Un « antidote » à « l’usage impropre et abusif de la terre et de la création »

Le « meilleur antidote » à « l’usage impropre et abusif de la terre et de la création » c’est « la contemplation », affirme le pape François qui invite à être « contemplatif dans l’action.

Contempler, a expliqué le pape, c’est « aller au-delà de l’utilité d’une chose », c’est découvrir « la valeur intrinsèque que Dieu » lui a conférée ; c’est aussi regarder la terre, les créatures comme « un don » et non « comme quelque chose à exploiter pour le profit ». Si prendre soin de l’autre est une « règle d’or « de notre condition d’êtres humains, il faut également, a-t-il dit, « prendre soin de la maison commune qui nous accueille »

Il a dénoncé un « anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux » : « Nous croyons être au centre en prétendant occuper la place de Dieu et nous détruisons ainsi l’harmonie de la création, l’harmonie du dessein de Dieu », a-t-il mis en garde.

Le pape a invité à « s’arrêter pour admirer et pour apprécier ce qui est beau ». « Celui qui ne sait pas contempler la nature, la création, ne sait pas contempler les personnes dans leur richesse », a-t-il déclaré.

« Et celui qui vit pour exploiter la nature, finit par exploiter les personnes et les traiter comme des esclaves. C’est une loi universelle ». En revanche, celui qui sait contempler « tend à devenir un gardien de l’environnement ». Et c’est à la portée de « chacun de nous », a conclu le pape.

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Pour sortir d’une pandémie, il est nécessaire de se soigner et de nous soigner mutuellement. Et il faut soutenir ceux qui prennent soin des plus faibles, des malades et des personnes âgées. On a l’habitude de laisser de côté les personnes âgées, de les abandonner : cela n’est pas bien. Ces personnes – bien définies par le terme espagnol cuidadores, ceux qui prennent soin des malades – exercent un rôle essentiel dans la société d’aujourd’hui, même si souvent elles ne reçoivent pas la reconnaissance et la rémunération qu’elles méritent.

Prendre soin de l’autre c’est une règle d’or de notre condition d’êtres humains, et cela apporte en soi la santé et l’espérance (cf.  Enc. Laudato si’ [LS], n. 70). Prendre soin de celui qui est malade, de celui qui en a besoin, de celui qui est laissé de côté : c’est une richesse humaine et également chrétienne.

Ce soin, nous devons également l’apporter à notre maison commune : à la terre et à toutes les créatures. Toutes les formes de vie sont liées (cf. ibid., nn. 137-138), et notre santé dépend des écosystèmes que Dieu a créés et dont il nous a chargés de prendre soin (cf. Gn 2, 15). En abuser, en revanche, est un grave péché qui crée des dommages, qui fait mal et qui rend malade (cf. LS, n. 8 ; n. 66).

Le meilleur antidote contre cet usage impropre de notre maison commune est la contemplation (cf. ibid., n. 85214). Mais comment cela se fait-il ? N’y a-t-il pas un vaccin pour cela, pour le soin de la maison commune, pour ne pas la laisser de côté ? Quel est l’antidote contre la maladie de ne pas prendre soin de la maison commune ? C’est la contemplation. « Quand on n’apprend pas à s’arrêter pour admirer et pour apprécier ce qui est beau, il n’est pas étonnant que tout se transforme en objet dont on use et abuse sans scrupule » (ibid., n. 215). Et même en objet jetable.

Toutefois, notre maison commune, la création, n’est pas une simple « ressource ». Les créatures ont une valeur en elles-mêmes et « reflètent, chacune à sa façon, un rayon de la sagesse et de la bonté infinies de Dieu » (Catéchisme de l’Eglise catholique, n. 339). Cette valeur, ce rayon de lumière divine doit être découvert et, pour le découvrir, nous avons besoin de rester en silence, nous avons besoin d’écouter, nous avons besoin de contempler. La contemplation aussi guérit l’âme.

Sans contemplation, il est facile de tomber dans un anthropocentrisme déséquilibré et orgueilleux, le « moi » au centre de tout, qui « surdimensionne » notre rôle d’êtres humains, en nous posant en dominateurs absolus de toutes les autres créatures. Une interprétation déformée des textes bibliques sur la création a contribué à cette vision erronée, qui conduit à exploiter la terre jusqu’à l’étouffer. Exploiter la création : voilà quel est le péché.

Nous croyons être au centre, en prétendant occuper la place de Dieu et nous détruisons ainsi l’harmonie de la création, l’harmonie du dessein de Dieu. Nous devenons des prédateurs, nous oublions notre vocation de gardiens de la vie. Certes, nous pouvons et nous devons travailler la terre pour vivre et nous développer. Mais le travail n’est pas synonyme d’exploitation, et il est toujours accompagné par les soins : labourer et protéger, travailler et prendre soin… Telle est notre mission (cf. Gn 2, 15).

Nous ne pouvons pas prétendre continuer à nous développer sur le plan matériel, sans prendre soin de la maison commune qui nous accueille. Nos frères plus pauvres et notre mère la terre gémissent à cause des dommages et de l’injustice que nous avons provoqués et ils réclament une nouvelle voie. Ils réclament de nous une conversion, un changement de cap : prendre soin également de la terre, de la création.

Il est donc important de retrouver cette dimension contemplative, c’est-à-dire de regarder la terre, la création comme un don, pas comme quelque chose à exploiter pour le profit. Quand nous contemplons, nous découvrons chez les autres et dans la nature quelque chose de beaucoup plus grand que leur utilité. Le cœur du problème est là : contempler, c’est aller au-delà de l’utilité d’une chose. Contempler ce qui est beau ne veut pas dire l’exploiter : la contemplation est gratuité. Nous découvrons la valeur intrinsèque que Dieu a conférée aux choses.

