Le «Notre Père», nouveau cycle de catéchèses

Jésus, explique le pape, « devient maître de prière de ses disciples, comme il veut certainement l’être pour nous tous » : « il est justement venu pour nous introduire dans cette relation avec le Père ».

Les disciples « voyaient Jésus prier et ils avaient envie d’apprendre à prier », souligne le pape François. En effet, « dans sa manière de prier, il y avait aussi un mystère renfermé, quelque chose qui n’avait certainement pas échappé aux yeux de ses disciples ».

Commentant la demande des disciples à Jésus « Apprends-nous à prier », le pape a encouragé même ceux qui prient « peut-être depuis de nombreuses années » à toujours apprendre et il a indiqué la première condition pour prier : « Le premier pas pour prier, c’est d’être humble, aller au Père et dire : “Regarde-moi, je suis pécheur, je suis faible, je suis mauvais” ». « Cela commence toujours par l’humilité et le Seigneur écoute », a-t-il insisté. « La prière humble est écoutée par le Seigneur ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Aujourd’hui, nous commençons un cycle de catéchèses sur le « Notre Père ».

Les Évangiles nous ont rapporté des portraits très vivants de Jésus comme homme de prière : Jésus priait. Malgré l’urgence de sa mission et toutes les personnes qui le réclament avec insistance, Jésus sent le besoin de se mettre à part dans la solitude et de prier. L’Évangile de Marc nous raconte ce détail dès la première page du ministère public de Jésus (cf. 1,35). La journée inaugurale de Jésus à Capharnaüm s’était terminée de manière triomphale. Après le coucher du soleil, des multitudes de malades arrivent à la porte où demeure Jésus : le Messie prêche et guérit. Les anciennes prophéties et les attentes de beaucoup de personnes qui souffrent se réalisent : Jésus est le Dieu proche, le Dieu qui nous libère. Mais cette foule est encore petite si on la compare à tant d’autres foules qui se rassembleront autour du prophète de Nazareth ; à certains moments, il s’agit d’assemblées océaniques et Jésus est au centre de tout, celui qui est attendu par les peuples, l’aboutissement de l’espérance d’Israël.

Et pourtant, il s’en libère ; il n’est pas l’otage des attentes de ceux qui l’ont désormais élu comme leur « leader ». Ce qui est un danger des « leaders » : trop s’attacher aux gens, ne pas prendre ses distances. Jésus s’en aperçoit et ne finit pas otage des gens. Dès la première nuit de Capharnaüm, il montre qu’il est un Messie original. Pendant la dernière partie de la nuit, quand l’aube s’annonce désormais, les disciples le cherchent encore, mais ne parviennent pas à le trouver. Où est-il ? Jusqu’à ce que Pierre le retrouve enfin dans un lieu isolé, complètement absorbé dans la prière. Et il lui dit : « Tout le monde te cherche ! » (Mc 1,37). Cette exclamation semble être la condition appropriée pour un succès plébiscitaire, la preuve de la bonne réussite d’une mission.

Mais Jésus dit aux siens qu’il doit aller ailleurs ; que ce ne sont pas les gens qui le cherchent mais que c’est d’abord lui qui cherche les autres. C’est pourquoi il ne doit pas prendre racine,  mais rester continuellement pèlerin sur les routes de Galilée (vv. 38-39). Et aussi pèlerin vers son Père, c’est-à-dire en priant. Sur un chemin de prière. Jésus prie.

Et tout cela se produit pendant une nuit de prière.

Dans certaines pages de l’Écriture, il semble que ce soit avant tout la prière de Jésus, son intimité avec le Père, qui gouverne tout. Ce sera le cas, par exemple, surtout pendant la nuit de Gethsémani. Le dernier bout de chemin de Jésus (dans l’absolu le plus difficile de ceux qu’il a effectués jusque là) semble trouver son sens dans l’écoute continuelle que Jésus accorde au Père. Une prière certainement pas facile, ou plutôt, une véritable « agonie » dans le sens de l’ « agonisme » des athlètes, et pourtant une prière capable de soutenir le chemin de la croix.

Voilà le point essentiel : là, Jésus priait.

