SIX POINTS D’ATTENTION POUR LE MESSAGE DU PAPE POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES

 

 1- La Journée mondiale des pauvres est une innovation du pape François. Nous disposons déjà d’innombrables « journée mondiale » de la paix (1 janvier), des vocations, des moyens de communications sociales, du migrant et du réfugié, etc. Le pape François a voulu que l’avant dernier dimanche de l’année liturgique soit consacré à une « journée mondiale des pauvres ». Comme pour les autres journées, un message du pape est écrit à cette occasion et publié plusieurs mois à l’avance (afin de permettre à ceux qui préparent les liturgies et les revues liturgiques, d’intégrer ce message dans leurs publications). En ce qui concerne ce message pour la journée des pauvres 2017, il a été publié le 13 juin 2017.


 2 - Le message. Ce message fait 4 pages environ. C’est bien plus long que beaucoup de messages du pape pour les diverses journées fixées par le Saint-Siège. On y repère aussi la main même du pape, par les thèmes abordés, par le style.
 

 3- Ce que le pape ne dit pas. Il est intéressant de tenter de préciser l’esprit et le contenu de la journée mondiale des pauvres à partir de ce qu’elle n’est pas, de ce qui n’est pas dit. Une définition négative. On pourra ensuite tenter de dire en quoi la journée des pauvres consiste.
 – La journée mondiale des pauvres n’est pas une journée de la générosité, de la philanthropie, de la charité… on ne met pas l’accent sur la personne généreuse, qui « donne » : on met l’accent sur la personne du pauvre.
 – La journée mondiale des pauvres ne dit pas qu’il faut aider les pauvres, qu’il faut les assister. Le pape dit qu’il faut écouter les pauvres, qu’ils ont quelque chose à dire, à contribuer à la société. Ce ne sont pas les fondations philanthropiques (Bill Gates, Warren Buffet, etc.), ce ne sont pas les riches (généreux) qui sauveront le monde. Le monde sera sauvé lorsque tous auront la parole et apporteront leur pierre à l’édifice commun.
 – La journée mondiale des pauvres n’est pas la fête de la générosité, des ONG, des bénévoles… Ce n’est pas une autocélébration de la charité par ceux qui la pratiquent. Ce n’est pas la fête des donateurs, ceux qui donnent leur temps et leur argent.
 – Le message du pape n’est pas un éloge du don ou une autocélébration des donateurs.

 4 - L’approche du pape intègre une dimension politique, un appel à modifier les politiques publiques. Il y a un lien entre ce message et l’Enseignement social de l’Eglise. Il faut attaquer les problèmes à la racine, il faut modifier les structures (injustes), la politique n’est jamais très loin. Le lien est fait avec l’appel solennel à sauver la terre et à entendre le double cri de la planète et des pauvres (Laudato Si).

 5 - On retrouve dans ce message les intuitions centrales du pape François : un appel à pratiquer des attitudes d’écoute, de dialogue, d’accompagnement, d’intégration… Ecouter ce que les pauvres ont à dire, dialoguer avec eux (donc les établir dans une relation d’égalité comme locuteurs et pas simplement comme destinataires d’aide ou de parole évangélisatrice…). Veiller à leur intégration dans la société.

 6 - La conclusion du message est très forte : les pauvres ne constituent pas un problème mais une ressource pour trouver des solutions à nos problèmes collectifs.

Antoine Sondag
Septembre 2017

 

 

 

MESSAGE COMPLET DU PAPE FRANÇOIS POUR LA JOURNÉE MONDIALE DES PAUVRES

 

1. « Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, par des actes et en vérité » (1 Jn 3, 18). Ces paroles de l’apôtre Jean expriment un impératif dont aucun chrétien ne peut faire abstraction. La gravité avec laquelle le ‘‘disciple bien-aimé’’ transmet, jusqu’à nos jours, le commandement de Jésus s’accentue encore davantage par l’opposition qu’elle révèle entre les paroles vides qui sont souvent sur nos lèvres et les actes concrets auxquels nous sommes au contraire appelés à nous mesurer. L’amour n’admet pas d’alibi : celui qui entend aimer comme Jésus a aimé doit faire sien son exemple ; surtout quand on est appelé à aimer les pauvres. La façon d’aimer du Fils de Dieu, par ailleurs, est bien connue, et Jean le rappelle clairement. Elle se fonde sur deux pierres angulaires : Dieu a aimé le premier (cf. 1 Jn 4, 10.19) ; et il a aimé en se donnant tout entier, y compris sa propre vie (cf. 1 Jn 3, 16).

Un tel amour ne peut rester sans réponse. Même donné de manière unilatérale, c’est-à-dire sans rien demander en échange, il enflamme cependant tellement le cœur que n’importe qui se sent porté à y répondre malgré ses propres limites et péchés. Et cela est possible si la grâce de Dieu, sa charité miséricordieuse sont accueillies, autant que possible, dans notre cœur, de façon à stimuler notre volonté ainsi que nos affections à l’amour envers Dieu lui-même et envers le prochain. De cette façon, la miséricorde qui jaillit, pour ainsi dire, du cœur de la Trinité peut arriver à mettre en mouvement notre vie et créer de la compassion et des œuvres de miséricorde en faveur des frères et des sœurs qui sont dans le besoin.

2. « Un pauvre crie ; le Seigneur l’entend » (Ps 33, 7). Depuis toujours, l’Église a compris l’importance de ce cri. Nous avons un grand témoignage dès les premières pages des Actes des Apôtres, où Pierre demande de choisir sept hommes « remplis d’Esprit Saint et de sagesse » (6, 3), afin qu’ils assument le service de l’assistance aux pauvres. C’est certainement l’un des premiers signes par lesquels la communauté chrétienne s’est présentée sur la scène du monde : le service des plus pauvres. Tout cela lui était possible parce qu’elle avait compris que la vie des disciples de Jésus devait s’exprimer dans une fraternité et une solidarité telles qu’elles doivent correspondre à l’enseignement principal du Maître qui avait proclamé heureux et héritiers du Royaume des cieux les pauvres (cf. Mt 5, 3).

« Ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun » (Ac 2, 45). Cette expression montre clairement la vive préoccupation des premiers chrétiens. L’évangéliste Luc, l’auteur sacré qui, plus que tout autre, a réservé une large place à la miséricorde, ne fait pas de rhétorique lorsqu’il décrit la pratique de partage de la première communauté. Au contraire, en la recommandant, il entend s’adresser aux croyants de toute génération, et donc à nous aussi, pour nous soutenir dans le témoignage et susciter notre action en faveur de ceux qui sont le plus dans le besoin. Le même enseignement est donné avec autant de conviction par l’apôtre Jacques, qui, dans sa Lettre, utilise des expressions fortes et incisives : « Écoutez, donc, mes frères bien-aimés ! Dieu, lui, n’a-t-il pas choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde pour en faire des riches dans la foi, et des héritiers du Royaume promis par lui à ceux qui l’auront aimé ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. Or n’est-ce pas les riches qui vous oppriment, et vous traînent devant les tribunaux ? […] Mes frères, si quelqu’un prétend avoir la foi, sans la mettre en œuvre, à quoi cela sert-il ? Sa foi peut-elle le sauver ? Supposons qu’un frère ou une sœur n’ait pas de quoi s’habiller, ni de quoi manger tous les jours ; si l’un de vous leur dit : ‘‘Allez en paix ! Mettez-vous au chaud, et mangez à votre faim !’’ sans leur donner le nécessaire pour vivre, à quoi cela sert-il ? Ainsi donc, la foi, si elle n’est pas mise en œuvre, est bel et bien morte » (2, 5-6.14-17).

3. Il y a eu, cependant, des moments où les chrétiens n’ont pas écouté jusqu’au bout cet appel, en se laissant contaminer par la mentalité mondaine. Mais l’Esprit Saint n’a pas manqué de leur rappeler de maintenir le regard fixé sur l’essentiel. Il a fait surgir, en effet, des hommes et des femmes qui, de diverses manières, ont offert leur vie au service des pauvres. Que de pages d’histoire, en ces deux mille ans, ont été écrites par des chrétiens qui en toute simplicité et humilité, et par la généreuse imagination de la charité, ont servi leurs frères plus pauvres !

Parmi ceux-ci, se détache l’exemple de François d’Assise, qui a été suivi par de nombreux hommes et femmes saints au cours des siècles. Il ne s’est pas contenté d’embrasser et de faire l’aumône aux lépreux, mais il a décidé d’aller à Gubbio pour rester avec eux. Lui-même a vu dans cette rencontre le tournant de sa conversion : « Comme j’étais dans les péchés, il me semblait extrêmement amer de voir des lépreux. Et le Seigneur lui-même me conduisit parmi eux et je fis miséricorde avec eux. Et en m’en allant de chez eux, ce qui me semblait amer fut changé pour moi en douceur de l’esprit et du corps » (Test. 1-3 : SF 308). Ce témoignage manifeste la force transformante de la charité et le style de vie des chrétiens.

Ne pensons pas aux pauvres uniquement comme destinataires d’une bonne action de volontariat à faire une fois la semaine, ou encore moins de gestes improvisés de bonne volonté pour apaiser notre conscience. Ces expériences, même valables et utiles pour sensibiliser aux besoins de nombreux frères et aux injustices qui en sont souvent la cause, devraient introduire à une rencontre authentique avec les pauvres et donner lieu à un partage qui devient style de vie. En effet, la prière, le chemin du disciple et la conversion trouvent, dans la charité qui se fait partage, le test de leur authenticité évangélique. Et de cette façon de vivre dérivent joie et sérénité d’esprit, car on touche de la main la chair du Christ. Si nous voulons rencontrer réellement le Christ, il est nécessaire que nous touchions son corps dans le corps des pauvres couvert de plaies, comme réponse à la communion sacramentelle reçue dans l’Eucharistie. Le Corps du Christ, rompu dans la liturgie sacrée, se laisse retrouver, par la charité partagée, dans les visages et dans les personnes des frères et des sœurs les plus faibles. Toujours actuelles, résonnent les paroles du saint évêque Chrysostome : « Si vous voulez honorer le corps du Christ, ne le méprisez pas lorsqu’il est nu ; n’honorez pas le Christ eucharistique avec des ornements de soie, tandis qu’à l’extérieur du temple vous négligez cet autre Christ qui souffre du froid et de la nudité » (Hom. In Matthaeum, 50, 3 : PG, 58).

Nous sommes appelés, par conséquent, à tendre la main aux pauvres, à les rencontrer, à les regarder dans les yeux, à les embrasser, pour leur faire sentir la chaleur de l’amour qui rompt le cercle de la solitude. Leur main tendue vers nous est aussi une invitation à sortir de nos certitudes et de notre confort, et à reconnaître la valeur que constitue en soi la pauvreté.

4. N’oublions pas que pour les disciples du Christ, la pauvreté est avant tout une vocation à suivre Jésus pauvre. C’est un chemin derrière lui et avec lui, un chemin qui conduit à la béatitude du Royaume des cieux (cf. Mt 5, 3 ; Lc 6, 20). Pauvreté signifie un cœur humble qui sait accueillir sa propre condition de créature limitée et pécheresse pour surmonter la tentation de toute-puissance, qui fait croire qu’on est immortel. La pauvreté est une attitude du cœur qui empêche de penser à l’argent, à la carrière, au luxe comme objectif de vie et condition pour le bonheur. C’est la pauvreté, plutôt, qui crée les conditions pour assumer librement les responsabilités personnelles et sociales, malgré les limites de chacun, comptant sur la proximité de Dieu et soutenu par sa grâce. La pauvreté, ainsi entendue, est la mesure qui permet de juger de l’utilisation correcte des biens matériels, et également de vivre de manière non égoïste et possessive les liens et affections (cf. Catéchisme de l’Église catholique, nn. 25-45).

Faisons nôtre, par conséquent, l’exemple de saint François, témoin de l’authentique pauvreté. Précisément parce qu’il avait les yeux fixés sur le Christ, il a su le reconnaître et le servir dans les pauvres. Si, par conséquent, nous voulons offrir une contribution efficace pour le changement de l’histoire, en promouvant un vrai développement, il est nécessaire d’écouter le cri des pauvres et de nous engager à les faire sortir de leur condition de marginalisation. En même temps, je rappelle aux pauvres qui vivent dans nos villes et dans nos communautés de ne pas perdre le sens de la pauvreté évangélique qu’ils portent imprimé dans leur vie.

5. Nous savons la grande difficulté qui émerge dans le monde contemporain de pouvoir identifier clairement la pauvreté. Cependant, elle nous interpelle chaque jour par ses mille visages marqués par la douleur, par la marginalisation, par l’abus, par la violence, par les tortures et par l’emprisonnement, par la guerre, par la privation de la liberté et de la dignité, par l’ignorance et par l’analphabétisme, par l’urgence sanitaire et par le manque de travail, par les traites et par les esclavages, par l’exil et par la misère, par la migration forcée. La pauvreté a le visage de femmes, d’hommes et d’enfants exploités pour de vils intérêts, piétinés par des logiques perverses du pouvoir et de l’argent. Quelle liste impitoyable et jamais complète se trouve-t-on obligé d’établir face à la pauvreté fruit de l’injustice sociale, de la misère morale, de l’avidité d’une minorité et de l’indifférence généralisée !

