Une multitude de frères à invoquer en toutes situations

 La sainteté, c’est le « grand cadeau que chacun de nous peut offrir au monde » a déclaré le pape François dans sa catéchèse sur les saints. En effet, « notre histoire a besoin de ‘mystiques’ : de personnes qui refusent toute domination, qui aspirent à la charité et à la fraternité », a-t-il précisé.

Sur ce chemin, « nous ne sommes pas seuls », a expliqué le pape, parce que « l’Église est faite d’innombrables frères, souvent anonymes, qui nous ont précédés et qui, par l’action de l’Esprit-Saint, sont impliqués dans la vie de ceux qui sont encore ici-bas. »

C’est pourquoi la liturgie de l’Église invoque « cette multitude de témoins », a-t-il développé : au baptême, « cette compagnie de ‘grands’ frères et sœurs » nous est offerte. Puis dans le rituel du mariage, l’intercession des saints est à nouveau demandée pour les fiancés qui savent qu’ils ont « besoin de la grâce du Christ et de l’aide des saints pour pouvoir vivre la vie matrimoniale pour toujours ». Elle l’est enfin dans la liturgie de l’ordination : le prêtre n’est pas « écrasé » par le poids du ministère parce qu’il sent que « tout le paradis est derrière lui »

Le pape a conclu en demandant « que le Seigneur nous donne à tous l’espérance d’être saints », parce que « c’est possible » : il faut pour cela « tout faire avec le cœur ouvert à Dieu » car « c’est lui qui nous aide ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Le jour de notre baptême, l’invocation des saints a retenti pour nous. À ce moment-là, beaucoup d’entre nous étaient des enfants, portés dans les bras de leurs parents. Juste avant d’effectuer l’onction avec l’huile des catéchumènes, symbole de la force de Dieu dans la lutte contre le mal, le prêtre a invité l’assemblée tout entière à prier pour ceux qui allaient recevoir le baptême, en invoquant l’intercession des saints. C’était la première fois que, au cours de notre vie, nous était offerte cette compagnie de « grands » frères et sœurs – les saints – qui sont passés par la même route que nous, qui ont connu les mêmes fatigues que nous et qui vivent pour toujours dans le sein de Dieu. La Lettre aux Hébreux définit cette compagnie qui nous entoure par l’expression « multitude de témoins » (12,1). C’est ce que sont les saints : une multitude de témoins.

Les chrétiens, dans leur combat contre le mal, ne désespèrent pas. Le christianisme cultive une confiance fervente : il ne croit pas que les forces négatives qui désagrègent puissent prévaloir. La dernière parole sur l’histoire de l’homme n’est pas la haine, n’est pas la mort, n’est pas la guerre. À tout moment de la vie, la main de Dieu nous assiste, ainsi que la discrète présence de tous les croyants qui « nous ont précédés avec le signe de la foi » (Canon romain). Leur existence nous dit avant tout que la vie chrétienne n’est pas un idéal impossible à atteindre. Et en même temps elle nous réconforte : nous ne sommes pas seuls, l’Église est faite d’innombrables frères, souvent anonymes, qui nous ont précédés et qui, par l’action de l’Esprit-Saint, sont impliqués dans la vie de ceux qui sont encore ici-bas.

L’invocation des saints au baptême n’est pas la seule qui marque le chemin de la vie chrétienne. Quand deux fiancés consacrent leur amour dans le sacrement du mariage, l’intercession des saints est à nouveau exprimée pour eux – cette fois-ci en tant que couple. Et cette invocation est source de confiance pour les deux jeunes qui partent pour le « voyage » de la vie conjugale. Qui aime vraiment a le désir et le courage de dire « pour toujours » – « pour toujours » – mais sait qu’il a besoin de la grâce du Christ et de l’aide des saints pour pouvoir vivre la vie matrimoniale pour toujours. Non pas comme disent certains : « tant que l’amour durera ». Non : pour toujours ! Sinon, il vaut mieux que tu ne te maries pas. Ou pour toujours ou rien. C’est pourquoi dans la liturgie nuptiale on invoque la présence des saints. Et dans les moments difficiles, il faut avoir le courage de lever les yeux vers le ciel en pensant à tous ces chrétiens qui sont passé à travers la tribulation et qui ont gardé leurs vêtements blancs du baptême, en les lavant dans le sang de l’Agneau (cf. Ap 7,14) : c’est ce que dit le livre de l’Apocalypse. Dieu ne nous abandonne jamais : chaque fois que nous en aurons besoin, un de ses anges viendra nous relever et nous donner sa consolation. Des « anges », parfois avec un visage et un cœur humain parce que les saints de Dieu sont toujours là, cachés parmi nous. C’est difficile à comprendre et aussi à imaginer, mais les saints sont présents dans notre vie. Et quand quelqu’un invoque un saint ou une sainte, c’est précisément parce qu’il est proche de nous.

