Qu’est-ce que l’amour vrai ?

L’attitude la plus dangereuse de toute vie chrétienne ? « C’est l’orgueil », a répondu le pape François. « Et les gens qui se sentent parfaits, les gens qui critiquent les autres, sont des gens orgueilleux. Personne d’entre nous n’est parfait, personne. » « L’amour vrai, a également assuré le pape, c’est quand nous pouvons aimer, mais avec la grâce de Dieu. »

Poursuivant ses catéchèses sur la prière du « Notre Père », le pape a médité sur la demande « Pardonne-nous nos offenses ». « Il y a des péchés qui se voient et des péchés qui ne se voient pas, a-t-il expliqué à la foule place Saint-Pierre. Il y a des péchés éclatants qui font du bruit, mais il y a aussi des péchés sournois, qui se nichent dans le cœur sans même que nous nous en apercevions. Le pire de ceux-là, c’est l’orgueil qui peut aussi contaminer les personnes qui vivent une vie religieuse intense. »

Et de citer l’exemple d’un couvent de sœurs, « dans les années 1600-1700… au temps du jansénisme : elles étaient absolument parfaites et l’on disait d’elles qu’elles étaient pures comme les anges mais orgueilleuses comme les démons. C’est triste. Le péché divise la fraternité, le péché nous fait penser que nous sommes meilleurs que les autres, le péché nous fait croire que nous sommes semblables à Dieu ».

« C’est la première vérité de toute prière, a aussi souligné le pape : même si nous étions des personnes parfaites, même si nous étions des saints limpides qui ne dévient jamais d’une vie bonne, nous restons toujours des enfants qui doivent tout à leur Père… Même s’il nous arrive à tous de traverser des jours difficiles, nous devons toujours nous rappeler que la vie est une grâce, c’est le miracle que Dieu a extrait du néant. »

« Aucun de nous n’aime Dieu autant qu’il nous a aimés », a-t-il insisté.

Chers frères et sœurs, bonjour !

Après avoir demandé à Dieu le pain de chaque jour, la prière du Notre Père entre dans le domaine de nos relations avec les autres. Et Jésus nous enseigne à demander au Père : « Pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés » (Mt 6,12). De même que nous avons besoin du pain, nous avons aussi besoin du pardon. Et cela tous les jours.

Le chrétien qui prie demande avant tout à Dieu que soient pardonnées ses offenses, c’est-à-dire ses péchés, ce qu’il fait de mal. C’est la première vérité de toute prière : même si nous étions des personnes parfaites, même si nous étions des saints limpides qui ne dévient jamais d’une vie bonne, nous restons toujours des enfants qui doivent tout à leur Père. L’attitude la plus dangereuse de toute vie chrétienne, quelle est-elle ? C’est l’orgueil. C’est l’attitude de celui qui se met devant Dieu en pensant que ses comptes avec lui sont toujours à jour : l’orgueilleux croit qu’il a tout en ordre. Comme le pharisien de la parabole, dans le temple, qui pense prier mais en réalité il se loue lui-même devant Dieu : « Je te remercie, Seigneur, parce que je ne suis pas comme les autres ». Et les gens qui se sentent parfaits, les gens qui critiquent les autres, sont des gens orgueilleux. Personne d’entre nous n’est parfait, personne. Au contraire, le publicain, qui se tenait derrière, dans le temple, un pécheur méprisé par tout le monde, s’arrête sur le seuil du temple et ne se sent pas digne d’entrer, et il se confie à la miséricorde de Dieu. Et Jésus commente ainsi : « c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre » (Lc 18,14), c’est-à-dire pardonné, sauvé. Pourquoi ? Parce qu’il n’était pas orgueilleux, parce qu’il reconnaissait ses limites et ses péchés.

Il y a des péchés qui se voient et des péchés qui ne se voient pas. Il y a des péchés éclatants qui font du bruit, mais il y a aussi des péchés sournois, qui se nichent dans le cœur sans même que nous nous en apercevions. Le pire de ceux-là, c’est l’orgueil qui peut aussi contaminer les personnes qui vivent une vie religieuse intense. Il y avait autrefois un couvent de sœurs, dans les années 1600-1700, connu, au temps du jansénisme : elles étaient absolument parfaites et l’on disait d’elles qu’elles étaient pures comme les anges mais orgueilleuses comme les démons. C’est triste. Le péché divise la fraternité, le péché nous fait penser que nous sommes meilleurs que les autres, le péché nous fait croire que nous sommes semblables à Dieu.