Jésus priait avec intensité dans les moments publics, partageant la liturgie de son peuple, mais il cherchait aussi des lieux recueillis, séparés du tourbillon du monde, des lieux qui permettaient de descendre dans le secret de son âme : il est le prophète qui connaît les pierres du désert et qui monte au sommet des montagnes. Les dernières paroles de Jésus, avant d’expirer sur la croix, sont des paroles des psaumes, c’est-à-dire de la prière, de la prière des juifs : il priait avec les prières que sa maman lui avait enseignées.

Jésus priait comme prient tous les hommes dans le monde. Et pourtant, dans sa manière de prier, il y avait aussi un mystère renfermé, quelque chose qui n’avait certainement pas échappé aux yeux de ses disciples si nous trouvons dans les Évangiles cette supplication si simple et immédiate : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). Ils voyaient Jésus prier et ils avaient envie d’apprendre à prier : « Seigneur, apprends-nous à prier ». Et Jésus ne refuse pas, il n’est pas jaloux de son intimité avec le Père mais il est justement venu pour nous introduire dans cette relation avec le Père. Et il devient ainsi maître de prière de ses disciples, comme il veut certainement l’être pour nous tous. Nous aussi, nous devrions dire : « Seigneur, apprends-moi à prier. Apprends-moi. »

Même si nous prions peut-être depuis de nombreuses années, nous devons toujours apprendre ! L’oraison de l’homme, ce désir qui naît de manière si naturelle dans son âme, est peut-être un des mystères les plus denses de l’univers. Et nous ne savons même pas si les prières que nous adressons à Dieu sont effectivement celles qu’il veut que nous lui adressions. La Bible nous donne aussi le témoignage de prières inopportunes, qui finissent par être repoussées par Dieu : il suffit de se souvenir de la parabole du pharisien et du publicain. Seul ce dernier, le publicain, rendre du temple chez lui justifié, parce que le pharisien était orgueilleux et qu’il aimait que les gens le voient prier et il faisait semblant de prier : son cœur était froid. Et Jésus dit : celui-ci n’est pas justifié « parce qui s’exalte sera humilié, et qui s’humilie sera exalté » (Lc 18,14). Le premier pas pour prier, c’est d’être humble, aller au Père et dire : « Regarde-moi, je suis pécheur, je suis faible, je suis mauvais », tout le monde sait quoi dire. Mais cela commence toujours par l’humilité et le Seigneur écoute. La prière humble est écoutée par le Seigneur.

C’est pourquoi, en commençant ce cycle de catéchèses sur la prière de Jésus, la chose la plus belle et la plus juste que nous devions tous faire est de répéter l’invocation des disciples : « Maître, apprends-nous à prier ! » Ce sera beau, pendant ce temps d’Avent, de le répéter : « Seigneur, apprends-moi à prier ». Nous pouvons tous aller un peu au-delà et mieux prier ; mais le demander au Seigneur : « Seigneur, apprends-moi à prier ». Faisons cela pendant ce temps d’Avent et il ne laissera sûrement pas notre invocation tomber dans le vide.

 

 

Conclusion des catéchèses sur les Dix Commandements

Pour vivre les Dix Commandements, « nous avons besoin d’un cœur nouveau, habité par l’Esprit Saint », enseigne le pape François. Mais, interroge-t-il, « comment se produit cette “greffe” du cœur, du vieux cœur au cœur nouveau ? ». C’est « à travers le don de désirs nouveaux, qui sont semés en nous par la grâce de Dieu », répond le pape. Le Christ est celui qui a parfaitement accompli les Commandements et par lui, la loi qui était « une série de prescriptions et d’interdits », « se transforme en une attitude positive ».

Le pape François a conclu sa catéchèse sur les Dix Commandements. Il a proposé de relire le Décalogue en prenant pour clé le thème des désirs, « à la lumière de la pleine révélation dans le Christ ».

« Dans le Christ », a encore expliqué le pape, « et en lui seul, le Décalogue cesse d’être une condamnation et devient l’authentique vérité de la vie humaine, c’est-à-dire le désir d’amour – ici naît un désir de bien, de faire le bien – désir de joie, désir de paix, de magnanimité, de bienveillance, de bonté, de fidélité, de douceur, de maîtrise de soi ».