Comme l’ont enseigné de nombreux maîtres spirituels, le ciel, la terre et la mer, toutes les créatures possèdent cette capacité iconique, cette capacité mystique de nous reconduire au Créateur et à la communion avec la création. Par exemple, saint Ignace de Loyola, à la fin de ses exercices spirituels, invite à la « contemplation pour parvenir à l’amour », c’est-à-dire à considérer comment Dieu regarde ses créatures et à se réjouir avec elles ; à découvrir la présence de Dieu dans ses créatures et, avec liberté et grâce, les aimer et en prendre soin.

La contemplation, qui nous conduit à une attitude de soin, ne consiste pas à regarder la nature de l’extérieur, comme si nous n’y étions pas plongés. Mais nous sommes à l’intérieur de la nature, nous faisons partie de la nature.

Elle se fait plutôt à partir de l’intérieur, en nous reconnaissant comme une partie de la création, en devenant des protagonistes et non de simples observateurs d’une réalité amorphe qui s’agirait seulement d’exploiter. Celui qui contemple de cette manière éprouve de l’émerveillement non seulement pour ce qu’il voit, mais également parce qu’il sent qu’il fait partie intégrante de cette beauté ; et il se sent également appelé à la préserver, à la protéger.

Et il y a une chose que nous ne devons pas oublier : celui qui ne sait pas contempler la nature, la création, ne sait pas contempler les personnes dans leur richesse. Et celui qui vit pour exploiter la nature, finit par exploiter les personnes et les traiter comme des esclaves. C’est une loi universelle : si tu ne sais pas contempler la nature, il te sera très difficile de savoir contempler les gens, la beauté des personnes, ton frère, ta sœur.

Celui qui sait contempler se mettra plus facilement au travail pour changer ce qui cause la dégradation et des dommages à la santé. Il s’engagera à éduquer et à promouvoir de nouvelles habitudes de production et de consommation, à contribuer à un nouveau modèle de croissance économique qui garantisse le respect de la maison commune et le respect des personnes. Le contemplatif en action tend à devenir un gardien de l’environnement : c’est beau ! Chacun de nous doit être le gardien de l’environnement, de la pureté de l’environnement, en cherchant à conjuguer les savoirs ancestraux de cultures millénaires avec les nouvelles connaissances techniques, afin que notre style de vie soit toujours durable.

Enfin, Contempler et prendre soin : voilà deux attitudes qui montrent la voie pour corriger et rééquilibrer notre relation d’êtres humains avec la création. Très souvent, notre relation avec la création semble être une relation entre ennemis : détruire la création à mon avantage ; exploiter la création à mon avantage. N’oublions pas que cela se paye cher ; n’oublions pas ce dicton espagnol : « Dieu pardonne toujours ; nous pardonnons parfois ; la nature ne pardonne jamais ».

Aujourd’hui, j’ai lu dans le journal une nouvelle sur ces deux grands glaciers de l’Antarctique, près de la Mer d’Amundsen : ils vont tomber. Ce sera terrible, parce que le niveau de la mer montera et cela provoquera de nombreuses, nombreuses difficultés et beaucoup de dommages.

Et pourquoi ? A cause du réchauffement, du manque de soin de l’environnement, du manque de soin de la maison commune. En revanche, si nous avons cette relation – je me permets le mot – « fraternelle » au sens figuré, avec la création, nous deviendrons les gardiens de la maison commune, les gardiens de la vie et les gardiens de l’espérance, nous sauvegarderons le patrimoine que Dieu nous a confié afin que les générations futures puissent en bénéficier.

Et certains diront : « Mais moi, je m’en tire bien comme ça ». Mais le problème n’est pas comment tu t’en tires aujourd’hui – c’était ce que disait un théologien allemand, protestant, compétent : Bonhoeffer – le problème n’est pas comment tu t’en tires toi, aujourd’hui ; le problème est : quel sera l’héritage, la vie de la génération future ? Pensons à nos enfants, à nos petits-enfants : que leur laisserons-nous si nous exploitons la création ? Sauvegardons ce chemin, ainsi nous deviendrons des « gardiens » de la maison commune, des gardiens de la vie et de l’espérance.

Sauvegardons le patrimoine que Dieu nous a confié, afin que les générations futures puissent en profiter. Je pense particulièrement aux peuples autochtones, envers lesquels nous avons tous une dette de reconnaissance – et même de pénitence, pour réparer tout le mal que nous leur avons fait. Mais je pense également à ces mouvements, associations, groupes populaires, qui s’engagent pour protéger leur territoire avec ses valeurs naturelles et culturelles. Ces réalités sociales ne sont pas toujours appréciées, on leur fait même parfois obstacle, parce qu’elles ne produisent pas d’argent ; mais en réalité, elles contribuent à une révolution pacifique, nous pourrions l’appeler la « révolution du soin ».

Contempler pour prendre soin, contempler pour sauvegarder, nous sauvegarder, ainsi que la création, nos enfants, nos petits-enfants et sauvegarder l’avenir. Contempler pour prendre soin et pour sauvegarder et pour laisser un héritage à la génération future.

Mais il ne faut pas déléguer à certaines personnes ce qui est la tâche de chaque être humain. Chacun de nous peut et doit devenir un « gardien de la maison commune », capable de louer Dieu pour ses créatures, de contempler les créatures et de les protéger.