Les prêtres aussi conservent le souvenir d’une invocation des saints prononcée sur eux. C’est un des moments les plus touchants de la liturgie de l’ordination. Les candidats se mettent allongés par terre, le visage tourné vers le sol. Et toute l’assemblée, guidée par l’évêque, invoque l’intercession des saints. Un homme serait écrasé sous le poids de la mission qui lui est confiée, mais en sentant que tous le paradis est derrière lui, que la grâce de Dieu ne manquera pas parce que Jésus demeure toujours fidèle, alors on peut partir serein et rassuré. Nous ne sommes pas seuls.

Et que sommes-nous ? Nous sommes de la poussière qui aspire au ciel. Nos forces sont faibles, mais le mystère de la grâce, qui est présent dans la vie des chrétiens, est puissant. Nous sommes fidèles à cette terre, que Jésus a aimée à chaque instant de sa vie, mais nous savons et nous voulons espérer dans la transfiguration du monde, dans son accomplissement définitif où finalement il n’y aura plus ni larmes, ni méchanceté ni souffrance.

Que le Seigneur nous donne à tous l’espérance d’être saints. Mais l’un d’entre vous pourra me demander : « Père, peut-on être saint dans la vie de tous les jours ? » Oui, c’est possible. « Mais cela signifie que nous devons prier toute la journée ? » Non, cela signifie que tu dois faire ton devoir toute la journée : prier, aller au travail, garder tes enfants. Mais il faut tout faire avec le cœur ouvert à Dieu de sorte que le travail, et même dans la maladie et dans la souffrance, même dans les difficultés, soit ouvert à Dieu. Et ainsi on peut devenir saint. Que le Seigneur nous donne l’espérance d’être saints. Ne pensons pas que c’est quelque chose de difficile, qu’il est plus facile d’être des délinquants que des saints ! Non. On peut être saint parce que le Seigneur nous aide ; c’est lui qui nous aide.

C’est le grand cadeau que chacun de nous peut offrir au monde. Que le Seigneur nous donne la grâce de croire si profondément en lui que nous devenions image du Christ pour ce monde. Notre histoire a besoin de « mystiques » : de personnes qui refusent toute domination, qui aspirent à la charité et à la fraternité. Des hommes et des femmes qui vivent en acceptant aussi une portion de souffrance, parce qu’ils prennent sur eux la fatigue des autres. Mais sans ces hommes et ces femmes, le monde n’aurait pas d’espérance. C’est pourquoi je vous souhaite – et je me le souhaite aussi – que le Seigneur nous donne l’espérance d’être saints.

 

 

La paternité de Dieu, source d’espérance

 « Tout le mystère de la prière chrétienne se résume ici, dans cette parole : avoir le courage d’appeler Dieu par le nom de Père », a affirmé le pape François dans sa catéchèse sur « la paternité de Dieu, source de notre espérance ». « C’est la grande révolution que le christianisme imprime dans la psychologie religieuse de l’homme ».

En effet, le mystère de Dieu « ne nous écrase pas, ne nous angoisse pas ». Invoquer Dieu comme ‘Père’ « nous met dans une relation de confiance avec lui » et Jésus encourage : « N’ayez pas peur ».

« Dieu est Père », a poursuivi le pape, mais « non pas à la manière humaine ». Comment ? « À sa manière : bon, désarmé » et « capable uniquement de conjuguer le verbe ‘aimer’ ». Ce Père divin « n’applique pas les critères de la justice humaine mais il sent avant tout le besoin de pardonner ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Il y avait quelque chose de fascinant dans la prière de Jésus, de tellement fascinant qu’un jour ses disciples ont demandé d’y être introduits. L’épisode se trouve dans l’Évangile de Luc qui, parmi les évangélistes, est celui qui a le plus évoqué le mystère du Christ « priant » : le Seigneur priait. Les disciples de Jésus sont frappés par le fait que, surtout le matin et le soir, il se retire dans la solitude et s’ « immerge » dans la prière. Et c’est pourquoi, un jour, ils lui demandent de leur enseigner aussi à prier (cf. Lc 11,1).

