« Je suis la résurrection et la vie »

 

 « Jésus a éclairé le mystère de notre mort », affirme le pape François: « Si elle est présente dans la création, elle est cependant une blessure qui défigure le dessein d’amour de Dieu et le Sauveur veut nous en guérir. »

Le pape François continue sa catéchèse sur l’espérance. Il a abordé le thème de l’espérance chrétienne en lien avec la réalité de la mort.

« Chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la foi et des liens qui nous sont chers », Jésus nous dit : « “Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, crois-tu cela ? Crois-tu cela ?” », insiste le pape. « Toute notre existence se joue ici, entre le versant de la foi et le précipice de la peur ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais confronter l’espérance chrétienne avec la réalité de la mort, une réalité que notre civilisation moderne a de plus en plus tendance à effacer. Ainsi, lorsque la mort arrive, pour quelqu’un qui nous est proche ou pour nous-mêmes, nous nous retrouvons sans y être préparés, privés aussi d’un « alphabet » adapté pour ébaucher des paroles qui aient du sens autour de son mystère qui demeure de toutes façons. Et pourtant, les premiers signes de civilisation humaine sont justement passés à travers cette énigme. Nous pourrions dire que l’homme est né avec le culte des morts.

D’autres civilisations, avant la nôtre, ont eu le courage de la regarder en face. C’était un événement raconté par les personnes âgées aux nouvelles générations, comme une réalité inéluctable qui obligeait l’homme à vivre pour quelque chose d’absolu. Le psaume 89 dit : « Apprends-nous la vraie mesure de nos jours : que nos cœurs pénètrent la sagesse » (v.12). Compter ses jours fait que le cœur devient sage ! Des paroles qui nous renvoient à un sain réalisme, en chassant le délire de la toute-puissance. Que sommes-nous ? Nous sommes « un néant », dit un autre psaume (cf. 88,48) ; nos jours passent très vite : même si nous vivions cent ans, à la fin, il nous semblera que tout a été un souffle. J’ai souvent entendu des personnes âgées dire : « Ma vie a passé comme un souffle… ».

Ainsi, la mort met notre vie à nu. Elle nous fait découvrir que nos actes d’orgueil, de colère et de haine étaient vanité : pure vanité. Nous nous rendons compte avec regret que nous n’avons pas suffisamment aimé et que nous n’avons pas cherché ce qui était essentiel. Et en revanche, nous voyons ce que nous avons semé de vraiment bon : les personnes aimées pour lesquelles nous nous sommes sacrifiés et qui, maintenant, nous tiennent la main.

Jésus a éclairé le mystère de notre mort. Par son comportement, il nous autorise à nous sentir peinés lorsqu’une personne chère s’en va. Lui-même s’est troublé « profondément » devant la tombe de son ami Lazare et « s’est mis à pleurer » (Jn 11,35). Dans cette attitude, nous sentons Jésus très proche, notre frère. Il a pleuré pour son ami Lazare.

Et alors Jésus prie le Père, source de la vie, et ordonne à Lazare de sortir du tombeau. Et c’est ce qui se produit. L’espérance chrétienne puise dans ce comportement que Jésus assume contre la mort humaine : si elle est présente dans la création, elle est cependant une blessure qui défigure le dessein d’amour de Dieu et le Sauveur veut nous en guérir.

Ailleurs les Évangiles racontent l’histoire d’un père dont la fille est très malade et il s’adresse avec foi à Jésus pour qu’il la sauve (cf. Mc 5,21-24.35-43). Et il n’y a pas de personnage plus émouvant que celui d’un père ou d’une mère qui a un enfant malade. Et aussitôt, Jésus se met en route avec cet homme qui s’appelait Jaïre. À un certain moment, quelqu’un de la maison de Jaïre arrive et lui dit que l’enfant est morte et que ce n’est plus la peine de déranger le Maître. Mais Jésus dit à Jaïre : « Ne crains pas, crois seulement ». « N’aie pas peur, continue seulement de garder cette flamme allumée ! ». Et puis, lorsqu’ils seront arrivés à la maison, il réveillera l’enfant de la mort et la rendra vivante à ses proches.

