«Imprégner nos maisons de l’Évangile»

La fin des Actes des apôtres « contient et récapitule tout le dynamisme de la Parole de Dieu, Parole irrépressible qui veut courir pour communiquer le salut à tous », a expliqué le pape François. Le récit ne se termine pas avec « la mort de Paul » mais avec « le dynamisme de sa prédication, d’une Parole qui “n’est pas enchaînée” ». Le pape a souligné que, si « Paul n’a pas la liberté de mouvement », en revanche, « il est libre de parler parce que la Parole n’est pas enchaînée ».

Le pape François a donné la dernière catéchèse sur les Actes des apôtres. Il a commenté la fin du chapitre 28 où saint Luc évoque les deux années pendant lesquelles l’apôtre Paul, en résidence surveillée à Rome, annonçait librement la Parole de Dieu à tous ceux qui venaient à lui.

« Cette maison ouverte à tous les coeurs en recherche », a ajouté le pape, « est l’image de l’Église qui, bien que persécutée, non comprise et enchaînée, ne se lasse jamais d’accueillir avec un coeur maternel tous les hommes et toutes les femmes pour leur annoncer l’amour du Père qui s’est rendu visible en Jésus ». Et d’invoquer l’Esprit-Saint afin qu’il « nous rende nous aussi capables, comme Paul, d’imprégner nos maisons de l’Évangile et d’en faire des cénacles de fraternité, où accueillir le Christ vivant, qui “vient à nous en tout homme et en tout temps” ».

 

Chers frères et soeurs,

Nous concluons aujourd’hui la catéchèse sur les Actes des apôtres, avec la dernière étape missionnaire de saint Paul, à savoir Rome (cf. Ac 28,14).

Le voyage de Paul, qui a été une seule et même chose que celui de l’Évangile, est la preuve que les routes des hommes, si elles sont vécues dans la foi, peuvent devenir un lieu de passage du salut de Dieu, à travers la Parole de la foi, qui est un ferment actif dans l’histoire, capable de transformer les situations et d’ouvrir des voies toujours nouvelles.

Avec l’arrivée de Paul au coeur de l’Empire, se termine le récit des Actes des apôtres, qui ne se termine pas par le martyre de Paul, mais par les semailles abondantes de la Parole. La fin du récit de Luc, centré sur le voyage de l’Évangile dans le monde, contient et récapitule tout le dynamisme de la Parole de Dieu, Parole irrépressible qui veut courir pour communiquer le salut à tous.

À Rome, Paul rencontre avant tout ses frères dans le Christ, qui l’accueillent et lui donnent du courage (cf. Ac 28,15) et dont l’hospitalité chaleureuse laisse imaginer combien son arrivée était attendue et désirée. Puis il lui est accordé d’habiter seul sous garde militaire, c’est-à-dire avec un soldat qui lui sert de garde ; il était en résidence surveillée. Malgré sa condition de prisonnier, Paul peut rencontrer les notables juifs pour expliquer pourquoi il a été contraint de faire appel à César et pour leur parler du royaume de Dieu. Il cherche à les convaincre au sujet de Jésus, en partant des Écritures et en montrant la continuité entre la nouveauté du Christ et l’ « espérance d’Israël » (Ac 28, 20). Paul se reconnaît profondément juif et il voit dans l’Évangile qu’il prêche, c’est-à-dire dans l’annonce du Christ mort et ressuscité, l’accomplissement des promesses faites au peuple élu.

Cette première rencontre informelle, qui trouve les juifs bien disposés, est suivie d’une autre plus officielle pendant laquelle, pendant une journée entière, Paul annonce le royaume de Dieu et cherche à ouvrir ses interlocuteurs à la foi en Jésus, en partant « de la loi de Moïse et des prophètes » (Ac 28,23). Comme ils ne sont pas tous convaincus, il dénonce l’endurcissement du coeur du peuple de Dieu, cause de sa condamnation (cf. Is 6,9-10) et célèbre avec passion le salut des nations qui se montrent, elles, sensibles à Dieu et capables d’écouter la Parole de l’Évangile de la vie (cf. Ac 28,28).