Et de conclure : « La vie nouvelle n’est pas un effort titanesque pour être cohérents avec une norme », mais c’est « l’Esprit même de Dieu qui commence à nous guider jusqu’à ses fruits, dans une heureuse harmonie entre notre joie d’être aimés et sa joie de nous aimer».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, qui conclut le parcours sur les Dix Commandements, nous pouvons utiliser comme thème-clé celui des désirs, qui nous permet de reparcourir le chemin fait et de résumer les étapes franchies en lisant le texte du Décalogue, toujours à la lumière de la pleine révélation dans le Christ.

Nous sommes partis de la gratitude comme base de la relation de confiance et d’obéissance : Dieu – nous l’avons vu – ne demande rien avant d’avoir donné beaucoup plus. Il nous invite à l’obéissance pour nous racheter du mensonge des idolâtries qui ont tellement de pouvoir sur nous. En effet, chercher sa réalisation dans les idoles de ce monde nous vide et nous réduit en esclavage, tandis que ce qui nous donne une stature et une consistance est la relation avec lui qui, dans le Christ, fait de nous ses enfants à partir de sa paternité (cf. Hé 3,14-16).

Ceci implique un processus de bénédiction et de libération, qui sont le repos vrai, authentique. Comme le dit le psaume : «  Je n’ai de repos qu’en Dieu seul, mon salut vient de lui. (Ps 62,2).

Cette vie libérée devient accueil de notre histoire personnelle et nous réconcilie avec ce que nous avons vécu depuis notre enfance jusqu’à maintenant et qui a fait de nous des adultes, capables de donner leur juste poids aux réalités et aux personnes de notre vie. C’est par cette voie que nous entrons dans la relation avec notre prochain qui, à partir de l’amour que Dieu montre en Jésus-Christ, est un appel à la beauté de la fidélité, de la générosité et de l’authenticité.

Mais pour vivre ainsi – c’est-à-dire dans la beauté de la fidélité, de la générosité et de l’authenticité – nous avons besoin d’un cœur nouveau, habité par l’Esprit-Saint (cf. Ez 11,19 ; 36,26). Je me demande : comment se produit cette « greffe » du cœur, du vieux cœur au cœur nouveau ? À travers le don de désirs nouveaux (cf. Rm 8,6), qui sont semés en nous par la grâce de Dieu, particulièrement à travers les Dix Commandements accomplis par Jésus, comme il l’enseigne dans le « discours sur la montagne » (cf. Mt 5, 17-48). En effet, dans la contemplation de la vie décrite par le Décalogue, à savoir une existence reconnaissante, libre, authentique, qui bénit, adulte, gardant et aimant la vie, fidèle, généreuse et sincère, presque sans que nous nous en apercevions, nous nous retrouvons devant le Christ. Le Décalogue est sa « radiographie », il le décrit comme un négatif photographique qui laisse apparaître son visage – comme celui du Saint-Suaire. Et ainsi l’Esprit-Saint féconde notre cœur en mettant en lui les désirs qui sont un don de sa part, les désirs de l’Esprit. Désirer selon l’Esprit, désirer au rythme de l’Esprit, désirer avec la musique de l’Esprit.

En regardant le Christ, nous voyons la beauté, le bien et la vérité. Et l’Esprit génère une vie qui, en exauçant ses désirs, produit en nous l’espérance, la foi et l’amour.

Nous comprenons mieux ainsi ce que signifie le fait que le Seigneur Jésus ne soit pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir, pour la faire grandir et, alors que la loi selon la chair était une série de prescriptions et d’interdits, selon l’Esprit cette même loi devient vie (cf. Jn 6,63 ; Eph 2,15), parce que ce n’est plus une norme mais la chair même du Christ qui nous aime, nous cherche, nous pardonne, nous console et recompose en son Corps la communion avec le Père, perdue par la désobéissance du péché. Et ainsi la négativité littéraire, la négativité dans l’expression des commandements – « Tu ne voleras pas », « Tu n’insulteras pas », « Tu ne tueras pas » – ce « ne…pas » se transforme en une attitude positive : aimer, faire de la place aux autres dans mon cœur, tous les désirs qui sèment de la positivité. Et c’est cela la plénitude de la loi que Jésus est venu nous apporter.

Dans le Christ, et en lui seul, le Décalogue cesse d’être une condamnation (cf. Rm 8,1) et devient l’authentique vérité de la vie humaine, c’est-à-dire le désir d’amour – ici naît un désir de bien, de faire le bien – désir de joie, désir de paix, de magnanimité, de bienveillance, de bonté, de fidélité, de douceur, de maîtrise de soi. De ces « non », on passe à ce « oui » : l’attitude positive d’un cœur qui s’ouvre avec la force de l’Esprit-Saint.