Jésus nous place sur cette « ligne de crête » de la foi. À Marthe qui pleure la disparition de son frère Lazare, s’oppose la lumière d’un dogme : « Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra ; quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? » (Jn 11,25-26). C’est ce que Jésus redit à chacun d’entre nous, chaque fois que la mort vient déchirer le tissu de la foi et des liens qui nous sont chers. Toute notre existence se joue ici, entre le versant de la foi et le précipice de la peur. Jésus dit : « Je ne suis pas la mort, je suis la résurrection et la vie, crois-tu cela ? Crois-tu cela ? » Nous, qui sommes aujourd’hui ici sur la place, croyons-nous cela ?

Nous sommes tous petits et sans défense devant le mystère de la mort. Mais quelle grâce si, à ce moment-là nous gardons dans le cœur la flamme de la foi ! Jésus nous prendra par la main, comme il a pris par la main la fille de Jaïre, et il redira encore une fois : « Talitha koum », « Jeune fille, lève-toi ! » (Mc 5,41). Il nous le dira, à chacun de nous : « Relève-toi, ressuscite ! ». Je vous invite, maintenant, à fermer les yeux et à penser à ce moment : celui de notre mort. Que chacun de nous pense à sa mort et s’imagine ce moment qui adviendra, quand Jésus nous prendra par la main et nous dira : « Viens, viens avec moi, lève-toi ». L’espérance finira là et ce sera la réalité, la réalité de la vie. Réfléchissez bien : Jésus lui-même viendra vers chacun de nous et nous prendra par la main, avec sa tendresse, sa douceur, son amour. Et que chacun répète dans son cœur la parole de Jésus : « Lève-toi, viens ! Lève-toi, viens ! Lève-toi, ressuscite ! »

C’est notre espérance devant la mort. Pour celui qui croit, c’est une porte qui s’ouvre tout grand, complètement ; pour celui qui doute, c’est un rayon de lumière qui filtre d’un seuil qui ne s’est pas fermé du tout. Mais pour nous tous, ce sera une grâce, lorsque cette lumière, de la rencontre avec Jésus, nous illuminera.

 

 

 

Ne jamais baisser la garde

 « Il faut être prêts pour le salut qui arrive, prêts pour la rencontre » déclare le pape François, car « rien n’est plus certain, dans la foi des chrétiens, que ce “rendez-vous”, ce rendez-vous avec le Seigneur quand il viendra ». D’ici là, « Jésus veut que notre existence soit laborieuse, que nous ne baissions jamais la garde, pour accueillir avec gratitude et étonnement chaque nouveau jour qui nous est donné par Dieu ».

Le pape a exhorté à regarder « toujours en avant, vers un avenir qui n’est pas seulement l’œuvre de nos mains mais qui est avant tout une préoccupation constante de la providence de Dieu. Tout ce qui est opaque deviendra un jour lumière », a-t-il affirmé.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, je voudrais m’arrêter sur cette dimension de l’espérance qu’est l’attente vigilante. Le thème de la vigilance est un des fils conducteurs du Nouveau Testament. Jésus prêche à ses disciples : « Restez en tenue de service, votre ceinture autour des reins, et vos lampes allumées. Soyez comme des gens qui attendent leur maître à son retour des noces, pour lui ouvrir dès qu’il arrivera et frappera à la porte » (Lc 12,35-36). En ce temps qui suit la résurrection de Jésus, où alternent continuellement des moments sereins et d’autres angoissés, les chrétiens ne s’installent jamais. L’Évangile recommande d’être comme des serviteurs qui ne vont jamais dormir tant que leur maître n’est pas rentré. Ce monde requiert notre responsabilité et nous l’assumons tout entière et avec amour. Jésus veut que notre existence soit laborieuse, que nous ne baissions jamais la garde, pour accueillir avec gratitude et étonnement chaque nouveau jour qui nous est donné par Dieu. Chaque matin est une page blanche que le chrétien commence à écrire avec ses œuvres bonnes. Nous avons déjà été sauvés par la rédemption de Jésus, mais maintenant nous attendons la pleine manifestation de sa seigneurie : quand enfin Dieu sera tout en tous (cf. 1 Cor 15,28). Rien n’est plus certain, dans la foi des chrétiens, que ce « rendez-vous », ce rendez-vous avec le Seigneur quand il viendra. Et quand ce jour arrivera, nous autres, chrétiens, nous voulons être comme ces serviteurs qui ont passé la nuit la ceinture autour des reins et les lampes allumées : il faut être prêts pour le salut qui arrive, prêts pour la rencontre. Avez-vous pensé, vous, à comment sera cette rencontre avec Jésus, quand il viendra ? Mais ce sera une étreinte, une joie immense, une grande joie ! Nous devons vivre dans l’attente de cette rencontre.