Et au contraire, devant Dieu, nous sommes tous pécheurs et nous avons des motifs de battre notre coulpe – tous ! – comme ce publicain dans le temple. Dans sa première Lettre, saint Jean écrit : « Si nous disons que nous n’avons pas de péché, nous nous égarons nous-mêmes, et la vérité n’est pas en nous » (1 Jn 1,8). Si tu veux te tromper toi-même, dis que tu n’as pas de péché ; comme cela, tu te trompes toi-même.

Nous sommes tous des débiteurs, avant tout parce qu’en cette vie nous avons beaucoup reçu : l’existence, un père et une mère, l’amitié, les merveilles de la création… Même s’il nous arrive à tous de traverser des jours difficiles, nous devons toujours nous rappeler que la vie est une grâce, c’est le miracle que Dieu a extrait du néant.

En second lieu, nous sommes débiteurs parce que, même si nous réussissons à aimer, personne d’entre nous n’est capable de le faire par ses seules forces. L’amour vrai, c’est quand nous pouvons aimer, mais avec la grâce de Dieu. Personne d’entre nous ne brille de sa propre lumière. Il y a ce que les anciens théologiens appelaient un « mysterium lunae », non seulement dans l’identité de l’Église, mais aussi dans l’histoire de chacun de nous. Que signifie ce « mysterium lunae » ? Qui est comme la lune, qui n’a pas sa propre lumière : elle reflète la lumière du soleil. Nous non plus, nous n’avons pas notre propre lumière : la lumière que nous avons est un reflet de la grâce de Dieu, de la lumière de Dieu. Si tu aimes, c’est parce quelqu’un, à l’extérieur de toi, t’a souri quand tu étais enfant, t’enseignant à répondre par un sourire. Si tu aimes, c’est parce que quelqu’un, à côté de toi, t’a éveillé à l’amour, te faisant comprendre qu’en lui réside le sens de l’existence.

Essayons d’écouter l’histoire de quelqu’un qui s’est trompé : un détenu, un condamné, un drogué… nous connaissons tellement de monde qui se trompe dans la vie. Sans préjudice de leur responsabilité, qui est toujours personnelle, tu te demandes parfois qui devrait être inculpé pour leurs erreurs, si c’est seulement leur conscience, ou l’histoire de haine et d’abandon que certaines personnes traînent derrière elles.

Et c’est cela, le mystère de la lune : nous aimons, avant tout parce que nous avons été aimés, nous pardonnons parce que nous avons été pardonnés. Et si quelqu’un n’a pas été illuminé par la lumière du soleil, il devient glacé comme le sol en hiver.

Comment ne pas reconnaître aussi, dans la chaîne d’amour qui nous précède, la présence providentielle de l’amour de Dieu ? Aucun de nous n’aime Dieu autant qu’il nous a aimés. Il suffit de se mettre devant un crucifix pour saisir la disproportion : Il nous a aimés et il nous aime toujours le premier.

Prions donc : Seigneur, même le plus saint parmi nous ne cesse pas d’être ton débiteur. O Père, prends pitié de nous tous !

 

 

 

 « Mettons-nous cela en tête : la nourriture n’est pas une propriété privée », a affirmé le pape François. Elle est « une providence à partager », « un pain offert pour l’humanité ». Et « l’amour ne peut supporter » qu’il ne soit pas partagé. Le pape a invité à ressentir « la faim des multitudes et à prier « jusqu’à ce que leur requête soit exaucée ». Il s’agit, a-t-il expliqué, de demander « pour la fraternité tout entière du monde ». Il a commenté, dans la seconde partie du Notre Père, la demande : « Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour ».

Cette demande, a précisé le pape, «  ressemble beaucoup à l’imploration d’un mendiant ». En effet, « nous ne sommes pas des créatures autosuffisantes » et Jésus n’est pas indifférent à nos besoins : c’est « toute l’existence humaine, avec ses problèmes les plus concrets et quotidiens » qu’il veut nous éduquer à présenter à Dieu. Enfin, a-t-il conclu, seule l’Eucharistie peut « rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime tous les hommes, y compris dans leur recherche du pain quotidien ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous allons analyser la seconde partie du Notre Père, celle où nous présentons à Dieu nos nécessités. Cette seconde partie commence par une parole qui a le parfum du quotidien : le pain.