À ce moment du récit, Luc conclut son oeuvre en nous montrant non pas la mort de Paul mais le dynamisme de sa prédication, d’une Parole qui « n’est pas enchaînée » (2 Tm 2,0) – Paul n’a pas la liberté de mouvement mais il est libre de parler parce que la Parole n’est pas enchaînée – c’est une Parole prête à se laisser semer à pleines mains par l’apôtre. Paul le fait « avec une entière assurance et sans obstacle » (Ac 28,31), dans une maison où il accueille ceux qui veulent recevoir l’annonce du royaume de Dieu et connaître le Christ. Cette maison ouverte à tous les coeurs en recherche est l’image de l’Église qui, bien que persécutée, non comprise et enchaînée, ne se lasse jamais d’accueillir avec un coeur maternel tous les hommes et toutes les femmes pour leur annoncer l’amour du Père qui s’est rendu visible en Jésus.

Chers frères et soeurs, au terme de cet itinéraire, vécu ensemble en suivant la course de l’Évangile dans le monde, que l’Esprit ravive en chacun de nous l’appel à être des évangélisateurs courageux et joyeux. Qu’il nous rende nous aussi capables, comme Paul, d’imprégner nos maisons de l’Évangile et d’en faire des cénacles de fraternité, où accueillir le Christ vivant, qui « vient à nous en tout homme et en tout temps » (cf. II Préface de l’Avent).

 

 

L’amour est toujours fécond

 « L’amour est toujours fécond », a affirmé le pape François en commentant le naufrage de Paul sur le bateau qui devait le conduire à Rome, prisonnier de Césarée. Faisant observer que Paul transforme « une situation de disgrâce » en « opportunité providentielle pour annoncer l’Évangile », le pape a poursuivi : « si tu te laisses prendre par le Seigneur et si tu reçois les dons du Seigneur, cela te permettra de donner aux autres. L’amour pour Dieu va toujours au-delà ».

Le pape François a souligné combien, « même dans l’épreuve »,  Paul « ne cesse d’être le gardien de la vie des autres et celui qui ranime leur espérance ».

Saluant au passage l’accueil du peuple maltais, « déjà à cette époque », le pape a conclu sa catéchèse en invitant à « être sensibles à tous les naufragés de l’histoire qui abordent, épuisés, sur nos côtes, pour que nous sachions nous aussi les accueillir avec cet amour fraternel qui vient de la rencontre avec Jésus ». « C’est cela qui sauve du gel de l’indifférence et de l’inhumanité », a-t-il insisté.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le livre des Actes des apôtres raconte, dans sa partie finale, que l’Évangile poursuit sa course non seulement sur terre, mais sur mer, sur un bateau qui conduit Paul, prisonnier de Césarée, vers Rome (cf. Ac 27,1 à 28,16), au coeur de l’Empire, pour que se réalise la parole du Ressuscité : « Vous serez mes témoins […] jusqu’aux extrémités de la terre » (Ac 1,8). Lisez le livre des Actes des apôtres et vous verrez comment, par la force de l’Esprit Saint, l’Évangile arrive à tous les peuples, se fait universel. Prenez-le ! Lisez-le !

Dès le début, la navigation affronte des conditions défavorables. Le voyage devient dangereux. Paul conseille de ne pas poursuivre la navigation, mais le centurion n’en tient pas compte et fait confiance au pilote et à l’armateur. Le voyage continue et un vent violent se déchaîne au point que l’équipage perd le contrôle et laisse le bateau partir à la dérive.

Alors que la mort semble désormais proche et que le désespoir envahit tout le monde, Paul intervient et rassure ses compagnons en disant ce que nous avons entendu : « Cette nuit […] s’est présenté à moi un ange du Dieu à qui j’appartiens et à qui je rends un culte. Il m’a dit : “Sois sans crainte, Paul, il faut que tu te présentes devant l’empereur, et voici que, pour toi, Dieu fait grâce à tous ceux qui sont sur le bateau avec toi” » (Ac 27, 23-24). Même dans l’épreuve, Paul ne cesse d’être le gardien de la vie des autres et celui qui ranime leur espérance.