Le chrétien n’est pas fait pour l’ennui, mais plutôt pour la patience. Il sait que même dans la monotonie de certains jours toujours semblables, se cache un mystère de grâce. Il y a des personnes qui, avec la persévérance de leur amour, deviennent comme des puits qui irriguent le désert. Rien ne se produit en vain et aucune situation où un chrétien se trouve immergé n’est complètement réfractaire à l’amour. Aucune nuit n’est assez longue pour faire oublier la joie de l’aurore. Et plus la nuit est obscure, plus l’aurore est proche. Si nous restons unis à Jésus, le froid des moments difficiles ne nous paralyse pas ; et si même le monde entier prêchait contre l’espérance, s’il disait que l’avenir n’apportera que des nuages obscurs, le chrétien sait que, dans cet avenir-là, il y a le retour du Christ. Quand cela se produira, personne ne le sait mais la pensée qu’à la fin de notre histoire il y a Jésus miséricordieux suffit pour donner confiance et ne pas maudire la vie. Tout sera sauvé. Tout. Nous souffrirons, il y aura des moments qui suscitent colère et indignation, mais le doux et puissant souvenir du Christ chassera la tentation de penser que cette vie est une erreur.
Après avoir connu Jésus, nous ne pouvons faire autrement que de scruter l’histoire avec confiance et espérance. Jésus est comme une maison et nous sommes à l’intérieur et, des fenêtres de cette maison, nous regardons le monde. C’est pourquoi nous ne nous refermons pas sur nous-mêmes, nous ne pleurons pas avec mélancolie un passé que l’on imagine doré, mais nous regardons toujours en avant, vers un avenir qui n’est pas seulement l’œuvre de nos mains mais qui est avant tout une préoccupation constante de la providence de Dieu. Tout ce qui est opaque deviendra un jour lumière.

Et pensons que Dieu ne se contredit pas. Jamais. Dieu ne déçoit jamais. Sa volonté à notre égard n’est pas nébuleuse, mais c’est un projet de salut bien déterminé : « car il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité » (1 Tm 2,4). C’est pourquoi nous ne nous abandonnons pas au flot des événements avec pessimisme, comme si l’histoire était un train dont on a perdu le contrôle. La résignation n’est pas une vertu chrétienne. De même qu’il n’est pas chrétien de hausser les épaules ou de courber la tête devant un destin qui nous semble inéluctable.

Celui qui donne de l’espérance au monde n’est jamais une personne soumise. Jésus nous recommande de l’attendre sans rester les mains dans les poches : « Heureux ces serviteurs-là que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller » (Lc 12,37). Il n’y a pas de bâtisseur de paix qui, à la fin, n’ait pas compromis sa paix personnelle, assumant les problèmes des autres. La personne soumise n’est pas un bâtisseur de paix mais un paresseux, quelqu’un qui ne veut pas se déranger. Alors que le chrétien est un bâtisseur de paix quand il risque, quand il a le courage de risquer pour apporter le bien, le bien que Jésus nous a donné, nous a donné comme un trésor.

Tous les jours de notre vie, redisons cette invocation que les premiers disciples, dans leur langue araméenne, exprimaient par les mots Marana tha, et que nous retrouvons dans le dernier verset de la Bible : « Viens, Seigneur Jésus ! » (Ap 22,20). C’est le refrain de toute existence chrétienne : dans notre monde, nous n’avons besoin de rien d’autre que d’une caresse du Christ. Quelle grâce si, dans la prière, les jours difficiles de cette vie, nous entendons sa voix qui répond et nous rassure : « Voici que je viens sans tarder » (Ap 22,7)

 

 

 

« Personne ne nous volera l’espérance »

 « Frères et sœurs, nous ne sommes pas seuls pour combattre le désespoir. Si Jésus a vaincu le monde, il est capable de vaincre en nous tout ce qui s’oppose au bien. Si Dieu est avec nous, personne ne nous volera cette vertu dont nous avons absolument besoin pour vivre. Personne ne nous volera l’espérance ». C’est ainsi que le pape François a conclu la catéchèse de ce jour sur le thème de l’espérance chrétienne et des ennemis de l’espérance. « Dieu nous a créés pour la joie et pour le bonheur, et non pour que nous nous complaisions dans des pensées mélancoliques » a-t-il affirmé en recommandant cette prière : « Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur ! ».