De nos jours, malheureusement, tandis qu’émerge toujours davantage la richesse insolente qui s’accumule dans les mains de quelques privilégiés et souvent est accompagnée de l’inégalité et de l’exploitation offensant la dignité humaine, l’expansion de la pauvreté à de grands secteurs de la société dans le monde entier fait scandale. Face à cette situation, on ne peut demeurer inerte et encore moins résigné. À la pauvreté qui inhibe l’esprit d’initiative de nombreux jeunes, en les empêchant de trouver un travail ; à la pauvreté qui anesthésie le sens de responsabilité conduisant à préférer la procuration et la recherche de favoritismes ; à la pauvreté qui empoisonne les puits de la participation et restreint les espaces du professionnalisme en humiliant ainsi le mérite de celui qui travaille et produit ; à tout cela, il faut répondre par une nouvelle vision de la vie et de la société.

Tous ces pauvres – comme aimait le dire le Pape Paul VI – appartiennent à l’Église par « droit évangélique » (Discours d’ouverture de la 2ème session du Concile Œcuménique Vatican II, 29 septembre 1963) et exigent l’option fondamentale pour eux. Bénies, par conséquent, les mains qui s’ouvrent pour accueillir les pauvres et pour les secourir : ce sont des mains qui apportent l’espérance. Bénies, les mains qui surmontent toutes les barrières de culture, de religion et de nationalité en versant l’huile de consolation sur les plaies de l’humanité. Bénies, les mains qui s’ouvrent sans rien demander en échange, sans ‘‘si’’, sans ‘‘mais’’ et sans ‘‘peut-être’’ : ce sont des mains qui font descendre sur les frères la bénédiction de Dieu.

6. Au terme du Jubilé de la Miséricorde, j’ai voulu offrir à l’Église la Journée Mondiale des Pauvres, afin que dans le monde entier les communautés chrétiennes deviennent toujours davantage et mieux signe concret de la charité du Christ pour les derniers et pour ceux qui sont le plus dans le besoin. Aux autres Journées mondiales instituées par mes Prédécesseurs, qui sont désormais une tradition dans la vie de nos communautés, je voudrais que s’ajoute celle-ci, qui apporte à leur ensemble un complément typiquement évangélique, c’est-à-dire la prédilection de Jésus pour les pauvres.

J’invite l’Église tout entière ainsi que les hommes et les femmes de bonne volonté à avoir le regard fixé, en cette journée, sur tous ceux qui tendent les mains en criant au secours et en sollicitant notre solidarité. Ce sont nos frères et sœurs, créés et aimés par l’unique Père céleste. Cette Journée entend stimuler, en premier lieu, les croyants afin qu’ils réagissent à la culture du rebut et du gaspillage, en faisant leur la culture de la rencontre. En même temps, l’invitation est adressée à tous, indépendamment de l’appartenance religieuse, afin qu’ils s’ouvrent au partage avec les pauvres, sous toutes les formes de solidarité, en signe concret de fraternité. Dieu a créé le ciel et la terre pour tous ; ce sont les hommes, malheureusement, qui ont créé les frontières, les murs et les clôtures, en trahissant le don originel destiné à l’humanité sans aucune exclusion.

7. Je souhaite que les communautés chrétiennes, au cours de la semaine qui précède la Journée Mondiale des Pauvres, qui cette année sera le 19 novembre, 33ème dimanche du Temps Ordinaire, œuvrent pour créer de nombreux moments de rencontre et d’amitié, de solidarité et d’aide concrète. Ils pourront, ensuite, inviter les pauvres et les volontaires à participer ensemble à l’Eucharistie de ce dimanche, en sorte que la célébration de la Solennité de Notre Seigneur Jésus Christ Roi de l’univers se révèle encore plus authentique, le dimanche suivant. La royauté du Christ, en effet, émerge dans toute sa signification précisément sur le Golgotha, lorsque l’Innocent cloué sur la croix, pauvre, nu et privé de tout, incarne et révèle la plénitude de l’amour de Dieu. Son abandon complet au Père, tandis qu’il exprime sa pauvreté totale, rend évident la puissance de cet Amour, qui le ressuscite à une vie nouvelle le jour de Pâques.

En ce dimanche, si dans notre quartier vivent des pauvres qui cherchent protection et aide, approchons-nous d’eux : ce sera un moment propice pour rencontrer le Dieu que nous cherchons. Selon l’enseignement des Écritures (cf. Gn 18, 3-5 ; He 13, 2), accueillons-les comme des hôtes privilégiés à notre table ; ils pourront être des maîtres qui nous aident à vivre la foi de manière plus cohérente. Par leur confiance et leur disponibilité à accepter de l’aide, ils nous montrent de manière sobre, et souvent joyeuse, combien il est important de vivre de l’essentiel et de nous abandonner à la providence du Père.

8. À la base des nombreuses initiatives qui peuvent se réaliser lors de cette Journée, qu’il y ait toujours la prière. N’oublions pas que le Notre Père est la prière des pauvres. La demande du pain, en effet, exprime la confiance en Dieu pour les besoins primaires de notre vie. Ce que Jésus nous a enseigné par cette prière exprime et recueille le cri de celui qui souffre de la précarité de l’existence et du manque du nécessaire. Aux disciples qui demandaient à Jésus de leur apprendre à prier, il a répondu par les paroles des pauvres qui s’adressent au Père unique dans lequel tous se reconnaissent comme frères. Le Notre Père est une prière qui s’exprime au pluriel : le pain demandé est ‘‘notre’’, et cela comporte partage, participation et responsabilité commune. Dans cette prière, nous reconnaissons tous l’exigence de surmonter toute forme d’égoïsme pour accéder à la joie de l’accueil réciproque.

9. Je demande aux confrères évêques, aux prêtres, aux diacres – qui par vocation ont la mission du soutien aux pauvres -, aux personnes consacrées, aux associations, aux mouvements et au vaste monde du volontariat d’œuvrer afin que par cette Journée Mondiale des Pauvres s’instaure une tradition qui soit une contribution concrète à l’évangélisation dans le monde contemporain.