Voilà à quoi sert de chercher le Christ dans le Décalogue : à féconder notre cœur pour qu’il soit plein d’amour et qu’il s’ouvre à l’œuvre de Dieu. Quand l’homme suit son désir de vivre selon le Christ, il ouvre alors la porte au salut, qui ne peut qu’arriver, parce que Dieu le Père est généreux et que, comme le dit le Catéchisme, « il a soif que nous ayons soif de lui » (n.2560).

Si ce sont les désirs mauvais qui ruinent l’homme (cf. Mt 15,18-20), l’Esprit dépose dans notre cœur ses saints désirs, qui sont le germe de la vie nouvelle (cf. 1 Jn 3,9). La vie nouvelle, en effet, n’est pas un effort titanesque pour être cohérents avec une norme, mais la vie nouvelle est l’Esprit même de Dieu qui commence à nous guider jusqu’à ses fruits, dans une heureuse harmonie entre notre joie d’être aimés et sa joie de nous aimer. Les deux joies se rencontrent : la joie de Dieu de nous aimer et notre joie d’être aimés.

Voilà ce qu’est le Décalogue pour nous, chrétiens : contempler le Christ pour nous ouvrir à recevoir son cœur, pour recevoir ses désirs, pour recevoir son Saint Esprit.

 

 

 

Commentaire sur le huitième commandement : « Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain »

 « Vivre de communications non authentiques est grave parce que cela empêche les relations et cela empêche par conséquent l’amour », a déclaré le pape François avant de poursuivre : « Là où il y a le mensonge, il n’y a pas d’amour, il ne peut y avoir d’amour. » Le pape a ensuite expliqué que la vérité ne réside pas dans la sincérité ou dans l’exactitude des paroles prononcées « parce qu’on peut être sincèrement dans l’erreur, ou on peut être précis dans le détail mais sans saisir le sens de l’ensemble ».

 « Mais alors, qu’est-ce que la vérité ? », a-t-il demandé. « La vérité est la révélation merveilleuse de Dieu, de son visage de Père, c’est son amour sans limites », elle « trouve sa pleine réalisation dans la personne même de Jésus, dans sa manière de vivre et de mourir » par laquelle il « manifeste le Père, son amour miséricordieux et fidèle ». Et cette vérité, a conclu le pape, « est rendue visible par celui qui lui appartient et qui montre les mêmes attitudes ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans la catéchèse d’aujourd’hui, nous aborderons la huitième Parole du Décalogue : « Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain ».

Ce commandement, dit le Catéchisme, « interdit de travestir la vérité dans les relations avec autrui » (n. 2464). Vivre de communications non authentiques est grave parce que cela empêche les relations et cela empêche par conséquent l’amour. Là où il y a le mensonge, il n’y a pas d’amour, il ne peut y avoir d’amour. Et quand nous parlons de communication entre les personnes, nous entendons non seulement les paroles, mais aussi les gestes, les attitudes, et même les silences et les absences. Une personne parle avec tout ce qu’elle est et ce qu’elle fait. Nous sommes tous en communication, toujours. Nous vivons tous en communiquant et nous sommes continuellement tiraillés entre la vérité et le mensonge.

Mais que signifie dire la vérité ? Cela signifie-t-il être sincère ? Ou être exact ? En réalité, cela ne suffit pas, parce qu’on peut être sincèrement dans l’erreur, ou on peut être précis dans le détail mais sans saisir le sens de l’ensemble. Parfois, nous nous justifions en disant : « Mais j’ai dit ce que je sentais ! » Oui, mais tu as absolutisé ton point de vue. Ou encore : « J’ai seulement dit la vérité ! » Peut-être, mais tu as révélé des faits personnels ou confidentiels. Combien de ragots détruisent la communion parce qu’ils sont inopportuns ou qu’ils manquent de délicatesse ! Et même, les ragots tuent, et cela, c’est l’apôtre Jacques qui le dit dans sa Lettre. Celui ou celle qui fait des commérages, ce sont des personnes qui tuent : elles tuent les autres, parce que la langue tue comme un couteau. Faites attention ! Celui ou celle qui fait des commérages est un terroriste parce qu’avec sa langue, il lance la bombe et s’en va tranquillement, mais ce qu’il dit, la bombe qu’il a lancée, détruit la réputation d’autrui. N’oubliez pas : les ragots tuent.