Évoquant Charles Péguy, le pape François a comparé aux migrants les « pauvres enfants » du « Portail du mystère de la seconde vertu » : « L’espérance est l’impulsion dans le cœur de ceux qui partent », a-t-il dit. « Et c’est aussi l’impulsion dans le cœur de ceux qui accueillent (…) L’espérance est l’impulsion pour “partager le voyage”, parce que le voyage se fait à deux ». « N’ayons pas peur de partager ce voyage ! (…) N’ayons pas peur de partager notre espérance ! » a-t-il exhorté.

Quant aux tentations contre l’espérance, telles le « démon de midi… l’acédie, qui érode la vie de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle la laisse comme une enveloppe vide », le pape a encouragé à « garder son cœur ». Parfois, a-t-il fait observer, « avoir tout reçu de la vie est une malchance. Pensez à un jeune auquel n’a pas été enseignée la vertu de l’attente et de la patience, qui n’a pas jamais eu à transpirer, qui a brûlé les étapes et qui, à vingt ans, « sait déjà comment marche le monde » ; il a été destiné à la pire des condamnations : celle de ne plus rien désirer. C’est cela, la pire des condamnations. Fermer la porte aux désirs, aux rêves ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En cette période, nous parlons de l’espérance ; mais aujourd’hui, je voudrais réfléchir avec vous sur les ennemis de l’espérance. Parce que l’espérance a ses ennemis : comme tout bien en ce monde, elle a ses ennemis.

Et il m’est venu à l’esprit le vieux mythe du vase de Pandore : l’ouverture du vase déclenche des tas de catastrophes dans l’histoire du monde. Mais peu nombreux sont ceux qui se souviennent de la dernière partie de l’histoire, qui ouvre une spirale de lumière : après que tous les maux soient sortis de l’embouchure du vase, un don minuscule semble prendre sa revanche face à tout le mal qui se répand. Pandore, la femme qui gardait le vase, l’aperçoit en dernier : les Grecs l’appellent ‘elpis’, qui veut dire espérance.

Ce mythe nous raconte pourquoi l’espérance est si importante pour l’humanité. Ce n’est pas vrai que « tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir », comme on dit. C’est plutôt le contraire : c’est l’espérance qui tient la vie debout, qui la protège, la garde et la fait grandir. Si les hommes n’avaient pas cultivé l’espérance, s’ils ne s’étaient pas tenus à cette vertu, ils ne seraient jamais sortis des cavernes et n’auraient pas laissé de trace dans l’histoire du monde. C’est ce qui peut exister de plus divin dans le cœur de l’homme.

Un poète français – Charles Péguy – nous a laissé des pages magnifiques sur l’espérance (cf. Le portail du mystère de la seconde vertu). Il dit poétiquement que Dieu ne s’étonne pas tellement de la foi des êtres humains, ni même de leur charité mais que ce qui le remplit vraiment d’étonnement et d’émotion, c’est l’espérance des gens : « Que ces pauvres enfants voient comme tout ça se passe et qu’ils croient que demain ça ira mieux ». L’image du poète rappelle les visages de tant de personnes qui ont traversé ce monde – paysans, pauvres ouvriers, migrants à la recherche d’un avenir meilleur – qui ont lutté avec ténacité malgré l’amertume d’un quotidien difficile, rempli de bien des épreuves, mais animés par la confiance que leurs enfants auraient une vie plus juste et plus sereine. Ils luttaient pour leurs enfants, ils luttaient dans l’espérance.

L’espérance est l’impulsion dans le cœur de ceux qui partent en laissant leur maison, leur terre, parfois des proches et des parents – je pense aux migrants – pour chercher une vie meilleure, plus digne pour eux-mêmes et pour ceux qui leur sont chers. Et c’est aussi l’impulsion dans le cœur de ceux qui accueillent : le désir de se rencontrer, de se connaître, de dialoguer… L’espérance est l’impulsion pour « partager le voyage », parce que le voyage se fait à deux : ceux qui viennent sur notre terre et nous qui allons vers leur cœur pour les comprendre, pour comprendre leur culture, leur langue. C’est un voyage à deux, mais sans espérance ce voyage ne peut se faire. L’espérance est l’impulsion pour partager le voyage de la vie, comme nous le rappelle la campagne de la Caritas que nous inaugurons aujourd’hui. Frères, n’ayons pas peur de partager ce voyage ! N’ayons pas peur ! N’ayons pas peur de partager notre espérance !

