Le chrétien y puise force, confiance, courage et espérance

 

« Pourquoi aller à la messe le dimanche ? », interroge le pape François. Parce que « la célébration dominicale de l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Église », répond-il, ajoutant que les chrétiens vont « à la messe le dimanche pour rencontrer le Seigneur ressuscité ou, mieux, pour [se] laisser rencontrer par lui ».

 « Sans le Christ, poursuit le pape, nous sommes condamnés à être dominés par la fatigue du quotidien, avec ses préoccupations, et par la peur du lendemain. La rencontre dominicale avec le Seigneur nous donne la force de vivre l’aujourd’hui avec confiance et courage et d’avancer avec espérance. C’est pourquoi nous, les chrétiens, nous allons rencontrer le Seigneur le dimanche, dans la célébration eucharistique. »

 

Cher frères et sœurs, bonjour !

Reprenant notre chemin de catéchèses sur la messe, aujourd’hui nous nous demandons : pourquoi aller à la messe le dimanche ?

La célébration dominicale de l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Église (cf. Catéchisme de l’Église catholique, n.2177). Nous, les chrétiens, nous allons à la messe le dimanche pour rencontrer le Seigneur ressuscité ou, mieux, pour nous laisser rencontrer par lui, écouter sa parole, nous nourrir à son repas et ainsi devenir l’Église, c’est-à-dire son Corps mystique vivant dans le monde.

Dès la première heure, les disciples de Jésus l’ont compris, eux qui ont célébré la rencontre eucharistique avec le Seigneur le jour de la semaine que les juifs appelaient « le premier de la semaine » et les Romains « jour du soleil » parce que, ce jour-là, Jésus était ressuscité des morts et était apparu aux disciples, parlant avec eux, mangeant avec eux et leur donnant l’Esprit Saint (cf. Mt 28,1 ; Mc16,9.14 ; Lc 24,1.13 : Jn 20,1.19), comme nous l’avons entendu dans la lecture biblique. La grande effusion de l’Esprit à la Pentecôte s’est aussi produite un dimanche, le cinquantième jour après la résurrection de Jésus. Pour ces raisons, le dimanche est un jour saint pour nous, sanctifié par la célébration eucharistique, présence vivante du Seigneur parmi nous et pour nous. C’est donc la messe qui fait que le dimanche est chrétien ! Le dimanche chrétien tourne autour de la messe. Quel est, pour un chrétien, un dimanche où il manque la rencontre avec le Seigneur ?

Il y a des communautés chrétiennes qui, malheureusement, ne peuvent pas participer à la messe tous les dimanches et elles aussi, toutefois, sont appelées en ce jour saint à se recueillir dans la prière au nom du Seigneur, écoutant la Parole de Dieu et gardant un vif désir de l’Eucharistie.

Certaines sociétés sécularisées ont perdu le sens chrétien du dimanche éclairé par l’Eucharistie. C’est dommage, cela ! Dans ces contextes, il est nécessaire de raviver cette conscience, pour retrouver la signification de la fête, la signification de la joie, de la communauté paroissiale, de la solidarité, du repos qui restaure l’âme et le corps (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 2177-2188). L’Eucharistie est pour nous la maîtresse de toutes ces valeurs, dimanche après dimanche. C’est pourquoi le Concile Vatican II a voulu redire que « le dimanche est le jour de fête primordial, qui doit être proposé et inculqué à la piété des fidèles, de sorte qu’il devienne aussi un jour de joie et d’abstention du travail » (Const. Sacrosanctum Concilium, 106).

L’abstention dominicale du travail n’existait pas dans les premiers siècles : c’est un apport spécifique du christianisme. Par tradition biblique, les juifs se reposent le samedi alors que, dans la société romaine, il n’était pas prévu un jour de la semaine d’abstention des travaux serviles. C’est le sens chrétien de notre vie comme fils et non comme esclaves, animé par l’Eucharistie, qui fait du dimanche – presque universellement – le jour du repos.

Sans le Christ, nous sommes condamnés à être dominés par la fatigue du quotidien, avec ses préoccupations, et par la peur du lendemain. La rencontre dominicale avec le Seigneur nous donne la force de vivre l’aujourd’hui avec confiance et courage et d’avancer avec espérance. C’est pourquoi nous, les chrétiens, nous allons rencontrer le Seigneur le dimanche, dans la célébration eucharistique.