C’est alors que Jésus transmet ce qui est devenu la prière chrétienne par excellence : le « Notre Père ». À dire vrai, par rapport à Matthieu, Luc nous restitue l’oraison de Jésus dans un forme un peu abrégée, qui commence par la simple invocation : « Père » (v.2).

Tout le mystère de la prière chrétienne se résume ici, dans cette parole : avoir le courage d’appeler Dieu par le nom de Père. La liturgie aussi l’affirme lorsque, nous invitant à la récitation communautaire de la prière de Jésus, elle emploie l’expression « nous osons dire ».

En effet, appeler Dieu du nom de « Père » n’est nullement un fait acquis. Nous serions portés à utiliser des titres plus élevés, qui nous semblent plus respectueux de sa transcendance. Au contraire, l’invoquer comme « Père » nous met dans une relation de confiance avec lui, comme un petit enfant qui s’adresse à son papa, sachant qu’il est aimé et protégé par lui. C’est la grande révolution que le christianisme imprime dans la psychologie religieuse de l’homme. Le mystère de Dieu, qui nous fascine toujours et nous fait nous sentir petits, mais qui ne fait plus peur, ne nous écrase pas, ne nous angoisse pas. C’est une révolution difficile à accueillir dans notre esprit humain ; au point que même dans les récits de la Résurrection, il est dit que les femmes, après avoir vu le tombeau vide et l’ange, « elles s’enfuirent […], parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes » (Mc 16,8). Mais Jésus nous révèle que Dieu est un Père bon et nous dit : « N’ayez pas peur ! »

Pensons à la parabole du père miséricordieux (cf. Lc 15,11-32). Jésus parle d’un père qui sait n’être qu’amour pour ses enfants. Un père qui ne punit pas son fils pour son arrogance et qui est capable d’aller jusqu’à lui confier sa part d’héritage et de le laisser partir de la maison. Dieu est Père, dit Jésus, mais non pas à la manière humaine, parce qu’il n’existe aucun père dans se monde qui se comporterait comme le protagoniste de cette parabole. Dieu est Père à sa manière : bon, désarmé devant le libre arbitre de l’homme, capable uniquement de conjuguer le verbe « aimer ». Quand le fils rebelle, après avoir tout gaspillé, retourne finalement à sa maison natale, ce père n’applique pas les critères de la justice humaine mais il sent avant tout le besoin de pardonner et, en l’étreignant, il fait comprendre à son fils que pendant tout ce long temps d’absence, il lui a manqué, il a douloureusement manqué à son amour de Père.

Quel mystère insondable est un Dieu qui nourrit ce type d’amour à l’égard de ses enfants ! Peut-être est-ce pour cette raison qu’évoquant le centre du mystère chrétien, l’apôtre Paul ne se voit pas traduire en grec un mot que Jésus, en araméen, prononçait « abbà ». Deux fois, dans son épitre (cf. Rm 8,15 ; Ga 4,6), il aborde ce thème et deux fois il laisse ce mot non traduit, dans la forme même dans laquelle il a fleuri sur les lèvres de Jésus, « abbà », un terme encore plus intime que « père » et que certains traduisent « papa ».

Chers frères et sœurs, nous ne sommes jamais seuls. Nous pouvons être loin, hostiles, nous pourrions même nous professer « sans Dieu ». Mais l’Évangile de Jésus-Christ nous révèle que Dieu ne peut rester sans nous et c’est un grand mystère ! Dieu ne peut être Dieu sans l’homme : c’est un grand mystère ! Et cette certitude est la source de notre espérance, que nous trouvons conservée dans toutes les invocations du Notre Père. Quand nous avons besoin d’aide, Jésus ne nous dit pas de nous résigner et de nous renfermer en nous-mêmes, mais de nous adresser au Père et de lui demander avec confiance. Toutes nos nécessités, des plus évidentes et quotidiennes, comme la nourriture, la santé, le travail, jusqu’à celle d’être pardonnés et soutenus dans les tentations, ne sont pas le miroir de notre solitude : il y a au contraire un Père qui nous regarde toujours avec amour et qui ne nous abandonne certainement pas.