L’espérance n’est pas une vertu pour les gens qui ont l’estomac plein. Voilà pourquoi, depuis toujours, les pauvres sont les premiers porteurs d’espérance. Et en ce sens, nous pouvons dire que les pauvres, et aussi les mendiants, sont les protagonistes de l’Histoire. Pour entrer dans le monde, Dieu a eu besoin d’eux : de Joseph et de Marie, des bergers de Bethléem. Dans la nuit du premier Noël, il y avait un monde qui dormait, tranquillement, dans toutes ses certitudes acquises. Mais les humbles préparaient en cachette la révolution de la bonté. Ils étaient pauvres de tout, certains se maintenaient à peine au-dessus du seuil de survie, mais ils étaient riches du bien le plus précieux qui existe au monde, à savoir l’envie de changement.

Parfois, avoir tout reçu de la vie est une malchance. Pensez à un jeune auquel n’a pas été enseignée la vertu de l’attente et de la patience, qui n’a pas jamais eu à transpirer, qui a brûlé les étapes et qui, à vingt ans, « sait déjà comment marche le monde » ; il a été destiné à la pire des condamnations : celle de ne plus rien désirer. C’est cela, la pire des condamnations. Fermer la porte aux désirs, aux rêves. Il semble être jeune mais en fait l’automne est déjà tombé sur son cœur. Ce sont les jeunes d’automne.

Avoir une âme vide est le pire obstacle à l’espérance. C’est un risque duquel personne ne peut se dire exclu ; parce qu’être tenté contre l’espérance peut arriver aussi quand on avance sur le chemin de la vie chrétienne. Les moines de l’Antiquité avaient dénoncé un des pires ennemis de la ferveur. Ils disaient ceci : ce « démon de midi » qui va saper une vie d’engagement, justement au moment où le soleil est au zénith. Cette tentation nous surprend quand nous nous y attendons le moins : les journées deviennent monotones et ennuyeuses, aucune valeur ne semble mériter que l’on se fatigue. Cette attitude s’appelle l’acédie, qui érode la vie de l’intérieur jusqu’à ce qu’elle la laisse comme une enveloppe vide.

Quand cela se produit, le chrétien sait que cette situation doit être combattue, jamais acceptée passivement. Dieu nous a créés pour la joie et pour le bonheur, et non pour que nous nous complaisions dans des pensées mélancoliques. Voilà pourquoi il est important de garder son cœur, en s’opposant aux tentations de malheur, qui ne viennent certainement pas de Dieu. Et là où nos forces pourraient apparaître fatiguées et où la bataille contre l’angoisse semble particulièrement dure, nous pouvons toujours recourir au nom de Jésus. Nous pouvons répéter cette simple prière dont nous trouvons la trace aussi dans les Évangiles et qui est devenue le pivot de nombreuses traditions spirituelles chrétiennes : « Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur ! ». Une belle prière. « Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi, pécheur ! ». C’est une prière d’espérance, parce que je m’adresse à celui qui peut ouvrir grand les portes et résoudre le problème et me faire regarder l’horizon, l’horizon de l’espérance.

Frères et sœurs, nous ne sommes pas seuls pour combattre le désespoir. Si Jésus a vaincu le monde, il est capable de vaincre en nous tout ce qui s’oppose au bien. Si Dieu est avec nous, personne ne nous volera cette vertu dont nous avons absolument besoin pour vivre. Personne ne nous volera l’espérance. Avançons !

 

 

 

Ni pleurnichard ni en colère mais convaincu qu’aucun mal n’est infini

 « Jésus ressuscite ! Ce fait inattendu retourne et  renverse l’esprit et le cœur des disciples », explique le pape François. C’est pourquoi « il y a un “plus” qui habite l’existence chrétienne et qui ne s’explique pas simplement par la force d’âme ou par un plus grand optimisme ».

Le thème de la catéchèse du pape François était : Missionnaires d’espérance aujourd’hui.

En ce début du mois d’octobre « qui est, dans l’Église, consacré de manière particulière à la mission », a rappelé le pape, les chrétiens sont appelés à être des « des témoins : des personnes qui propagent l’espérance par leur manière d’accueillir, de sourire et d’aimer. Surtout d’aimer ». Parce que « la force de la résurrection rend les chrétiens capables d’aimer même quand l’amour semble avoir perdu ses raisons d’être ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans cette catéchèse, je veux parler sur le thème : « Missionnaires d’espérance aujourd’hui ». Je suis content de le faire au début du mois d’octobre qui est, dans l’Église, consacré de manière particulière à la mission, et aussi en ce jour de la fête de saint François d’Assise, qui a été un grand missionnaire d’espérance.