La prière de Jésus part d’une question impérieuse, qui ressemble beaucoup à l’imploration d’un mendiant : « Donne-nous notre pain quotidien ! » Cette prière vient d’une évidence que nous oublions souvent, à savoir que nous ne sommes pas des créatures autosuffisantes et que nous avons besoin de nous nourrir tous les jours.

Les Écritures nous montrent que, pour beaucoup de personnes, la rencontre avec Jésus s’est réalisée à partir d’une question. Jésus ne demande pas d’invocations raffinées, au contraire, toute l’existence humaine, avec ses problèmes les plus concrets et quotidiens, peut devenir une prière. Dans les Évangiles, nous trouvons une multitude de mendiants qui implorent la libération et le salut. L’un demande le pain, l’autre la guérison ; certains la purification, d’autres la vue, ou encore qu’une personne chère puisse revivre… Jésus ne passe jamais avec indifférence à côté de ces demandes et de ces souffrances.

Jésus nous enseigne donc à demander au Père le pain quotidien. Et il nous enseigne à le faire en union avec tous les hommes et toutes les femmes pour lesquels cette prière est un cri – souvent contenu en eux – qui accompagne leur angoisse de chaque jour. Combien de mères et combien de pères, aujourd’hui encore, vont dormir avec le tourment de ne pas avoir pour le lendemain suffisamment de pain pour leurs enfants ! Imaginons cette prière récitée non pas avec la sécurité d’un appartement confortable, mais dans la précarité d’une chambre dans laquelle on s’adapte, où manque le nécessaire pour vivre. Les paroles de Jésus prennent une force nouvelle. L’oraison chrétienne commence dès ce niveau. Ce n’est pas un exercice pour des ascètes ; cela part de la réalité, du cœur et de la chair de personnes qui vivent dans le besoin, ou qui partagent la condition de ceux qui n’ont pas le nécessaire pour vivre. Les mystiques chrétiens les plus élevés eux-mêmes ne peuvent pas faire abstraction de la simplicité de cette demande : « Père, fais que pour nous et pour tout le monde, il y ait aujourd’hui le pain nécessaire ». Et « pain » signifie aussi eau, médicaments, maison, travail… Demander le nécessaire pour vivre.

Le pain que le chrétien demande dans la prière n’est pas le « mien » mais c’est « notre » pain. C’est ce que veut Jésus. Il nous enseigne à le demander non seulement pour nous-mêmes mais pour la fraternité tout entière du monde. Si l’on ne prie pas de cette manière, le Notre Père cesse d’être une prière chrétienne. Si Dieu est notre Père, comment pouvons-nous nous présenter à lui sans nous prendre par la main ? Nous tous. Et si le pain qu’il nous donne, nous nous le volons entre nous, comment pouvons-nous nous dire ses enfants ? Cette prière contient un comportement d’empathie, un comportement de solidarité. Dans ma faim, je ressens la faim des multitudes, alors je prierai Dieu jusqu’à ce que leur requête soit exaucée. C’est ainsi que Jésus éduque sa communauté, son Église, à apporter à Dieu les nécessités de tous : « Nous sommes tous tes enfants, o Père, aie pitié de nous ! » Et maintenant, cela nous fera du bien de nous arrêter un peu et de penser aux enfants affamés. Pensons aux enfants qui sont dans des pays en guerre : les enfants affamés du Yémen, les enfants affamés en Syrie, les enfants affamés dans tant de pays où il n’y a pas de pain, au Soudan du sud. Pensons à ces enfants et, en pensant à eux, disons ensemble à haute voix la prière : « Père, donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien ». Tous ensemble.

Le pain que nous demandons au Seigneur dans la prière est celui qui, un jour, nous accusera. Il nous reprochera notre manque d’habitude de le rompre avec celui qui nous est proche, notre manque d’habitude de le partager. C’était un pain offert pour l’humanité et, au contraire, il n’a été mangé que par quelques personnes : l’amour ne peut supporter cela. Notre amour ne peut le supporter ; et l’amour de Dieu ne peut pas non plus supporter cet égoïsme de ne pas partager le pain.

Une fois, il y avait une grande foule devant Jésus ; c’était des gens qui avaient faim. Jésus demanda si quelqu’un avait quelque chose, et on ne trouva qu’un enfant disposé à partager ses provisions : cinq pains et deux poissons. Jésus multiplia ce geste généreux (cf. Jn 6,9). Cet enfant avait compris la leçon du Notre Père : que la nourriture n’est pas une propriété privée – mettons-nous cela en tête : la nourriture n’est pas une propriété privée – mais une providence à partager, avec la grâce de Dieu.