Maintenant, je vous fais une proposition : chacun de nous a beaucoup de problèmes et beaucoup de besoins. Pensons-y un peu, en silence, à ces problèmes et à ces besoins. Pensons aussi au Père, à notre Père qui ne peut rester sans nous et qui, en ce moment, nous regarde. Et tous ensemble, avec confiance et espérance, prions : « Notre Père, qui es aux cieux… »

Merci !

 

 

 « Jésus est toujours près de nous pour nous donner l’espérance, pour réchauffer les cœurs et dire: ’Avance, je suis avec toi. Avance !’ », explique le pape François qui lit le passage évangélique des pèlerins d’Emmaüs comme une « thérapie de l’espérance ».

Le pape François a en effet consacré sa catéchèse du mercredi à cette rencontre des disciples d’Emmaüs avec le Christ ressuscité rapportée par saint Luc (ch. 24), en poursuivant ses catéchèses sur l’espérance chrétienne.

« Tout le secret de la route qui conduit à Emmaüs, a-t-il dit,  est là: même à travers les apparences contraires, nous continuons à être aimés, Dieu n’arrêtera jamais de nous aimer. »

« Que de tristesses, que de défaites il y a dans la vie de toute personne! »  a constaté le pape. Au fond, nous sommes tous un peu comme ces disciples… Mais Jésus marche avec toutes les personnes qui ont perdu confiance et avancent la tête basse. Et en marchant avec eux, de manière discrète, il parvient à redonner l’espérance. »

Le pape a parlé même d’ « une thérapie de l’espérance » « faite » par « Jésus ». « Avançons avec cette espérance ! » a invité le pape. Le Christ « est à côté de nous, marche avec nous, toujours! »

 

Chers frères et sœurs, bonjour!

Aujourd’hui je voudrais m’arrêter sur l’expérience des deux disciples d’Emmaüs, dont parle l’évangile de Luc (cf. 24,13-35). Imaginons la scène: deux hommes marchent, déçus, tristes, convaincus d’avoir laissé derrière eux l’amertume d’une  histoire qui s’est mal terminée. Avant cette Pâque, ils étaient pleins d’enthousiasme : convaincus que ces journées auraient été décisives pour leurs attentes et pour l’espérance de tout le peuple. Jésus, à qui ils avaient confié leur vie, semblait enfin arrivé à la bataille décisive : maintenant il aurait manifesté sa puissance, après une longue période de préparation et de vie cachée. C’était à quoi ils s’attendaient. Et il n’en fut pas ainsi.

Les deux pèlerins cultivaient une espérance seulement humaine, qui maintenant se brisait en mille morceaux. Cette croix hissée sur le Calvaire était le signe le plus éloquent d’une défaite qu’ils n’avaient pas pronostiquée. Si vraiment ce Jésus était selon le cœur de Dieu, ils devaient en conclure que Dieu était désarmé, sans défense dans les mains des violents, incapable d’opposer une résistance au mal.

Ainsi, ce dimanche matin, les deux hommes s’enfuient de Jérusalem. Ils ont encore dans les yeux les événements de la passion, de la mort de Jésus ; et leur esprit broie du noir sur ces événements, durant le repos forcé du sabbat. Cette fête de Pâque, qui devait entonner le chant de la délivrance, était devenue au contraire le jour le plus douloureux de leur vie. Ils quittent Jérusalem pour s’en aller ailleurs, dans un village tranquille. Ils ont tout l’air de personnes occupées à chasser un souvenir qui les brûle. Ils sont sur la route, et marchent, tristes. Ce scénario – la route – était déjà important dans les récits des évangiles ; maintenant il le deviendra de plus en plus, car c’est le moment où l’on commence à raconter l’histoire de l’Église.

La rencontre entre Jésus et ces deux disciples semble absolument fortuite : elle ressemble à une de ces nombreuses rencontres qui arrivent dans la vie. Les deux disciples marchent, l’air songeurs, et un inconnu arrive près deux. C’est Jésus; mais leurs yeux ne sont pas en mesure de le reconnaître. Alors Jésus commence sa « thérapie de l’espérance ». Ce qui arrive sur cette route est une thérapie de l’espérance. Qui l’a faite ? Jésus.