Que cette nouvelle Journée Mondiale, par conséquent, devienne un appel fort à notre conscience de croyants pour que nous soyons plus convaincus que partager avec les pauvres nous permet de comprendre l’Évangile dans sa vérité la plus profonde. Les pauvres ne sont un problème : ils sont une ressource où il faut puiser pour accueillir et vivre l’essence de l’Évangile.

Du Vatican, le 13 juin 2017

Mémoire de saint Antoine de Padoue

 Franciscus

 

 

 

 

Chers frères et sœurs,

Hommes et femmes de bonne volonté,

A l’occasion de notre 105ème Assemblée Plénière dans le diocèse de Katiola, nous, Evêques catholiques de Côte d’Ivoire, marquons notre inquiétude devant les évènements sociaux qui secouent notre pays : mécontentements des militaires, grèves des fonctionnaires et agents de l’Etat.

En effet, force est de reconnaître qu’un malaise social persiste au sein de la population.  Des sentiments de frustration et de révolte habitent encore les cœurs de nombre d’ivoiriens. Les procès en cours, loin d’apaiser les esprits, suscitent des passions et des inquiétudes. Certains de nos compatriotes sont encore injustement détenus en prison et d’autres vivent en exil, loin du pays. Beaucoup de combattants et militaires impliqués dans les crises successives qui ont secoué notre pays ne sont pas sereins, quant à leur avenir. De nombreux jeunes qui avaient espéré une vie meilleure en s’engageant aux côtés des politiciens expriment de plus en plus leur déception et leur amertume. Tout ce climat délétère, si nous n’y prenons garde, risque de compromettre gravement tous les acquis enregistrés, fruits de nos efforts.

C’est pourquoi nous invitons instamment toutes les composantes de la société ivoirienne à se retrouver autour d’une même table pour débattre de toutes les questions relatives à la sécurité, à la cherté de la vie, au chômage des jeunes, aux conditions de travail, à la situation salariale, etc.

A vous, nos gouvernants,

Nous vous remercions pour tout ce que vous faites pour le développement de notre pays, mais nous demandons qu’un effort de plus soit fait en vue de la redistribution des fruits de la croissance, d’une justice équitable et de la facilitation du retour des exilés, avec des garanties de sécurité pour tous. Nous vous exhortons à travailler sans relâche à la paix véritable par une réconciliation sincère de tous les fils et de toutes les filles de la Côte d’Ivoire.

Vous avez certes permis la libération de prisonniers et le retour au pays de plusieurs exilés, mais nous vous encourageons à faire davantage pour parvenir à la mise en liberté de tous les détenus des crises militaro-politiques qui se sont succédées dans notre pays.

A vous, nos compatriotes,

Nous comprenons et nous partageons  vos souffrances et vos angoisses. En effet, depuis de nombreuses années, vous espérez légitimement pour vous-mêmes et vos progénitures, une vie meilleure et vous ne voyez rien poindre à l’horizon. D’où le front social en ébullition.

Devant cet état de fait, nous vous demandons de ne pas céder à la tentation de la violence comme moyen de revendication, mais d’accueillir le dialogue dans la justice et la vérité comme voies de règlement des problèmes sociaux et économiques.  Ainsi vous pourrez offrir à la Côte d’Ivoire, la chance d’avancer sur le chemin de la prospérité pour tous.

Nous vos Pères Evêques, nous nous rendons disponibles pour accompagner ce processus de dialogue et de réconciliation et le soutenir dans la prière.

A vous chers fils et filles en Christ,

Comme vous le savez, Dieu est le principe de toute paix et de toute réconciliation.

Nous vous recommandons d’observer avec nous, trois jours de jeûne et de prière à partir du mercredi 25 janvier pour la paix sociale. Une messe sera célébrée le Dimanche 29 janvier 2017 dans toutes nos paroisses, à l’issue de ce triduum de jeûne et de prière.

Puisse la Vierge Marie, Notre Dame de la Paix, accorder la grâce de la paix à notre pays.

 

Fait à Katiola, le 22 janvier 2017.

Vos Pères Archevêques et Evêques de Côte d’Ivoire.

 

« La perle naît d’une blessure de l’huître », assure le pape

  « Lorsque Dieu touche le cœur d’un jeune, d’une jeune, ceux-ci deviennent capables d’actions vraiment grandioses », écrit le pape François dans son message aux jeunes du monde entier, à l’occasion de la 32e Journée mondiale de la jeunesse. Pour cet événement qui célébré au niveau diocésain le 9 avril 2017 – Dimanche des Rameaux – sur le thème “Le Puissant fit pour moi des merveilles” (Lc 1,49), le pape encourage les jeunes à « cultiver la louange, à ne pas (se) fixer uniquement sur les problèmes ». Et d’assurer : « Il n’y a pas de saint sans passé, ni de pécheur sans avenir. La perle naît d’une blessure de l’huître ! »

Dans son message, le pape médite sur la Visitation et le Magnificat de la Vierge Marie, « une prière révolutionnaire » qui « nous aide à comprendre la miséricorde du Seigneur comme moteur de l’histoire, aussi bien de l’histoire personnelle de chacun de nous que de l’humanité entière ». « Vous aussi, jeunes, assure le pape, vous pouvez faire de grandes choses, assumer de grandes responsabilités, si vous reconnaissez l’action miséricordieuse et toute puissante de Dieu dans votre vie ».

« Quand le Seigneur nous appelle, il ne s’arrête pas à ce que nous sommes ou à ce que nous avons fait, souligne le pape François. (…) Il regarde tout ce que nous pourrions faire, tout l’amour que nous sommes capables de libérer ». Mettant en garde contre le ‘‘reality show’’, il exhorte : « Soyez protagonistes de votre histoire, décidez de votre avenir ! »

« Beaucoup de personnes, note le pape au fil de son message, disent que vous les jeunes, vous êtes sans mémoire et superficiels. Je ne suis pas du tout d’accord ! ». Il formule des suggestions pour retrouver « la capacité de réfléchir sur sa propre vie et de la projeter vers l’avenir » : « à la fin de chaque journée, nous pouvons nous arrêter pendant quelques minutes pour nous rappeler les beaux moments, les défis, ce qui a bien marché et ce qui est allé de travers. Ainsi, devant Dieu et nous-mêmes, nous pouvons manifester les sentiments de gratitude, de repentir et de confiance, si vous le voulez, en les écrivant dans un carnet, une espèce de journal spirituel ».

« L’expérience authentique de l’Église n’est pas comme un flashmob, où on se donne rendez-vous, où se réalise une performance et puis chacun va son chemin. L’Église porte en elle une longue tradition, qui se transmet de génération en génération », explique encore le pape. La rencontre « entre les jeunes et les personnes âgées » est une richesse, affirme-t-il : « vous avez besoin de la sagesse et de la vision des personnes âgées ».