Mais alors, qu’est-ce que la vérité ? C’est la question posée par Pilate, justement au moment où Jésus, devant lui, réalisait le huitième commandement (cf. Jn 18,38). En effet, les mots « Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain » appartiennent au langage juridique. Les Évangiles culminent dans le récit de la Passion, la mort et la résurrection de Jésus ; et c’est le récit d’un procès, de l’exécution de la sentence et d’une conséquence inédite.

Interrogé par Pilate, Jésus dit : « Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci : rendre témoignage à la vérité » (Jn 18,37). Et ce « témoignage », Jésus le donne par sa Passion, par sa mort. L’évangéliste Marc raconte que « le centurion qui était là en face de Jésus, voyant comment il avait expiré, déclara : « Vraiment, cet homme était Fils de Dieu ! » (Mc 15,39). Oui, parce qu’il était cohérent, il a été cohérent : par sa façon de mourir, Jésus manifeste le Père, son amour miséricordieux et fidèle.

La vérité trouve sa pleine réalisation dans la personne même de Jésus (cf. Jn 14,6), dans sa manière de vivre et de mourir, fruit de sa relation avec le Père. Cette existence comme Fils de Dieu, il nous la donne, ressuscité, à nous aussi, en envoyant l’Esprit Saint qui est l’Esprit de vérité, qui atteste à notre cœur que Dieu est notre Père (cf. Rm 8,16).

Dans tous ses actes, l’homme, les personnes affirment ou nient cette vérité. À partir des plus petites situations quotidiennes jusqu’aux choix les plus engageants. Mais c’est la même logique, toujours : celle que les parents et les grands-parents nous enseignent quand ils nous disent de ne pas dire de mensonges.

Demandons-nous : quelle vérité attestent nos œuvres à nous, chrétiens, nos paroles, nos choix ? Chacun peut s’interroger : suis-je un témoin de la vérité ou suis-je plus ou moins un menteur déguisé en vrai ? Que chacun s’interroge. Nous, les chrétiens, nous ne sommes pas des hommes et des femmes exceptionnels. Mais nous sommes enfants du Père céleste, qui est bon et qui ne nous déçoit pas, et qui met dans notre cœur l’amour de nos frères. Cette vérité ne se dit pas tellement par des discours, c’est une manière d’exister, une manière de vivre et cela se voit dans chacun de nos actes (cf. Jc 2,18). Cet homme est un homme vrai, cette femme est une femme vraie : cela se voit. Mais pourquoi, s’il n’ouvre pas la bouche ? Mais il se comporte comme une personne vraie. Il dit la vérité, il agit avec la vérité. Une belle manière de vivre pour nous.

La vérité est la révélation merveilleuse de Dieu, de son visage de Père, c’est son amour sans limites. Cette vérité correspond à la raison humaine mais elle la dépasse infiniment, parce que c’est un don descendu sur la terre et incarné dans le Christ crucifié et ressuscité ; elle est rendue visible par celui qui lui appartient et qui montre les mêmes attitudes.

Tu ne témoigneras pas faussement contre ton prochain veut dire vivre en enfant de Dieu qui jamais, jamais ne se contredit, ne dit jamais de mensonges ; vivre en enfant de Dieu, en laissant émerger dans tous nos actes la grande vérité : que Dieu est Père et qu’on peut lui faire confiance. J’ai confiance en Dieu : voilà la grande vérité. De notre confiance en Dieu, qui est Père et qui m’aime, qui nous aime, nait ma vérité et le fait d’être vrai et non menteur.

 

 

 

« Tu ne convoiteras pas »

 « Les dernières paroles du Décalogue éduquent chacun à se reconnaître mendiant ; elles aident à se mettre devant le désordre de notre cœur », a expliqué le pape François. L’homme a besoin de découvrir « qu’il ne peut pas se libérer tout seul ». Et, a-t-il ajouté, « la tâche de la Loi est de conduire l’homme à sa vérité, c’est-à-dire à sa pauvreté, qui devient une ouverture authentique et une ouverture personnelle à la miséricorde de Dieu, qui nous transforme et nous renouvelle ».