Ainsi, Luc nous montre que le dessein qui guide Paul vers Rome met à l’abri non seulement l’apôtre, mais aussi ses compagnons de voyage et le naufrage, qui était une situation de disgrâce, se transforme en opportunité providentielle pour annoncer l’Évangile.

Le naufrage est suivi de l’abordage sur l’île de Malte, dont les habitants manifestent un accueil empressé. Les Maltais sont courageux, ils sont doux, ils sont accueillants, ils l’étaient déjà à cette époque. Il pleut et il fait froid, et ils allument un feu pour assurer aux naufragés un peu de chaleur et de soulagement.

Là aussi, en véritable disciple du Christ, Paul rend service pour alimenter le feu avec des branches. Pendant ces opérations, il est mordu par une vipère, mais elle ne lui fait aucun mal ; en voyant cela, les gens disent : « Mais cet homme doit être un grand malfaiteur parce qu’il est sauvé d’un naufrage et il finit mordu par une vipère ! ». Ils attendaient le moment où il serait tombé mort, mais il ne subit aucun dommage et on le prend alors carrément pour une divinité au lieu d’un malfaiteur. En réalité, ce bienfait vient du Seigneur ressuscité qui l’assiste, selon la promesse faite avant de monter au ciel et adressée aux croyants : « ils prendront des serpents dans leurs mains et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien. » (Mc 16,18). L’histoire dit que, depuis ce moment, il n’y a pas de vipères à Malte : c’est la bénédiction de Dieu pour l’accueil de ce peuple si bon.

En fait, pour Paul, ce séjour à Malte devient une occasion propice pour donner « chair » à la parole qu’il annonce et exercer ainsi un ministère de compassion dans la guérison des malades. Et c’est une loi de l’Évangile : quand un croyant fait l’expérience du salut, il ne la garde pas pour lui, mais il la fait circuler. « Le bien tend toujours à se communiquer. Toute expérience de vérité et de beauté cherche en elle-même à se diffuser, et toute personne qui vit une profonde libération acquiert une plus grande sensibilité devant les nécessités des autres » (Exhort. ap. Evangelii gaudium, 9). Un chrétien « éprouvé » peut certainement devenir plus proche de celui qui souffre parce qu’il sait ce qu’est la souffrance et rendre son cœur ouvert et sensible à la solidarité envers les autres.

Paul nous apprend à vivre les épreuves en nous serrant contre le Christ, pour que mûrissent notre « conviction que Dieu peut agir dans n’importe quelle circonstance, y compris au milieu d’échecs apparents » et notre « certitude que celui qui s’offre et se donne à Dieu par amour, sera certainement fécond » (ibid., 279). L’amour est toujours fécond, l’amour de Dieu est toujours fécond et, si tu te laisses prendre par le Seigneur et si tu reçois les dons du Seigneur, cela te permettra de donner aux autres. L’amour pour Dieu va toujours au-delà.

Demandons aujourd’hui au Seigneur de nous aider à vivre toutes les épreuves soutenus par l’énergie de notre foi et à être sensibles à tous les naufragés de l’histoire qui abordent, épuisés, sur nos côtes, pour que nous sachions nous aussi les accueillir avec cet amour fraternel qui vient de la rencontre avec Jésus. C’est cela qui sauve du gel de l’indifférence et de l’inhumanité.

 

 

 

La passion de Paul, un Évangile vivant 

Saint Paul « nous enseigne la persévérance dans l’épreuve et la capacité à tout lire avec les yeux de la foi », affirme le pape François: ses chaînes sont « une épreuve humiliante pour l’apôtre, qui apparaît aux yeux du monde comme un “malfaiteur”. Mais son amour pour le Christ est si fort que même ces chaînes sont lues avec les yeux de la foi ».

Le pape a commenté le chapitre 26, après que Paul, de retour à Jérusalem, a été confronté à l’hostilité de la ville et fait prisonnier.

