«On arrive au Mont Sinaï après avoir traversé la Mer Rouge», explique le pape François dans cette nouvelle catéchèse sur les commandements.

Le pape François a utilisé un commentaire rabbinique sur le don des Dix Paroles pour expliquer le rapport entre la Mer Rouge et le Sinaï: « le Décalogue commence par la générosité de Dieu » car « Dieu ne demande jamais sans donner d’abord » et « Dieu pense à moi ».

Réfutant le volontarisme – une forme de pélégianisme qu’il réfute aussi dans Gaudete et exsultate, dans le sillage du document de la Doctrine de la foi, Placuit Deo, sur ce thème -, qui impose des devoirs avant même d’avoir fait l’expérience d’un Dieu qui aime et qui libère, le pape avertit : « La formation chrétienne n’est pas basée sur la force de la volonté, mais sur l’accueil du salut, sur le fait de se laisser aimer. »

Le pape a aussi cité Benoît XVI – sur l’union des volontés avec celle de Dieu – et les pères du désert pour qui « l’oubli est la racine de tous les maux ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui, cette audience a lieu, comme mercredi dernier : dans la salle Paul VI, il y a beaucoup de malades et pour les garder de la chaleur, parce qu’ils sont plus à l’aise, ils sont là. Mais ils vont suivre l’audience sur grand écran et, nous même avec eux, c’est-à-dire qu’il n’y a pas deux audiences. Il n’y en a qu’une. Nous saluons les malades de la salle Paul VI [applaudissements].

Et continuons à parler des commandements que, comme nous l’avons dit, plus que des commandements sont des « paroles » de Dieu à son peuple pour qu’il marche bien. Des paroles pleines d’amour, d’un père. Les Dix Paroles commencent ainsi: « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t’a fait sortir du pays d’Égypte, de la condition d’esclave » (Exode 20, 2). Ce début semblerait étranger aux lois proprement dites qui suivent. Mais il n’en est pas ainsi.

Pourquoi cette proclamation que Dieu fait de lui-même et de la libération? Parce que l’on arrive au Mont Sinaï après avoir traversé la Mer Rouge: le Dieu d’Israël sauve d’abord, puis il demande la confiance. [1] C’est-à-dire que le Décalogue commence par la générosité de Dieu, que Dieu ne demande jamais sans donner d’abord. Jamais. D’abord, il sauve, d’abord il donne, après, il demande. Notre Père est ainsi, Dieu bon.

Et nous comprenons l’importance de la première déclaration: « Je suis le Seigneur ton Dieu ». Il y a un possessif, il y a une relation, il nous appartient. Dieu n’est pas un étranger: il est ton Dieu. [2] Cela éclaire tout le Décalogue et révèle aussi le secret de l’action chrétienne, car c’est la même attitude de Jésus qui dit: « Comme le Père m’a aimé, je vous ai aimés » (Jn 15,9). Le Christ est aimé par le Père et nous aime avec ce même amour. Il ne part pas de lui-même, mais du Père. Souvent, nos œuvres échouent parce que nous partons de nous-mêmes et non de la gratitude. Et celui qui part de lui-même, où arrive-t-il? Il arrive à lui-même! Il est incapable d’avancer, il revient à lui-même. C’est précisément l’attitude égoïste dont, en plaisantant, les gens disent: « Cette personne est un je, moi avec moi, et pour moi ». Il sort de lui-même et revient à lui-même.

La vie chrétienne est avant tout la réponse reconnaissante à un Père généreux. Les chrétiens qui ne suivent que des «devoirs» montrent qu’ils n’ont pas d’expérience personnelle de ce Dieu qui est «nôtre». Je dois faire ceci, ceci, ceci … seulement des devoirs. Mais il te manque quelque chose! Quel est le fondement de ce devoir? Le fondement de ce devoir c’est l’amour de Dieu le Père, qui donne d’abord, puis commande. Mettre la loi avant la relation n’aide pas le chemin de la foi. Comment un jeune peut-il désirer être chrétien, si nous partons d’obligations, d’engagements, de cohérences et pas de la libération? Mais être chrétien c’est un chemin de libération! Les commandements te libèrent de ton égoïsme et ils te libèrent parce que l’amour de Dieu te fait avancer. La formation chrétienne n’est pas basée sur la force de la volonté, mais sur l’accueil du salut, sur le fait de se laisser aimer: d’abord la Mer Rouge, ensuite le Mont Sinaï. Le salut d’abord: Dieu sauve son peuple de la Mer Rouge; puis au Sinaï, il lui dit ce qu’il doit faire. Mais ce peuple sait qu’il fait cela parce qu’il a été sauvé par un Père qui l’aime.

