres ; il devient semence d’espérance pour le monde ».

« La croix est le passage obligatoire, mais elle n’est pas le but, elle est un passage : le but est la gloire, comme nous le montre Pâques », a aussi souligné le pape.

« L’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance », a-t-il répété à plusieurs reprises, invitant la foule à se demander : « Est-ce que j’aime ? Ai-je appris à aimer ? Est-ce que j’apprends tous les jours à aimer plus ? ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dimanche dernier, nous avons fait mémoire de l’entrée de Jésus dans Jérusalem, parmi les acclamations festives des disciples et d’une grande foule. Ces gens mettaient beaucoup d’espoirs en Jésus : beaucoup attendaient de lui des miracles et de grands signes, des manifestations de puissance et jusqu’à la liberté par rapport aux occupants ennemis. Qui d’entre eux aurait imaginé que, peu après, Jésus serait au contraire humilié, condamné et tué sur la croix ? Les espérances terrestres de ces gens s’écroulent devant la croix. Mais nous croyons que c’est précisément dans le Crucifié que notre espérance renaît. Les espérances terrestres s’écroulent devant la croix, mais des espérances nouvelles renaissent et elles durent pour toujours. L’espérance qui naît de la croix est différente. C’est une espérance différente de celles qui s’écroulent, de celles du monde. Mais de quelle espérance s’agit-il ? Quelle espérance naît de la croix ?

Ce que dit Jésus juste après être entré dans Jérusalem peut nous aider à le comprendre : « si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit » (Jn 12,24). Essayons de penser à un grain ou à une petite graine, qui tombe dans la terre. S’il reste fermé sur lui-même, il ne se passe rien ; si en revanche il se fend, il s’ouvre, alors il donne vie à un épi, à un germe, puis à une plante et la plante donnera son fruit.

Jésus a apporté dans le monde une espérance nouvelle et il l’a fait à la manière de la graine : il s’est fait tout petit, comme un grain de blé ; il a laissé sa gloire céleste pour venir parmi nous : il est « tombé en terre ». Mais cela n’était pas encore suffisant. Pour porter du fruit, Jésus a vécu l’amour jusqu’au bout, se laissant rompre par la mort comme une graine qui se laisse rompre sous la terre. C’est justement là, au point extrême de son abaissement – qui est aussi le point le plus élevé de l’amour – qu’a germé l’espérance. Si quelqu’un de vous demande : « Comment naît l’espérance ?  – De la croix. Regarde la croix, regarde le Christ crucifié et de là t’arrivera l’espérance qui ne disparaît plus, celle qui dure jusqu’à la vie éternelle ». Et cette espérance a germé précisément par la force de l’amour : parce que l’amour qui « espère tout, supporte tout » (1 Cor 13, 7), l’amour qui est la vie de Dieu a renouvelé tout ce qu’il a atteint. Ainsi, à Pâques, Jésus a transformé, en le prenant sur lui, notre péché en pardon. Mais écoutez bien comment est la transformation que produit Pâques : Jésus a transformé notre péché en pardon, notre mort en résurrection, notre peur en confiance. Voilà pourquoi là, sur la croix, notre espérance et née et renaît toujours ; voilà pourquoi, avec Jésus, toute nos obscurités peuvent être transformées en lumière, tous nos échecs en victoire, toutes nos déceptions en espérance. Toutes, oui, toutes. L’espérance surpasse tout, parce qu’elle naît de l’amour de  Jésus qui s’est fait comme le grain de blé en terre et qui est mort pour donner la vie et c’est de cette vie pleine d’amour que vient l’espérance.