Cette foi de Paul, explique-t-il en reprenant les paroles du pape émérite Benoît XVI, « n’est pas “une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde”, mais “l’impact de l’amour de Dieu sur son coeur, […] c’est son amour pour Jésus-Christ” ».

« Luc souligne la ressemblance entre Paul et Jésus », fait observer le pape, « tous deux haïs par leurs adversaires, accusés publiquement et reconnus innocents par les autorités impériales ; et ainsi Paul est associé à la passion de son Maître et sa passion devient un Évangile vivant ».

Le témoignage de Paul, a dit le pape, est « de plus en plus marqué du sceau de la souffrance ». Ses chaînes sont « le signe de sa fidélité à l’Évangile et du témoignage qu’il rend au Ressuscité ». Le pape a fait le lien avec un groupe de pèlerins urkainiens rencontrés le matin même : « Comme ces gens ont été persécutés ! », s’est-il ému, « comme ils ont souffert pour l’Évangile ! Mais ils n’ont pas négocié leur foi. Ils sont un exemple ». Et d’ajouter : « Il y aura toujours des martyrs parmi nous : c’est le signe que nous sommes sur la voie de Jésus. »

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

Dans la lecture des Actes des apôtres, le voyage de l’Évangile dans le monde se poursuit et le témoignage de saint Paul est de plus en plus marqué du sceau de la souffrance. Mais c’est quelque chose qui grandit avec le temps dans la vie de Paul.  Paul n’est pas seulement l’évangélisateur plein d’ardeur, le missionnaire intrépide parmi les païens, qui donne vie à de nouvelles communautés chrétiennes, mais il est aussi le témoin souffrant du Ressuscité (cf. Ac 9,15-16).

L’arrivée de l’apôtre à Jérusalem, décrite au chapitre 21 des Actes, déchaîne une haine féroce à son égard, accompagnée de reproches : « Mais c’était un persécuteur ! Ne lui faites pas confiance ! ». Comme pour Jésus, pour lui aussi Jérusalem est la ville hostile. S’étant rendu dans le temple, il est reconnu, conduit à l’extérieur pour être lynché et sauvé in extremis par les soldats romains. Accusé d’enseigner contre la Loi et le Temple, il est arrêté et il commence son long voyage de prisonnier, d’abord devant le Sanhédrin, puis devant le procureur romain à Césarée, et enfin devant le roi Agrippa. Luc souligne la ressemblance entre Paul et Jésus, tous deux haïs par leurs adversaires, accusés publiquement et reconnus innocents par les autorités impériales ; et ainsi Paul est associé à la passion de son Maître et sa passion devient un Évangile vivant.

Je viens de la Basilique Saint-Pierrre et j’ai eu là-bas une première audience, ce matin, avec les pèlerins ukrainiens, d’un diocèse d’Ukraine. Comme ces gens ont été persécutés ! Comme ils ont souffert pour l’Évangile ! Mais ils n’ont pas négocié leur foi. Ils sont un exemple. Aujourd’hui, dans le monde, en Europe, tant de chrétiens sont persécutés et donnent leur vie pour leur foi, ou sont persécutés avec des gants blancs, c’est-à-dire laissés de côté, marginalisés… Le martyre est l’air de la vie d’un chrétien, d’une communauté chrétienne. Il y aura toujours des martyrs parmi nous : c’est le signe que nous sommes sur la voie de Jésus. C’est une bénédiction du Seigneur, qu’il y ait dans le peuple de Dieu quelqu’un ou quelqu’une qui donne ce témoignage du martyre.

Paul est appelé à se défendre des accusations et, à la fin, en présence du roi Agrippa II, son apologie se transforme en un efficace témoignage de foi (cf. Ac 26, 1-23).