En effet, le chrétien n’est pas un prophète de malheur. Nous ne sommes pas des prophètes de malheur. L’essence de son annonce est l’opposé, l’opposé du malheur : c’est Jésus, mort par amour et que Dieu a ressuscité au matin de Pâques. Et ceci est le noyau de la foi chrétienne. Si les Évangiles s’arrêtaient à la sépulture de Jésus, l’histoire de ce prophète irait s’ajouter aux nombreuses biographies de personnages héroïques qui ont donné leur vie pour un idéal. L’Évangile serait alors un livre édifiant, et même consolateur, mais ce ne serait pas une annonce d’espérance.

Mais les Évangiles ne se ferment pas sur le vendredi saint, ils vont au-delà ; et c’est justement ce fragment ultérieur qui transforme nos vies. Les disciples de Jésus étaient abattus ce samedi après sa crucifixion ; cette pierre roulée sur la porte du tombeau avait même fermé les trois années enthousiasmantes qu’ils avaient vécues avec le Maître de Nazareth. Il semblait que tout était fini et certains, déçus et craintifs, quittaient déjà Jérusalem.

Mais Jésus ressuscite ! Ce fait inattendu retourne et  renverse l’esprit et le cœur des disciples. Parce que Jésus ne ressuscite pas seulement pour lui-même, comme si sa renaissance était une prérogative de laquelle être jaloux : s’il monte vers le Père, c’est parce qu’il veut que tous les êtres humains participent à sa résurrection et que celle-ci entraîne vers le haut toutes les créatures. Et le jour de la Pentecôte, les disciples sont transformés par le souffle de l’Esprit Saint. Ils n’auront pas seulement une belle nouvelle à apporter à tous, mais ils seront eux-mêmes différents d’avant, comme nés à une vie nouvelle. La résurrection de Jésus nous transforme par la force de l’Esprit Saint. Jésus est vivant, il est vivant parmi nous, il est vivant et a cette force de transformer.

Comme il est beau de penser que l’on est annonciateur de la résurrection de Jésus non seulement par les paroles, mais par les faits et avec le témoignage de sa vie ! Jésus ne veut pas de disciples uniquement capables de répéter des formules apprises par cœur. Il veut des témoins : des personnes qui propagent l’espérance par leur manière d’accueillir, de sourire et d’aimer. Surtout d’aimer : parce que la force de la résurrection rend les chrétiens capables d’aimer même quand l’amour semble avoir perdu ses raisons d’être. Il y a un « plus » qui habite l’existence chrétienne et qui ne s’explique pas simplement par la force d’âme ou par un plus grand optimisme. La foi, notre espérance n’est pas seulement un optimisme ; c’est autre chose, c’est plus ! C’est comme si les croyants étaient des personnes avec un « morceau de ciel » en plus au-dessus de la tête. C’est beau, cela : nous sommes des personnes avec un morceau de ciel en plus au-dessus de la tête, accompagnés par une présence que personne ne parvient à deviner.

Ainsi, la tâche des chrétiens en ce monde est d’ouvrir des espaces de salut, comme des cellules de régénération capables de restituer de la sève à ce qui semblait perdu à jamais. Quand le ciel est tout nuageux, celui qui sait parler du soleil est une bénédiction. Voilà, le vrai chrétien est comme cela : ni pleurnichard ni en colère mais convaincu, par la force de la résurrection, qu’aucun mal n’est infini, qu’aucune nuit n’est sans fin, qu’aucun homme n’est définitivement dans l’erreur, qu’aucune haine n’est invincible devant l’amour.