Tout d’abord, il demande et il écoute : notre Dieu n’est pas un Dieu envahissant. Même s’il connaît déjà la raison de leur déception, il leur laisse le temps d’aller au fond de leur amertume, de la sonder. Il en ressort une confession qui est un refrain de l’existence humaine: « Nous espérions, mais … Nous espérions, mais…» (v. 21). Que de tristesses, que de défaites il y a dans la vie de toute personne! Au fonds, nous sommes tous un peu comme ces disciples. Que de fois dans la vie avons-nous espéré, que de fois nous sommes-nous sentis à un pas du bonheur, et puis nous nous sommes retrouvés par terre, déçus. Mais Jésus marche avec toutes les personnes qui ont perdu confiance et avancent la tête basse. Et en marchant avec eux, de manière discrète, il parvient à redonner l’espérance.

Jésus leur parle avant tout à travers les Écritures. Ceux qui prennent dans leurs mains le livre de Dieu n’y trouveront pas d’histoires d’héroïsme, des campagnes de conquête fulgurantes. La vraie espérance n’est jamais à bas prix: elle passe toujours par des défaites. L’espérance de ceux qui ne souffrent pas, ne l’est peut-être pas aussi forte. Dieu n’apprécie pas d’être aimé comme on aimerait un chef guerrier qui entraîne son peuple à la victoire en anéantissant dans le sang ses adversaires. Notre Dieu est une petite lampe qui brûle les jours de froid et de vent, et bien qu’elle semble fragile,  elle est sa présence dans ce monde. Il a choisi la place que nous dédaignons tous.

Puis Jésus répète pour ses deux disciples les gestes-clefs de toute Eucharistie: il prend le pain, le rompt, le bénit et le donne. Dans cette série de gestes, n’a-t-on pas là toute l’histoire de Jésus ? Et n’y a-t-il pas aussi dans toute Eucharistie, le signe de ce que doit être l’Église? Jésus nous prend, nous bénit, « rompt » notre vie – parce qu’il n’y a pas d’amour sans sacrifice – et il l’offre aux autres, l’offre à tous.

La rencontre entre Jésus et les deux disciples d’Emmaüs est une rencontre rapide. Mais on y trouve tout le destin de l’Église. Elle nous raconte que la communauté chrétienne n’est pas enfermée dans une citadelle fortifiée, mais marche dans son environnement le plus vital, à savoir la route. Et là, elle rencontre les personnes, avec leurs espoirs et leurs déceptions, parfois pénibles. L’Église écoute les histoires de tout le monde, comme elles émergent de l’écrin de la conscience personnelle ; pour ensuite offrir la Parole de vie, le témoignage de l’amour, un amour fidèle jusqu’au bout. Et le cœur des personnes recommence alors à brûler d’espérance.

Nous tous, dans notre vie, nous avons eu des moments difficiles, sombres; des moments où nous marchions tristes, songeurs, sans horizons, un mur devant nous. Mais Jésus est toujours près de nous pour nous donner l’espérance, pour réchauffer les cœurs et dire: « Avance, je suis avec toi. Avance ! » Tout le secret de la route qui conduit à Emmaüs est là: même avec des apparences contraires, nous continuons à être aimés, Dieu n’arrêtera jamais de nous aimer. Dieu marchera toujours avec nous, toujours, même dans les moments les plus douloureux, même aux pires moments, dans les moments de défaite: le Seigneur est là. C’est notre espérance. Avançons avec cette espérance ! Car Il est à côté de nous, marche avec nous, toujours!

 

 

L’Esprit Saint invite à être « des consolateurs et défenseurs de nos frères »

 

Le chrétien « sème de l’espérance : il sème l’huile de l’espérance, il sème le parfum de l’espérance et non le vinaigre de l’amertume et du désespoir ». « L’Esprit ne nous rend pas seulement capables d’espérer », mais « d’être nous aussi – comme lui et grâce à lui – des ‘paraclets’, c’est-à-dire des consolateurs et défenseurs de nos frères, semeurs d’espérance ».

Poursuivant ses catéchèses sur l’espérance chrétienne, le pape a médité sur le lien entre l’espérance et l’Esprit Saint. L’Esprit Saint a « la capacité de nous faire carrément ‘déborder d’espérance’ », a-t-il expliqué, « c’est-à-dire espérer même quand tout motif humain d’espérer diminue ».