Quand nous choisissons l’espérance de Jésus, nous découvrons petit à petit que la manière gagnante de vivre est celle de la graine, celle de l’amour humble. Il n’y a pas d’autre voie pour vaincre le mal et donner l’espérance au monde. Mais vous pouvez me dire : « Non, c’est une logique perdante ! » C’est ce qu’il semble, que ce soit une logique perdante, parce que qui aime perd le pouvoir. Avez-vous pensé à cela ? Qui aime perd le pouvoir, qui donne se dépossède de quelque chose et aimer est un don. En réalité, la logique de la graine qui meurt, de l’amour humble, est la voie de Dieu et elle seule donne du fruit. Nous le voyons aussi en nous : posséder pousse toujours à vouloir quelque chose d’autre : j’ai obtenu quelque chose pour moi et aussitôt j’en veux une autre plus grande et ainsi de suite, et je ne suis jamais satisfait. C’est une mauvaise soif ! Plus tu as, plus tu veux. Qui est vorace n’est jamais rassasié. Et Jésus le dit de manière nette : « Qui aime sa vie la perd » (Jn 12,25). Tu es vorace, tu cherches à avoir beaucoup de choses mais… tu perdras tout, même ta vie en fait : qui aime ce qu’il a et vit pour ses propres intérêts se gonfle uniquement de lui-même et perd. En revanche, qui accepte est disponible et sert, il vit à la manière de Dieu : alors il est gagnant, il se sauve et il sauve les autres ; il devient semence d’espérance pour le monde. Mais c’est beau d’aider les autres, de servir les autres… Peut-être nous lasserons-nous ! Mais la vie est ainsi et le cœur se remplit de joie et d’espérance. C’est l’amour et l’espérance ensemble : servir et donner.

Certes, cet amour vrai passe à travers la croix, le sacrifice, comme pour Jésus. La croix est le passage obligatoire, mais elle n’est pas le but, elle est un passage : le but est la gloire, comme nous le montre Pâques. Et là, une autre très belle image vient à notre aide, celle que Jésus a laissée à ses disciples pendant la dernière Cène. Il dit : « La femme qui enfante est dans la peine parce que son heure est arrivée. Mais, quand l’enfant est né, elle ne se souvient plus de sa souffrance, tout heureuse qu’un être humain soit venu au monde » (Jn 16,21). Voilà : donner sa vie, ne pas la posséder. Et c’est ce que font les mamans : elles donnent une autre vie, elles souffrent, mais ensuite elles sont joyeuses, heureuses parce qu’une autre vie est venue au monde. Cela donne de la joie ; l’amour donne la vie au monde et il donne même du sens à la souffrance. L’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance. Je le répète : l’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance. Et chacun de nous peut se demander : « Est-ce que j’aime ? Ai-je appris à aimer ? Est-ce que j’apprends tous les jours à aimer plus ? », parce que l’amour est le moteur qui fait avancer notre espérance.

Chers frères et sœurs, ces jours-ci, jours d’amour, laissons-nous envelopper par le mystère de Jésus qui, comme un grain de blé, en mourant nous donne la vie. C’est lui la semence de notre espérance. Contemplons le Crucifié, source d’espérance. Petit à petit nous comprendrons qu’espérer avec Jésus, c’est apprendre à voir dès maintenant la plante dans la graine, Pâques dans la croix, la vie dans la mort. Je voudrais maintenant vous donner un devoir à faire à la maison. Cela nous fera du bien à tous de nous arrêter devant le crucifix  – vous en avez tous un à la maison – le regarder et lui dire : « Avec toi, rien n’est perdu. Avec toi, je peux toujours espérer. Tu es mon espérance ». Imaginons maintenant le crucifix et tous ensemble, disons à Jésus crucifié trois fois : « Tu es mon espérance ». Tous : « Tu es mon espérance ». Plus fort : « Tu es mon espérance ». Merci.

 

 

 « Si, aujourd’hui, nous avons le cœur ouvert… nous nous rencontrerons sur la place du ciel »

 « Notre espérance ne porte pas sur des raisonnements, prévisions et assurances humaines ; et elle se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer. Le pape a encouragé à « ouvrir son cœur à la foi et (Dieu) fera le reste ».

Poursuivant sa série de catéchèses sur l’espérance chrétienne, le pape a médité sur la figue d’Abraham qui « a cru et a eu l’espérance contre toute espérance ». « La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela, elle est capable d’aller au-delà de toute espérance, a-t-il assuré. Oui, parce qu’elle n’est pas fondée sur notre parole, mais sur la Parole de Dieu ».