Certes, quelquefois les disciples paieront un prix élevé cette espérance qui leur est donnée par Jésus. Pensons à tous ces chrétiens qui n’ont pas abandonné leur peuple quand est venu le temps de la persécution. Ils sont restés là, où l’on était incertain même du lendemain, où l’on ne pouvait faire des projets d’aucune sorte, ils sont restés en espérant en Dieu. Et pensons à nos frères, à nos sœurs du Moyen-Orient qui donnent un témoignage d’espérance et qui offrent même leur vie pour ce témoignage. Ce sont de vrais chrétiens ! Ils portent le ciel dans leur cœur, ils regardent au-delà, toujours au-delà. Celui qui a eu la grâce d’embrasser la résurrection de Jésus peut encore espérer dans l’inespéré. Les martyrs de tous les temps, par leur fidélité au Christ, racontent que l’injustice n’est pas la dernière parole dans la vie. Dans le Christ ressuscité, nous pouvons continuer d’espérer. Les hommes et les femmes qui ont un « pourquoi » vivre résistent plus que les autres en temps de malheur. Mais celui qui a le Christ à ses côtés ne craint vraiment plus rien. Et c’est pourquoi les chrétiens, les vrais chrétiens, ne sont jamais des hommes faciles et accommodants. Leur douceur ne doit pas être confondue avec un sentiment d’insécurité et de soumission. Saint Paul pousse Timothée à souffrir pour l’Évangile et dit ceci : « Car ce n’est pas un esprit de peur que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de pondération » (2 Tm 1,7). Tombés, ils se relèvent toujours.

Voilà, chers frères et sœurs, pourquoi le chrétien est un missionnaire d’espérance. Non par son propre mérite mais grâce à Dieu, le grain de blé qui, tombé en terre, et mort et a porté beaucoup de fruit (cf. Jn 12,24).

 

 

 

 « Vis, aime, rêve et crois. Et, avec la grâce de Dieu, ne désespère jamais ». C’est une véritable leçon de vie que le pape François a donnée aujourd’hui aux jeunes et à « toute personne ouverte pour apprendre ». « Foi et espérance vont de pair. Crois à l’existence des vérités les plus élevées et les plus belles », a-t-il encore exhorté.

Le pape François a décliné toute une litanie de conseils et d’encouragements comme on enfile des perles : « Partout où tu es, construis », « Fais la paix au milieu des hommes », « Aime les personnes, aime-les une par une » et encore « Et surtout, rêve ! N’aie pas peur de rêver. Rêve ! Rêve un monde qui ne se voit pas encore mais qui arrivera certainement »…

Il a aussi invité à s’engager : « Sois responsable de ce monde et de la vie de tous les hommes. Pense que chaque injustice contre un pauvre est une blessure ouverte et diminue ta propre dignité… porte dans ton cœur les souffrances de toutes les créatures. Tu es chrétien ; et dans la prière, remets tout à Dieu » ; et à poursuivre un idéal : « Vis pour quelque chose qui dépasse l’homme ».

Enfin, le pape François a conclu par des encouragements : « Si tu fais… des erreurs à l’avenir, ne crains pas, relève-toi ! Sais-tu pourquoi ? Parce que Dieu est ton ami ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

La catéchèse d’aujourd’hui a pour thème : « éduquer à l’espérance ». Et c’est pour cette raison que je l’adresserai directement, avec le « tu », m’imaginant que je parle comme un éducateur ou un père à un jeune ou à toute personne ouverte pour apprendre.

Pense, là où Dieu t’a semé, espère ! Espère toujours !

Ne capitule pas devant la nuit : souviens-toi que le premier ennemi à soumettre n’est pas en dehors de toi : il est à l’intérieur. C’est pourquoi, ne laisse pas de place aux pensées amères, obscures. Ce monde est le premier miracle que Dieu ait fait, et Dieu a mis entre nos mains la grâce de nouveaux prodiges. Foi et espérance vont de pair. Crois à l’existence des vérités les plus élevées et les plus belles. Aie confiance en Dieu Créateur, dans l’Esprit Saint qui conduit toute chose vers le bien, dans l’étreinte du Christ qui attend tous les hommes à la fin de leur existence ; crois, il t’attend. Le monde avance grâce au regard de tous les hommes qui ont ouvert des brèches, qui ont construit des ponts, qui ont rêvé et cru ; même lorsqu’autour d’eux ils entendaient des paroles de dérision.

Ne pense jamais que la lutte qui conduit là-haut soit totalement inutile. À la fin de l’existence, ce n’est pas le naufrage qui nous attend : en nous palpite une semence d’absolu. Dieu ne déçoit pas : s’il a mis une espérance dans nos cœurs, il ne veut pas l’étouffer par des frustrations continuelles. Tout naît pour fleurir dans un printemps éternel. Dieu aussi nous a faits pour fleurir. Je me souviens de ce dialogue, lorsque le chêne a demandé à l’amandier : « Parle-moi de Dieu ». Alors l’amandier a fleuri.