Le véritable miracle accompli par Jésus ce jour-là n’est pas tant la multiplication – qui a eu lieu en vrai – mais le partage : donnez ce que vous avez et je ferai le miracle. En multipliant ce pain offert, il a devancé l’offrande de lui-même dans le pain eucharistique. En effet, seule l’Eucharistie est en mesure de rassasier la faim d’infini et le désir de Dieu qui anime tous les hommes, y compris dans leur recherche du pain quotidien.

 

 

 

 « Que ton Règne vienne ! »

L’annonce de la venue du Règne de Dieu n’est pas « une menace » mais « une joyeuse annonce, un message de joie », affirme le pape François. En effet, « Jésus annonce cette chose merveilleuse, cette grâce : Dieu, le Père, nous aime, il est proche de nous et il nous enseigne à marcher sur la voie de la sainteté ». C’est pourquoi, poursuit le pape, « ce n’est pas par la violence que s’instaure le Règne de Dieu : son style de propagation est la douceur » et les signes sont les guérisons opérées par Jésus qui prend soin des malades, des pécheurs et même des « hypocrites ».

 « Jésus est venu ; mais le monde est encore marqué par le péché », a fait observer le pape ; la victoire du Christ « ne s’est pas encore complètement réalisée » et « beaucoup d’hommes et de femmes vivent encore le cœur fermé ». En apportant « la Bonne Nouvelle du salut », Jésus « appelle à se convertir », « à croire en l’Évangile », a-t-il rappelé. Et le pape d’inviter à redire cette parole : « Que ton Règne vienne ! « au milieu de nos péchés et de nos échecs » et pour le monde « peuplé de tant de gens qui souffrent ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Quand nous prions le Notre Père, la seconde invocation par laquelle nous nous adressons à Dieu est « que ton Règne vienne » (Mt 6,10). Après avoir prié pour que son Nom soit sanctifié, le croyant exprime le désir que soit hâtée la venue de son Règne. Ce désir a jailli, pour ainsi dire, du cœur même du Christ, qui a commencé sa prédication en Galilée en proclamant : «  Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1,15). Ces paroles ne sont pas du tout une menace, au contraire, elles sont une joyeuse annonce, un message de joie. Jésus ne veut pas pousser les gens à se convertir en semant la peur du jugement imminent de Dieu ou un sentiment de culpabilité en raison du mal commis. Jésus ne fait pas de prosélytisme : il annonce, simplement. Au contraire, ce qu’il apporte est la Bonne Nouvelle du salut et, à partir d’elle, il appelle à se convertir. Chacun est invité à croire en l’« Évangile » : la seigneurie de Dieu s’est fait proche de ses enfants. Voilà l’Évangile : la seigneurie de Dieu s’est fait proche de ses enfants. Et Jésus annonce cette chose merveilleuse, cette grâce : Dieu, le Père, nous aime, il est proche de nous et il nous enseigne à marcher sur la voie de la sainteté.

Les signes de la venue de ce Règne sont multiples et tous positifs. Jésus commence son ministère en prenant soin des malades, que ce soit dans leur corps ou dans leur esprit, de ceux qui vivent une exclusion sociale – par exemple les lépreux –, des pécheurs regardés par tous avec mépris, et même de ceux qui étaient plus pécheurs qu’eux mais qui faisaient semblant d’être justes. Et Jésus, comment les appelle-t-il, ceux-là ? « Hypocrites ! » Jésus lui-même indique ces signes, les signes du Règne de Dieu : « Les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, et les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Mt 11,5).

« Que ton Règne vienne ! », répète le chrétien avec insistance quand il prie le Notre Père. Jésus est venu ; mais le monde est encore marqué par le péché, peuplé de tant de gens qui souffrent, de personnes qui ne se réconcilient pas et ne pardonnent pas, de guerres et de nombreuses formes d’exploitation ; pensons à la traite des enfants, par exemple. Tous ces faits sont la preuve que la victoire du Christ ne s’est pas encore complètement réalisée : beaucoup d’hommes et de femmes vivent encore le cœur fermé. C’est surtout dans ces situations que, sur les lèvres du chrétien, affleure la deuxième invocation du Notre Père : « Que ton Règne vienne ! ». C’est comme dire : « Père, nous avons besoin de toi ! Jésus, nous avons besoin de toi, nous avons besoin que partout et pour toujours, tu sois le Seigneur au milieu de nous ! ». « Que ton Règne vienne, sois toi-même au milieu de nous ! ».