La communion eucharistique avec Jésus, ressuscité et vivant pour l’éternité, anticipe le dimanche sans couchant, quand il n’y aura plus ni fatigue ni douleur ni larmes, mais seulement la joie de vivre pleinement et pour toujours avec le Christ. La messe du dimanche nous parle aussi de ce bienheureux repos, nous enseignant, au fur et à mesure de la semaine, à nous confier dans les mains du Père qui est aux cieux.

Que pouvons-nous répondre à ceux qui disent que cela ne sert à rien d’aller à la messe, même le dimanche, parce que l’important est de vivre bien et d’aimer son prochain ? C’est vrai que la qualité de la vie chrétienne se mesure à la capacité d’aimer, comme l’a dit Jésus : « À ceci, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples : si vous avez de l’amour les uns pour les autres. » (Jn 13,35) ; mais comment pouvons-nous pratiquer l’Évangile sans puiser l’énergie nécessaire pour le faire, un dimanche après l’autre, à la source inépuisable de l’Eucharistie ? Nous n’allons pas à la messe pour donner quelque chose à Dieu, mais pour recevoir de lui ce dont nous avons vraiment besoin. La prière de l’Église, qui s’adresse ainsi à Dieu, le rappelle : « Tu n’as pas besoin de notre louange, mais par un don de ton amour tu nous appelle à te rendre grâce ; nos hymnes de bénédiction n’accroissent pas ta grandeur mais nous obtiennent la grâce qui nous sauve » (Missel romain, préface commune IV).

En conclusion, pourquoi aller à la messe le dimanche ? Il ne suffit pas de répondre que c’est un précepte de l’Église ; cela aide à en conserver la valeur, mais tout seul, cela ne suffit pas. Nous, les chrétiens, nous avons besoin de participer à la messe dominicale parce que c’est seulement avec la grâce de Jésus, avec sa présence vivante en nous et parmi nous, que nous pouvons mettre en pratique son commandement, et ainsi être ses témoins crédibles.

 

 

 

 « La messe, c’est cela : entrer dans cette passion, cette mort, cette résurrection et cette ascension de Jésus », a expliqué le pape François, qui a ajouté : « quand nous allons à la messe, c’est comme si nous allions au calvaire ».

Il a abordé le thème suivant : « La messe est le mémorial du mystère pascal du Christ ».

« Participer à la messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être éclairés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur, a poursuivi le pape. « À travers la célébration eucharistique, l’Esprit Saint nous rend participants de la vie divine qui est capable de transfigurer tout notre être mortel. »

Il a invité à réfléchir : « si, au moment de la messe, nous allons au calvaire – réfléchissons avec notre imagination – et si nous savons que cet homme, là, est Jésus. Mais est-ce que nous nous permettrions de bavarder, de faire des photos, de faire un peu de spectacle ? Non ! Parce que c’est Jésus ! Nous resterions certainement en silence, en pleurs et aussi dans la joie d’être sauvés. » Et le pape de conclure : « La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle. »

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

En poursuivant les catéchèses sur la messe, nous pouvons nous interroger : qu’est-ce que la messe essentiellement ? La messe est le mémorial du mystère pascal du Christ. Elle nous rend participants de sa victoire sur le péché et la mort et donne sa pleine signification à notre vie.

C’est pourquoi, pour comprendre la valeur de la messe, nous devons avant tout comprendre la signification biblique du « mémorial ». Ce « n’est pas seulement le souvenir des événements du passé mais, d’une certaine manière, elle les rend présents et actuels. C’est exactement comme cela qu’Israël comprend sa libération de l’Égypte : chaque fois que la Pâque est célébrée, les événements de l’Exode sont rendus présents à la mémoire des croyants afin qu’ils conforment leur vie à ceux-ci » (Catéchisme de l’Église catholique, 1363). Jésus-Christ, par sa passion, sa mort, sa résurrection et son ascension dans le ciel, a accompli la Pâque. Et la messe est le mémorial de sa Pâque, de son « exode », qu’il a accompli pour nous, pour nous faire sortir de l’esclavage et nous introduire dans la terre promise de la vie éternelle. Ce n’est pas seulement un souvenir, non, c’est davantage : c’est rendre présent ce qui s’est produit il y a vingt siècles.