Et le pape d’interpeller la foule : « Nous, nous tous, en sommes-nous convaincus ? Sommes-nous convaincus que Dieu nous aime et que tout ce qu’il nous a promis, il est disposé à l’accomplir ? Mais, Père, combien devons-nous payer pour cela ? Il n’y a qu’un prix : ‘ouvrir son cœur' ».

Ouvrir son cœur, a-t-il expliqué, c’est se fonder « non pas tant sur nos sécurités, sur nos capacités, mais sur l’espérance qui jaillit de la promesse de Dieu… Quand Dieu promet, il accomplit ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole ».

Le pape François a conclu en évoquant l’espérance de l’au-delà : « Aujourd’hui, nous sommes tous sur la place, nous louons le Seigneur, nous chanterons le Notre Père puis nous recevrons la bénédiction… Mais cela passe. Mais ceci est aussi une promesse d’espérance. Si, aujourd’hui, nous avons le cœur ouvert, je vous assure que nous tous, nous nous rencontrerons sur la place du ciel qui ne passe jamais, pour toujours ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le passage de la lettre de saint Paul aux Romains que nous venons d’écouter nous fait un grand don. En effet, nous sommes habitués à reconnaître en Abraham notre père dans la foi ; aujourd’hui, l’apôtre nous fait comprendre qu’Abraham est pour nous un père dans l’espérance ; non seulement père dans la foi, mais père dans l’espérance. Et ceci, parce que dans son histoire, nous pouvons déjà saisir une annonce de la résurrection, de la vie nouvelle qui vainc le mal et la mort elle-même.

Le texte dit qu’Abraham crut dans le Dieu « qui donne la vie aux morts et qui appelle à l’existence ce qui n’existe pas » (Rm 4,17) ; puis il précise : « Il n’a pas faibli dans la foi quand, presque centenaire, il considéra que son corps était déjà marqué par la mort et que Sara ne pouvait plus enfanter » (Rm 4,19). Voilà, c’est l’expérience que nous sommes appelés à vivre nous aussi. Le Dieu qui se révèle à Abraham est le Dieu qui sauve, le Dieu qui fait sortir du désespoir et de la mort, le Dieu qui appelle à la vie. Dans l’histoire d’Abraham, tout devient un hymne à Dieu qui libère et régénère, tout devient prophétie. Et le devient pour nous, pour nous qui, maintenant, reconnaissons et célébrons l’accomplissement de tout cela dans le mystère de la Pâque. Dieu, en effet, « a ressuscité d’entre les morts Jésus » (Rm 4,24) pour que nous aussi nous puissions passer en lui de la mort à la vie. Et alors vraiment, Abraham peut bien se dire « père de nombreux peuples » dans la mesure où il resplendit comme l’annonce d’une humanité nouvelle – nous – rachetée par le Christ du péché et de la mort et introduite une fois pour toutes dans l’étreinte de l’amour de Dieu.

À ce point, Paul nous aide à mettre au point le lien très étroit entre la foi et l’espérance. En effet, il affirme qu’Abraham « crut, espérant contre toute espérance » (Rm 4,18). Notre espérance ne porte pas sur des raisonnements, prévisions et assurances humaines ; et elle se manifeste là où il n’y a plus d’espérance, où il n’y a plus rien en quoi espérer, justement comme cela s’est produit pour Abraham, devant sa mort imminente et la stérilité de sa femme Sara. Pour eux, la fin approche, ils ne pouvaient pas avoir d’enfants et dans cette situation, Abraham a cru et a eu l’espérance contre toute espérance. Et ceci est grand ! La grande espérance s’enracine dans la foi, et précisément pour cela, elle est capable d’aller au-delà de toute espérance. Oui, parce qu’elle n’est pas fondée sur notre parole, mais sur la Parole de Dieu. En ce sens aussi, nous sommes alors appelés à suivre l’exemple d’Abraham qui, pourtant devant l’évidence d’une réalité qui semble vouée à la mort, fait confiance en Dieu « pleinement convaincu que Dieu a la puissance d’accomplir ce qu’il a promis » (Rm 4,21). J’aimerais vous poser une question : nous, nous tous, en sommes-nous convaincus ? Sommes-nous convaincus que Dieu nous aime et que tout ce qu’il nous a promis, il est disposé à l’accomplir ? Mais, Père, combien devons-nous payer pour cela ? Il n’y a qu’un prix : « ouvrir son cœur ». Ouvrez vos cœurs et cette force de Dieu vous fera aller de l’avant, fera des choses miraculeuses et il vous enseignera ce qu’est l’espérance. C’est l’unique prix : ouvrir son cœur à la foi et il fera le reste.