Parfois, nous nous demandons : comment se fait-il que ce Règne se réalise si lentement ? Jésus aime parler de sa victoire avec le langage des paraboles. Par exemple, il dit que le Règne de Dieu est semblable à un champ où poussent ensemble le bon grain et l’ivraie : la pire erreur serait de vouloir intervenir aussitôt en extirpant du monde ce qui nous semble être des mauvaises herbes. Dieu n’est pas comme nous, Dieu a de la patience. Ce n’est pas par la violence que s’instaure le Règne de Dieu : son style de propagation est la douceur (cf. Mt 13,24-30).

Le Règne de Dieu est certainement une grande force, la plus grande qui soit, mais pas selon les critères du monde ; c’est pourquoi il semble qu’il n’ait jamais la majorité absolue. Il est comme le levain mélangé à la farine : apparemment il disparaît, et pourtant c’est justement lui qui fait fermenter la masse (cf. Mt 13,33). Ou encore il est comme un grain de sénevé, tout petit, presque invisible, mais qui porte en lui la force inouïe de la nature, et une fois qu’il a poussé, il devient le plus grand de tous les arbres du jardin (cf. Mt 13,31-32).

Dans ce « destin » du Règne de Dieu, on peut percevoir la trame de la vie de Jésus : lui aussi a été pour ses contemporains un signe ténu, un événement presque inconnu des historiens officiels de l’époque. Il s’est lui-même défini comme un « grain de blé » qui meurt dans la terre mais qui peut seulement ainsi porter « beaucoup de fruit » (cf. Jn 12,24). Le symbole de la graine est éloquent : un jour le paysan la plante dans la terre (un geste qui ressemble à une sépulture) et puis « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment » (Mc 4,27). Une graine qui germe est davantage l’œuvre de Dieu que celle de l’homme qui l’a semée (cf. Mc 4,27). Dieu nous précède toujours, Dieu nous surprend toujours. Grâce à lui, après la nuit du Vendredi saint, il y a une aube de Résurrection capable d’illuminer d’espérance le monde entier.

 

« Que ton Règne vienne ! ». Semons cette parole au milieu de nos péchés et de nos échecs. Offrons-la aux personnes vaincues et courbées par la vie, à celles qui ont goûté plus de haine que d’amour, à celles qui ont vécu des jours inutiles sans jamais comprendre pourquoi. Donnons-la à ceux qui ont lutté pour la justice, à tous les martyrs de l’histoire, à ceux qui en ont conclu qu’ils s’étaient battus pour rien et que le mal domine toujours dans ce monde. Nous entendrons alors répondre la prière du Notre Père. Elle redira pour la énième fois ces paroles d’espérance, celles que l’Esprit a posées comme un sceau sur toutes les Écritures saintes : « Oui, je viens bientôt ! » : voilà la réponse du Seigneur. « Je viens bientôt ». Amen. Et l’Église du Seigneur répond : « Viens, Seigneur Jésus » (cf. Ap 2,20). « Que ton Règne vienne » revient à dire « Viens, Seigneur Jésus ». Et Jésus dit : « Je viens bientôt ». Et Jésus vient, à sa façon, mais tous les jours. Ayons confiance en cela. Et quand nous prions le Notre Père, nous disons toujours : « Que ton Règne vienne » pour entendre dans notre cœur : « Oui, oui, je viens et je viens bientôt ». Merci !

le Notre Père est la prière des fils et non des esclaves

Méditation sur l’invocation « que ta volonté soit faite »

 « Dieu nous veut libres », affirme le pape François. En effet, le Notre Père est « la prière des fils et non des esclaves ; mais des fils qui connaissent le cœur de leur père et qui sont certains de son dessein d’amour ». C’est pourquoi, explique-t-il, la troisième invocation, « que ta volonté soit faite », est « une prière pleine d’une confiance ardente en Dieu qui veut pour nous le bien, la vie et le salut ». « Cela a du sens d’obéir et de s’abandonner à ce Dieu », poursuit le pape, « parce que nous croyons que Dieu peut et veut transformer la réalité en étant vainqueur du mal par le bien ».