Le pape a cité le cardinal Newman, invitant à se faire « avocats, assistants, porteurs de réconfort », dans « tous les sens » que comporte le mot ‘paraclet’. « Ce sont surtout les pauvres, les exclus et les non-aimés qui ont besoin de quelqu’un qui se fasse pour eux ‘paraclet’, c’est-à-dire consolateur et défenseur », a-t-il insisté.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans l’imminence de la solennité de la Pentecôte, nous ne pouvons pas ne pas parler du rapport qu’il y a entre l’espérance chrétienne et l’Esprit Saint. L’Esprit est le vent qui nous pousse en avant, qui nous maintient en chemin, nous fait nous sentir pèlerins et étrangers et qui ne nous permet pas de nous installer et de devenir un peuple « sédentaire ».

La lettre aux Hébreux compare l’espérance à une ancre (cf. 6,18-19) ; et à cette image, nous pouvons ajouter celle de la voile. Si l’ancre est ce qui donne à la barque la sécurité et qui la tient « ancrée » dans l’ondulation de la mer, la voile, elle, est ce qui la fait se mouvoir et avancer sur les eaux. L’espérance est vraiment comme une voile ; elle recueille le vent de l’Esprit Saint et le transforme en force motrice qui pousse la barque, selon les cas, au large ou vers la rive.

L’apôtre Paul conclut sa Lettre aux Romains avec ce vœu : entendez bien, écoutez bien comme c’est beau : « Que le Dieu de l’espérance vous remplisse de toute joie et de paix dans la foi, afin que vous débordiez d’espérance par la puissance de l’Esprit Saint » (15,13). Réfléchissons un peu au contenu de cette très belle parole.

L’expression « Dieu de l’espérance » ne veut pas seulement dire que Dieu est l’objet de notre espérance, à savoir celui que nous espérons rejoindre un jour dans la vie éternelle ; cela veut aussi dire que Dieu est celui qui, dès maintenant, nous fait espérer, ou plutôt nous donne « la joie de l’espérance (Rm 12,12) : la joie maintenant d’espérer et pas seulement espérer d’être joyeux. C’est la joie d’espérer et non espérer d’avoir la joie, dès aujourd’hui. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espérance », dit un dicton populaire ; et le contraire est aussi vrai : tant qu’il y a de l’espérance, il y a de la vie. Les hommes ont besoin d’espérance pour vivre et ont besoin de l’Esprit Saint pour espérer.

Saint Paul – avons-nous entendu – attribue à l’Esprit Saint la capacité de nous faire carrément « déborder d’espérance ». Déborder d’espérance signifie ne jamais se décourager ; cela signifie espérer « contre toute espérance » (Rm 4,18), c’est-à-dire espérer même quand tout motif humain d’espérer diminue, comme ce fut le cas pour Abraham quand Dieu lui a demandé de lui sacrifier son fils unique, Isaac, et comme ce fut encore plus le cas pour la Vierge Marie sous la croix de Jésus.

L’Esprit-Saint rend possible cette espérance invincible en nous donnant le témoignage intérieur que nous sommes enfants de Dieu et ses héritiers (cf. Rm 8,16). Comment celui qui nous a donné son fils unique pourrait-il ne pas nous donner tout le reste avec lui (cf. Rom 8,32). « L’espérance – frères et sœurs – ne déçoit pas : puisque l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5,5). C’est pourquoi il ne déçoit pas, parce qu’il y a l’Esprit Saint en nous qui nous pousse à aller de l’avant, toujours ! Et pour cela, l’espérance ne déçoit pas.

Il y a plus : l’Esprit ne nous rend pas seulement capables d’espérer, mais aussi d’être des semeurs d’espérance, d’être nous aussi – comme lui et grâce à lui – des « paraclets », c’est-à-dire des consolateurs et défenseurs de nos frères, semeurs d’espérance. Un chrétien peut semer de l’amertume, il peut semer de la perplexité et cela n’est pas chrétien, et qui fait cela n’est pas un bon chrétien. Il sème de l’espérance : il sème l’huile de l’espérance, il sème le parfum de l’espérance et non le vinaigre de l’amertume et du désespoir. Le bienheureux cardinal Newman, dans un de ses discours, disait à ses fidèles : « Instruits par notre propre souffrance, par notre douleur, ou plutôt par nos péchés, nous aurons l’esprit et le cœur exercés à toutes les œuvres d’amour envers ceux qui en ont besoin. Nous serons, à la mesure de notre capacité, consolateurs à l’image du Paraclet – c’est-à-dire l’Esprit Saint – et dans tous les sens que comporte ce mot : avocats, assistants, porteurs de réconfort. Nos paroles et nos conseils, notre manière de faire, notre voix, notre regard, seront gentils et tranquillisants » (Parochial and plain Sermons, vol. V, Londres 1870, pp. 300s.). Et ce sont surtout les pauvres, les exclus, les non-aimés qui ont besoin de quelqu’un qui se fasse pour eux « paraclet », c’est-à-dire consolateur et défenseur. Nous devons faire la même chose avec les plus démunis, avec les plus rejetés, avec ceux qui en ont le plus besoin, ceux qui souffrent le plus. Défenseurs et consolateurs !