Partout où tu es, construis ! Si tu es par terre, lève-toi ! Ne reste jamais tombé par terre, lève-toi, laisse-toi aider pour te mettre debout. Si tu es assis, mets-toi en chemin ! Si l’ennui te paralyse, chasse-le par des œuvres bonnes ! Si tu te sens vide ou démoralisé, demande que l’Esprit-Saint puisse à nouveau remplir ton néant.

Fais la paix au milieu des hommes, et n’écoute pas la voix de celui qui répand la haine et les divisions. N’écoute pas ces voix ! Les êtres humains, tout en étant différents les uns des autres, ont été créés pour vivre ensemble. Dans les conflits, patiente : un jour tu découvriras que chacun est dépositaire d’un fragment de vérité.

Aime les personnes. Aime-les une par une. Respecte le chemin de chacun, qu’il soit linéaire ou tourmenté, parce que chacun a son histoire à raconter. Chacun de nous a aussi sa propre histoire à raconter. Tout enfant qui naît est la promesse d’une vie qui, une fois encore, se montre plus forte que la mort. Tout amour qui jaillit est une puissance de transformation qui aspire au bonheur.

Jésus nous a remis une lumière qui brille dans les ténèbres : défends-la, protège-la. Cette unique lumière est la plus grande richesse confiée à ta vie.

Et surtout, rêve ! N’aie pas peur de rêver. Rêve ! Rêve un monde qui ne se voit pas encore mais qui arrivera certainement. L’espérance nous pousse à croire à l’existence d’une création qui s’étend jusqu’à son accomplissement définitif, quand Dieu sera tout en tous. Les hommes capables d’imagination ont offert à l’homme des découvertes scientifiques et technologiques. Ils ont sillonné les océans, ils ont foulé des terres sur lesquelles personne n’avait jamais marché. Les hommes qui ont cultivé des espérances sont aussi ceux qui ont vaincu l’esclavage et apporté de meilleures conditions de vie sur cette terre. Pensez à ces hommes.

Sois responsable de ce monde et de la vie de tous les hommes. Pense que chaque injustice contre un pauvre est une blessure ouverte et diminue ta propre dignité. La vie ne s’arrête pas avec ton existence et, dans ce monde, viendront d’autres générations qui succèderont à la nôtre et beaucoup d’autres encore. Et chaque jour, demande à Dieu le don du courage. Souviens-toi que Jésus a vaincu pour nous la peur. Il a vaincu la peur ! Notre ennemie la plus sournoise ne peut rien contre la foi. Et quand tu te trouveras effrayé par des difficultés de la vie, souviens-toi que tu ne vis pas pour toi-même. Dans le baptême, ta vie a déjà été immergée dans le mystère de la Trinité et tu appartiens à Jésus. Et si, un jour, tu étais pris par la peur, ou si tu pensais que le mal est trop grand pour être défié, pense simplement que Jésus vit en toi. Et c’est lui qui, à travers toi, veut par sa douceur soumettre tous les ennemis de l’homme : le péché, la haine, le crime, la violence : tous nos ennemis.

Aie toujours le courage de la vérité, mais souviens-toi : tu n’es supérieur à personne. Souviens-toi de cela : tu n’es supérieur à personne. Si tu étais même le dernier à croire en la vérité, ne te réfugie pas pour autant loin de la compagnie des hommes. Même si tu vivais dans le silence d’un ermitage, porte dans ton cœur les souffrances de toutes les créatures. Tu es chrétien ; et dans la prière, remets tout à Dieu.

Et cultive des idéaux. Vis pour quelque chose qui dépasse l’homme. Et si un jour ces idéaux devaient te demande de payer une note salée, ne cesse jamais de les porter dans ton cœur. La fidélité obtient tout.

Si tu te trompes, relève-toi : rien n’est plus humain que de commettre des erreurs. Et ces mêmes erreurs ne doivent pas devenir pour toi une prison. Ne sois pas enfermé dans tes erreurs. Le Fils de Dieu est venu non pas pour les bien-portants mais pour les malades : par conséquent il est venu aussi pour toi. Et si tu fais encore des erreurs à l’avenir, ne crains pas, relève-toi ! Sais-tu pourquoi ? Parce que Dieu est ton ami.

Si l’amertume te frappe, crois fermement en toutes les personnes qui agissent encore pour le bien : dans leur humilité, il y a la semence d’un monde nouveau. Fréquente les personnes qui ont gardé leur cœur comme celui d’un enfant. Apprends de la merveille, cultive l’étonnement.

Vis, aime, rêve et crois. Et, avec la grâce de Dieu, ne désespère jamais.