AK

 

Message du pape François

«Le Puissant fit pour moi des merveilles» (Lc 1, 49)

Chers jeunes,

Nous voici de nouveau en chemin après notre merveilleuse rencontre à Cracovie, où nous avons célébré les XXXIèmes Journées Mondiales de la Jeunesse et le Jubilé des jeunes, dans le cadre de l’Année Sainte de la Miséricorde. Nous nous sommes laissés guider par saint Jean-Paul II et par sainte Faustine Kowalska, apôtres de la miséricorde divine, pour donner une réponse concrète aux défis de notre temps. Nous avons vécu une forte expérience de fraternité et de joie, et nous avons donné au monde un signe d’espérance; les divers drapeaux et langues n’étaient pas un motif de conflit et de division, mais une occasion afin d’ouvrir les portes des cœurs, de construire des ponts.

Au terme des Journées Mondiales de Cracovie, j’ai indiqué la prochaine destination de notre pèlerinage qui, par la grâce de Dieu, nous conduira au Panama en 2019. La Vierge Marie nous accompagnera sur ce chemin, elle que toutes les générations disent bienheureuse (cf. Lc 1, 48). Le nouveau tronçon de notre itinéraire se relie au précédent, qui était centré sur les Béatitudes, mais nous pousse à aller de l’avant. J’ai en effet à cœur que vous les jeunes vous puissiez marcher non seulement en faisant mémoire du passé, mais en ayant également le courage dans le présent et l’espérance pour l’avenir. Ces attitudes, toujours vivantes dans la jeune Femme de Nazareth, sont exprimées clairement dans les thèmes choisis pour les trois prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse. Cette année (2017), nous réfléchirons sur la foi de Marie lorsqu’elle a déclaré dans le Magnificat: «Le Puissant fit pour moi des merveilles» (Lc 1, 49). Le thème de l’année prochaine (2018) – «Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu» (Lc 1, 30) – nous fera méditer sur la charité pleine de courage avec laquelle la Vierge a accueilli l’annonce de l’ange. Les Journées Mondiales de la Jeunesse 2019 s’inspireront des paroles «Voici la servante du Seigneur; que tout m’advienne selon ta parole» (Lc 1, 30), réponse de Marie à l’ange, pleine d’espérance.

En octobre 2018, l’Église célèbrera le Synode des Évêques sur le thème: «Les jeunes, la foi et le discernement des vocations». Nous nous interrogerons sur la manière dont vous les jeunes, vous vivez l’expérience de la foi au milieu des défis de notre temps. Et nous affronterons aussi la question de la façon dont vous pourrez faire mûrir un projet de vie, en discernant votre vocation, entendue au sens large, c’est-à-dire au mariage, dans l’environnement laïc et professionnel, ou à la vie consacrée et au sacerdoce. Je voudrais qu’il y ait une grande syntonie entre le parcours vers les Journées Mondiales de la Jeunesse du Panama et le cheminement synodal.

Notre temps n’a pas besoin de ‘‘jeunes-divan’’
Selon l’Évangile de Luc, après avoir accueilli l’annonce de l’ange et après avoir dit son ‘‘oui’’ à l’appel à devenir mère du Sauveur, Marie se lève et va en toute hâte visiter sa cousine Elisabeth, qui est à son sixième mois de grossesse (cf. 1, 36.39). Marie est très jeune; ce qui lui a été annoncé est un don immense, mais comporte aussi des défis très grands; le Seigneur l’a assurée de sa présence et de son soutien, mais beaucoup de choses demeurent encore obscures dans son esprit et dans son cœur. Pourtant Marie ne s’enferme pas chez elle, elle ne se laisse pas paralyser par la peur ou par l’orgueil. Marie n’est pas le genre de personne qui, pour être à l’aise, a besoin d’un bon divan où se sentir bien installée et à l’abri. Elle n’est pas une jeune-divan ! (cf. Discours à l’occasion de la Veillée, Cracovie, 30 juillet 2016). Si sa cousine âgée a besoin d’une aide, elle ne tarde pas et se met immédiatement en route.

Le chemin pour rejoindre la maison d’Elisabeth est long: 150 kilomètres environ. Mais la jeune de Nazareth, poussée par l’Esprit Saint, ne connaît pas d’obstacles. Sûrement, les journées de marche l’ont aidée à méditer sur l’événement merveilleux dans lequel elle était impliquée. Il en est de même avec nous également lorsque nous nous mettons en pèlerinage: au long du chemin, nous reviennent à l’esprit les faits de la vie, et nous pouvons en mûrir le sens et approfondir notre vocation, révélée ensuite dans la rencontre avec Dieu et dans le service des autres.

Le Puissant fit pour moi des merveilles
La rencontre entre les deux femmes, l’une jeune et l’autre âgée, est pleine de la présence de l’Esprit Saint, et chargée de joie ainsi que d’émerveillement (cf. Lc 1, 40-45). Les deux mamans, tout comme les enfants qu’elles portent dans leur sein, dansent presque de joie. Elisabeth , touchée par la foi de Marie, s’exclame: «Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur» (v. 45). Oui, l’un des grands dons que la Vierge a reçu est celui de la foi. Croire en Dieu est un don inestimable, mais qui demande aussi à être reçu; et Elisabeth bénit Marie pour cela. À son tour, elle répond par le chant du Magnificat (cf. Lc 1, 46-55), où nous trouvons l’expression: «Le Puissant fit pour moi des merveilles» (v. 49).

C’est une prière révolutionnaire, celle de Marie, le chant d’une jeune pleine de foi, consciente de ses limites mais confiante en la miséricorde divine. Cette petite femme courageuse rend grâce à Dieu parce qu’il a regardé sa petitesse et pour l’œuvre de salut qu’il a accomplie en faveur de son peuple, des pauvres et des humbles. La foi est le cœur de toute l’histoire de Marie. Son cantique nous aide à comprendre la miséricorde du Seigneur comme moteur de l’histoire, aussi bien de l’histoire personnelle de chacun de nous que de l’humanité entière.