L’Eucharistie nous conduit toujours au sommet de l’action du salut de Dieu : le Seigneur Jésus, se faisant pain rompu pour nous, reverse sur nous toute sa miséricorde et son amour, comme il l’a fait sur la croix, afin de renouveler notre cœur, notre existence et notre manière d’être en relation avec lui et avec nos frères. Le Concile Vatican II affirme : « Chaque fois que le sacrifice de la croix, par lequel le Christ, notre agneau pascal, a été immolé, est célébré sur l’autel, l’œuvre de notre rédemption s’effectue » (Const. dogm. Lumen gentium, 3).

Chaque célébration de l’Eucharistie est un rayon de ce soleil sans couchant qu’est Jésus ressuscité. Participer à la messe, en particulier le dimanche, signifie entrer dans la victoire du Ressuscité, être éclairés par sa lumière, réchauffés par sa chaleur. À travers la célébration eucharistique, l’Esprit Saint nous rend participants de la vie divine qui est capable de transfigurer tout notre être mortel. Et dans son passage de la mort à la vie, du temps à l’éternité, le Seigneur Jésus nous entraîne nous aussi avec lui pour faire la Pâque. Pendant la messe, on fait la Pâque. À la messe, nous sommes avec Jésus, mort et ressuscité, et il nous entraîne vers la vie éternelle. À la messe, nous nous unissons à lui. Ou plutôt, le Christ vit en nous et nous vivons en lui. « Avec le Christ, je suis crucifié. Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi. » (Ga 2,19-20). C’est ce que pensait Paul.

Son sang, en effet, nous libère de la mort et de la peur de la mort. Il nous libère non seulement de la domination de la mort physique, mais de la mort spirituelle qu’est le mal, le péché qui nous prend chaque fois que nous tombons, victimes de notre péché ou de celui des autres. Alors notre vie est polluée, elle perd sa beauté, elle perd sa signification, elle se fane.

Le Christ, lui, nous redonne la vie ; le Christ est la plénitude de la vie et quand il a affronté la mort, il l’annihile pour toujours : « Par sa résurrection, il a détruit la mort et a renouvelé la vie » (Prière eucharistique IV). La Pâque du Christ est la victoire définitive sur la mort, parce qu’il a transformé sa mort en un suprême acte d’amour. Il est mort par amour ! Et dans l’Eucharistie, il veut nous communiquer son amour pascal, victorieux. Si nous le recevons avec foi, nous aussi nous pouvons vraiment aimer Dieu et notre prochain, nous pouvons aimer comme il nous a aimés, en donnant sa vie.

Si l’amour du Christ est en moi, je peux me donner pleinement à l’autre, dans la certitude intérieure que, même si l’autre devait me blesser, je ne mourrais pas ; sinon, je devrais me défendre. Les martyrs ont donné leur vie justement en raison de cette certitude de la victoire du Christ sur la mort. C’est seulement si nous faisons l’expérience de ce pouvoir du Christ, le pouvoir de son amour, que nous sommes vraiment libres de nous donner sans peur. La messe, c’est cela : entrer dans cette passion, cette mort, cette résurrection et cette ascension de Jésus ; quand nous allons à la messe, c’est comme si nous allions au calvaire, la même chose. Mais réfléchissez : si, au moment de la messe, nous allons au calvaire – réfléchissons avec notre imagination – et si nous savons que cet homme, là, est Jésus. Mais est-ce que nous nous permettrions de bavarder, de faire des photos, de faire un peu de spectacle ? Non ! Parce que c’est Jésus ! Nous resterions certainement en silence, en pleurs et aussi dans la joie d’être sauvés. Quand nous entrons dans une église pour célébrer la messe, pensons à cela : j’entre au calvaire, où Jésus donne sa vie pour moi. Et ainsi, le spectacle disparaît, les bavardages disparaissent, les commentaires et ce genre de choses qui nous éloignent de cette chose si belle qu’est la messe, le triomphe de Jésus.

Je pense que c’est maintenant plus clair que la Pâque se rend présente et opérante chaque fois que nous célébrons la messe, c’est-à-dire le sens du mémorial. La participation à l’Eucharistie nous fait entrer dans le mystère pascal du Christ, nous donnant de passer avec lui de la mort à la vie, c’est-à-dire là, sur le calvaire. La messe, c’est revivre le calvaire, ce n’est pas un spectacle.