C’est le paradoxe et en même temps l’élément le plus fort, le plus élevé de notre espérance. Une espérance fondée sur une promesse qui, du point de vue humain, semble incertaine et imprévisible, mais qui ne diminue même pas devant la mort, quand c’est le Dieu de la résurrection et de la vie qui promet. Celui qui promet n’est pas n’importe qui ! Celui qui promet est le Dieu de la résurrection et de la vie.

Chers frères et sœurs, demandons aujourd’hui au Seigneur la grâce de rester fondés non pas tant sur nos sécurités, sur nos capacités, mais sur l’espérance qui jaillit de la promesse de Dieu, comme de vrais enfants d’Abraham. Quand Dieu promet, il accomplit ce qu’il promet. Il ne manque jamais à sa parole. Alors, notre vie prendra une lumière nouvelle, avec la conscience que celui qui a ressuscité son Fils nous ressuscitera nous aussi et fera que nous serons un avec lui, avec tous nos frères dans la foi. Nous tous, nous croyons. Aujourd’hui, nous sommes tous sur la place, nous louons le Seigneur, nous chanterons le Notre Père puis nous recevrons la bénédiction… Mais cela passe. Mais ceci est aussi une promesse d’espérance. Si, aujourd’hui, nous avons le cœur ouvert, je vous assure que nous tous, nous nous rencontrerons sur la place du ciel qui ne passe jamais, pour toujours. C’est la promesse de Dieu et c’est notre espérance, si nous ouvrons nos cœurs. Merci.

 

 

 

 « Notre espérance n’est pas un concept, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas un téléphone portable, ce n’est pas un tas de richesses ! Notre espérance est une personne, c’est le Seigneur Jésus que nous reconnaissons vivant et présent en nous et en nos frères ».

Le pape a exhorté à ne pas tant « rendre raison de cette espérance au niveau théorique, en paroles, mais surtout par le témoignage de la vie ». En effet, a-t-il expliqué, « si le Christ est vivant et habite en nous, dans notre cœur, alors nous devons aussi lui permettre de se rendre visible (…) et d’agir en nous (…). Nous devons apprendre à nous comporter comme il s’est comporté. Faire ce que faisait Jésus ».

Notre espérance, a poursuivi le pape, « doit nécessairement sortir de sa prison, prenant la forme exquise et incomparable de la douceur, du respect et de la bienveillance envers le prochain, arrivant carrément à pardonner celui qui nous fait du mal ».

« Une personne qui n’a pas d’espérance ne réussit pas à pardonner », a-t-il prévenu : « Les mafieux pensent que le mal peut être vaincu par le mal et c’est ainsi qu’ils font la ‘vendetta’ (…) parce que les mafieux n’ont pas d’espérance ».

Au contraire, « quand (…) nous acceptons de souffrir pour le bien, c’est comme si nous jetions autour de nous des graines de résurrection ». Le pape François a encouragé à répondre au mal « en invoquant la bénédiction : la bénédiction n’est pas une formalité, ce n’est pas seulement un signe de courtoisie mais c’est un grand don que nous avons reçu en premier et que nous avons la possibilité de partager avec nos frères. C’est l’annonce de l’amour de Dieu ».

Voici notre traduction intégrale de la catéchèse sur l’espérance chrétienne prononcée par le pape François.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La première lettre de l’apôtre Pierre porte en soi un poids extraordinaire ! Il faut la lire une, deux, trois fois pour comprendre ce poids extraordinaire : il parvient à insuffler beaucoup de consolation et de paix, en faisant percevoir combien le Seigneur est toujours à côté de nous et ne nous abandonne jamais, surtout dans les circonstances les plus délicates et difficiles de notre vie. Mais quel est le « secret » de cette lettre et, particulièrement, du passage que nous venons d’écouter (cf. 1 P 3,8-17) ? C’est une question. Je sais qu’aujourd’hui, vous prendrez le Nouveau Testament, vous chercherez la première lettre de Pierre et vous la lirez « adagio adagio » (lentement, ndlr) pour comprendre le secret et la force de cette lettre. Quel est le secret de cette lettre ?