Lorsque Dieu touche le cœur d’un jeune, d’une jeune, ceux-ci deviennent capables d’actions vraiment grandioses. Les ‘‘merveilles’’ que le Puissant a faites dans l’existence de Marie nous parlent aussi de notre voyage dans la vie, qui n’est pas un vagabondage sans signification, mais un pèlerinage qui, même avec toutes ses incertitudes et ses souffrances, peut trouver en Dieu sa plénitude (cf. Angelus, 15 août 2015). Vous me direz: ‘‘Père, mais je suis très limité, je suis pécheur, que puis-je faire?’’. Quand le Seigneur nous appelle, il ne s’arrête pas à ce que nous sommes ou à ce que nous avons fait. Au contraire, au moment où il nous appelle, il regarde tout ce que nous pourrions faire, tout l’amour que nous sommes capables de libérer. Comme la jeune Marie, vous pouvez faire en sorte que votre vie devienne un instrument pour améliorer le monde. Jésus vous appelle à laisser votre empreinte dans la vie, une empreinte qui marque l’histoire, votre histoire et l’histoire de beaucoup (cf. Discours à l’occasion de la veillée, Cracovie 30 juillet 2016).

Être des jeunes ne veut pas dire être déconnectés du passé
Marie a à peine dépassé l’âge de l’adolescence, comme beaucoup d’entre vous. Pourtant, dans le Magnificat, elle prête une voix de louange à son peuple, à son histoire. Cela nous montre qu’être jeune ne veut pas dire être déconnecté du passé. Notre histoire personnelle s’insère dans une longue suite, dans un cheminement communautaire qui nous a précédés dans les siècles. Comme Marie, nous appartenons à un peuple. Et l’histoire de l’Église nous enseigne que, même lorsqu’elle doit traverser des mers agitées, la main de Dieu la guide, lui fait surmonter des moments difficiles. L’expérience authentique de l’Église n’est pas comme un flashmob, où on se donne rendez-vous, se réalise une performance et puis chacun va son chemin. L’Église porte en elle une longue tradition, qui se transmet de génération en génération, en s’enrichissant en même temps de l’expérience de chacun. Votre histoire a aussi sa place dans l’histoire de l’Église.

Faire mémoire du passé sert également à accueillir les interventions inédites que Dieu veut réaliser en nous et à travers nous. Et cela nous invite à nous ouvrir pour être choisis comme ses instruments, collaborateurs de ses projets de salut. Vous aussi, jeunes, vous pouvez faire de grandes choses, assumer de grandes responsabilités, si vous reconnaissez l’action miséricordieuse et toute puissante de Dieu dans votre vie.

Je voudrais vous poser quelques questions: comment ‘‘sauvez-vous’’ dans votre mémoire les événements, les expériences de votre vie? Comment traitez-vous les faits et les images imprimés dans vos souvenirs? Certains, particulièrement blessés par les circonstances de la vie, auraient envie de ‘‘reconfigurer’’ leur passé, de se servir du droit à l’oubli. Mais je voudrais vous rappeler qu’il n’y a pas de saint sans passé, ni de pécheur sans avenir. La perle naît d’une blessure de l’huître! Jésus, par son amour, peut guérir nos cœurs, en transformant nos blessures en d’authentiques perles. Comme disait saint Paul, le Seigneur peut manifester sa force à travers nos faiblesses (cf. 2 Co 12, 9).

Cependant, nos souvenirs ne doivent pas demeurer tous entassés, comme dans la mémoire d’un disque dur. Et il n’est pas possible d’archiver tout dans un ‘‘nuage’’ virtuel. Il faut apprendre à faire de manière à ce que les faits du passé deviennent une réalité dynamique, sur laquelle réfléchir et dont tirer un enseignement et un sens pour notre présent et notre avenir. Découvrir le fil rouge de l’amour de Dieu qui relie toute notre existence est une tâche ardue, mais nécessaire.

Beaucoup de personnes disent que vous les jeunes, vous êtes sans mémoire et superficiels. Je ne suis pas du tout d’accord! Il faut cependant reconnaître que ces temps-ci il est nécessaire de récupérer la capacité de réfléchir sur sa propre vie et de la projeter vers l’avenir. Avoir un passé, ce n’est pas la même chose que d’avoir une histoire. Dans notre vie, nous pouvons avoir de nombreux souvenirs, mais combien de souvenirs construisent vraiment notre mémoire? Combien sont significatifs pour nos cœurs et aident à donner un sens à notre existence? Les visages des jeunes, dans les ‘‘social’’, apparaissent dans de nombreuses photographies qui relatent des événements plus ou moins réels, mais nous ne savons pas dans tout cela ce qui est une ‘‘histoire’’, une expérience qui puisse être racontée, ayant un objectif et un sens. Les programmes de télévision sont remplis de ce qu’on appelle ‘‘reality show’’, mais ils ne sont pas des histoires réelles, ce ne sont que des minutes qui s’écoulent devant un écran, durant lesquelles les personnages vivent au jour le jour, sans un projet. Ne vous laissez pas égarer par cette fausse image de la réalité! Soyez protagonistes de votre histoire, décidez de votre avenir!

Comment rester connecté, en suivant l’exemple de Marie
On dit de Marie qu’elle gardait toutes les choses en les méditant dans son cœur (cf. Lc 2, 19.51). Cette humble jeune fille de Nazareth nous enseigne par son exemple à conserver la mémoire des événements de la vie, mais aussi à les assembler, en reconstruisant l’unité des fragments, qui ensemble peuvent composer une mosaïque. Comment pouvons-nous nous exercer concrètement en ce sens? Je vous fais quelques suggestions.

À la fin de chaque journée, nous pouvons nous arrêter pendant quelques minutes pour nous rappeler les beaux moments, les défis, ce qui a bien marché et ce qui est allé de travers. Ainsi, devant Dieu et nous-mêmes, nous pouvons manifester les sentiments de gratitude, de repentir et de confiance, si vous le voulez, en les écrivant dans un carnet, une espèce de journal spirituel. Cela signifie prier dans la vie, avec la vie et sur la vie, et sûrement cela vous aidera à percevoir mieux les merveilles que le Seigneur fait pour chacun d’entre vous. Comme disait saint Augustin, nous pouvons trouver Dieu dans les vastes champs de notre mémoire (cf. Les confessions, Livre X, 8, 12).