 

 

Le pape François entame un nouveau cycle de catéchèses sur l’Eucharistie

 

 « Redécouvrir (…) la beauté cachée dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne un sens plein à la vie de chacun », et participer à « la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau », tels sont les objectifs, annoncés par le pape François, du cycle de catéchèses qui ont commencé ce jour.

Le pape François a entamé un nouveau cycle de catéchèses sur l’Eucharistie.

Il a invité à tourner son regard « vers le “cœur” de l’Église, c’est-à-dire l’Eucharistie » afin de « redécouvrir, ou découvrir combien resplendit l’amour de Dieu à travers ce mystère de la foi. » « Pour nous chrétiens, a-t-il ajouté, il est fondamental de bien comprendre la valeur et la signification de la sainte messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation à Dieu ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous commençons aujourd’hui une nouvelle série de catéchèses qui tournera notre regard vers le « cœur » de l’Église, c’est-à-dire l’Eucharistie. Pour nous chrétiens, il est fondamental de bien comprendre la valeur et la signification de la sainte messe, pour vivre toujours plus pleinement notre relation à Dieu.

Nous ne pouvons pas oublier le grand nombre des chrétiens qui, dans le monde entier, pendant deux mille ans d’histoire, ont résisté jusqu’à la mort pour défendre l’Eucharistie ; et combien, aujourd’hui encore, risquent leur vie pour participer à la messe dominicale. En 304, pendant les persécutions de Dioclétien, un groupe de chrétiens du nord de l’Afrique furent surpris pendant qu’ils célébraient la messe dans une maison et ils furent arrêtés. Le proconsul romain, dans l’interrogatoire, leur demanda pourquoi ils avaient fait cela, sachant que c’était absolument interdit. Et ils répondirent : « Sans le dimanche, nous ne pouvons pas vivre », ce qui voulait dire : si nous ne pouvons pas célébrer l’Eucharistie, nous ne pouvons pas vivre, notre vie chrétienne mourrait.

En effet, Jésus a dit à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si vous ne mangez pas la chair du Fils de l’homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’avez pas la vie en vous. Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour » (Jn 6,53-54).

Ces chrétiens d’Afrique du nord furent tués parce qu’ils célébraient l’Eucharistie. Ils ont laissé le témoignage selon lequel on peut renoncer à la vie terrestre pour l’Eucharistie, parce qu’elle nous donne la vie éternelle, nous rendant participants de la victoire du Christ sur la mort. Un témoignage qui nous interpelle tous et qui demande une réponse sur ce que signifie pour chacun de nous participer au sacrifice de la messe et nous approcher de la Table du Seigneur. Cherchons-nous cette source d’où « jaillit l’eau vive » pour la vie éternelle ?… Qui fait de notre vie un sacrifice spirituel de louange et de remerciement et qui fait de nous un seul corps avec le Christ ? C’est le sens le plus profond de la sainte Eucharistie, qui signifie « remerciement » : remerciement à Dieu Père, Fils et Esprit-Saint, qui nous implique et nous transforme dans sa communion d’amour.

Dans les prochaines catéchèses, je voudrais donner une réponse à quelques questions importantes sur l’Eucharistie et la messe, pour redécouvrir, ou découvrir combien resplendit l’amour de Dieu à travers ce mystère de la foi.

Le Concile Vatican II a été fortement animé par le désir de conduire les chrétiens à comprendre la grandeur de la foi et la beauté de la rencontre avec le Christ. Pour ce motif, il était avant tout nécessaire de mettre en œuvre, sous la conduite de l’Esprit-Saint, un renouveau adéquat de la liturgie, parce que l’Église vit continuellement de celle-ci et se renouvelle grâce à elle.

Un thème central que les Pères conciliaires ont souligné est la formation liturgique des fidèles, indispensable pour un véritable renouveau. Et c’est précisément aussi cela le but de ce cycle de catéchèses que nous commençons aujourd’hui : grandir dans la connaissance du grand don que Dieu nous a fait dans l’Eucharistie.