Puis Paul raconte sa conversion : Le Christ ressuscité a fait de lui un chrétien et lui a confié la mission parmi les nations, « pour leur ouvrir les yeux, pour les ramener des ténèbres vers la lumière et du pouvoir de Satan vers Dieu, afin qu’ils reçoivent, par la foi [dans le Christ], le pardon des péchés et une part d’héritage avec ceux qui ont été sanctifiés » (v.18). Paul a obéi à cette charge et n’a pas fait autre chose que de montrer comment les prophètes et Moïse ont préannoncé ce qu’il annonce maintenant : que « le Christ, exposé à la souffrance et premier ressuscité d’entre les morts, devait annoncer la lumière à notre peuple et aux nations » (v.23). Le témoignage passionné de Paul touche le coeur du roi Agrippa à qui ne manque que le pas décisif. Et le roi dit ceci : « Encore un peu et tu me persuades de me faire chrétien ! » (v.28). Paul est déclaré innocent, mais on ne peut le relâcher parce qu’il a fait appel à Casar. C’est ainsi que se poursuit le voyage, auquel rien ne peut faire obstacle, de la Parole de Dieu vers Rome. Paul, enchaîné, finira ici, à Rome.

À partir de ce moment, le portrait de Paul est celui du prisonnier dont les chaînes sont le signe de sa fidélité à l’Évangile et du témoignage qu’il rend au Ressuscité.

Les chaînes sont certes une épreuve humiliante pour l’apôtre, qui apparaît aux yeux du monde comme un « malfaiteur » (2 Tm 2,9). Mais son amour pour le Christ est si fort que même ces chaînes sont lues avec les yeux de la foi ; une foi qui, pour Paul, n’est pas « une théorie, une opinion sur Dieu et sur le monde », mais « l’impact de l’amour de Dieu sur son coeur, […] c’est son amour pour Jésus-Christ » (Benoît XVI, Homélie à l’occasion de l’Année paulinienne, 28 juin 2008).

Chers frères et soeurs, Paul nous enseigne la persévérance dans l’épreuve et la capacité à tout lire avec les yeux de la foi. Demandons aujourd’hui au Seigneur, par l’intercession de l’apôtre, de raviver notre foi et de nous aider à être fidèles jusqu’au bout à notre vocation de chrétiens, de disciples du Seigneur, de missionnaires.

 

 

 

Et une invitation « à s’arrêter »

La crèche est « un Évangile vivant » qui nous dit que « Dieu est réel, concret, vivant et palpitant » ; elle est « plus actuelle que jamais » car, dans notre monde d’armes et d’images violentes, elle est « une représentation artisanale de la paix », a déclaré le pape François. La crèche est également, a-t-il dit, « un Évangile domestique » qui nous rappelle que « Jésus est la nourriture, le pain de la vie. C’est lui qui alimente notre amour, c’est lui qui donne à nos familles la force d’avancer et de nous pardonner ».

Le pape a centré sa méditation sur le passage de l’Évangile selon saint Luc (2, 15-16) où les bergers, après l’annonce de l’ange, se hâtent de se rendre à Bethléem pour « voir ce qui est arrivé » et découvrent Joseph et Marie « avec le nouveau-né couché dans la mangeoire ».

Le pape a invité à « se tenir devant la crèche » dans une attitude de « contemplation » et à « confier au Seigneur notre vie, lui parler des personnes et des situations qui nous tiennent à coeur, faire avec lui le bilan de l’année qui se termine, partager nos attentes et nos préoccupations ». C’est une invitation à « nous arrêter ». Parce que, a expliqué le pape, « c’est seulement quand nous savons nous recueillir que nous pouvons accueillir ce qui compte dans la vie. Seulement si nous laissons hors de chez nous le vacarme du monde que nous nous ouvrons à l’écoute de Dieu, qui parle dans le silence ».

 

Chers frères et soeurs, bonjour !

Dans une semaine, ce sera Noël. Ces jours-ci, alors que l’on court pour faire les préparatifs de la fête, nous pouvons nous demander : « Comment est-ce que je me prépare à la naissance de celui que nous célébrons ? » Une manière simple mais efficace de se préparer consiste à faire la crèche. Moi aussi, cette année, j’ai emprunté ce chemin : je suis allé à Greccio, où saint François fit la première crèche, avec les gens du lieu. Et j’ai écrit une lettre pour rappeler la signification de cette tradition, ce que signifie la crèche pendant le temps de Noël.