La gratitude est un trait caractéristique du cœur visité par le Saint-Esprit; pour obéir à Dieu, il faut d’abord se souvenir de ses bienfaits. Saint Basile dit: « Celui qui ne laisse pas ces bienfaits tomber dans l’oubli, s’oriente vers la bonne vertu et vers toute œuvre de justice » (Règles brèves, 56). Où tout cela nous amène-t-il? A faire un exercice de mémoire: [3] combien de belles choses Dieu a faites pour chacun de nous! Comme notre Père céleste est généreux! Maintenant je voudrais vous proposer un petit exercice, en silence, que chacun réponde dans son coeur. Combien de belles choses Dieu a-t-il faites pour moi? Voilà la question. En silence, que chacun de nous réponde. Combien de belles choses Dieu a-t-il faites pour moi? Voilà la libération de Dieu. Dieu fait beaucoup de belles choses et nous libère.

Pourtant, quelqu’un peut sentir qu’il n’a pas encore fait une véritable expérience de la libération de Dieu. Cela peut arriver. Il se pourrait que l’on regarde en soi-même et que l’on y trouve seulement un sens du devoir, une spiritualité de serviteurs et non pas d’enfants. Que faire dans ce cas? Ce qu’ fait le peuple élu. Le Livre de l’Exode dit:  » Du fond de leur esclavage, les fils d’Israël gémirent et crièrent. Du fond de leur esclavage, leur appel monta vers Dieu. Dieu entendit leur plainte ; Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. Dieu regarda les fils d’Israël, et Dieu les reconnut »(Ex2,23-25). Dieu pense à moi.

L’action libératrice de Dieu placée au début du Décalogue, c’est-à-dire des commandements, est la réponse à ce gémissement. Nous ne nous sauvons pas tout seuls, mais de nous pouvons lancer un appel à l’aide: « Seigneur, sauve-moi, Seigneur, enseigne-moi le chemin, Seigneur, caresse-moi, Seigneur, donne-moi un peu de joie ». C’est un cri demandant de l’aide. C’est à nous de demander à être libérés de l’égoïsme, du péché, des chaînes de l’esclavage. Ce cri est important, c’est une prière, c’est la conscience de ce qui est encore opprimé et pas libéré en nous. Il y a tant de choses qui ne sont pas libérées dans notre âme. « Sauve-moi, aide-moi, libère-moi ». C’est une belle prière au Seigneur. Dieu attend ce cri, parce qu’il peut et veut briser nos chaînes; Dieu ne nous a pas appelé à la vie pour rester opprimés, mais être libre et vivre dans la gratitude, en obéissant joyeusement à Celui qui nous a tant donné, infiniment plus que nous ne pourrons jamais lui donner. C’est beau ! Que Dieu soit toujours béni pour tout ce qu’il a fait, fait et fera en nous!

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NOTES

[1] Dans la tradition rabbinique, il y a un texte éclairant à ce sujet: « Pourquoi les 10 paroles n’ont-elles pas été proclamées au début de la Torah? […] À quoi pouvons-nous comparer cela? À un homme qui, en assumant le gouvernement d’une ville, a demandé aux habitants: « Puis-je régner sur vous? ». Mais ils répondirent: « Que nous as-tu fait de bien pour prétendre régner sur nous? ». Alors, qu’a-t-il fait? Il leur a construit des murs défensifs et un canal pour alimenter la ville en eau; puis il a mené pour eux des guerres. Et quand il a demandé à nouveau: « Puis-je régner sur vous? », ils ont répondu: « Oui, oui ». C’est aussi ainsi que le Lieu fit sortir Israël d’Egypte, a divisé la mer pour eux, a fait descendre pour eux la manne et monter de l’eau du puits, leur a apporté en vol des cailles et, enfin, il a combattu pour eux la guerre contre Amalek. Et quand il leur demanda: « Puis-je régner sur vous ?», ils ont répondu: « Oui, oui » « (Le don de la Torah Commentaire sur le Décalogue Ex 20 Mekilta R. Ishamael, Rome 1982, p 49.).

[2] Cf. Benoît XVI, Lett. Deus caritas est, 17: « L’histoire d’amour entre Dieu et l’homme consiste justement dans le fait que cette communion de volonté grandit dans la communion de pensée et de sentiment, et ainsi notre vouloir et la volonté de Dieu coïncident toujours plus: la volonté de Dieu n’est plus pour moi une volonté étrangère, que les commandements m’imposent de l’extérieur, mais elle est ma propre volonté, sur la base de l’expérience que, de fait, Dieu est plus intime à moi-même que je ne le suis à moi-même[10]. C’est alors que grandit l’abandon en Dieu et que Dieu devient notre joie (cf. Ps 72 [73], 23-28). »

[3] Cf. Homélie de la messe à Sainte-Marthe, le 7 octobre 2014: « [Que signifie prier?] C’est se rappeler devant Dieu notre histoire. Parce que notre histoire [est] l’histoire de son amour pour nous ». Cf. Detti e fatti dei padri del deserto, Milan 1975, p. 71: « L’oubli est la racine de tous les maux ».

 

 

C’est un Père qui parle avec bonté.