Quelle est donc cette volonté de Dieu, s’est interrogé le pape, avant de répondre en s’inspirant d’un verset de l’Évangile de Luc : « Le Fils de Dieu est venu chercher et sauver ce qui est perdu ». Il s’agit de chacun et du monde entier. Ainsi, « chacun de nous peut dire : “Mais, Dieu me cherche-t-il ? – Oui ! Il te cherche ! Il me cherche !” : Il cherche chacun personnellement. Mais Dieu est grand ! Que d’amour derrière tout cela ! ». Ce que le chrétien demande alors en priant cette invocation, c’est « que la recherche de Dieu aboutisse, que son dessein universel s’accomplisse ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons nos catéchèses sur le Notre Père et nous nous arrêtons aujourd’hui sur la troisième invocation : « Que ta volonté soit faite ». Il faut la lire en lien avec les deux premières – « que ton nom soit sanctifié » et « que ton règne vienne » –  de sorte que l’ensemble forme un triptyque : « que ton nom soit sanctifié », « que ton règne vienne » et « que ta volonté soit faite ». Aujourd’hui, nous parlerons de la troisième.

Avant que l’homme ne prenne soin du monde, il y a les soins inlassables que Dieu procure à l’homme et au monde. Tout l’Évangile reflète cette inversion de perspective. Le pécheur Zachée monte sur un arbre parce qu’il veut voir Jésus mais il ne sait pas que, bien avant, Dieu s’était mis à sa recherche. En arrivant, Jésus lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui, il faut que j’aille demeurer dans ta maison ». Et à la fin, il déclare : « En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,5.10). Voilà la volonté de Dieu, celle pour laquelle nous prions afin qu’elle se fasse. Quelle est la volonté de Dieu incarnée en Jésus ? Chercher et sauver ce qui est perdu. Et dans la prière, nous demandons que la recherche de Dieu aboutisse, que son dessein universel s’accomplisse, d’abord en chacun de nous et ensuite dans le monde entier. Avez-vous pensé à ce que signifie le fait que Dieu soit à ma recherche ? Chacun de nous peut dire : « Mais, Dieu me cherche-t-il ? – Oui ! Il te cherche ! Il me cherche ! » : Il cherche chacun personnellement. Mais Dieu est grand ! Que d’amour derrière tout cela !

Dieu n’est pas ambigu, il ne se cache pas derrière des énigmes, il n’a pas planifié l’avenir du monde d’une manière indéchiffrable. Non, il est clair. Si nous ne comprenons pas cela, nous risquons de ne pas comprendre le sens de la troisième expression du Notre Père. En effet, la Bible est pleine d’expressions qui nous racontent la volonté positive de Dieu à l’égard du monde. Dans le Catéchisme de l’Église catholique, nous trouvons un recueil de citations qui témoignent de cette fidèle et patiente volonté divine (cf. n. 2821-2827). Et dans la Première lettre à Timothée, saint Paul écrit : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la connaissance de la vérité » (2,4). Voilà, sans l’ombre d’un doute, la volonté de Dieu : le salut de l’homme, des hommes, de chacun de nous. Avec son amour, Dieu frappe à la porte de notre cœur. Pourquoi ? Pour nous attirer ; pour nous attirer à lui et nous faire avancer sur le chemin du salut. Dieu est proche de chacun de nous par son amour, pour nous prendre par la main et nous conduire au salut. Que d’amour derrière cela !

En priant « que ta volonté soit faite », nous sommes donc invités à courber servilement la tête, comme si nous étions des esclaves ? Non ! Dieu nous veut libres ; c’est notre amour pour lui qui nous libère. En effet, le Notre Père est la prière des fils et non des esclaves ; mais des fils qui connaissent le cœur de leur père et qui sont certains de son dessein d’amour.

Gare à nous si, en prononçant ces paroles, nous haussions les épaules en signe de capitulation devant un destin qui nous répugne et que nous ne parvenons pas à changer. Au contraire, c’est une prière pleine d’une confiance ardente en Dieu qui veut pour nous le bien, la vie et le salut. Une prière courageuse, et même combattive, parce que dans le monde il y a tellement, trop de réalités qui ne sont pas selon le plan de Dieu. Nous les connaissons tous. En paraphrasant le prophète Isaïe, nous pourrions dire : Ici, Père, il y a la guerre, des abus de pouvoir, l’exploitation ; mais nous savons que tu veux notre bien, c’est pourquoi nous te supplions : que ta volonté soit faite ! Seigneur, renverse les plans du monde, transforme les épées en charrues et les lances en faucilles ; que personne ne s’entraîne plus à l’art de la guerre ! » (cf. 2,4). Dieu veut la paix.

