Il humanise et ‘fraternise’ tous les contextes

L’Esprit-Saint est « le chef d’orchestre qui fait jouer les partitions des louanges pour les “grandes œuvres” de Dieu », affirme le pape François. L’Esprit-Saint, poursuit-il, « est l’artisan de la communion, il est l’artiste de la réconciliation qui sait enlever les barrières entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, pour faire d’eux un seul corps. Il édifie la communauté des croyants en harmonisant l’unité du corps et la multiplicité des membres. Il fait grandir l’Église en l’aidant à aller au-delà des limites humaines, des péchés et de n’importe quel scandale ».

L’Esprit-Saint fait « irruption », une irruption « qui ne tolère pas ce qui est fermé » et qui « ouvre grand les portes ». Lui seul « a le pouvoir d’humaniser et de ‘fraterniser’ tous les contextes, à partir de ceux qui l’accueillent », a encore expliqué le pape avant de conclure : « Demandons au Seigneur de nous faire expérimenter une nouvelle Pentecôte qui dilate nos cœurs et accorde nos sentiments à ceux du Christ, de sorte que nous annoncions sans honte sa parole qui transforme et que nous témoignions de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’il rencontre ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Cinquante jours après Pâques, dans ce cénacle qui est désormais leur maison et où la présence de Marie, mère du Seigneur, est l’élément de cohésion, les apôtres vivent un événement qui dépasse leurs attentes. Réunis en prière – la prière est le « poumon » qui donne souffle aux disciples de tous les temps ; sans prière, on ne peut pas être disciple de Jésus ; sans prière, nous ne pouvons pas être chrétiens ! C’est l’air, c’est le poumon de la vie chrétienne –, ils sont surpris par l’irruption de Dieu. Il s’agit d’une irruption qui ne tolère pas ce qui est fermé : elle ouvre grand les portes par la force d’un vent qui rappelle la ‘ruah’, le souffle primordial, et accomplit la promesse de la « force » faite par le Ressuscité avant son départ (cf. Ac 1,8). Elle arrive à l’improviste, d’en-haut, « un bruit survint du ciel comme un violent coup de vent : la maison où ils étaient assis en fut remplie tout entière » (Ac 2,2).

Au vent, s’ajoute ensuite le feu qui rappelle le buisson ardent et le Sinaï avec le don des dix paroles (cf. Ex 19,16-19). Dans la tradition biblique, le feu accompagne la manifestation de Dieu. Dans le feu, Dieu confie sa parole vivante et énergique (cf. He 4,12), qui ouvre à l’avenir ; le feu exprime symboliquement son œuvre qui consiste à réchauffer, éclairer et sonder les cœurs, son soin à tester la résistance des œuvres humaines, à les purifier et à les revitaliser. Tandis qu’au Sinaï on entend la voix de Dieu, à Jérusalem, en la fête de la Pentecôte, c’est Pierre qui parle, le roc sur lequel le Christ a choisi d’édifier son Église. Sa parole, faible et capable même de renier le Seigneur, traversée par le feu de l’Esprit, acquiert une force, devient capable de transpercer les cœurs et de pousser à la conversion. En effet, Dieu choisit ce qui est faible dans le monde pour confondre les forts (1 Cor 1,27).

L’Église naît par conséquent du feu de l’amour et d’un « incendie » qui éclate à la Pentecôte et qui manifeste la force de la parole du Ressuscité pleine d’Esprit-Saint. L’Alliance nouvelle et définitive est fondée non plus sur une loi écrite sur des tables de pierre, mais sur l’action de l’Esprit de Dieu qui fait toutes choses nouvelles et qui se grave dans des cœurs de chair.

La parole des apôtres s’imprègne de l’Esprit du Ressuscité et devient une parole nouvelle, différente, mais que l’on peut comprendre, comme si elle était traduite simultanément dans toutes les langues : en effet, « chacun les entendait parler dans sa propre langue » (Ac 2,6). Il s’agit du langage de la vérité et de l’amour, qui est la langue universelle : même les analphabètes peuvent la comprendre. Le langage de la vérité et de l’amour, tout le monde le comprend. Si tu vas avec la vérité de ton cœur, avec la sincérité, et si tu vas avec amour, tout le monde te comprendra. Même si tu ne peux pas parler, mais avec une caresse, qui soit vraie et aimante.

L’Esprit-Saint non seulement se manifeste à travers une symphonie de sons qui unit et qui compose harmoniquement les différences mais il se présente comme le chef d’orchestre qui fait jouer les partitions des louanges pour les « grandes œuvres » de Dieu. L’Esprit-Saint est l’artisan de la communion, il est l’artiste de la réconciliation qui sait enlever les barrières entre juifs et grecs, entre esclaves et hommes libres, pour faire d’eux un seul corps. Il édifie la communauté des croyants en harmonisant l’unité du corps et la multiplicité des membres. Il fait grandir l’Église en l’aidant à aller au-delà des limites humaines, des péchés et de n’importe quel scandale.

La surprise est immense et certains se demandent si ces hommes sont ivres. Alors Pierre intervient au nom de tous les apôtres et relit cet événement à la lumière de Joël 3, où est annoncée une nouvelle effusion de l’Esprit-Saint. Les disciples de Jésus ne sont pas ivres, mais ils vivent ce que saint Ambroise définit comme « la sobre ivresse de l’Esprit », qui réalise au milieu du peuple de Dieu la prophétie à travers des songes et des visions. Ce don prophétique n’est pas seulement réservé à quelques-uns, mais à tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur.

Désormais, à partir de ce moment-là, l’Esprit de Dieu pousse les cœurs à accueillir le salut qui passe à travers une personne, Jésus-Christ, celui que les hommes ont cloué sur le bois de la croix et que Dieu a ressuscité des morts « en le délivrant des douleurs de la mort » (Ac 2,24). C’est lui qui a répandu cet Esprit qui orchestre la polyphonie de louanges et que tous peuvent entendre. Comme le disait Benoît XVI, « la Pentecôte est ceci : Jésus et, à travers lui, Dieu lui-même, vient à nous et nous attire en lui » (Homélie, 3 juin 2006). L’Esprit opère l’attraction divine : Dieu nous séduit par son amour et ainsi, il nous implique, pour faire avancer l’histoire et lancer des processus à travers lesquels filtre la vie nouvelle. Seul l’Esprit de Dieu, en effet, a le pouvoir d’humaniser et de ‘fraterniser’ tous les contextes, à partir de ceux qui l’accueillent.

Demandons au Seigneur de nous faire expérimenter une nouvelle Pentecôte qui dilate nos cœurs et accorde nos sentiments à ceux du Christ, de sorte que nous annoncions sans honte sa parole qui transforme et que nous témoignions de la puissance de l’amour qui appelle à la vie tout ce qu’il rencontre.