Dieu n’est pas un oppresseur qui contraint par ses ordres, c’est un Père qui parle avec bonté, entre en dialogue, en relation, en alliance, contrairement à ce que le tentateur a fait croire à Eve et à Adam et à ce qu’il veut faire croire aujourd’hui encore, explique le pape François.

 « Dieu m’impose-t-il les choses ou prend-il soin de moi? Ses commandements sont-ils simplement une loi ou contiennent-ils une parole pour prendre soin de moi? Dieu est-il maître ou père? » a interrogé le pape.

Et la réponse ne s’est pas faite attendre : « Dieu est Père: n’oubliez jamais cela. Même dans les pires situations, pensez que nous avons un Père qui nous aime tous. »

Le pape a fait observer que c’est un combat de tous les jours : « Sommes-nous des sujets ou des enfants? Ce combat, à l’intérieur et à l’extérieur de nous, se produit continuellement: mille fois nous devons choisir entre une mentalité d’esclaves et une mentalité d’enfants. Le commandement vient du maître, la parole vient du Père. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Mercredi dernier nous avons commencé un nouveau cycle de catéchèse, sur les commandements. Nous avons vu que le Seigneur Jésus n’est pas venu abolir la Loi mais l’accomplir. Mais nous devons mieux comprendre cette perspective.

Dans la Bible, les commandements ne vivent pas pour eux-mêmes, mais ils font partie d’un rapport, d’une relation. Le Seigneur Jésus n’est pas venu pour abolir la Loi, mais pour l’accomplir. Et il y a cette relation de l’Alliance (1) entre Dieu et son peuple. Au début du chapitre 20 du livre de l’Exode, nous lisons – et ceci est important – « Dieu prononça tous ces paroles » (v. 1).

Cela semble être une ouverture comme les autres, mais rien n’est banal dans la Bible. Le texte ne dit pas: « Dieu a prononcé ces commandements », mais « ces paroles« . La tradition juive appellera toujours le décalogue « les dix paroles ». Et le terme «décalogue» signifie précisément cela (2). Cependant, ils ont la forme de lois, objectivement ce sont des commandements. Pourquoi, alors, l’auteur sacré utilise-t-il le terme «dix paroles» ici? Pourquoi? Et ne dit-il pas « dix commandements »?

Quelle est la différence entre un ordre et une parole? L’ordre c’est une communication qui ne nécessite pas de dialogue. La parole, au contraire, c’est le moyen essentiel de la relation en tant que dialogue. Dieu le Père crée par sa parole, et son Fils est la Parole faite chair. L’amour se nourrit de paroles, de même que l’éducation ou la collaboration. Deux personnes qui ne s’aiment pas n’arrivent pas à communiquer. Quand quelqu’un parle à notre coeur, notre solitude finit. Il reçoit une parole, la communication est donnée, et les commandements sont des paroles de Dieu: Dieu se communique dans ces dix Paroles et il attend notre réponse.

C’est une chose que de recevoir un ordre, une autre de percevoir que quelqu’un chercher à parler avec nous. Un dialogue c’est beaucoup plus que la communication d’une vérité. Je peux vous dire: « Aujourd’hui c’est le dernier jour du printemps, un printemps chaud, mais aujourd’hui c’est le dernier jour ». C’est une vérité, ce n’est pas un dialogue. Mais si je vous dis: « Que pensez-vous de ce printemps? », je commence un dialogue. Les commandements sont un dialogue. La communication se réalise pour le plaisir de parler et pour le bien concret qui se communique entre ceux qui s’aiment grâce à des paroles. C’est un bien qui ne consiste pas dans des choses, mais dans les personnes mêmes qui se donnent réciproquement dans le dialogue »(Exhortation apostolique Evangelii gaudium, 142).

Mais cette différence n’est pas quelque chose d’artificiel. Regardons ce qui s’est passé au début. Le tentateur, le diable, veut tromper l’homme et la femme sur ce point: il veut les convaincre que Dieu leur a interdit de manger de l’arbre du bien et du mal à les garder soumis. Le défi est le précisément suivant: la première règle que Dieu a donnée à l’homme est l’imposition d’un despote qui interdit et contraint, ou est-ce la sollicitude d’un père qui prend soin de ses enfants et les protège de l’autodestruction? Est-ce une parole ou est-ce un ordre? Le plus tragique, parmi les différents mensonges que le serpent dit à Eve, c’est la suggestion d’une divinité jalouse – « Mais non, Dieu est jaloux de vous » – d’une divinité, et possessive- « Dieu ne veut pas que vous ayez la liberté ». Les faits démontrent de façon dramatique que le serpent a menti (Gn 2, 16-17, 3.4-5) : il a fait croire qu’une parole d’amour était un ordre.

L’homme se trouve face à ce carrefour: Dieu m’impose-t-il les choses ou prend-il soin de moi? Ses commandements sont-ils simplement une loi ou contiennent-ils une parole pour prendre soin de moi? Dieu est-il maître ou père? Dieu est Père: n’oubliez jamais cela. Même dans les pires situations, pensez que nous avons un Père qui nous aime tous. Sommes-nous des sujets ou des enfants? Ce combat, à l’intérieur et à l’extérieur de nous, se produit continuellement: mille fois nous devons choisir entre une mentalité d’esclaves et une mentalité d’enfants. Le commandement vient du maître, la parole vient du Père.