En effet, la crèche « est comme un Évangile vivant » (Lett. ap. Admirabile signum, 1). Elle apporte l’Évangile dans les endroits où l’on vit : dans les maisons, dans les écoles, dans les lieux de travail et de retrouvailles, dans les hôpitaux et les maisons de retraite, dans les prisons et sur les places. Et là où nous vivons, elle nous rappelle quelque chose d’essentiel : que Dieu n’est pas resté invisible dans le ciel, mais qu’il est venu sur terre, il s’est fait homme, petit enfant. Faire la crèche, c’est célébrer la proximité de Dieu. Dieu a toujours été proche de son peuple, mais quand il s’est incarné et qu’il est né, il a été très proche, extrêmement proche. Faire la crèche, c’est célébrer la proximité de Dieu, c’est redécouvrir que Dieu est réel, concret, vivant et palpitant. Dieu n’est pas un monsieur lointain ni un juge détaché, mais il est l’Amour humble, descendu jusqu’à nous.

L’Enfant dans la crèche nous transmet sa tendresse. Certaines statuettes représentent le « petit enfant » les bras ouverts, pour nous dire que Dieu est venu embrasser notre humanité. Il est beau alors de se tenir devant la crèche et là, de confier au Seigneur notre vie, lui parler des personnes et des situations qui nous tiennent à coeur, faire avec lui le bilan de l’année qui se termine, partager nos attentes et nos préoccupations.

Aux côtés de Jésus, nous voyons la Vierge Marie et saint Joseph. Nous pouvons imaginer les pensées et les sentiments qui étaient les leurs tandis que l’Enfant naissait dans la pauvreté : joie, mais aussi désarroi. Et nous pouvons également inviter la Sainte Famille chez nous, là où sont nos joies et nos préoccupations, là où nous nous réveillons tous les jours, où nous prenons notre nourriture et où nous nous endormons auprès des personnes qui nous sont les plus chères. La crèche est un Évangile domestique. Le mot ‘crèche’ signifie littéralement « mangeoire », tandis que la ville de la crèche, Bethléem, signifie « maison du pain ». Mangeoire et maison du pain : la crèche que nous installons à la maison, où nous partageons notre nourriture et notre affection, nous rappelle que Jésus est la nourriture, le pain de la vie (cf. Jn 6,34). C’est lui qui alimente notre amour, c’est lui qui donne à nos familles la force d’avancer et de nous pardonner.

La crèche nous offre un autre enseignement de vie. Dans les rythmes parfois frénétiques d’aujourd’hui, elle est une invitation à la contemplation. Elle nous rappelle l’importance de nous arrêter. Parce que c’est seulement quand nous savons nous recueillir que nous pouvons accueillir ce qui compte dans la vie. Seulement si nous laissons hors de chez nous le vacarme du monde que nous nous ouvrons à l’écoute de Dieu, qui parle dans le silence. La crèche est actuelle, elle est l’actualité de toutes les familles. Hier, on m’a offert une petite représentation d’une crèche particulière, toute petite, qui s’appelait : « Laissons maman se reposer ». Il y avait la Vierge Marie endormie et Joseph là, avec l’Enfant Jésus qu’il aidait à s’endormir. Combien d’entre vous doivent partager la nuit entre le mari et la femme pour l’enfant qui pleure, pleure, pleure. « Laissez maman se reposer » : c’est la tendresse d’une famille, d’un couple.

La crèche est plus actuelle que jamais, alors que l’on fabrique tous les jours dans le monde tant d’armes et d’images violentes, qui entrent dans les yeux et le coeur. La crèche, au contraire, est une représentation artisanale de la paix. C’est pour cela qu’elle est un Évangile vivant.