1 Le secret vient du fait que cet écrit plonge ses racines directement dans la Pâque, dans le cœur du mystère que nous allons célébrer, nous faisant ainsi percevoir toute la lumière et la joie qui jaillissent de la mort et de la résurrection du Christ. Le Christ est vraiment ressuscité et ceci est une belle salutation à nous échanger le jour de Pâques : « Le Christ est ressuscité ! Le Christ est ressuscité ! », comme le font tant de peuples. Nous rappeler que le Christ est ressuscité, qu’il est vivant parmi nous, qu’il est vivant et habite en chacun de nous. C’est pour cela que saint Pierre nous invite avec force à l’adorer dans notre cœur (cf. v.15). Là, le Seigneur a pris sa demeure au moment de notre baptême, et de là il continue à nous renouveler, nous et notre vie, nous comblant de son amour et de la plénitude de l’Esprit. Voilà alors pourquoi l’apôtre nous recommande de rendre raison de l’espérance qui est en nous (cf. v.15) : notre espérance n’est pas un concept, ce n’est pas un sentiment, ce n’est pas un téléphone portable, ce n’est pas un tas de richesses ! Notre espérance est une personne, c’est le Seigneur Jésus que nous reconnaissons vivant et présent en nous et en nos frères, parce que le Christ est ressuscité. Lorsqu’ils se saluent, les peuples slaves, au lieu de dire « bonjour », « bonsoir » les jours de Pâques, se saluent par ce « Le Christ est ressuscité », « Christos voskrese ! » disent-ils entre eux ; et ils sont heureux de le dire ! Et c’est le « bonjour » et le « bonsoir » qu’ils se donnent : « Le Christ est ressuscité ! »

2 Nous comprenons alors qu’il ne faut pas tant rendre raison de cette espérance au niveau théorique, en paroles, mais surtout par le témoignage de la vie, et que ceci soit à l’intérieur de la communauté chrétienne, que ce soit en-dehors d’elle. Si le Christ est vivant et habite en nous, dans notre cœur, alors nous devons aussi lui permettre de se rendre visible, ne pas le cacher, et d’agir en nous. Cela signifie que le Seigneur Jésus doit toujours plus devenir notre modèle, modèle de vie, et que nous devons apprendre à nous comporter comme il s’est comporté. Faire ce que faisait Jésus. Par conséquent, l’espérance qui habite en nous ne peut rester cachée à l’intérieur de nous-même, dans notre cœur : ce serait une espérance faible qui n’a pas le courage de sortir et de se faire voir ; mais notre espérance, comme cela transparaît dans le psaume 33 cité par Pierre, doit nécessairement sortir de sa prison, prenant la forme exquise et incomparable de la douceur, du respect et de la bienveillance envers le prochain, arrivant carrément à pardonner celui qui nous fait du mal. Une personne qui n’a pas d’espérance ne réussit pas à pardonner, ne réussit pas à donner la consolation du pardon et à avoir la consolation de pardonner. Oui, parce que c’est ce qu’a fait Jésus et ce qu’il continue de faire à travers ceux qui lui font de la place dans leur cœur et dans leur vie, conscients que le mal n’est pas vaincu pas par le mal mais par l’humilité, la miséricorde et la douceur. Les mafieux pensent que le mal peut être vaincu par le mal et c’est ainsi qu’ils font la « vendetta » (vengeance, ndlr) et qu’ils font beaucoup d’autres choses que nous connaissons tous. Mais ils ne savent pas ce qu’est l’humilité, la miséricorde et la douceur. Et pourquoi ? Parce que les mafieux n’ont pas d’espérance. Pensez à cela.