L’Esprit-Saint alimente l’espérance non seulement dans le cœur des hommes, mais aussi dans la création tout entière. L’apôtre Paul dit – cela semble un peu étrange, mais c’est vrai : que même la création « attend avec impatience » la libération et qu’elle « gémit et souffre » comme dans les douleurs d’un enfantement (cf. Rm 8, 20-22). « « L’énergie capable de faire bouger le monde n’est pas une force anonyme et aveugle, mais c’est l’action de l’Esprit de Dieu qui « planait sur les eaux » (Gen1,2) au commencement de la création » (Benoît XVI, Homélie, 31 mai 2009). Cela aussi nous pousse à respecter la création : on ne peut barbouiller un tableau sans offenser l’artiste qui l’a créé.

Frères et sœurs, que la fête prochaine de la Pentecôte – qui est l’anniversaire de l’Église – nous trouve unanimes dans la prière, avec Marie, Mère de Jésus et notre Mère. Et que le don de l’Esprit nous fasse abonder dans l’espérance. Je vous dirai encore plus : qu’il nous fasse gaspiller l’espérance avec tous ceux qui sont dans le besoin, les plus rejetés et pour tous ceux qui en ont besoin. Merci.

 

La figure de Marie-Madeleine, « J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur ! »

 « Tout homme est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu : « Dieu appelle chacun de nous par son nom : il nous connaît par notre nom, il nous regarde, nous attend, nous pardonne, est patient envers nous ».

Le pape François a poursuivi son cycle de catéchèse sur l’espérance chrétienne en méditant sur la figure de Marie-Madeleine et la « révolution de sa vie ». A son exemple, « à l’heure des larmes et à l’heure de l’abandon », le pape a invité à « écouter Jésus ressuscité qui nous appelle par notre nom et, le cœur plein de joie, aller annoncer : ‘J’ai vu le Seigneur !’ (v.18). J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur ! Maintenant, je suis différent d’avant, je suis une autre personne ».

« La résurrection de Jésus, a-t-il aussi souligné, n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une cascade qui investit toute la vie. L’existence chrétienne n’est pas tissée de bonheurs douillets, mais de vagues qui emportent tout (…). Notre Dieu n’est pas inerte, mais … un rêveur : il rêve de la transformation du monde et il l’a réalisée dans le mystère de la résurrection ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En ces semaines, notre réflexion évolue, pour ainsi dire, dans l’orbite du mystère pascal. Aujourd’hui, nous rencontrons celle qui, selon les Évangiles, vit la première Jésus ressuscité : Marie-Madeleine. Le repos du sabbat était à peine terminé. Le jour de la passion, il n’y avait pas eu de temps pour compléter les rites funèbres ; c’est pourquoi, en cette aube remplie de tristesse, les femmes vont à la tombe de Jésus avec les onguents parfumés. La première à arriver, c’est elle : Marie de Magdala, une des disciples qui avaient accompagné Jésus depuis la Galilée, se mettant au service de l’Église naissante. Dans son trajet vers le tombeau, se révèle la fidélité de tant de femmes qui sont dévouées pendant des années aux allées des cimetières, en souvenir de quelqu’un qui n’est plus là. Les liens les plus authentiques ne sont même pas détruits par la mort : il y a ceux qui continuent d’aimer même si la personne aimée s’en est allée pour toujours.

L’Évangile (cf. Jn 20,1-2. 11-18) décrit Madeleine en mettant tout de suite en évidence que ce n’était pas une femme aux enthousiasmes faciles. En effet, après sa première visite au tombeau, elle rentre déçue dans le lieu où les disciples se cachaient ; elle rapporte que la pierre a été déplacée de l’entrée du tombeau, et sa première hypothèse est la plus simple qui se puisse formuler : quelqu’un a dû enlever le corps de Jésus. Ainsi, la première annonce que porte Marie n’est pas celle de la résurrection, mais celle d’un vol perpétré par des inconnus pendant que tout Jérusalem dormait.