Le pape François a médité sur le commandement « tu ne convoiteras pas la femme de ton prochain (…) rien de ce qui lui appartient » (Ex 20, 17).

Tous les commandements indiquent « la limite au-delà de laquelle l’homme se détruit lui-même et détruit son prochain, gâchant sa relation avec Dieu », a encore commenté le pape François. C’est pourquoi, a-t-il poursuivi, « le parcours effectué par le Décalogue n’aurait aucune utilité s’il n’arrivait pas à toucher ce niveau, le cœur de l’homme » ; or « si le cœur n’est pas libéré, le reste ne sert pas à grand chose. Voilà le défi : libérer le cœur de toutes ces choses mauvaises ».

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nos rencontres sur le Décalogue nous mènent aujourd’hui au dernier commandement. Nous l’avons entendu à l’ouverture. Ce ne sont pas seulement les dernières paroles du texte, mais beaucoup plus : c’est l’accomplissement du voyage à travers le Décalogue, touchant le cœur de tout ce qui, en lui, nous est remis. En effet, à bien y regarder, elles n’ajoutent pas de nouveau contenu : les indications « tu ne convoiteras pas la femme (…) rien de ce qui lui appartient » sont au moins latentes dans les commandements sur l’adultère et sur le vol ; quelle est alors la fonction de ces paroles ? Est-ce un résumé ? Est-ce quelque chose de plus ?

Gardons bien à l’esprit que tous les commandements ont pour tâche d’indiquer la limite de la vie, la limite au-delà de laquelle l’homme se détruit lui-même et détruit son prochain, gâchant sa relation avec Dieu. Si tu vas au-delà, tu te détruis, tu détruis aussi ta relation avec Dieu et ta relation avec les autres. C’est ce que signalent les commandements. Cette dernière parole met en avant le fait que toutes les transgressions naissent d’une commune racine intérieure : les désirs mauvais. Tous les péchés naissent d’un désir mauvais. Tous. C’est là que le cœur commence à pencher, et on entre dans cette vague et cela se termine par une transgression. Mais pas une transgression formelle, légale : dans une transgression qui blesse soi-même et les autres.

Dans l’Évangile, le Seigneur Jésus le dit simplement : « Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur » (Mc 7,21-23).

Nous comprenons par conséquent que tout le parcours effectué par le Décalogue n’aurait aucune utilité s’il n’arrivait pas à toucher ce niveau, le cœur de l’homme. D’où naissent toutes ces choses mauvaises ? Le Décalogue se montre lucide et profond sur cet aspect : le point d’arrivée – le dernier commandement – de ce voyage est le cœur et soi-même, si le cœur n’est pas libéré, le reste ne sert pas à grand chose. Voilà le défi : libérer le cœur de toutes ces choses mauvaises. Les préceptes de Dieu peuvent se réduire à n’être que la belle façade d’une vie qui reste quoi qu’il en soit une existence d’esclave et non de fils. Souvent, derrière le masque pharisaïque du « comme il faut » asphyxiant, se cache quelque chose qui n’est pas bon et qui n’est pas résolu.

Nous devons au contraire nous laisser démasquer par ces commandements sur le désir, parce qu’ils nous montrent notre pauvreté pour nous conduire à une sainte humiliation. Chacun de nous peut s’interroger : mais quels mauvais désirs me viennent souvent ? L’envie, la cupidité, les cancans ? Toutes ces choses qui me viennent de l’intérieur. Chacun peut se poser cette question et cela lui fera du bien. L’homme a besoin de cette humiliation bénie, celle par laquelle il découvre qu’il ne peut pas se libérer tout seul, celle par laquelle il crie vers Dieu pour être sauvé. Saint Paul l’explique d’une manière incomparable, en se référant précisément au commandement « tu ne convoiteras pas » (cf. Rm 7,7-24).

Il est vain de penser pouvoir se corriger sans le don de l’Esprit Saint. Il est vain de penser purifier notre cœur dans un effort titanique de notre seule volonté : ce n’est pas possible. Il faut s’ouvrir à la relation avec Dieu dans la vérité et dans la liberté : c’est seulement ainsi que nos efforts peuvent porter du fruit, parce qu’il y a l’Esprit Saint qui nous pousse en avant.