3 Voilà pourquoi saint Pierre affirme que « mieux vaudrait souffrir en faisant le bien plutôt qu’en faisant le mal » (v.17) : il ne veut pas dire que c’est bien de souffrir mais que, quand nous souffrons pour le bien, nous sommes en communion avec le Seigneur, qui a accepté de souffrir et d’être mis en croix pour notre salut. Alors quand nous aussi, dans les situations plus petites ou plus grandes de notre vie, nous acceptons de souffrir pour le bien, c’est comme si nous jetions autour de nous des graines de résurrection, des graines de vie et que nous faisions resplendir dans l’obscurité la lumière de Pâques. C’est pour cela que l’apôtre nous exhorte à toujours répondre en invoquant la bénédiction (v.9) : la bénédiction n’est pas une formalité, ce n’est pas seulement un signe de courtoisie mais c’est un grand don que nous avons reçu en premier et que nous avons la possibilité de partager avec nos frères. C’est l’annonce de l’amour de Dieu, un amour démesuré, qui ne s’épuise pas, qui ne diminue jamais et qui constitue le vrai fondement de notre espérance.

Chers amis, comprenons aussi pourquoi l’apôtre Pierre nous appelle « heureux » s’il nous arrivait de souffrir pour la justice (v.14). Ce n’est pas seulement pour une raison morale ou ascétique, mais c’est parce que chaque fois que nous prenons la part des derniers et des marginaux ou que nous ne répondons pas au mal par le mal, mais en pardonnant, sans vengeance, en pardonnant et en bénissant, chaque fois que nous faisons cela, nous resplendissons comme des signes vivants et lumineux d’espérance, devenant ainsi un instrument de consolation et de paix, selon le cœur de Dieu. Et ainsi, avançons avec la douceur, l’humilité, l’amabilité et en faisant du bien aussi à ceux qui ne nous aiment pas ou qui nous font du mal. Avançons !

 

 

 

Le catholique « a le devoir d’être proche de ses frères les plus faibles et de prendre en charge leurs fragilités », souligne le pape François. Ainsi la communauté catholique n’est pas « une communauté dans laquelle certains sont de ‘ligue 1’, à savoir les forts, et les autres de ‘ligue 2’, à savoir les faibles ».

Le pape a continué ses catéchèses sur « l’espérance chrétienne ». Il s’est arrêté sur « deux attitudes extrêmement importantes pour notre vie et notre expérience de foi : la ‘persévérance’ et  le ‘réconfort’ ». « La Parole nous révèle que le Seigneur est vraiment ‘ le Dieu de la persévérance et du réconfort’ », a-t-il déclaré : « Il nous aime toujours » et il recouvre « nos blessures » « avec la caresse » « de sa miséricorde ».

« Saint Paul nous rappelle, a dit le pape,  que la persévérance et le réconfort nous sont transmis en particulier par les Écritures ».  Le Christ « demeure toujours fidèle à son amour pour nous, c’est-à-dire qu’il est persévérant dans l’amour avec nous », a-t-il expliqué. « Et il prend soin de nous, … il nous réconforte. »

« La persévérance » pourrait être aussi définie, selon le pape, « comme la patience : c’est la capacité de supporter, de porter sur les épaules ». Tandis que « le réconfort »  « est la grâce de savoir saisir et montrer en toute situation … la présence et l’action pleine de compassion de Dieu ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Depuis déjà quelques semaines, l’apôtre Paul nous aide à mieux comprendre en quoi consiste l’espérance chrétienne. Et nous avons dit que ce n’était pas de l’optimisme, que c’était autre chose. Et l’apôtre nous aide à comprendre cela. Aujourd’hui, il le fait en la rapprochant de deux attitudes extrêmement importantes pour notre vie et notre expérience de foi : la « persévérance » et  le « réconfort » (vv.4.5). Dans le passage de la lettre aux Romains que nous venons d’écouter, elles sont nommées deux fois : d’abord en référence aux Écritures et ensuite à Dieu lui-même. Quelle est leur signification la plus profonde, la plus vraie ? Et de quelle manière font-elles la lumière sur la réalité de l’espérance ? Ces deux attitudes : la persévérance et le réconfort.