Ensuite les Évangiles racontent un second voyage de Madeleine vers le tombeau de Jésus. Elle était têtue, elle ! Elle y est allée, elle y est retournée… parce qu’elle n’était pas convaincue ! Cette fois-ci, son pas est lent, très lourd. Marie souffre doublement : avant tout de la mort de Jésus et puis de l’inexplicable disparition de son corps.

C’est pendant qu’elle se penche près de la tombe, les yeux pleins de larmes, que Dieu la surprend de la manière la plus inattendue. L’évangéliste Jean souligne combien sa cécité était persistante : elle ne s’aperçoit pas de la présence de deux anges qui l’interrogent, et elle n’a même pas de soupçon en voyant l’homme derrière elle, qu’elle prend pour le gardien du jardin. Et en fait, elle découvre l’événement le plus bouleversant de l’histoire humaine lorsqu’elle est finalement appelée par son nom : « Maria ! » (v.16).

Qu’il est beau de penser que la première apparition du Ressuscité – d’après les Évangiles – s’est produite de manière aussi personnelle ! Qu’il y a quelqu’un qui nous connaît, qui voit notre souffrance et notre déception et qui s’émeut pour nous, et qui nous appelle par notre nom. C’est une loi que nous trouvons sculptée dans de nombreuses pages de l’Évangile. Autour de Jésus, il y a beaucoup de personnes qui cherchent Dieu ; mais la réalité la plus prodigieuse est que, bien avant, il y a tout d’abord Dieu qui se préoccupe de notre vie, qui veut la soulager et, pour faire cela, il nous appelle par notre nom, reconnaissant le visage personnel de chacun. Tout homme est une histoire d’amour que Dieu écrit sur cette terre. Chacun de nous est une histoire d’amour de Dieu. Dieu appelle chacun de nous par son nom : il nous connaît par notre nom, il nous regarde, nous attend, nous pardonne, est patient envers nous. C’est vrai ou ce n’est pas vrai ? Chacun de nous fait cette expérience.

Et Jésus l’appelle : « Marie ! » : la révolution de sa vie, la révolution destinée à transformer l’existence de tous les hommes et toutes les femmes, commence par un nom qui résonne dans le jardin du tombeau vide. Les Évangiles nous décrivent le bonheur de Marie : la résurrection de Jésus n’est pas une joie donnée au compte-goutte, mais une cascade qui investit toute la vie. L’existence chrétienne n’est pas tissée de bonheurs douillets, mais de vagues qui emportent tout. Vous aussi, essayez de penser, en ce moment, avec le bagage de déceptions et d’échecs que chacun de nous porte dans son cœur, qu’il y a un Dieu proche de nous qui nous appelle par notre nom et nous dit : « Relève-toi, arrête de pleurer parce que je suis venu te libérer ». C’est beau, cela.

Jésus n’est pas quelqu’un qui s’adapte au monde, en tolérant qu’en lui perdurent la mort, la tristesse, la haine, la destruction morale des personnes… Notre Dieu n’est pas inerte, mais notre Dieu – je me permets ce terme – est un rêveur : il rêve de la transformation du monde et il l’a réalisée dans le mystère de la résurrection.

Marie voudrait embrasser son Seigneur, mais lui, il est désormais orienté vers son Père céleste, tandis qu’elle est envoyée apporter l’annonce à ses frères. Et ainsi cette femme qui, avant de rencontrer Jésus, était la proie du malin (cf. Lc 8,2), est maintenant devenue apôtre de la nouvelle et de la plus grande espérance. Que son intercession nous aide à vivre, nous aussi, cette expérience : à l’heure des larmes et à l’heure de l’abandon, écouter Jésus ressuscité qui nous appelle par notre nom et, le cœur plein de joie, aller annoncer : « J’ai vu le Seigneur ! » (v.18). J’ai changé de vie parce que j’ai vu le Seigneur ! Maintenant, je suis différent d’avant, je suis une autre personne. Je suis changé parce que j’ai vu le Seigneur. C’est cela notre force et c’est cela notre espérance. Merci.