L’Esprit Saint est un Esprit d’enfants, il est l’Esprit de Jésus. Un esprit d ‘esclaves ne peut qu’accueillir la loi oppressive, et peut produire deux résultats opposés: soit une vie faite de devoirs et d’obligations, ou une réaction violente de refus. Tout le christianisme c’est le passage de la lettre de la Loi à l’Esprit qui donne la vie (2 Co 3, 5-17). Jésus est la Parole du Père, ce n’est pas la condamnation du Père. Jésus est venu sauver, par sa Parole, pas pour nous condamner.

On le voit, si un homme ou une femme a vécu ce passage ou pas. Les gens se rendent compte si un chrétien raisonne en fils ou en esclave. Et nous-mêmes, nous nous souvenons si nos éducateurs ont pris soin de nous comme des pères et des mères, ou s’ils n’ont fait que nous imposer des règles. Les commandements sont le chemin de la liberté, parce qu’ils sont la parole du Père qui nous rend libres sur ce chemin.

Le monde n’a pas besoin de légalisme, mais de sollicitude. Il a besoin de chrétiens qui ont un cœur d’enfants (3). Il a besoin de chrétiens un cœur de fils: ne l’oubliez pas.

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NOTES

1.      Le ch. 20 du livre de l’Exode est précédé par l’offre de l’Alliance au ch. 19, dans lequel il y a cette déclaration centrale: « Maintenant, si vous écoutez ma voix et gardez mon alliance, vous serez pour moi une propriété particulière parmi tous les peuples; en effet la terre entière est mienne! Tu seras pour moi un royaume de prêtres et une nation sainte »(Ex 19, 5-6). Cette terminologie trouve une synthèse emblématique en Lv 26, 12: «Je marcherai au milieu de vous, je serai votre Dieu et vous serez mon peuple» et cela arrivera jusqu’au nom du Messie annoncé, dans Isaïe 7, 14, à savoir Emmanuel, qui se retrouve dans l’évangile de Matthieu: « Voici que la vierge concevra et enfantera un fils: il lui sera donné le nom d’Emmanuel, ce qui signifie Dieu avec nous » (Mt 1, 23). Tout cela indique la nature essentiellement relationnelle de la foi juive et, au plus haut degré, de la foi chrétienne.

2.      Cf. aussi Exode 34, 28b: « Il écrivit sur les tables les paroles de l’alliance, les dix paroles. ».

3.      Cf. Jean Paul II, Lett. Veritatis splendor, 12: « Le don du Décalogue est une promesse et le signe de la Nouvelle Alliance, quand la loi sera écrite de nouveau et définitivement dans le coeur de l’homme (cf. Jr 31, 31-34), en se substituant à la loi du péché, que ce coeur avait défiguré (cf. Jr 17: 1). Alors un « nouveau coeur » sera donné parce qu’un « esprit nouveau », l’Esprit de Dieu y habitera (Ez36, 24-28) ».

 

 

 

 

« Recevoir l’Esprit Saint pour le donner aux autres »

Par le sacrement de la confirmation, le don de l’Esprit Saint « entre en nous et fait porter du fruit, pour que nous puissions ensuite le donner aux autres. Toujours recevoir pour donner : ne jamais recevoir et garder les choses à l’intérieur, comme si l’âme était un magasin », explique le pape François : « Les grâces de Dieu se reçoivent pour être données aux autres. C’est la vie du chrétien ».

Le pape François a poursuivi sa catéchèse sur le sacrement de la confirmation. Il a centré sa réflexion sur le don de l’Esprit Saint.

Le pape a conclu en invitant les confirmés à « ne pas mettre l’Esprit Saint “en cage” », à ne pas opposer de résistance au vent qui souffle pour les pousser à marcher dans la liberté, à ne pas suffoquer le feu ardent de la charité qui pousse à consumer sa vie pour Dieu et pour ses frères ». En un mot à avoir « le courage apostolique de communiquer l’Évangile, par les œuvres et par les paroles ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous poursuivons notre réflexion sur le sacrement de la Confirmation, en considérant les effets que le don de l’Esprit Saint fait mûrir chez les confirmés, les conduisant à devenir à leur tour un don pour les autres. L’Esprit-Saint est un don. Souvenons-nous que, quand l’évêque nous donne l’onction avec l’huile, il dit : « Reçois la marque de l’Esprit Saint qui t’est donné ». Ce don de l’Esprit Saint entre en nous et fait porter du fruit, pour que nous puissions ensuite le donner aux autres. Toujours recevoir pour donner : ne jamais recevoir et garder les choses à l’intérieur, comme si l’âme était un magasin. Non : toujours recevoir pour donner. Les grâces de Dieu se reçoivent pour être données aux autres. C’est la vie du chrétien. C’est donc le propre de l’Esprit-Saint de nous décentrer de notre moi pour nous ouvrir au « nous » de la communauté : recevoir pour donner. Nous ne sommes pas au centre : nous sommes un instrument de ce don pour les autres. Complétant dans les baptisés la ressemblance avec le Christ, la Confirmation les unit plus fortement comme membres vivants au corps mystique de l’Église (cf. Rite de la Confirmation, n.25).