En lisant le Magnificat, nous voyons combien Marie connaissait la Parole de Dieu. Chaque verset de ce cantique a son parallèle dans l’Ancien Testament. La jeune mère de Jésus connaissait bien les prières de son peuple. Sûrement, ses parents, ses grands-parents les lui ont enseignées. Combien la transmission de la foi d’une génération à l’autre est importante! Il y a un trésor caché dans les prières que nous enseignent nos anciens, dans cette spiritualité vécue dans la culture des humbles que nous appelons piété populaire. Marie recueille le patrimoine de foi de son peuple et le recompose dans un chant complètement sien, mais qui est en même temps un chant de l’Église entière. Et toute l’Église le chante avec elle. Pour que, vous aussi jeunes, vous puissiez chanter un Magnificat complètement vôtre et faire de votre vie un don à l’humanité entière, il est fondamental de vous relier à la tradition historique et à la prière de ceux qui vous ont précédés. D’où l’importance de bien connaître la Bible, la Parole de Dieu, de la lire chaque jour en la confrontant avec votre vie, en lisant les événements quotidiens à la lumière de ce que le Seigneur vous dit dans les Saintes Écritures. Dans la prière et dans la lecture priante de la Bible (ce qu’on appelle la lectio divina), Jésus réchauffera vos cœurs, éclairera vos pas, également dans les moments sombres de votre existence (cf. Lc 24, 13-35).

Marie nous enseigne aussi à vivre dans une attitude eucharistique, c’est-à-dire à rendre grâce, à cultiver la louange, à ne pas nous fixer uniquement sur les problèmes et sur les difficultés. Dans la dynamique de la vie, les supplications d’aujourd’hui deviendront des motifs d’action de grâce de demain. Ainsi, votre participation à la Sainte Messe et les moments où vous célébrez le sacrement de la Réconciliation seront en même temps sommet et point de départ: vos vies se renouvelleront chaque jour dans le pardon, en devenant une louange permanente au Tout-Puissant: «Fiez-vous au souvenir de Dieu: […] sa mémoire est un cœur tendre de compassion, qui se plaît à effacer définitivement toutes nos traces de mal.» (Homélie lors de la Sainte Messe des Journées Mondiales de la Jeunesse, Cracovie, 31 juillet 2016).

Nous avons vu que le Magnificat jaillit du cœur de Marie au moment où elle rencontre Elisabeth, sa cousine âgée. Celle-ci, par sa foi, par son regard avisé et par ses paroles, aide la Vierge à mieux comprendre la grandeur de l’action de Dieu en elle, de la mission qu’il lui a confiée. Et vous, vous rendez-vous compte de la source extraordinaire de richesse qu’est la rencontre entre les jeunes et les personnes âgées? Quelle importance accordez-vous aux personnes âgées, à vos grands-parents? Justement, vous aspirez à ‘‘prendre l’envol’’, vous portez dans vos cœurs de nombreux rêves, mais vous avez besoin de la sagesse et de la vision des personnes âgées. Tandis que vous ouvrez vos ailes au vent, il est important que vous découvriez vos racines et que vous recueilliez le témoignage des personnes qui vous ont précédés. Pour construire un avenir qui ait du sens, il faut connaître les événements passés et prendre position face à eux (cf. Exhort. ap. postsyn. Amoris laetitia, nn. 191.193). Vous, jeunes, vous avez la force, les personnes âgées ont la mémoire et la sagesse. Comme Marie face à Elisabeth, dirigez votre regard vers les personnes âgées, vers vos grands-parents. Ils vous diront des choses qui passionneront votre esprit et toucheront votre cœur.

Fidélité créatrice pour construire des temps nouveaux
Certes, vous avez peu d’années sur vos épaules et pour cela il peut vous sembler difficile d’accorder la valeur due à la tradition. Ayez bien présent à l’esprit que cela ne veut pas dire être traditionaliste. Non! Quand Marie, dans l’Évangile, dit «le Puissant fit pour moi des merveilles», elle entend que ces ‘‘merveilles’’ ne sont pas finies, mais continuent à se réaliser dans le présent. Il ne s’agit pas d’un passé lointain. Savoir faire mémoire du passé ne signifie pas être nostalgique ou rester attaché à une période déterminée de l’histoire, mais savoir reconnaître ses propres origines, pour retourner toujours à l’essentiel et se lancer avec une fidélité créatrice dans la construction des temps nouveaux. Ce serait un malheur et cela ne servirait à personne de cultiver une mémoire paralysante, qui fait faire toujours les mêmes choses de la même manière. C’est un don du ciel de pouvoir voir que beaucoup d’entre vous, avec vos interrogations, rêves et questions, s’opposent à ceux qui disent que les choses ne peuvent pas être différentes.

Une société qui ne valorise que le présent tend aussi à dévaluer tout ce qui est hérité du passé, comme par exemple les institutions du mariage, de la vie consacrée, de la mission sacerdotale. Celles-ci finissent par être vues comme dénuées de sens, comme des modèles dépassés. On pense vivre mieux dans des situations dites ‘‘ouvertes’’, en se comportant dans la vie comme dans un reality show, sans objectif et sans but. Ne vous laissez pas tromper! Dieu est venu élargir les horizons de notre vie, dans toutes les directions. Il nous aide à accorder la valeur due au passé, pour mieux projeter un avenir de bonheur: mais cela n’est possible que si l’on vit d’authentiques expériences d’amour, qui se concrétisent dans la découverte de l’appel du Seigneur et dans l’adhésion à cet appel. Et c’est l’unique chose qui nous rend vraiment heureux.

Chers jeunes, je confie votre cheminement vers Panama, ainsi que l’itinéraire de préparation du prochain Synode des Évêques, à la maternelle intercession de la Bienheureuse Vierge Marie. Je vous invite à vous souvenir de deux événements importants de 2017: les trois cents ans de la redécouverte de l’image de la Vierge Aparecida, au Brésil; et le centenaire des apparitions de Fatima, au Portugal, où, par la grâce de Dieu, je me rendrai, en tant que pèlerin, en mai prochain. Saint Martin de Porres, l’un des saints patrons de l’Amérique Latine et des Journées Mondiales de la Jeunesse 2019, dans son humble service quotidien, avait l’habitude d’offrir les meilleures fleurs à Marie, comme signe de son amour filial. Cultivez, vous aussi, comme lui, une relation de familiarité et d’amitié avec la Vierge, en lui confiant vos joies, vos inquiétudes et vos préoccupations. Je vous assure que vous ne le regretterez pas.

Que la jeune de Nazareth, qui dans le monde entier a pris mille visages et noms pour se rendre proche de ses enfants, intercède pour chacun de nous et nous aide à chanter les merveilles que le Seigneur accomplit en nous et par nous.

Du Vatican, 27 février 2017
Mémoire de Saint Gabriel de l’Addolorata

FRANÇOIS

 

 

 

COMMUNIQUE FINAL DE LA 105ème ASSEMBLEE PLENIERE DE LA CONFERENCE DES EVÊQUES CATHOLIQUES DE CÔTE D’IVOIRE

 

1. La 105ème Assemblée Plénière de la Conférence des Evêques Catholiques de Côte d’Ivoire s’est tenue du 16 au 22 janvier 2017 à Katiola, dans la  province ecclésiastique de Korhogo avec pour thème : « L'importance de la Catéchèse dans la mission de l'Eglise en Côte d'Ivoire ».