L’Eucharistie est un événement merveilleux dans lequel Jésus-Christ, notre vie, se rend présent. Participer à la messe, « c’est vivre une autre fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur. C’est une théophanie : le Seigneur se rend présent sur l’autel pour être offert au Père pour le salut du monde » (Homélie de la messe, Maison Sainte-Marthe, 10 février 2014). Le Seigneur est là avec nous, présent. Si souvent, nous y allons, nous regardons les choses, nous bavardons entre nous pendant que le prêtre célèbre l’Eucharistie… et nous ne célébrons pas près de lui. Mais c’est le Seigneur ! Si, aujourd’hui, le président de la République ou quelque personnage très important du monde venait ici, il est certain que nous serions tous à ses côtés, que nous voudrions le saluer. Mais réfléchis : quand tu vas à la messe, le Seigneur est là ! Et tu es distrait. C’est le Seigneur ! Nous devons y réfléchir. « Père, c’est que les messes sont ennuyeuses. – Mais que dis-tu, le Seigneur est ennuyeux ? – Non, non, la messe non, mais les prêtres. – Ah, il faut que les prêtres se convertissent, mais c’est le Seigneur qui est là ! ». Compris ? Ne l’oubliez pas ! « Participer à la messe, c’est vivre une autre fois la passion et la mort rédemptrice du Seigneur ».

Essayons maintenant de nous poser quelques questions simples. Par exemple, pourquoi fait-on le signe de croix et l’acte pénitentiel au début de la messe ? Et ici, je voudrais ouvrir une parenthèse. Vous avez vu comment les enfants font le signe de croix. Tu ne sais pas ce qu’ils font, si c’est le signe de croix ou un dessin. Ils font comme cela [il fait un geste confus]. Il faut enseigner aux enfants à bien faire le signe de croix. C’est ainsi que commence la messe, ainsi que commence la vie, ainsi que commence la journée. Cela veut dire que nous sommes rachetés par la croix du Seigneur. Regardez les enfants et enseignez-leur à bien faire le signe de croix. Et ces Lectures, pendant la messe, pourquoi sont-elles là ? Pourquoi lit-on trois lectures le dimanche et deux les autres jours ? Ou encore, pourquoi, à un certain moment, le prêtre qui préside la célébration dit-il : « Élevons notre cœur ? ». Il ne dit pas : « Élevons nos portables pour faire une photo ! ». Non, ce n’est pas bien ! Et je vous dis que cela me procure beaucoup de tristesse quand je célèbre ici, sur la Place ou dans la Basilique, et que je vois tous ces portables levés, non seulement ceux des fidèles, mais aussi ceux de certains prêtres et même d’évêques. Mais s’il vous plaît ! La messe n’est pas un spectacle : c’est aller à la rencontre de la passion et de la résurrection du Seigneur. C’est pourquoi le prêtre dit : « Élevons notre cœur ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Souvenez-vous, pas de portables !

Il est très important de revenir aux fondements, de redécouvrir ce qui est l’essentiel, à travers ce qu’on touche et voit dans la célébration des sacrements. La question de l’apôtre saint Thomas (Jn 20,25), de pouvoir voir et toucher les blessures des clous dans le corps de Jésus, est le désir de pouvoir d’une certaine manière « toucher » Dieu pour croire en lui. Ce que saint Thomas demande au Seigneur est ce dont nous avons tous besoin : le voir, et le toucher pour pouvoir le reconnaître. Les sacrements viennent au devant de cette exigence humaine. Les sacrements, et la célébration eucharistique en particulier, sont les signes de l’amour de Dieu, les voies privilégiées pour le rencontrer.

Ainsi, à travers ces catéchèses qui commencent aujourd’hui, je voudrais redécouvrir avec vous la beauté cachée dans la célébration eucharistique et qui, une fois dévoilée, donne un sens plein à la vie de chacun. Que la Vierge Marie nous accompagne sur ce nouveau tronçon de route. Merci.

 

 

 

« Dans l’humilité et la confiance »

 

La messe est une « rencontre d’amour » avec le Seigneur, a affirmé le pape François qui a invité à « faire l’expérience que la messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus et, à travers lui, avec Dieu et avec les frères ».

 Le pape a abordé le thème suivant : « La messe est prière ».