La mission de l’Église dans le monde procède à travers l’apport de tous ceux qui en font partie. Certains pensent que, dans l’Église, il y a des patrons : le pape, les évêques, les prêtres, et ensuite il y a les autres. Non : l’Église, c’est nous tous ! Et nous avons tous la responsabilité de nous sanctifier mutuellement, de prendre soin des autres. L’Église, c’est nous tous. Chacun a son travail dans l’Église, mais c’est nous tous.

En effet, nous devons penser à l’Église comme à un organisme vivant, composé de personnes que nous connaissons et avec lesquelles nous cheminons, et non comme à une réalité abstraite et lointaine. L’Église, c’est nous qui marchons, l’Église, c’est nous qui, aujourd’hui, sommes sur cette place. Nous : voilà l’Église. La Confirmation lie à l’Église universelle, dispersée sur toute la terre, mais en impliquant activement les confirmés dans la vie de l’Église particulière à laquelle ils appartiennent, avec à sa tête l’évêque qui est le successeur des apôtres. Et c’est pour cela que l’évêque est le ministre originaire de la Confirmation (cf. Lumen gentium, 26), parce que c’est lui qui insère le confirmé dans l’Église. Le fait que, dans l’Église latine, ce sacrement soit d’ordinaire conféré par l’évêque souligne son « effet d’unir plus étroitement à l’Église, à ses origines apostoliques et à sa mission de témoigner du Christ ceux qui le reçoivent » (Catéchisme de l’Église catholique, 1313).

Et cette incorporation ecclésiale est bien signifiée par le signe de la paix qui conclut le rite de la Confirmation. En effet, l’évêque dit à chaque confirmé : « La paix soit avec toi ». Rappelant le salut du Christ à ses disciples le soir de Pâques, rempli de l’Esprit Saint (cf. Jn 20,19-23) – nous l’avons entendu – ces paroles éclairent un geste qui « exprime la communion ecclésiale avec l’évêque et avec tous les fidèles » (cf. CEC, 1301). À la Confirmation, nous recevons l’Esprit Saint et la paix : cette paix que nous devons donner aux autres. Mais réfléchissons : que chacun pense à sa communauté paroissiale, par exemple. Il y a la cérémonie de la confirmation, et ensuite nous nous donnons la paix : l’évêque la donne au confirmé et ensuite, pendant la messe, nous l’échangeons entre nous. Cela signifie l’harmonie, cela signifie la charité pour nous, cela signifie la paix. Mais que se passe-t-il ensuite ? Nous sortons et nous commençons à dire du mal des autres, à « écorcher » les autres. Nous commençons les commérages. Et les commérages, c’est la guerre. Cela ne va pas ! Si nous avons reçu le signe de la paix avec la force de l’Esprit Saint, nous devons être des hommes et des femmes de paix et ne pas détruire, avec la langue, la paix qu’a faite l’Esprit. Pauvre Esprit Saint, le travail qu’il a avec nous, avec cette habitude du commérage ! Réfléchissez bien : le commérage n’est pas l’œuvre de l’Esprit Saint, ce n’est pas une œuvre de l’unité de l’Église. Le commérage détruit ce que fait Dieu. Mais s’il vous plaît : arrêtons de faire des commérages !

La Confirmation se reçoit une seule fois, mais le dynamisme spirituel suscité par la sainte onction est persévérant dans le temps. Nous ne finirons jamais de réaliser le mandat de répandre partout la bonne odeur d’une vie sainte, inspirée par la fascinante simplicité de l’Évangile. Personne ne reçoit la Confirmation que pour soi, mais pour coopérer à la croissance spirituelle des autres. C’est seulement ainsi, en nous ouvrant et en sortant de nous-mêmes pour rencontrer les frères, que nous pouvons vraiment grandir et ne pas simplement nous leurrer. Ce que nous recevons comme don de la part de Dieu doit être effectivement donné – le don doit être donné – afin d’être fécond, et non pas enseveli sous le prétexte de peurs égoïstes, comme l’enseigne la parabole des talents (cf. Mt 25,14-30).