Le Notre Père est une prière qui attise en nous l’amour même de Jésus pour la volonté du Père, une flamme qui pousse à transformer le monde par l’amour. Le chrétien ne croit pas en un « sort » inéluctable. Il n’y a rien d’aléatoire dans la foi des chrétiens : il y a en revanche un salut qui attend de se manifester dans la vie de chaque homme et de chaque femme et de se réaliser dans l’éternité. Si nous prions, c’est parce que nous croyons que Dieu peut et veut transformer la réalité en étant vainqueur du mal par le bien. Cela a du sens d’obéir et de s’abandonner à ce Dieu, même à l’heure de l’épreuve la plus dure.

 

C’est ce qui s’est produit pour Jésus dans le Jardin de Gethsémani, quand il a fait l’expérience de l’angoisse et qu’il a prié : « Père, si tu le veux, éloigne de moi cette coupe ; cependant, que soit faite non pas ma volonté, mais la tienne » (Lc 22,42). Jésus est écrasé par le mal du monde, mais il s’abandonne avec confiance à l’océan de l’amour de la volonté du Père. Les martyrs non plus, dans leur épreuve, ne recherchaient pas la mort, ils recherchaient ce qui est après la mort, la résurrection. Par amour, Dieu peut nous faire marcher sur des sentiers difficiles, expérimenter des blessures et des épines douloureuses, mais il ne nous abandonnera jamais. Il sera toujours avec nous, à nos côtés, en nous. Pour un croyant, plus qu’une espérance, c’est une certitude. Dieu est avec moi. Nous retrouvons la même chose dans cette parabole de l’Évangile de Luc consacrée à la nécessité de prier toujours. Jésus dit : « Et Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? Je vous le déclare : bien vite, il leur fera justice » (18,7-8). Le Seigneur est comme cela, il nous aime comme cela, il nous aime vraiment comme cela. Mais j’ai envie de vous inviter, maintenant, tous ensemble à prier le Notre Père. Et que ceux d’entre vous qui ne savent pas l’italien le prient dans leur propre langue. Prions ensemble.

 

Méditation sur la première demande du Notre Père

Dans la première partie du Notre Père, « Jésus nous fait entrer dans ses désirs, tous adressés au Père ». Et le premier est « Que ton nom soit sanctifié ! », a expliqué le pape. Dans cette demande, a-t-il précisé, « on sent toute l’admiration de Jésus pour la beauté et la grandeur du Père et son désir que tous le reconnaissent et l’aiment pour ce qu’il est vraiment » et aussi « la supplication pour que son nom soit sanctifié en nous, dans notre famille, dans notre communauté et dans le monde entier ». En effet, « la sainteté de Dieu doit se refléter dans nos actions et dans notre vie », a insisté le pape.

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur la prière du Notre Père lors de l’audience générale qui s’est déroulée sur la Place Saint-Pierre, ce mercredi 27 février 2019, en présence des nombreux pèlerins et touristes venus d’Italie et du monde entier en cette période de vacances scolaires pour de nombreux pays. Le pape a abordé aujourd’hui « la première des sept invocations » : « Que ton nom soit sanctifié ! ».

Avec le langage imagé qui lui est propre, le pape a poursuivi : « la sainteté de Dieu est une force en expansion et nous supplions pour qu’il brise rapidement les barrières de notre monde ». La sainteté de Jésus « s’élargit par cercles concentriques, comme quand on jette un caillou dans un étang ». Et de conclure : « Les jours du mal sont comptés – le mal n’est pas éternel –, le mal ne peut plus nous nuire ». Jésus est « l’homme fort qui prend possession de sa maison ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Il semble que l’hiver soit terminé et c’est pourquoi nous sommes de nouveau sur la Place. Bienvenue sur la Place ! Dans notre parcours de redécouverte de la prière du Notre Père, nous approfondirons aujourd’hui la première des sept invocations : « que ton nom soit sanctifié ».

Il y a sept demandes dans le Notre Père, que l’on peut facilement regrouper en deux sous-groupes. Les trois premières sont centrées sur le « Tu » de Dieu le Père ; les quatre autres sont centrées sur le « nous » et sur nos besoins humains. Dans la première partie, Jésus nous fait entrer dans ses désirs, tous adressés au Père : « que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite » ; dans la seconde, c’est lui qui entre en nous et se fait l’interprète de nos besoins : le pain quotidien, le pardon des péchés, l’aide dans la tentation et la libération du mal.