Rappelant que tout dialogue suppose aussi « de savoir rester en silence avec Jésus », le pape a souligné deux « prédispositions » pour nous mettre « en sa présence » : être humbles et confiants, « petits comme des enfants » et, comme les enfants aussi, savoir « se laisser surprendre ». Parce que la messe est une « rencontre vivante ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Nous continuons les catéchèses sur la messe. Pour comprendre la beauté de la célébration eucharistique, je désire commencer par un aspect très simple : la messe est prière, ou plutôt, c’est la prière par excellence, la plus haute, la plus sublime et, en même temps, la plus « concrète ». En effet, c’est la rencontre d’amour avec Dieu à travers sa Parole et le Corps et le Sang de Jésus. C’est une rencontre avec le Seigneur.

Mais nous devons d’abord répondre à une question. Qu’est-ce que la prière exactement ? C’est avant tout un dialogue, une relation personnelle avec Dieu. Et l’homme a été créé comme un être en relation personnelle avec Dieu, qui ne trouve sa pleine réalisation que dans la rencontre avec son Créateur. Le chemin de la vie se dirige vers la rencontre définitive avec le Seigneur.

Le Livre de la Genèse affirme que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, qui est Père et Fils et Esprit-Saint, une relation parfaite d’amour qui est unité. Nous pouvons comprendre que tous, nous avons été créés pour entrer dans une relation parfaite d’amour, en nous donnant et en nous recevant continuellement pour pouvoir trouver ainsi la plénitude de notre être.

Lorsque Moïse, devant le buisson ardent, a reçu l’appel de Dieu, il lui a demandé quel était son nom. Et que répond Dieu ? « Je suis qui je suis » (Ex 3,14). Cette expression, dans son sens originel, exprime une présence et une faveur et, en effet, aussitôt après, Dieu ajoute : « Le Seigneur, le Dieu de vos pères, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob » (v.15). Ainsi aussi le Christ, lorsqu’il appelle ses disciples, les appelle afin qu’ils soient avec lui. C’est donc la grâce la plus grande : pouvoir faire l’expérience que la messe, l’Eucharistie est le moment privilégié pour être avec Jésus et, à travers lui, avec Dieu et avec les frères.

Prier, comme tout véritable dialogue, c’est aussi savoir rester en silence – dans les dialogues, il y a des moments de silence – en silence avec Jésus. Et quand nous allons à la messe, peut-être arrivons-nous cinq minutes à l’avance et commençons-nous à bavarder avec celui qui est à côté de nous. Mais ce n’est pas le moment de bavarder : c’est le moment du silence pour nous préparer au dialogue. C’est le moment de se recueillir dans son cœur pour se préparer à la rencontre avec Jésus. Le silence est très important ! Souvenez-vous de ce que j’ai dit la semaine dernière : nous n’allons pas à un spectacle, nous allons à la rencontre du Seigneur et le silence nous prépare et nous accompagne. Rester en silence avec Jésus. Et du mystérieux silence de Dieu jaillit sa Parole qui résonne dans notre cœur. Jésus lui-même nous enseigne comment il est réellement possible d’ « être » avec le Père et il nous le montre par sa prière. Les Évangiles nous montrent Jésus qui se retire dans des lieux à part pour prier ; les disciples, voyant sa relation intime avec son Père, ressentent le désir de pouvoir y participer et lui demandent : « Seigneur, apprends-nous à prier » (Lc 11,1). Nous avons entendu, dans la lecture qui a précédé, au début de l’audience. Jésus répond que la première chose nécessaire pour prier est de savoir dire « Père ». Soyons attentifs : si je ne suis pas capable de dire « Père » à Dieu, je ne suis pas capable de prier. Nous devons apprendre à dire « Père », c’est-à-dire à nous mettre en sa présence avec une confiance filiale. Mais pour pouvoir apprendre à dire « Père », il faut reconnaître humblement que nous avons besoin d’être instruits, et dire avec simplicité : Seigneur, apprends-moi à prier.

C’est le premier point : être humbles, se reconnaître comme fils et filles, reposer dans le Père, avoir confiance en lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux, il est nécessaire de se faire petits comme des enfants. Dans le sens où les enfants savent faire confiance, ils savent que quelqu’un se préoccupera d’eux, de ce qu’ils mangeront, de ce qu’ils porteront etc. (cf. Mt 6,25-32). C’est la première attitude : confiance et abandon, comme l’enfant à l’égard de ses parents : savoir que Dieu se souvient de toi, qu’il prend soin de toi, de toi, de moi, de tout le monde.