 

La graine aussi, quand nous avons la graine dans la main, mais ce n’est pas pour la mettre là, dans l’armoire, la laisser là : c’est pour la semer. Le don de l’Esprit Saint, nous devons le donner à la communauté. J’exhorte les confirmés à ne pas mettre l’Esprit Saint « en cage », à ne pas opposer de résistance au vent qui souffle pour les pousser à marcher dans la liberté, à ne pas suffoquer le feu ardent de la charité qui pousse à consumer sa vie pour Dieu et pour ses frères. Que l’Esprit Saint nous accorde à tous le courage apostolique de communiquer l’Évangile, par les œuvres et par les paroles, à ceux que nous rencontrons sur notre route. Par les œuvres et par les paroles, mais les bonnes paroles : celles qui édifient. Pas les paroles des commérages qui détruisent. S’il vous plaît, quand vous sortez de l’église, pensez que la paix que vous avez reçue, c’est pour la donner aux autres : pas pour la détruire par les ragots. N’oubliez pas cela.

 

Nouvelles catéchèses sur les commandements

 « Trouver l’original de la vie, pas la copie », c’est le défi que lance le pape François. « Jésus n’offre pas de succédané, mais la vraie vie, le vrai amour, la vraie richesse », explique-t-il en poursuivant : « Comment les jeunes pourront-ils nous suivre dans la foi s’ils ne nous voient pas choisir l’original, s’ils nous voient habitués aux demi-mesures ? C’est triste de trouver des chrétiens de la demi-mesure ».

Le pape François a lancé un nouveau cycle de catéchèses sur le thème des Commandements. Il a centré cette première catéchèse sur « le désir d’une vie pleine ».

Le pape s’est en particulier tourné vers les jeunes : « Combien de jeunes cherchent à « vivre » et puis se détruisent en allant derrière des choses éphémères ! », a-t-il déploré. C’est pourquoi « il faut demander à notre Père céleste pour les jeunes d’aujourd’hui le don d’une saine inquiétude », car « la vie du jeune consiste à avancer, à être inquiet, la saine inquiétude, la capacité de ne pas se contenter d’une vie sans beauté, sans couleur ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, c’est la fête de saint Antoine de Padoue. Qui parmi vous s’appelle Antoine ? On applaudit tous les Antoine ! Nous commençons aujourd’hui un nouvel itinéraire de catéchèses sur le thème des commandements. Les commandements de la loi de Dieu. Pour l’introduire, nous partons du passage que nous venons d’écouter : la rencontre entre Jésus et un homme – c’est un jeune – qui, à genoux, lui demande comment pouvoir hériter de la vie éternelle (cf. Mc 10, 17-21). Et dans cette question, se trouve le défi de toute existence, et donc la nôtre : le désir d’une vie pleine, infinie. Mais comment faire pour y arriver ? Quel sentier parcourir ? Vivre pour de vrai, vivre une existence noble… Combien de jeunes cherchent à « vivre » et puis se détruisent en allant derrière des choses éphémères !

Certains pensent qu’il vaut mieux éteindre cette impulsion – l’impulsion pour vivre – parce que c’est dangereux. Je voudrais dire, surtout aux jeunes : notre pire ennemi, ce ne sont pas les problèmes concrets, aussi sérieux et dramatiques soient-ils : le plus grand danger de notre vie est un mauvais esprit d’adaptation qui n’est ni douceur ni humilité, mais médiocrité, pusillanimité.1 Un jeune médiocre est-il un jeune avec un avenir ou non ? Non ! Il reste là, il ne grandit pas, il n’aura pas de succès. La médiocrité ou la pusillanimité. Ces jeunes qui ont peur de tout : « Non, je suis comme cela… » Ces jeunes n’avanceront pas. Douceur, force et pas de pusillanimité, pas de médiocrité. Le bienheureux Pier Giorgio Frassati – qui était un jeune – disait qu’il faut vivre et ne pas vivoter.2 Les médiocres vivotent. Vivre avec la force de la vie. Il faut demander à notre Père céleste pour les jeunes d’aujourd’hui le don d’une saine inquiétude. Mais à la maison, dans vos maisons, dans chaque famille, quand on voit un jeune qui reste assis toute la journée, parfois maman et papa pensent : « Mais il est malade, il a quelque chose » et ils l’emmènent chez le médecin. La vie du jeune consiste à avancer, à être inquiet, la saine inquiétude, la capacité de ne pas se contenter d’une vie sans beauté, sans couleur. Si les jeunes ne sont pas affamés d’une vie authentique, je m’interroge, où ira l’humanité ? Où ira l’humanité avec des jeunes tranquilles au lieu d’être inquiets ?

La question de l’homme de l’Évangile, que nous avons entendue, est à l’intérieur de chacun de nous : comment se trouve la vie, la vie en abondance, le bonheur ? Jésus répond : « Tu connais les commandements » (v.19) et il cite une partie du Décalogue. C’est un processus pédagogique, par lequel Jésus veut guider vers un lieu précis ; en effet, il est déjà clair, à partir de sa question, que cet homme n’a pas une vie pleine, il cherche davantage, il est inquiet. Que doit-il donc comprendre ? Il dit : « Maître, tout cela, je l’ai observé dès ma jeunesse » (v.20).

Comment passe-t-on de la jeunesse à la maturité ? Quand on commence à accepter ses limites. On devient adulte quand on relativise et que l’on prend conscience de « ce qui manque » (cf. v.21). Cet homme est contraint à reconnaître que tout ce qu’il peut « faire » ne dépasse pas le plafond, ne pas pas au-delà d’une certaine limite.