Nous avons ici la matrice de toutes les prières chrétiennes – je dirais de toutes les prières humaines – qui sont toujours faites, d’un côté, de contemplation de Dieu, de son mystère, de sa beauté et de sa bonté et, de l’autre, d’une demande sincère et courageuse de ce dont nous avons besoin pour vivre, et pour bien vivre. Ainsi, dans sa simplicité et dans son caractère essentiel, le Notre Père éduque celui qui le prie à ne pas multiplier les paroles vaines, parce que – comme le dit Jésus lui-même – « votre Père sait de quoi vous avez besoin avant même que vous le lui demandiez » (Mt 6,8).

Quand nous parlons avec Dieu, nous ne le faisons pas pour lui révéler ce que nous avons dans le cœur : il le connaît bien mieux que nous ! Si Dieu est un mystère pour nous, en revanche, nous ne sommes pas une énigme à ses yeux (cf. Ps 139,1-4). Dieu est comme ces mamans auxquelles il suffit d’un regard pour comprendre tous leurs enfants : s’ils sont contents ou tristes, s’ils sont sincères ou s’ils cachent quelque chose…

Le premier pas de la prière chrétienne est donc la remise de nous-mêmes à Dieu, à sa providence. C’est comme si nous disions : « Seigneur, tu sais tout, il n’est même pas nécessaire que je te raconte ma souffrance, je te demande seulement d’être ici, à côté de moi : c’est toi mon espérance ». Il est intéressant de noter que, dans son discours sur la montagne, tout de suite après avoir transmis le texte du Notre Père, Jésus nous exhorte à ne pas nous préoccuper et à ne pas nous tourmenter pour les choses. Cela semble une contradiction : d’abord, il nous enseigne à demander notre pain quotidien et ensuite il nous dit : « Ne vous préoccupez donc pas en disant : Que mangerons-nous ? Que boirons-nous ? De quoi nous vêtirons-nous ? » (Mt 6,31). Mais la contradiction n’est qu’apparente : les questions du chrétien expriment sa confiance dans le Père ; et c’est précisément cette confiance qui nous pousse à demander ce dont nous avons besoin sans nous tourmenter et sans nous agiter.

C’est pour cette raison que nous prions en disant : « Que ton nom soit sanctifié ! ». Dans cette demande – la première ! « Que ton nom soit sanctifié ! » – on sent toute l’admiration de Jésus pour la beauté et la grandeur du Père et son désir que tous le reconnaissent et l’aiment pour ce qu’il est vraiment. Et en même temps, il y a la supplication pour que son nom soit sanctifié en nous, dans notre famille, dans notre communauté et dans le monde entier. C’est Dieu qui sanctifie, qui nous transforme par son amour mais, en même temps, c’est aussi nous qui, par notre témoignage, manifestons la sainteté de Dieu dans le monde, en rendant son nom présent. Dieu est saint, mais si nous, si notre vie n’est pas sainte, il y a une grande incohérence ! La sainteté de Dieu doit se refléter dans nos actions et dans notre vie. « Je suis chrétien, Dieu est saint mais je me comporte mal », non, cela ne sert à rien. Cela fait aussi du mal, cela scandalise et n’aide pas.

La sainteté de Dieu est une force en expansion et nous supplions pour qu’il brise rapidement les barrières de notre monde. Quand Jésus commence à prêcher, le premier à en faire les frais, c’est justement le mal qui afflige le monde. Les esprits mauvais enragent : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : le saint de Dieu » (Mc 1,24). On n’avait jamais vu une sainteté comme là : elle ne se préoccupait pas d’elle-même mais elle était tendue vers l’extérieur. Une sainteté – celle de Jésus – qui s’élargit par cercles concentriques, comme quand on jette un caillou dans un étang. Les jours du mal sont comptés – le mal n’est pas éternel –, le mal ne peut plus nous nuire : l’homme fort qui prend possession de sa maison est arrivé (cf. Mc 3,23-27). Et cet homme fort est Jésus, qui nous donne à nous aussi la force de prendre possession de notre maison intérieure.

La prière chasse toute crainte. Le Père nous aime, le Fils lève les bras en soutenant les nôtres, l’Esprit travaille en secret pour la rédemption du monde. Et nous ? Nous ne vacillons pas dans l’incertitude. Mais nous avons une grande certitude : Dieu m’aime ; Jésus a donné sa vie pour moi ! L’Esprit est en moi. Et c’est là la grande certitude. Et le mal ? Il a peur. Et c’est beau.