Nous pourrions également définir la persévérance comme la patience : c’est la capacité de supporter, de porter sur les épaules, « sup-porter », de rester fidèle, même quand le poids semble devenir trop grand, insoutenable, et que nous serions tentés de juger négativement et d’abandonner tout et tout le monde. Le réconfort, en revanche, est la grâce de savoir saisir et montrer en toute situation, même dans celles qui sont le plus marquées par la désillusion et par la souffrance, la présence et l’action pleine de compassion de Dieu. Maintenant, saint Paul nous rappelle que la persévérance et le réconfort nous sont transmis en particulier par les Écritures (v.4), c’est-à-dire par la Bible. En effet, la Parole de Dieu, en premier lieu, nous pousse à tourner le regard vers Jésus, à mieux le connaître et à nous conformer à lui, à lui ressembler toujours plus. En second lieu, la Parole nous révèle que le Seigneur est vraiment « le Dieu de la persévérance et du réconfort » (v.5), qui demeure toujours fidèle à son amour pour nous, c’est-à-dire qu’il est persévérant dans l’amour avec nous, il ne se lasse pas de nous aimer ! Il est persévérant : il nous aime toujours ! Et il prend soin de nous, recouvrant nos blessures avec la caresse de sa bonté et de sa miséricorde, c’est-à-dire qu’il nous réconforte. Il ne se lasse pas non plus de nous réconforter.

Dans cette perspective, on comprend aussi l’affirmation initiale de l’apôtre : « Nous, les forts, nous devons porter la fragilité des faibles, et non pas faire ce qui nous plaît » (v.1). Cette expression, « nous les forts » pourrait sembler présomptueuse, mais dans la logique de l’Évangile, nous savons qu’il n’en est pas ainsi, ou plutôt, c’est exactement le contraire parce que notre force ne vient pas de nous, mais du Seigneur. Qui fait l’expérience dans sa vie de l’amour fidèle de Dieu et de sa consolation est en mesure, ou plutôt a le devoir d’être proche de ses frères les plus faibles et de prendre en charge leurs fragilités. Si nous sommes proches du Seigneur, nous aurons cette force pour être proches des plus faibles, des plus démunis, pour les consoler et leur donner de la force. C’est ce que cela signifie. Cela nous pouvons le faire sans faire ce qui nous plaît, mais en sentant que nous sommes comme un « canal » qui transmet les dons du Seigneur ; et ainsi il devient concrètement un « semeur » d’espérance. C’est ce que le Seigneur nous demande avec cette force et cette capacité de réconforter et d’être des semeurs d’espérance. Et aujourd’hui, il est nécessaire de semer l’espérance, ce n’est pas facile…

Le fruit de ce style de vie n’est pas une communauté dans laquelle certains sont de « ligue 1 », à savoir les forts, et les autres de « ligue 2 », à savoir les faibles. Le fruit, au contraire, est, comme dit Paul, « être d’accord les uns avec les autres selon le Christ Jésus » (v.5). La parole de Dieu alimente une espérance qui se traduit concrètement dans le partage, un service réciproque. Parce que même celui qui est « fort » se retrouve tôt ou tard à expérimenter la fragilité et à avoir besoin du réconfort des autres ; et vice-versa dans la faiblesse, on peut toujours offrir un sourire ou une main au frère en difficulté. Et c’est une telle communauté qui « d’un même cœur et d’une seule voix rend gloire à Dieu » (cf. v.6). Mais tout ceci est possible si l’on met le Christ au centre avec sa Parole, parce qu’il est le « fort », il est celui qui nous donne la force, qui nous donne la patience, qui nous donne l’espérance, qui nous donne la consolation. Il est le « frère fort » qui prend soin de chacun de nous : en effet, nous avons tous besoin d’être portés sur les épaules du Bon Pasteur et de nous sentir enveloppés de son regard tendre et prévenant.

Chers amis, nous ne remercierons jamais suffisamment Dieu pour le don de sa Parole qui se rend présente dans les Écritures. C’est là que le Père de notre Seigneur Jésus-Christ se révèle comme le « Dieu de la persévérance et du réconfort ». Et c’est là que nous devenons conscients de ce que notre espérance ne se fonde pas sur nos capacités et sur nos forces, mais sur le soutien de Dieu et sur la fidélité de son amour, c’est-à-dire sur la force et le réconfort de Dieu. Merci.