Comme il est beau d’être des hommes et des femmes ! Comme notre existence est précieuse. Et pourtant, il y a une vérité que l’homme a souvent refusée, dans l’histoire de ces derniers siècles, avec des conséquences tragiques : la vérité de ses limites.

Dans l’Évangile, Jésus dit quelque chose qui peut nous aider : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes ; je ne suis pas venu pour abolir, mais pour accomplir » (Mt 5, 17). Le Seigneur Jésus offre l’accomplissement, il est venu pour cela. Cet homme devait arriver au seuil d’un saut, où s’ouvre la possibilité d’arrêter de vivre de soi, de ses œuvres, de ses biens et – justement parce qu’il manque une vie pleine – de laisser tout pour suivre le Seigneur.3 À bien regarder, dans l’invitation finale de Jésus – immense, merveilleuse – il n’y a pas la proposition de la pauvreté, mais de la richesse, la vraie : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » (v.21).

Qui, pouvant choisir entre un original et une copie, choisirait la copie ? Voilà le défi : trouver l’original de la vie, pas la copie. Jésus n’offre pas de succédané, mais la vraie vie, le vrai amour, la vraie richesse ! Comment les jeunes pourront-ils nous suivre dans la foi s’ils ne nous voient pas choisir l’original, s’ils nous voient habitués aux demi-mesures ? C’est triste de trouver des chrétiens de la demi-mesure, des chrétiens – je me permets la parole – « nains » ; ils grandissent jusqu’à une certaine stature et puis non ; des chrétiens au cœur rabougri, fermé. C’est triste quand on trouve cela. Il faut l’exemple de quelqu’un qui m’invite à un « au-delà », à un « plus », à grandir un peu. Saint Ignace l’appelait le « magis », « le feu, la ferveur de l’action, qui secoue ceux qui sont endormis ».4

La voie de ce qui manque passe par ce qu’il y a. Jésus n’est pas venu abolir la loi ou les prophètes mais pour les accomplir. Nous devons partir de la réalité pour faire le saut dans « ce qui manque ». Nous devons scruter l’ordinaire pour nous ouvrir à l’extraordinaire.

Dans ces catéchèses, nous prendrons les deux tables de Moïse en chrétiens, en nous tenant à Jésus par la main, pour passer des illusions de la jeunesse au trésor qui est au ciel, en marchant derrière lui. Nous découvrirons, dans chacune de ces lois, anciennes et sages, la porte ouverte du Père qui est dans les cieux pour que le Seigneur Jésus, qui l’a franchie, nous conduise à la vraie vie. Sa vie. La vie des enfants de Dieu.
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[1] Les Pères parlent de pusillanimité (oligopsychìa). Saint Jean Damascène la définit comme « la peur d’accomplir une action » (Exposition exacte de la foi orthodoxe, II,15) et saint Jean Climaque ajoute « que la pusillanimité est une disposition puérile dans une âme qui n’est plus jeune » (L’échelle, XX, 1,2).

[2] Cf. Lettera à Isidoro Bonini, 27 février 1925.

[3] « L’œil a été créé pour la lumière, l’oreille pour les sons, chaque chose pour sa fin et le désir de l’âme pour s’élancer vers le Christ » (Nicola Cabasilas, La vie dans le Christ, II, 90).

[4] Discours à la XXXVI Congrégation générale de la Compagnie de Jésus, 24 octobre 2016 : « Il s’agit de ‘magis’, de ce ‘plus’ qui pousse Ignace à initier des processus, à les accompagner et à évaluer leur réelle incidence dans la vie des personnes, en matière de foi, ou de justice, ou de miséricorde et de charité ».

 

 

L’Esprit-Saint, un don à accueillir avec gratitude

 « L’Esprit est un don non mérité, à accueillir avec gratitude, en faisant de la place à son inépuisable créativité », a affirmé le pape François qui a poursuivi : « C’est un don à conserver avec soin, auquel se soumettre avec docilité, en se laissant façonner, comme la cire, par sa brûlante charité, “pour réfléchir Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui” ».

Le pape a poursuivi le nouveau cycle de catéchèses sur le sacrement de la Confirmation, soulignant le « lien intime de ce sacrement avec toute l’initiation chrétienne ». « L’onction spirituelle, a-t-il dit, confirme et renforce la grâce du baptême ».

Il a aussi expliqué qu’ « en recevant sur le front le signe de croix avec l’huile parfumée, le confirmé reçoit donc une empreinte spirituelle indélébile, le « caractère » qui le configure plus parfaitement au Christ et lui donne la grâce de répandre parmi les hommes son « bon parfum ».

 

Chers frères et sœurs,

En poursuivant le thème de la Confirmation, je désire aujourd’hui mettre en lumière le « lien intime de ce sacrement avec toute l’initiation chrétienne » (Sacrosanctum Concilium, 71).

