« Tu honoreras ton père et ta mère »

 « En vue de quelle œuvre Dieu m’a-t-il façonné à travers mon histoire ? » C’est la question que le pape François a invité à se poser. A ceux qui ont eu une histoire difficile, le pape recommande de se demander : « Comment mon expérience, même triste et douloureuse, à la lumière de l’amour, devient-elle pour les autres… source de sagesse ? »

Le pape a poursuivi ses catéchèses sur les Dix commandements, en méditant sur le commandement « Honore ton père et ta mère ». Cette phrase, a-t-il expliqué, « n’exige pas que les pères et les mères soient parfaits » mais dit « quelque chose d’extraordinaire et de libérant : même si tous les parents ne sont pas bons et toutes les enfances ne sont pas sereines, tous les enfants peuvent être heureux, parce que la réalisation d’une vie pleine et heureuse dépend de la juste reconnaissance envers ceux qui nous ont mis au monde ».

 

Chers frères et sœurs, bonjour !

Dans le voyage à l’intérieur des Dix Commandements, nous arrivons aujourd’hui au commandement sur le père et la mère. On parle de l’honneur dû aux parents. Qu’est-ce que cet « honneur » ? Le terme hébreu indique la gloire, la valeur, littéralement « le poids », la consistance d’une réalité. Il n’est pas question de formes extérieures mais de vérité. Honorer Dieu, dans les Ecritures, veut dire reconnaître sa réalité, régler ses comptes avec sa présence ; cela s’exprime aussi par des rites, mais en impliquant surtout de donner à Dieu sa juste place dans l’existence. Honorer son père et sa mère veut dire reconnaître leur importance avec des actes concrets, qui expriment dévouement, affection et attention. Mais il ne s’agit pas seulement de cela.

Le quatrième commandement a sa caractéristique : c’est le commandement qui contient une issue. Il dit en effet : « Honore ton père et ta mère, comme te l’a ordonné le Seigneur ton Dieu, afin d’avoir longue vie et bonheur sur la terre que te donne le Seigneur ton Dieu. » (Dt 5,16). Honorer ses parents conduit à une longue vie heureuse. Dans la Décalogue, le mot « bonheur » apparaît seulement lié à la relation avec les parents.

Cette sagesse pluri-millénaire parle de ce que les sciences ont pu élaborer seulement depuis un peu plus d’un siècle : que l’empreinte de l’enfance marque toute la vie. Il peut être souvent facile de comprendre si quelqu’un a grandi dans un environnement sain et équilibré, et de même de percevoir si une personne vient d’expériences d’abandon ou de violence. Notre enfance est un peu comme une encre indélébile, elle s’exprime dans les goûts, dans les façons d’être, même si certains tentent de cacher les blessures de leurs origines.

Mais le quatrième commandement dit encore plus. Il ne parle pas de la bonté des parents, il n’exige pas que les pères et les mères soient parfaits. Il parle d’un acte des fils, abstraction faite des mérites des parents, et il dit quelque chose d’extraordinaire et de libérant : même si tous les parents ne sont pas bons et toutes les enfances ne sont pas sereines, tous les enfants peuvent être heureux, parce que la réalisation d’une vie pleine et heureuse dépend de la juste reconnaissance envers ceux qui nous ont mis au monde.

Comme cette Parole peut être constructive pour tant de jeunes qui proviennent d’histoires de souffrance et pour tous ceux qui ont souffert dans leur jeunesse. Beaucoup de saints – et de très nombreux chrétiens – après une enfance douloureuse, ont vécu une vie lumineuse, parce que, grâce à Jésus Christ, ils se sont réconciliés avec la vie. Pensons à ce jeune aujourd’hui bienheureux, et saint le mois prochain, Sulprizio, qui à 19 ans a terminé sa vie réconcilié avec tant de souffrances, avec tant de choses, parce que son cœur était serein et qu’il n’avait jamais renié ses parents. Pensons à saint Camille de Lellis, qui d’une enfance désordonnée a construit une vie d’amour et de service ; à sainte Joséphine Bakhita, qui a grandi dans un horrible esclavage ; ou au bienheureux Carlo Gnocchi, orphelin et pauvre ; et même à saint Jean-Paul II, marqué par la perte de sa mère dans ses plus tendres années.

L’homme, quelle que soit son histoire, reçoit de ce commandement l’orientation qui conduit au Christ ; en Lui, en effet, se manifeste le vrai Père, qui nous offre de « renaître d’en-haut » (cf. Jn 3,3-8). Les énigmes de nos vies s’éclairent quand l’on découvre que Dieu nous a préparé depuis toujours à la vie de ses enfants, où tout acte est une mission reçue de Lui.

Nos blessures commencent à être des potentialités quand, par grâce, nous découvrons que la véritable énigme n’est plus « pourquoi » mais « pour qui ? », pour qui cela m’est arrivé. En vue de quelle oeuvre Dieu m’a-t-il façonné à travers mon histoire ? Là tout se renverse, tout devient précieux, tout devient constructif. Comment mon expérience, même triste et douloureuse, à la lumière de l’amour, devient-elle pour les autres, pour qui, source de sagesse ? Alors nous pouvons commencer à honorer nos parents avec la liberté des enfants adultes et avec l’accueil miséricordieux de leurs limites.

Honorer les parents : ils nous ont donné la vie ! Si tu t’es éloigné de tes parents, fais un effort et retourne, retourne auprès d’eux ; peut-être sont-ils vieux… Ils t’ont donné la vie. Et puis, entre nous il  a l’habitude de dire de mauvaises choses, même des jurons… s’il vous plaît, n’insultez jamais, jamais, jamais les parents d’autrui. Jamais ! N’insultez jamais leur maman, n’insultez jamais leur papa. Jamais ! Jamais ! Prenez cette décision intérieure : à partir d’aujourd’hui je n’insulterai jamais la maman ou le papa de quelqu’un. Ils lui ont donné la vie ! Ils ne doivent pas être insultés.

Cette vie merveilleuse nous est offerte, pas imposée : renaître en Christ est une grâce à accueillir librement (cf. Jn 1,11-13), et c’est le trésor de notre Baptême, dans lequel, par oeuvre de l’Esprit-Saint, nous n’avons qu’un seul Père, celui du ciel (cf. Mt 23,9; 1 Cor8,6; Eph 4,6). Merci !