2. La cérémonie d’ouverture a eu lieu le mardi 17 janvier 2017 à 9 heures, à la paroisse Cathédrale sainte Jeanne-d'Arc, en présence des autorités administratives, civiles, politiques, militaires, coutumières et religieuses. On notait la présence de nombreux prêtres, de religieux et religieuses et de nombreux fidèles laïcs.

3. Après la prière d'introduction dite par Monseigneur Jean Salomon LEZOUTIE, Evêque de Yopougon, le Révérend père Renaud TOURE a introduit la cérémonie d'ouverture en procédant à la présentation de la Conférence des Evêques Catholiques dans ses fondements, ses structures, son fonctionnement et ses membres.

4. Le premier intervenant, Monsieur Thomas CAMARA, maire de la ville de Katiola, a exprimé la joie et la fierté des populations d'accueillir les évêques. Il s'est surtout dit heureux du thème de cette Assemblée Plénière consacrée à l'importance de la Catéchèse dans la vie de l'Eglise, dans la mesure où la catéchèse soutient et oriente la vie en société selon les valeurs évangéliques. En terminant son allocution, monsieur le Maire a souhaité que l'Esprit Saint féconde les travaux de cette Assemblée Plénière afin qu'elle produise de bons fruits pour l'édification d'une Eglise plus unie, plus forte et plus rayonnante.

5. Le second intervenant, le Révérend Père Félix Gninnantchinni COULIBALY, Vicaire Général, a souhaité, au nom de son Excellence Monseigneur Ignace BESSI, la bienvenue aux Archevêques et Evêques de Côte d'Ivoire. Il leur a souhaité de fécondes réflexions afin que les fruits de leurs travaux renforcent le dynamisme de l'évangélisation en Côte d'Ivoire.

6. Monsieur Gilbert GUEU GBAGBEU, Secrétaire Général 1, représentant le Préfet de Katiola, Préfet de Région du Hambol, a exprimé, à son tour, sa joie de voir tous les évêques de Côte d'Ivoire dans leur département. Selon lui la présence des Evêques est signe de la volonté du Seigneur d'accompagner les populations de leur région, à travailler au renforcement de l'unité entre elles afin de promouvoir la cohésion sociale. Convaincu de l'importance de l'action des religieux au cœur de la société, il s'est dit plein d'espérance quant à l'apport de la présente Assemblée pour relever le défis de la réconciliation nationale.

7. Pour clore la série des allocutions, Monseigneur Alexis TOUABLI YOULO, Président de la CECCI, a exprimé sa gratitude au diocèse de Katiola pour la mobilisation et l'accueil chaleureux des populations, avant de procéder à l'ouverture des travaux.

8. Au terme de la première journée de travail, une messe solennelle d’ouverture a été célébrée à 18 h 30, à la paroisse Notre Dame de l'Annonciation de Konankaha.

9. Les Evêques ont abordé plusieurs sujets concernant la vie de l’Eglise Catholique en Côte d’Ivoire. La réorganisation de la catéchèse étant le thème principal, les Evêques ont décidé de la publication très prochaine d'une lettre pastorale sur l'importance de la catéchèse dans la mission de l'Eglise Catholique en Côte d'Ivoire. Dans l'attente de la publication de cette lettre pastorale, ils exhortent les prêtres et les animateurs de catéchèse à accorder la plus grande place à la lecture et à l'étude de la Bible dans la formation des catéchumènes afin de familiariser les futurs baptisés avec la Parole de Dieu.  

Les Evêques recommandent vivement aux ministres ordonnés (prêtres, diacres) de s'impliquer davantage dans l'enseignement de la catéchèse.

Par ailleurs, L'Enseignement Catholique, les medias Catholiques, l'organisation des pèlerinages Catholiques et la péréquation nationale au niveau des honoraires de messe ont également fait l'objet des échanges au cours de ces travaux.

10. Les Evêques ont saisi l'occasion de cette Assemblée Plénière pour analyser la situation socio-politique actuelle de notre pays.

Ils encouragent toutes les parties à persévérer dans la voie du dialogue, d'un dialogue basé sur la justice et la vérité, et à rechercher résolument ensemble des solutions aux problèmes actuels de notre pays.

 11. Les Evêques saluent la réorganisation de l'Association des Cadres Catholiques de Côte d'Ivoire et invitent ses membres à reprendre courageusement leurs activités afin d'apporter leur pierre à l'édification d'un laïcat fort et engagé.

12. Les Evêques ont mis à profit l'après-midi du samedi pour visiter le séminaire de propédeutique Notre Dame de la Présentation de Katiola.

13. Au terme de cette Assemblée Plénière, les Archevêques et  Evêques de Côte d’Ivoire expriment leur profonde gratitude au diocèse de Katiola et à son pasteur, son Excellence Monseigneur Ignace BESSI DOGBO.

14. Ils réitèrent leurs remerciements aux curés des paroisses sainte Jeanne-d'Arc, Notre Dame de l'Annonciation et saint Albert le Grand, à l’ensemble des prêtres, des religieuses et des fidèles laïcs pour leur présence massive et leurs prières ferventes.

15. La reconnaissance des Evêques va aussi à l’endroit des autorités administratives, politiques, militaires, traditionnelles et religieuses de Katiola.

16. Ils expriment également leur gratitude, à la Gendarmerie, à la Police Nationale, aux personnels du CHR de Katiola ainsi qu'aux différents organes de presse pour leur disponibilité et leur grande vigilance durant leur séjour.

17. Les Evêques remercient spécialement, le Général Gaston OUASSENAN KONE et son épouse pour leur disponibilité et leur délicate attention à leur endroit durant leur séjour.

18. Les Archevêques et Evêques de Côte d’Ivoire ont clos leurs travaux par une messe solennelle d’action de grâce, célébrée le dimanche 22 janvier 2017 à 9 heures en la paroisse Cathédrale sainte Jeanne-d'Arc de Katiola.

19. La prochaine Assemblée Plénière se tiendra du 13 au 17 Mars 2017 à Yamoussoukro, dans la province ecclésiastique de Bouaké.                                                                                                              

                                                 Fait à Katiola, le 22 janvier 2017

 

                      Vos Pères les Archevêques et Evêques de Côte d’Ivoire