La seconde prédisposition, elle aussi propre aux enfants, est de se laisser surprendre. L’enfant pose toujours mille questions parce qu’il désire découvrir le monde ; et il s’étonne même de petites choses parce que tout est nouveau pour lui. Pour entrer dans le Royaume des cieux, il faut se laisser émerveiller. Dans notre relation au Seigneur, dans la prière – je pose une question – nous laissons-nous surprendre ou pensons-nous que la prière consiste à parler à Dieu comme le font les perroquets ? Non, il s’agit de faire confiance et d’ouvrir son cœur pour se laisser étonner. Nous laissons-nous surprendre par Dieu qui est toujours le Dieu des surprises ? Parce que la rencontre avec le Seigneur est toujours une rencontre vivante, ce n’est pas une rencontre de musée. C’est une rencontre vivante et nous allons à la messe, et pas au musée. Nous allons à une rencontre vivante avec le Seigneur.

Dans l’Évangile, on parle d’un certain Nicodème (Jn 3,1-21), un homme âgé, une autorité en Israël, qui va voir Jésus pour le connaître ; et le Seigneur lui parle de la nécessité de « renaître d’en haut » (cf. v.3). Mais qu’est-ce que cela signifie ? Peut-on « renaître » ? Est-il possible de retrouver le goût, la joie, l’émerveillement de la vie, devant tant de tragédies ? C’est une question fondamentale de notre foi et c’est le désir de tout vrai croyant : le désir de renaître, la joie de recommencer. Avons-nous ce désir ? Chacun de nous a-t-il envie de renaître toujours pour rencontrer le Seigneur ? Avez-vous ce désir, vous ? On peut en effet le perdre facilement parce que, à cause des nombreuses activités, des nombreux projets à mettre en œuvre, à la fin il nous reste peu de temps et nous perdons de vue ce qui est fondamental : la vie de notre cœur, notre vie spirituelle, notre vie qui est une rencontre avec le Seigneur dans la prière.

En vérité, le Seigneur nous surprend en nous montrant qu’il nous aime aussi dans nos faiblesses. « Jésus-Christ […] C’est lui qui, par son sacrifice, obtient le pardon de nos péchés, non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier. » (1 Jn 2,2). Ce don, source de consolation véritable – mais le Seigneur nous pardonne toujours – est une véritable consolation, c’est un don qui nous est fait à travers l’Eucharistie, ce banquet nuptial où l’Époux rencontre notre fragilité. Puis-je dire que, lorsque je reçois la communion à la messe, le Seigneur rencontre ma fragilité ? Oui ! Nous pouvons le dire parce que c’est vrai ! Le Seigneur rencontre notre fragilité pour nous ramener à notre premier appel : être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Voilà ce qu’est l’Eucharistie, c’est cela, la prière.

 

 

 

 « Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, et encore moins un jardin enchanté. Le paradis est l’étreinte avec Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort sur la croix pour nous. ». C’est ce qu’a affirmé le pape François, après avoir fait contempler la scène du dialogue entre Jésus et le bon larron, sur la croix.

Le pape François a conclu le cycle de catéchèses sur l’espérance chrétienne en parlant du paradis, « but de notre espérance ».

« Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons notre nostalgie de son amour », a expliqué le pape François.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

C’est la dernière catéchèse sur le thème de l’espérance chrétienne, qui nous a accompagnés depuis le début de cette année liturgique. Et je conclurai en parlant du paradis, comme but de notre espérance.

« Paradis » est l’un des derniers mots prononcés par Jésus sur la croix, adressé au bon larron. Arrêtons-nous un instant sur cette scène. Sur la croix, Jésus n’est pas seul. À côté de lui, à droite et à gauche, il y a deux malfaiteurs. Peut-être qu’en passant devant ces trois croix hissées sur le Golgotha, quelqu’un a poussé un soupir de soulagement en pensant que la justice était enfin rendue en mettant à mort ce genre de personnes.

À côté de Jésus, il y a aussi quelqu’un qui s’avoue coupable : quelqu’un qui reconnaît avoir mérité ce terrible supplice. Nous l’appelons le « bon larron » qui, s’opposant à l’autre, dit : nous, nous recevons ce que nous avons mérité par nos actions (cf. Lc 23,41).