Avant de recevoir l’onction spirituelle qui confirme et renforce la grâce du baptême, les confirmands sont appelés à renouveler les promesses faites un jour par les parents et les parrain et marraine. Maintenant, ce sont eux-mêmes qui professent la foi de l’Église, prêts à répondre « je crois » aux questions que leur adresse l’évêque ; prêts, en particulier, à croire « en l’Esprit-Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie et qui, aujourd’hui, par le biais du sacrement de la Confirmation, [leur] est conféré, de manière spéciale, comme autrefois aux apôtres le jour de la Pentecôte » (Rite de la Confirmation, n.26).

Puisque la venue de l’Esprit Saint exige des cœurs recueillis dans l’oraison (cf. Ac 1,14), après la prière silencieuse de la communauté, l’évêque, les mains tendues sur les confirmands, supplie Dieu de répandre sur eux son Esprit Paraclet. C’est le même Esprit (cf. 1 Cor 12,4), mais en venant à nous il apporte avec lui une richesse de dons : sagesse, intelligence, conseil, force, science, piété et sainte crainte de Dieu (cf. Rite de la Confirmation, nn.28-29). Nous avons entendu le passage de la Bible avec ces dons qu’apporte l’Esprit Saint. Selon le prophète Isaïe (11,2), ce sont les sept vertus de l’Esprit répandues sur le Messie pour l’accomplissement de sa mission. Saint Paul aussi décrit le fruit abondant de l’Esprit qui est « amour, joie, paix, patience, bienveillance, bonté, fidélité, douceur, maîtrise de soi » (Gal 5,22). L’unique Esprit distribue les multiples dons qui enrichissent l’unique Église : il est l’auteur de la diversité, mais en même temps le Créateur de l’unité. Ainsi, l’Esprit donne toutes ces richesses qui sont différentes mais de la même manière il fait l’harmonie, c’est-à-dire l’unité de toutes ces richesses spirituelles que nous avons, nous, les chrétiens.

Selon la tradition attestée par les apôtres, l’Esprit qui complète la grâce du baptême est communiqué à travers l’imposition des mains (cf. Ac 8,15-17 ; 19,5-6 ; Hé 6,2). À ce geste biblique, pour mieux exprimer l’effusion de l’Esprit qui envahit ceux qui la reçoivent, on a très rapidement ajouté une onction d’huile parfumée, appelée « chrême » [1], restée en usage jusqu’à aujourd’hui, en Orient comme en Occident (cf. Catéchisme de l’Église catholique, 1289).

L’huile – le chrême – est une substance thérapeutique et cosmétique qui, en entrant dans les tissus du corps, soigne les blessures et parfume les membres ; pour ces qualités, il a été emprunté par la symbolique biblique et liturgique pour exprimer l’action de l’Esprit Saint qui consacre et imprègne le baptisé, l’embellissant de charismes. Le sacrement est conféré par l’onction du chrême sur le front, effectuée par l’évêque avec l’imposition des mains et à travers ces paroles : « Sois marqué par l’Esprit Saint, le don de Dieu » [2]. L’Esprit Saint est le don invisible dispensé et le chrême en est le sceau visible.

En recevant sur le front le signe de croix avec l’huile parfumée, le confirmé reçoit donc une empreinte spirituelle indélébile, le « caractère » qui le configure plus parfaitement au Christ et lui donne la grâce de répandre parmi les hommes son « bon parfum » (cf. 2 Cor 2,15).

Réécoutons l’invitation de saint Ambroise aux nouveaux confirmés. Il dit ceci : « Rappelle-toi donc que tu as reçu le signe spirituel (…) et garde ce que tu as reçu. Dieu le Père t’a marqué de son signe, le Christ Seigneur t’a confirmé et il a mis en ton cœur le gage de l’Esprit » (De mysteriis 7,42 : CSEL 73,106 ; cf. CEC, 1303). L’Esprit est un don non mérité, à accueillir avec gratitude, en faisant de la place à son inépuisable créativité. C’est un don à conserver avec soin, auquel se soumettre avec docilité, en se laissant façonner, comme la cire, par sa brûlante charité, « pour réfléchir Jésus-Christ dans le monde d’aujourd’hui » (Exhort. ap. Gaudete et exsultate, 23).

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[1] Voici un passage de la prière de bénédiction du chrême : « Nous te prions maintenant, o Père : sanctifie par ta bénédiction cette huile, don de ta providence ; imprègne-la de la force de ton Esprit et de la puissance qui émane du Christ, nom à partir duquel est appelé chrême l’huile qui consacre les prêtres, les rois, les prophètes et les martyrs. […] Que cette onction les pénètre et les sanctifie pour que, libres de la corruption originelle et consacrés temple de ta gloire, ils répandent le parfum d’une vie sainte » (Bénédiction des huiles, n.22).

 [2] La formule « recevoir l’Esprit Saint » – « le don de l’Esprit Saint » se trouve dans Jn 20,22, Ac 2,38 et 10,45-47.