Chers frères et soeurs, de la crèche nous pouvons enfin saisir un enseignement sur le sens même de la vie. Nous voyons des scènes quotidiennes : les bergers avec leurs brebis, les forgerons qui battent le fer, les meuniers qui font le pain ; parfois s’insèrent des paysages et des situations de nos territoires. C’est juste, parce que la crèche nous rappelle que Jésus vient dans notre vie concrète. Et c’est important. Faire une petite crèche chez soi, toujours, parce que c’est le rappel que Dieu est venu chez nous, est né chez nous, nous accompagne dans la vie, est un homme comme nous, s’est fait homme comme nous.

 

Dans la vie de tous les jours, nous ne sommes plus seuls, il habite avec nous. Il ne change pas les choses de façon magique mais, si nous l’accueillons, tout peut changer. Je souhaite pour vous alors que faire la crèche soit l’occasion d’inviter Jésus dans votre vie. Quand nous faisons la crèche chez nous, c’est comme ouvrir la porte et dire : « Jésus, entre ! », c’est rendre concrètes cette proximité, cette invitation faite à Jésus pour qu’il vienne dans notre vie. Parce que, s’il habite notre vie, la vie renaît. Et si la vie renaît, c’est vraiment Noêl. Joyeux Noël à tous !

La magie n’est pas chrétienne !

Elle est incompatible avec la foi.

 « La magie n’est pas chrétienne ! Ces choses qui se font pour deviner l’avenir ou deviner des tas de choses ou changer des situations de vie, ne sont pas chrétiennes » : c’est ce qu’a affirmé le pape François, en commentant le chapitre 19 des Actes des apôtres, dans lequel la puissance de Dieu, par l’intermédiaire de Paul, « fait irruption » dans la ville d’Éphèse, bouleversant ce « centre connu pour la pratique de la magie ».

Le pape a insisté sur « l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie ». « Si tu choisis le Christ, a-t-il dit, tu ne peux pas recourir au magicien : la foi est l’abandon confiant dans les mains d’un Dieu fiable ». Il a aussi invité à lire le chapitre 20, lorsque Paul quitte Éphèse pour se rendre à Jérusalem, « une des plus belles pages du livre des Actes des apôtres » et une « façon de comprendre comment l’apôtre prend congé et aussi comment les prêtres aujourd’hui doivent faire leurs adieux et aussi comment tous les chrétiens doivent faire leurs adieux. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le voyage de l’Évangile dans le monde se poursuit sans relâche dans le livre des Actes des apôtres, et à travers la ville d’Éphèse, manifestant toute sa portée salvifique. Grâce à Paul, une douzaine d’hommes reçoivent le baptême au nom de Jésus et font l’expérience de l’effusion de l’Esprit-Saint qui les régénère (cf. Ac 19, 1-7). Plusieurs prodiges se produisent ensuite par l’intermédiaire de l’apôtre : les malades guérissent et les possédés sont libérés (cf. Ac 19,11-12). Ceci arrive parce que le disciple ressemble à son Maître (cf. Lc 6,40) et le rend présent en communiquant à ses frères cette vie nouvelle qu’il a reçue de lui.

La puissance de Dieu qui fait irruption à Éphèse démasque celui qui veut utiliser le nom de Jésus pour accomplir des exorcismes mais sans avoir l’autorité spirituelle pour le faire (cf. Ac 19,13-17) et révèle la faiblesse des arts magiques, abandonnés par un grand nombre de personnes qui choisissent le Christ et abandonnent les arts magiques (cf. Ac 19,18-19). Un véritable bouleversement pour une ville comme Éphèse, qui était un centre connu pour la pratique de la magie ! Luc souligne ainsi l’incompatibilité entre la foi dans le Christ et la magie. Si tu choisis le Christ tu ne peux pas recourir au magicien : la foi est l’abandon confiant dans les mains d’un Dieu fiable, qui se fait connaître non pas à travers des pratiques occultes mais par révélation et avec un amour gratuit. L’un de vous pourrait me dire : « Ah, oui, cette histoire de magie, c’est quelque chose d’ancien : aujourd’hui, avec la civilisation chrétienne, cela n’existe pas ». Mais faites attention ! Je vous demande : combien parmi vous vont se faire tirer les cartes du tarot, combien parmi vous vont se faire lire les lignes de la main par des voyantes ou se faire lire les cartes ? Aujourd’hui encore, dans les grandes villes chrétiennes, des cartomanciens font ce genre de choses. Et à la question : « Mais comment cela, si tu crois à Jésus-Christ, tu vas chez le magicien, la voyante, tous ces gens-là ? », on répond : « Je crois en Jésus-Christ mais je vais aussi les voir pour conjurer le mauvais sort ». S’il vous plaît : la magie n’est pas chrétienne ! Ces choses qui se font pour deviner l’avenir ou deviner des tas de choses ou changer des situations de vie, ne sont pas chrétiennes. La grâce de Dieu te donne tout : prie et fais confiance au Seigneur.