La tâche de la Loi biblique n’est pas de faire croire à l’homme qu’une obéissance littérale le porte à un salut artificiel et d’ailleurs inaccessible. La tâche de la Loi est de conduire l’homme à sa vérité, c’est-à-dire à sa pauvreté, qui devient une ouverture authentique et une ouverture personnelle à la miséricorde de Dieu, qui nous transforme et nous renouvelle. Dieu est le seul capable de renouveler notre cœur, à condition que nous lui ouvrions notre cœur : c’est la seule condition ; c’est lui qui fait tout, mais nous devons lui ouvrir notre cœur.

Les dernières paroles du Décalogue éduquent chacun à se reconnaître mendiant ; elles aident à se mettre devant le désordre de notre cœur, pour cesser de vivre égoïstement et devenir pauvres d’esprit, authentique en présence du Père, se laissant racheter par le Fils et conduire par l’Esprit Saint. L’Esprit Saint est le maître qui nous guide : laissons-nous aider. Soyons des mendiants, demandons cette grâce.

« Heureux les pauvres de cœur car le Royaume des cieux est à eux » (Mt 5,3). Oui, heureux ceux qui cessent de s’illusionner en croyant pouvoir se sauver de leur faiblesse sans la miséricorde de Dieu qui, seule, peut guérir. Seule la miséricorde de Dieu guérit le cœur. Heureux ceux qui reconnaissent leurs désirs mauvais et qui, d’un cœur repenti et humilié, ne se tiennent pas devant Dieu et devant les autres hommes comme des justes, mais comme des pécheurs. C’est beau, ce que dit Pierre au Seigneur : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ». C’est une belle prière : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un pécheur ».

Ce sont ceux-là qui savent avoir de la compassion, qui savent avoir de la miséricorde envers les autres, parce qu’ils en font l’expérience pour eux-mêmes.

 

 

Tu ne voleras pas

 « Toute richesse, pour être bonne, doit avoir une dimension sociale », déclare le pape François. En effet, explique-t-il, « personne n’est le maître absolu de ses biens, mais un administrateur des biens. La possession est une responsabilité ». Et, ajoute-t-il, « tout bien soustrait à la logique de la Providence de Dieu est trahi, est trahi dans le sens le plus profond ».

Le pape François a commenté la septième Parole : « Tu ne voleras pas » avec « une lecture plus ample » et en abordant « le thème de la propriété des biens à la lumière de la sagesse chrétienne ».

« Ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner », a encore dit le pape avec insistance. « La possession des biens est une occasion de les multiplier avec créativité et de les utiliser avec générosité, et ainsi de grandir dans la charité et dans la liberté ». Ainsi, « ce qui nous rend riche, ce ne sont pas les biens, mais c’est l’amour ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant l’explication du Décalogue, nous arrivons aujourd’hui à la septième Parole : « Tu ne voleras pas ».

Quand nous entendons ce commandement, nous pensons à la question du vol et au respect de la propriété d’autrui. Il n’existe pas de culture où le vol et l’abus de pouvoir sur les biens soient licites ; la sensibilité humaine, en effet, est très susceptible sur la défense des biens.

Mais il vaut la peine de s’ouvrir à une lecture plus ample de cette Parole, en portant le thème de la propriété des biens à la lumière de la sagesse chrétienne.

Dans la doctrine sociale de l’Église, on parle de destination universelle des biens. Qu’est-ce que cela signifie ? Écoutons ce que dit le Catéchisme : « Au commencement, Dieu a confié la terre et ses ressources à la gérance commune de l’humanité pour qu’elle en prenne soin, la maîtrise par son travail et jouisse de ses fruits. Les biens de la création sont destinés à tout le genre humain. » (2402). Et encore : « La destination universelle des biens demeure primordiale, même si la promotion du bien commun exige le respect de la propriété privée, de son droit et de son exercice. » (2403). (1)

Mais la Providence n’a pas disposé un monde « en série », il y a des différences, des conditions diverses, des cultures différentes et ainsi on peut vivre en pourvoyant les uns pour les autres. Le monde est riche en ressources pour assurer à tous les biens primordiaux. Et pourtant beaucoup vivent dans une indigence scandaleuse et les ressources, utilisées sans critère, se détériorent. Mais il n’y a qu’un seul monde ! Il n’y a qu’une seule humanité (2). Aujourd’hui, la richesse du monde est dans les mains de la minorité, d’un petit nombre et la pauvreté, ou plutôt la misère et la souffrance sont le lot de beaucoup, de la majorité.