Sur le Calvaire, en ce tragique et saint vendredi, Jésus est allé à l’extrême de son incarnation, de sa solidarité avec nous, pécheurs. Là, se réalise ce que le prophète Isaïe avait dit du Serviteur souffrant : « il a été compté avec les pécheurs » (53,21 ; cf. Lc 22,37).

C’est là, sur le Calvaire, que Jésus a son dernier rendez-vous avec un pécheur, pour lui ouvrir grand à lui aussi les portes de son Royaume. C’est intéressant : c’est la seule fois que le mot « paradis » apparaît dans les Évangiles. Jésus le promet à un « pauvre diable » qui, sur le bois de la croix, a eu le courage de lui adresser la plus humble des demandes : « Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume » (Lc 23,42). Il n’avait pas de bonnes œuvres à faire valoir, il n’avait rien, mais il se confie à Jésus, qu’il reconnaît innocent, bon, si différent de lui (v.41). Cette parole d’humble repentance a été suffisante pour toucher le cœur de Jésus.

Le bon larron nous rappelle notre véritable condition devant Dieu : que nous sommes ses enfants, qu’il éprouve de la compassion pour nous, qu’il est désarmé chaque fois que nous lui manifestons notre nostalgie de son amour. Dans les chambres de tant d’hôpitaux ou dans les cellules des prisons, ce miracle se répète d’innombrables fois : il n’y a pas une personne, aussi mal ait-elle vécu, à qui il ne reste que le désespoir et à qui la grâce soit interdite. Devant Dieu, nous nous présentons tous les mains vides, un peu comme le publicain de la parabole qui s’était arrêté pour prier au fond du temple (cf. Lc 18,13). Et chaque fois qu’un homme, faisant le dernier examen de conscience de sa vie, découvre que les manques dépassent de beaucoup les œuvres de bien, il ne doit pas se décourager, mais se confier à la miséricorde de Dieu. Et cela nous donne de l’espérance, cela nous ouvre le cœur !

Dieu est Père et il attend notre retour jusqu’au bout. Et lorsque le fils prodigue de retour commence à confesser ses fautes, son père lui ferme la bouche en l’embrassant (cf. Lc 15,20). Voilà Dieu : c’est comme cela qu’il nous aime !

Le paradis n’est pas un lieu de conte de fée, et encore moins un jardin enchanté. Le paradis est l’étreinte avec Dieu, Amour infini, et nous y entrons grâce à Jésus, qui est mort sur la croix pour nous. Là où est Jésus, se trouvent la miséricorde et le bonheur ; sans lui, se trouvent le froid et les ténèbres. À l’heure de la mort, le chrétien redit à Jésus : « Souviens-toi de moi ». Et même si plus personne ne se souvenait de nous, Jésus est là, à côté de nous. Il veut nous emmener dans le lieu le plus beau qui existe. Il veut nous y emmener avec ce peu ou beaucoup de bien qu’il y a eu dans notre vie, pour que rien ne soit perdu de ce qu’il avait déjà racheté. Et dans la maison du Père, il emportera aussi tout ce qui, en nous, a encore besoin de rachat : les manques et les erreurs d’une vie entière. C’est cela, le but de notre existence : que tout s’accomplisse et soit transformé en amour.

Si nous croyons cela, la mort cesse de nous faire peur et nous pouvons même espérer partir de ce monde de manière sereine, avec une grande confiance. Celui qui a connu Jésus ne craint plus rien. Et nous pourrons redire nous aussi les paroles du vieillard Siméon, lui aussi béni par sa rencontre avec le Christ, après une vie entière consumée dans l’attente : « Maintenant, ô Maître souverain, tu peux laisser ton serviteur s’en aller en paix, selon ta parole. Car mes yeux ont vu le salut » (Lc 2,29-30).

 

Et à cet instant, enfin, nous n’aurons plus besoin de rien, nous ne verrons plus de manière confuse. Nous ne pleurerons plus inutilement parce que tout est passé ; même les prophéties, même la connaissance. Mais l’amour, non, il demeure. Parce que « l’amour ne passera jamais » (cf. 1 Co 13,8).