La diffusion de l’Évangile à Éphèse nuit au commerce des argentiers – un autre problème –, qui fabriquaient les statues de la déesse Artémide, faisant d’une pratique religieuse de véritables affaires. Je vous demande de réfléchir à cela. En voyant diminuer cette activité qui rapportait beaucoup d’argent, les argentiers organisent une émeute contre Paul et les chrétiens sont accusés d’avoir fait plonger dans la crise la catégorie des artisans, ainsi que le sanctuaire d’Artémide et le culte de cette déesse (cf. Ac 19,23-28).

Paul quitte ensuite Éphèse et part en direction de Jérusalem, et il arrive à Milet (cf. Ac 20,1-16). Là, il fait appeler les anciens de l’Église d’Éphèse – ce serait les prêtres – pour faire un passage de consignes « pastorales » (cf. Ac 20, 17-35). Nous sommes aux dernières répliques du ministère apostolique de Paul, et Luc nous présente son discours d’adieu, une sorte de testament spirituel que l’apôtre adresse à ceux qui, après son départ, devront guider la communauté d’Éphèse. Et c’est une des plus belles pages du livre des Actes des apôtres : je vous conseille de prendre aujourd’hui le Nouveau Testament, la Bible, le chapitre XX et de lire ces adieux de Paul adressés aux prêtres d’Éphèse, et il le fait à Milet. C’est une façon de comprendre comment l’apôtre prend congé et aussi comment les prêtres aujourd’hui doivent faire leurs adieux et aussi comment tous les chrétiens doivent faire leurs adieux. C’est une très belle page.

Dans la partie exhortative, Paul encourage les responsables de la communauté, dont il sait qu’il les voit pour la dernière fois. Et que leur dit-il ? « Veillez sur vous-mêmes, et sur tout le troupeau ». C’est le travail du pasteur : faire la veille, veiller sur soi-même et sur le troupeau. Le pasteur doit veiller, le curé doit veiller, faire la veille, les prêtres doivent veiller, les évêques, le pape doivent veiller. Faire la veille pour garder le troupeau, et aussi faire la veille sur soi-même, examiner sa conscience et voir comment se réalise ce devoir de veiller. « Veillez sur vous-mêmes et sur tout le troupeau, dont l’Esprit Saint vous a établis responsables, pour être les pasteurs de l’Église de Dieu, qu’il s’est acquise par son propre sang. » (Ac 20,28) : c’est ce que dit saint Paul. Aux évêques est demandée la plus grande proximité avec le troupeau, racheté par le précieux sang du Christ, et la promptitude à le défendre des « loups » (v.29). Les évêques doivent être très proches du peuple pour le garder, pour le défendre ; pas détachés du peuple. Après avoir confié cette tâche aux responsables d’Éphèse, Paul les met dans les mains de Dieu et les confie à la « parole de sa grâce » (v.32), ferment de toute croissance et de tout chemin de sainteté dans l’Église, les invitant à travailler de leurs mains, comme lui, pour n’être un poids pour personne, à secourir les faibles et à faire l’expérience qu’ « il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir » (v.35).

Chers frères et sœurs, demandons au Seigneur de renouveler en nous l’amour de l’Église et du dépôt de la foi qu’elle garde, et de nous rendre tous coresponsables dans la garde du troupeau, soutenant dans la prière les pasteurs pour qu’ils manifestent la fermeté et la tendresse du Divin Pasteur.