S’il y a la faim sur la terre, ce n’est pas à cause du manque de nourriture ! Au contraire, à cause des exigences du marché, on en vient parfois à la détruire, on la jette. Ce qui manque, c’est un esprit d’entreprise libre et clairvoyant, qui assure une production adéquate et une démarche solidaire, qui assure une distribution équitable. Le catéchisme dit encore : « L’homme, dans l’usage qu’il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu’il possède légitimement comme n’appartenant qu’à lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu’elles puissent profiter non seulement à lui, mais aux autres » (2404). Toute richesse, pour être bonne, doit avoir une dimension sociale.

C’est dans cette perspective qu’apparaît la signification positive et ample du commandement « Tu ne voleras pas ». « La propriété d’un bien fait de son détenteur un administrateur de la Providence » (ibid.). Personne n’est le maître absolu de ses biens, mais un administrateur des biens. La possession est une responsabilité : « Mais moi, je suis riche de tout… » – C’est une responsabilité que tu as. Et tout bien soustrait à la logique de la Providence de Dieu est trahi, est trahi dans le sens le plus profond. Ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner. Voilà la mesure pour évaluer comment je réussis à gérer mes richesses, bien ou mal ; cette phrase est importante : ce que je possède vraiment, c’est ce que je sais donner. Si je sais donner, je suis ouvert, alors je suis riche non seulement de ce que je possède, mais aussi en générosité, générosité aussi comme un devoir de donner la richesse, pour que tous y participent. En effet, si je ne réussis pas à donner quelque chose, c’est parce que cette chose me possède, a un pouvoir sur moi et que j’en suis esclave. La possession des biens est une occasion de les multiplier avec créativité et de les utiliser avec générosité, et ainsi de grandir dans la charité et dans la liberté.

Le Christ lui-même, bien qu’il soit Dieu, « ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti » (Ph 2,6-7) et nous a enrichis de sa pauvreté (cf. 2 Cor 8,9).

Alors que l’humanité se donne du mal pour avoir plus, Dieu la rachète en se faisant pauvre : cet Homme crucifié a payé pour tous un rachat inestimable de la part de Dieu le père, « riche en miséricorde » (Éph 2,4 ; cf. Jc 5,11). Ce qui nous rend riche, ce ne sont pas les biens, mais c’est l’amour. Si souvent nous avons entendu ce que le peuple de Dieu dit : « Le diable entre par les poches ». On commence par l’amour de l’argent, la faim de posséder, et la vanité arrive : « Ah, je suis riche et je m’en vante » ; et à la fin, l’orgueil et la suffisance. C’est la façon d’agir du diable en nous. Mais la porte d’entrée, ce sont les poches.

Chers frères et sœurs, une fois encore Jésus Christ nous dévoile le sens plénier des Écritures. « Tu ne voleras pas » veut dire : aime avec tes biens, profite de tes moyens pour aimer comme tu le peux. Alors ta vie devient bonne et la possession devient vraiment un don. Parce que la vie n’est pas un temps pour posséder mais pour aimer. Merci.

(1) Cf. Enc. Laudato si’, 67 : « Chaque communauté peut prélever de la bonté de la terre ce qui lui est nécessaire pour survivre, mais elle a aussi le devoir de la sauvegarder et de garantir la continuité de sa fertilité pour les générations futures ; car, en définitive, « au Seigneur la terre » (Ps 24, 1), à lui appartiennent « la terre et tout ce qui s’y trouve » (Dt 10, 14). Pour cette raison, Dieu dénie toute prétention de propriété absolue : « La terre ne sera pas vendue avec perte de tout droit, car la terre m’appartient, et vous n’êtes pour moi que des étrangers et des hôtes » (Lv 25, 23). »

(2) Cf. Saint Paul VI, Enc. Populorum progressio, 17 : « Mais chaque homme est membre de la société: il appartient à l’humanité tout entière. Ce n’est pas seulement tel ou tel homme, mais tous les hommes qui sont appelés à ce développement plénier (…)Héritiers des générations passées et bénéficiaires du travail de nos contemporains, nous avons des obligations envers tous et nous ne pouvons nous désintéresser de ceux qui viendront agrandir après nous le cercle de la famille humaine. La solidarité universelle qui est un fait, et un bénéfice pour nous, est aussi un devoir. »